Chapter Text
— Voici… L'histoire de ma mort… Eh, rassurez-vous ! C'est une histoire très drôle ! Et à vrai dire… C'est même pas la mienne.
— OK Cloud Strife.
— Mais chut, euh ! Laissez Angeal raconter !
— Quelqu'un veut la dernière part de pizza ?
— C'est l'histoire d'un jeune prince, prénommé Sephiroth, dont le destin est lié à la lune. Alors… Il était une fois, une larme de lune tombée des cieux. De cette petite goutte est née une fleur magique, aux pétales d'argent.
— Aerith, ton avis sur la question !
— C'est de la connerie !
— Vous êtes sûr que c'était pas une goutte de Jenova ?
— QUELQU'UN VEUT LA DERNIÈRE PART DE PIZZA ?
— Mais sers-toi, Wedge, qu'on en finisse !
— Bon, dites directement que mon histoire vous ennuie déjà, au pire… ?
Après le recadrage d'Angeal, un silence plane au Septième Ciel où tout le monde est réuni pour festoyer – par pure facilité scénaristique. Tifa louche un moment sur son verre, en se disant que la soirée va être longue. Elle en est à la cinquième histoire rocambolesque qu'elle doit entendre, depuis que Jessie a mis toute l'assemblée au défi de raconter sa propre biographie de la manière d'un conte pour enfants. La pire reste pour l'instant celle de Reno, qui n'a pas vraiment compris ce que voulait dire le « pour enfants » de « conte pour enfants ». A priori, le mentor de Zack devrait mieux s'en sortir, bien qu'impliquer d'emblée l'ancien ennemi juré de l'humanité soit déjà quelque peu embarrassant. Mais après tout, si le projet est de plus ou moins parler de sa propre vie, cela coule de source. La brune prête de nouveau son attention sur l'ancien Première Classe, comme le fait tout le reste du comité. Angeal se racle discrètement la gorge.
— Très bien. Donc, où en étais-je… ? La fleur. Elle avait le pouvoir de guérir les maladies et les blessures. Imaginez un vieux monsieur, très moche, avec des lunettes rondes. Mais vraiment suuuuper moche. Vous le voyez, là ? Voyez-le bien. C'est un personnage important.
Biggs est absolument captivé par les propos d'Angeal, tant et si bien qu'il compose sans mal l'image mentale qu'on lui demande. Il en oublie complètement l'existence de son verre alors qu'il joue distraitement avec, si bien que le récipient se penche dangereusement sous ses doigts.
— Bien. Le temps a passé. Et un beau jour, pouf ! Un royaume. On va l'appeler Nibelheim. Ce royaume était gouverné par un roi et une reine. La reine, sur le point de donner la vie, était souffrante, très souffrante. La situation était désespérée, si bien que l'on se mit à chercher un remède miracle, et dans ce cas précis, une fleur d'argent magique.
Angeal frappe brusquement du poing sur la table.
— Aha, vous vous souvenez du monsieur moche ? Eh bien, au lieu de partager ce cadeau de la Lune, ce ruffian de Père Hojo s'est emparé des pouvoirs de la fleur afin de garder une jeunesse éternelle - enfin autant que possible parce que sérieusement il est moche. Il lui suffisait pour cela de chanter.
— Non pitié Angeal, pitié, ne fais pas ça ! s'insurge brutalement Tifa.
— Que tout le monde évacue la pièce ! ordonne un Barrett en panique tout en se levant.
— Non mais OK, d'accord, je vous passe le truc, mais c'est que partie remise ! Calmez-vous, asseyez-vous, ça va bien se passer.
— Merci, souffle la gérante du bar.
— Donc, il chante et il rajeunit. Ça fait peur, hein ?
— C'est absolument effroyable, intervient Cid en ricanant. Vincent, tu veux pas essayer ?
— …
— Je reprends. Fort heureusement, les gardes du royaume ont fini par trouver la fleur, alors que le Père Hojo avait dû se cacher. La magie de la fleur d'argent guérit la reine. Un joli petit garçon est né, un prince, avec une magnifique chevelure argentée. Vous l'avez deviné, c'est Sephiroth !
— Mais on a rien dit… rétorque Yuffie.
— Allons bon. Pour fêter sa naissance, le roi et la reine lancèrent une lanterne dans le ciel. Jusque-là, tout allait très bien. C'est après que ça s'est gâté.
— Non, c'est vrai ? s'étonne sarcastiquement un Rufus qui jusque-là n'avait quasiment pas montré signe de vie.
— Hojo s'est introduit dans le château, a volé l'enfant, et il est parti ! On remua ciel et terre pour retrouver le prince, mais en vain. C'est au cœur d'une autre contrée, dans une tour pas très bien cachée, que Hojo élevait Sephiroth comme son propre fils. Hojo avait trouvé une nouvelle fleur magique. Mais cette-fois, il la gardait en lieu sûr…
Les rayons encore pâles et timides du soleil parviennent doucement à traverser les rainures des volets. L'aube appelle le jeune homme, qui s'étire dans son lit duquel ses pieds dépassent. Il est vrai qu'il a sacrément grandi, ces derniers temps. Il devrait peut-être demander à son père d'en avoir un nouveau, pour son anniversaire, par exemple. Bien que ce ne soit pas le cadeau qu'il veuille le plus.
Tous les ans, Sephiroth exprime au Père Hojo le même souhait : participer au festival des lanternes de Nibelheim, qui a lieu tous les ans le même jour que celui où l'on célèbre sa naissance. Mais Hojo élude toujours la question de la même manière : en dehors de cette tour, la Tour Shinra, le monde est hostile et cruel. Tous les ans, Sephiroth se retrouve alors avec quelque chose qu'il n'a pas demandé. Il y a trois ans, c'était la robe noire qu'il porte à présent mais qui commence à être un peu courte. Il y a deux ans, c'était une nouvelle brosse pour sa longue chevelure raide. L'année dernière, c'était un étrange petit caméléon, qui semble pouvoir lui parler quand Hojo a le dos tourné. Ce petit animal prétend s'appeler Genesis et venir d'un autre monde pour accomplir une prophétie. Sephiroth l'a appelé Pascal, et n'a rien voulu entendre d'autre. Le confinement dans cette tour doit lui faire entendre tout et n'importe quoi, après tout.
Trêve de rêveries. Il est temps pour le jeune garçon de se lever, et d'accomplir son rituel matinal. Désormais accoudé à sa fenêtre pour observer le lever du soleil, il accorde un regard de jade à Pascal.
— Tu sais, j'adore cet endroit. Tout comme toi.
Pascal paraît le toiser avec un air blasé, et il lui tire la langue l'espace d'une seconde.
— Tu exagères, Pascal.
— Je m'appelle Genesis, pauvre naïf, et je te suis en tout point supérieur.
— On est pas si mal, ici.
— À qui le dis-tu. Tu portes une robe et je me suis réincarné en reptile. Quel genre de comédie burlesque l'humanité a-t-elle encore perpétrée ?
— Allez, viens.
— Et il va encore chanter. Pitoyable.
Sephiroth bondit hors du rebord de sa fenêtre, son animal de compagnie entre les mains, prêt à en découdre en musique avec toutes ses activités matinales. Se servant de ses cheveux longs et solides, il actionne le mécanisme en haut de la tour qui permet d'ouvrir tous les volets. Il descend jusqu'à la cuisine, et constate alors que son père ne s'y trouve pas. Il doit être sorti, lui, au moins. Après avoir cuisiné des œufs brouillés et des pancakes avec Masamune, sa poêle préférée, Il jette un coup d'œil à la pendule murale, et cela lui titille les cordes vocales. Il est grand temps de s'enjailler tout seul.
— Sept heures, je me réveille et dehors il fait clair !
— Minerva, aie pitié de ton humble serviteur, donne un sens à tout ceci… J'ai besoin d'un signe…
— Vite, le shampooing, il faut que mes cheveux brillent !
Après un vaste coup de balai dans la pièce de vie, Sephiroth se rue dans la salle de bains.
— Un shampoing, un après-shampooing, deux bouteilles de moins ! Puis je sèche chaque mèche jusqu'à sept heures et quart !
Sorti de la pièce d'eau, il retourne dans le salon et cherche de quoi s'instruire dans la bibliothèque du Père Hojo. Traité sur la monstruosité, Sixième Colloque International des Misanthropes Associés, Choisir le bon cercueil pour un rival…
— Ensuite je lis un livre, et même deux ou trois !
Après avoir jeté son dévolu sur ces ouvrages passionnants, Sephiroth attrape ses gouaches et il retourne à sa fresque. Ces derniers temps, il est particulièrement inspiré pour réaliser une grande scène d'incendie dramatique dans un village champêtre au pied d'une montagne.
— J'ajoute quelques couleurs qui ne plaisent qu'à moi ! Puis c'est guitare, tricot, et un peu de poterie !
— Estuans interius ira vehementi…
— Et quelque fois je me demande…
— S'il est vraiment parti…
— … Où est laaaaa vraie vie…
Sephiroth pose la dernière amphore réalisée par ses soins puis s'étale dramatiquement sur le tapis, ses cheveux enroulés en spirale autour de lui. Il pousse un soupir à fendre l'âme.
— Pascal, épate-moi.
Le caméléon s'exécute et se met à réciter une poésie, après être allé chercher un livre qu'il parvient à porter seul.
— Le don de la déesse est un mystère infini, pour l'atteindre nous prenons notre envol…
Le captif pousse un soupir encore plus appuyé.
— … OK, OK, stop. J'attends Père et je lui demande pour le Festival des Lanternes. Je suis suffisamment âgé, maintenant, il ne devrait pas refuser. Mais j'ai si peur, Pascal ! Je n'aime pas le mettre en colère.
— Je lui dis quand, pour le Météore… ?
— Donne-moi le courage d'y parvenir !
— Toi, donne-moi du courage pour te supporter encore une minute de plus ! Où est Angeal quand on a besoin de lui ?!
— Et c'est à peu près là que j'interviens.
Une drôle d'ambiance s'est installée dans le bar. Biggs et Jessie, qui regrette un peu son idée, se regardent en chiens de faïence. Biggs a bien entendu renversé son verre, mais fort heureusement il était vide. Wedge végète devant son assiette vide. Cloud boit ce qu'il reste de son Cosmo Canyon cul sec pour avoir la certitude d'oublier toutes ces sottises le lendemain. Tifa, avec un sourire gêné, hésite entre éclater de rire et fondre en larmes. Aerith a un air exagérément compatissant, une main posée sous son menton. Cissnei se masse les tympans, alors que Rude remplace la paire de lunettes de soleil qui a dû se briser sur une vocalise de l'ex-SOLDAT. Tseng, plus loin, emmène discrètement son patron vers la sortie du bar, sur ordre de Rufus lui-même. Elena glousse sans aucun tact et finit par éclater d'un rire sauvage avec Reno et Cid qui se bidonnent depuis dix bonnes minutes – promis elle a fait de son mieux pour se retenir. De manière surprenante, Yuffie a réussi à s'endormir sur la table. Vincent a décroché depuis le début de l'histoire et il est parti jouer aux fléchettes, tout seul, dans le coin le plus sombre de ce point de rassemblement.
Zack, quant à lui, s'est mis à applaudir une fois que son instructeur a pris une petite pause pour boire. Il est interrompu par un vacarme qui le fait sursauter. Barrett a abattu ses deux bras sur la grande table où ils sont rassemblés, manquant alors de la briser en morceaux.
— Et t'attends quoi pour faire péter la suite ? Accouche, pour l'amour de la Planète !
