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– Kugisaki ?
Nobara tourna la tête vers la porte de sa chambre. La tête dans l’entrebâillement, les pupilles curieuses de Yuuji étaient posées sur elle.
– Tu ne sais pas frapper ? Lança la jeune fille d'un ton agacé. Assise sur le sol tiède, elle remonta la bretelle de son débardeur qui avait glissé de son épaule un peu plus tôt. Devant elle s'étendait une multitude de flacons colorés, éparpillés sur le parquet.
– Ah, désolé… Fushiguro et moi, on va acheter des glaces au supermarché du coin, tu en veux ?
Nobara étira ses bras engourdis par l'absence de mouvement. Elle commençait à avoir des fourmis dans les jambes.
– Ouais ! J'en veux une à la fraise, répondit-elle en s'adossant contre le sommier de son lit. Elle allongea ses jambes nues en veillant à ne pas heurter les flacons en verre. Elle ne prendrait pas le risque d'en briser un et de perdre un seul de ses vernis qui lui avait coûté si cher.
La proposition de Yuuji tombait à pic. Elle mourrait d'envie de quelque chose de frais à se mettre sous la dent. La chaleur estivale commençait à lui peser. Nobara avait l'impression d'être une boule de sueur, malgré son short et son débardeur légers. Elle jeta un coup d’œil à Yuuji, toujours planté sur le seuil de sa chambre. Lui n'avait pas l'air de souffrir de la chaleur… Elle remarqua alors que le regard du garçon était fixé sur ses pieds.
– Qu'est ce que tu regardes comme ça ?
Yuuji sursauta au son de sa voix. L'air presque penaud, il redirigea ses yeux sur le visage moqueur de la jeune fille.
– C'est joli, le vernis sur tes ongles.
Ah. Nobara ne s'était pas attendue à cette réponse. Elle observa deux secondes le rose sur ses ongles de pieds.
– Tu veux en mettre ? Demanda-t-elle tout en rattachant une mèche de cheveux avec une barrette. Elle avait posé la question comme ça, sans s'attendre à une réponse positive. Elle fut surprise de voir le visage de Yuuji s'illuminer d'un coup.
– Grave ! T'as du jaune ?
Il sauta sur ses talons et la rejoignit sur le parquet. Assis en tailleur, il observa les flacons devant lui avec envie. Nobara ne put retenir un sourire. Dehors, les cigales continuaient de chanter.
– OK, sur les mains ou les pieds ?
—
Un peu plus tard, la porte s'ouvrit à nouveau et une touffe de cheveux noirs apparut à travers la porte. Nobara se demanda si quelqu'un avait jamais appris la politesse aux deux idiots qui lui servaient d'amis. L'air contrarié, Megumi s'écria :
– Hey, ça fait vingt minutes que je t'attend, Itadori ! Qu'est ce que tu fou–
Le jeune homme se stoppa. Il leva un sourcil en voyant la scène qui se déroulait devant lui. Yuuji, tout en tapotant le sol, déclara avec enthousiasme :
– Mec, viens t'asseoir, c'est séance vernis cet après-midi !
Megumi, à la grande surprise de la brunette, vint se placer à ses côtés après avoir refermé la porte. Eh bien, elle en apprenait des choses, aujourd'hui. Yuuji lui planta ses doigt vernis sous le nez avec un grand sourire, et l'autre les repoussa pour observer le tas de flacons. Il en pris un de couleur noire et l'agita légèrement.
– Je peux en mettre ?
Il avait posé la question à Nobara. Elle acquiesça, et le regarda déboucher le flacon. Bien sûr qu'il prend du noir, pensa-t-elle en riant sous cape. C'était tellement lui, ça. Tout était sombre chez Megumi : ses cheveux, ses yeux, ses vêtements. Même en été, il s'obstinait à porter du noir. Pas étonnant qu'il crève de chaud. Ses yeux se posèrent sur le front du jeune homme. Beurk, pensa-t-elle en voyant les mèches sombres coller avec la sueur. Une idée germa soudain dans son esprit. Un sourire diabolique sur les lèvres, elle s'empara d'une poignée d'élastiques et de barrettes colorés avant de s'approcher du garçon. Occupé à se peindre délicatement les ongles, Megumi ne remarqua pas tout de suite la jeune fille qui se plaça derrière lui. Elle enferma la frange entre ses doigts et forma un palmier avec un élastique orange fluo. Elle fit de même avec le reste de ses cheveux avant de devoir battre en retraite pour ne pas recevoir de coup dans le ventre de la part d'un Megumi mécontent.
La moue irritée et la coiffure ridicule formaient un tableau si peu habituel chez le jeune homme que Nobara ne put s'empêcher d'éclater de rire en voyant son œuvre. Elle esquiva un coup de jambe et se cacha derrière un Yuuji ricaneur, qui reçut un coup de poing dans le ventre à sa place.
– Hey, protesta-t-il, j'ai rien fait moi !
– Tu riais !
– En même temps, t'as l'air tellement con comme ç–
Un deuxième coup sur le crâne le fit taire. Nobara ricana, une main sur la bouche. Elle se glissa derrière les deux garçons chamailleurs et se dirigea vers la porte. Elle mis ses sandales et ramassa son porte-monnaie avant de déclarer :
– Bon, c'est pas tout ça, mais j'ai bien envie d'une glace, moi !
Yuuji bondit sur ses jambes.
– Je viens avec toi !
– Hey, attendez-moi !
Ils entendirent à peine le cri de Megumi, trop occupés à courir à qui sera le premier arrivé au rayon glace du supermarché.
—
Nobara avala avec satisfaction le dernier bout de son sorbet à la fraise. Elle laissa échapper un soupir de plaisir. Marchant à ses côtés, Yuuji et Megumi étaient occupés à se chamailler. Du coin de l’œil, la jeune fille observa le visage maintenant dégagé du garçon aux cheveux noirs. Souriant malicieusement, elle tripota la couette sur le haut de son crâne. Le garçon protesta légèrement.
– Tu t'y es habitué, pas vrai ? Sourit-t-elle.
Il fit mine de réfléchir une seconde puis répondit :
– J'ai beaucoup moins chaud sans ma frange.
Du bout de ses doigts vernis, il lui flanqua une pichenette sur le front. Elle lui tira la langue en retour. Puis elle sentit une masse s'abattre sur ses épaules et lui coller à la peau.
– Aaaah, Itadori, dégage de là ! Ne me colles pas, je meurs de chaud !
Elle tenta de le repousser, en vain. Yuuji l'encercla de ses deux bras, un sourire taquin étirant ses lèvres.
– Ah, non ! S'écria-t-elle en se débattant, une main écrasant le visage du garçon. Fushiguro, aide moi !
– Débrouilles toi toute seule, déclara l'autre sans prêter attention aux exclamations véhémentes de la jeune fille.
– Fushigurooo !
