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Haylie se regarda dans le miroir de la salle de bain, elle avait fait un effort pour une fois. Comme le padre, elle avait mis un costume puisque Miguel avait bien spécifié qu'il fallait s'habiller classe en lui adressant un regard appuyé. C'est vrai qu'elle ne faisait pas vraiment beaucoup d'efforts pour s'habiller mais bon elle était dans un gang pas dans une maison de mode, et puis elle avait bien le droit de s'habiller comme elle le voulait quand même !
Elle baissa ses yeux sur la trousse qui se trouvait à côté de l’évier. Abi avait laissé une partie de ses affaires de maquillage, elle hésita. Sa main plongea dans la trousse et prit un long objet cylindrique. Ok ça elle savait ce que c'était, certes elle ne se maquillait pas mais bon quand même elle avait assez vu sa copine le faire pour savoir que c'était du mascara. Elle tenta de dévisser le tube puis se rendit compte que c'était dans l'autre sens pour l'ouvrir et vit enfin la brosse courbée.
Elle eut un mouvement d’arrêt, est-ce qu'elle allait vraiment en mettre ? Après tout, qui allait la voir à part les Vagos ? Personne. Ils s'en foutaient eux, qu'elle soit maquillée ou pas mais une petite expérience, ça se tentait, non ? Elle approcha la brosse noire de son œil, et ouvrit la bouche en o. Sa copine ouvrait sa bouche comme ça quand elle en mettait alors peut-être qu'il fallait le faire sinon ça marchait pas. Elle leva ses pupilles vers le plafond blanchâtre et sentit la brosse appuyée sous sa paupière. Rapidement, sa main éloigna la brosse de son œil et se regarda dans le miroir.
Elle poussa un soupir. Un gros paquet se concentrait au milieu de ses cils et surtout un amas de traits noirs se trouvait dans le creux de sa paupière, un lieu qu'elle savait, ne pas censé avoir du mascara. Tout ce qu'elle espérait, était qu'Abi est laissé aussi du démaquillant. Haylie fouilla dans la trousse marron et trouva un petit flacon bleu clair avec écrit démaquillant. Elle ouvra un tiroir pour trouver un coton démaquillant réutilisable, cadeau du Iench qui en distribuait à tout le monde pour prouver qu'il s’intéressait à l'écologie. Le coton, imbibé de démaquillant fit couler bien vite le mascara sur sa joue. Après quelques secondes à avoir frotté énergiquement, Haylie frotta sa joue dans une serviette et se regarda une énième fois dans le miroir.
Bon, il n'y avait plus aucune trace de noir sur sa joue mais sa peau visiblement mécontente de s'être fait frotter si fort commençait à rougir. Il n'y avait qu'une solution qui paraissait faisable pour Haylie, appelé Kim à la rescousse. Après les quelques bips caractéristiques du téléphone, la voix de Kim se fit entendre.
— Oui ? Un souci ?
— Kim, tu pourrais euh...
Haylie hésita, c'était un peu ridicule qu'à 24 ans elle ne sache pas se maquiller. Est-ce que Kim allait se moquer d'elle ?
— Haylie ? Je pourrais quoi ?
— Euh...
— Non Miguel fait pas ça. Arrêtes ! Non ! Attends Haylie j'arrive.
Un bruit émana du téléphone surement que Kim l'avait posé sur un meuble pour rattraper son mari et Haylie se massa l'oreille qui avait pris chère lorsque sans prévenir son amie avait crié sans grand résultat apparemment. Elle fixa sans s'en rendre compte le tube noir jusqu’à que Kim ne revienne au téléphone.
— Désolée burnout, j'ai du courir après Miguel et c'est pas facile
Haylie ne put s’empêcher de rigoler en imaginant la scène.
— Bref, tu voulais quoi ?
Haylie parla avec une toute petite voix, un peu honteuse.
— Je euh... Tu pourrais m'apprendre à mettre du mascara.
— Bien évidemment ! Alors OK la première étape t'as du mascara ?
— Bien sûr que oui je suis pas bête à ce point quand même.
Kim s’arrêta un instant et réfléchit.
— Alors, déjà j'ai besoin de savoir la brosse elle est comment ?
— Comment ça ? Bah elle est noire et c'est une brosse quoi.
— Non mais elle est courbée, droite, je sais pas moi. Il y a marqué quoi sur le tube ?
— Ben, il y a écrit "Sensational" c'est tout je crois et sinon la brosse est courbée.
— Ok alors, avant d'en mettre tu vas enlever l’excès de mascara sur la brosse en le frottant au bord du tube. Sinon, ça va faire des paquets et ça va être moche.
Haylie grogna.
— Ouais ouais j'ai bien vu.
La jeune femme s’appliqua à enlever le plus de surplus possible.
— Ok et maintenant je fais quoi ?
— Tu vas regarder en haut et tu vas en appliquer sur la base de tes cils et tu le fais sur tes cils les plus à l’extérieur puis petit à petit sur tes cils les plus à l’intérieur. Et pour que ça donne du volume, tu vas bouger un peu la brosse, comme si tu tremblais. Et surtout, SURTOUT, tu vas toujours vers le haut avec ta brosse quoi qu'il arrive.
— Et faut ouvrir la bouche en O ?
— Comment ça en O ?
— Ben comme la lettre quoi ? Je sais pas Abi elle ouvre grand la bouche quand elle en met.
— Non alors, t'es pas obliger de faire ça hein. Déjà tu essayes d'en mettre bien et on verra pour la bouche.
Un silence s'installa dans la discussion. Haylie se concentra. Elle approcha la brosse de son oeil pour la deuxième fois de sa vie et sentit le contact de la brosse contre ses cils. Elle fit attention à ne pas s'en mettre à côté et continua de faire trembler la brosse contre sur ces cils. C'était étrange mais après tout, Kim s'y connaissait beaucoup mieux qu'elle. Une fois que la brosse s’éloigna pour de bon de son œil droit, Haylie se regarda dans le miroir.
— C'est bon ! Je crois que ça a marché !
— Bravo ! Maintenant faut faire le deuxième.
— Ah ouais. Bon j'essaye.
Le silence se ré-installa une fois de plus. Mais un cri le coupa après quelques secondes.
— Aïe putain, je me suis pris la brosse dans l’œil. Ça fait ultra mal.
— Ahaha t’inquiètes pas ça arrive au début, j'ai hâte de voir ce que ça donne.
— Tu vas surtout voir mon œil rouge, ouais.
— Miguel, non tu vas mettre ça. Non. Je suis désolée Haylie mais faut que je te laisse parce que Miguel est beaucoup trop excité. À ce soir
Kim raccrocha bien vite laissant Haylie un peu seule avec son mascara mit seulement sur un œil. Bon il fallait continuer si elle ne voulait pas avoir un œil étrange. Elle rapprocha une énième fois la brosse et réessaya. Après quelques secondes de concentration, Haylie se regarda dans le miroir. Ses yeux étaient, hum comment dire, étranges. Elle ne savait pas vraiment si ça lui allait mais décida de le garder, elle n’avait pas fait ça pour rien quand même. Elle replaça sa casquette ainsi que son col de chemise. C'était encore Kim qui l'avait aidé à choisir sa tenue pour le réveillon, son costume noir était assez classique, mais Miguel serait content ça faisait bien habiller. Elle se regarda dans le miroir une dernière fois, hésita à essayer de mettre de l’eyeliner puis se remémora toutes les fois où sa copine avait insulté cette espèce de stylo noir et abandonna très vite l'idée.
Son manteau enfilé, ses bottines noires chaussées - un cadeau de Kim pour l'obliger à les mettre sinon évidemment ses chaussures auraient été ses baskets noires - elle sortit de chez elle. Ses voitures l'attendaient, elle décida de faire ça bien et prit sa Tampa qu'elle ne sortait que pour les occasions spéciales et roula en direction de chez sa copine.
Elle roula au-dessus des limitations de vitesse comme d'habitude et fit attention aux radars puisque maintenant elle les connaissait plutôt bien. Elle avait un peu hésité à dire oui à la proposition de Lenny. Noël n'avait jamais été un souvenir très heureux. Passé les fêtes censées être familial au foyer ou en famille d'accueil n'étaient pas un très bon souvenir. Entre les familles qui offraient des cadeaux qu'à leurs enfants biologiques et qui te faisaient bien sentir que tu n'avais pas ta place ici et le foyer où tout le monde se détestait mais faisait semblant pour “la magie de Noël”, cette fête de fin d’année n'était en conclusion pas vraiment quelque chose qu'elle avait habitude d'attendre. Comme si elle attendait une fête quelconque de toute façon. Les seuls arguments qui l'avaient fait dire oui, étaient, d’un Miguel qui l'avait bien soulé et presque menacé si elle ne venait pas, et de deux Abi qui, elle non plus, n'avait jamais vécu un vrai réveillon qui était très excitée et très reconnaissante d'y être invité pour la première fois.
Haylie avait été agréablement surprise d'ailleurs, qu'Abi soit invité, par Lenny en personne. Elle savait évidemment que les Vagos étaient au courant de sa relation avec Abi mais bon, sa copine était quand même policière. Les Vagos et la police n’entretenaient pas la meilleure des relations mais c'était toujours une meilleure relation qu'avec les Families, encore heureux que sa copine ne fasse pas partie des verts, et puis de toute façon elle n'aurait jamais pu aimer une verte, ça aurait été au-dessus de ces possibilités.
Elle roula à pleine vitesse et dérapa pour se garer juste devant Abi. Ce dérapage ne servait clairement à rien si ce n'est juste à l’impressionner. Sa copine était magnifique, c’était la première qu'elle la voyait en robe et il fallait avouer que ça lui allait vraiment bien. Elle portait une robe bleue marine assez simple mais qui lui allait si bien que quand Abi rentra dans la voiture, Haylie ne sut quoi dire.
— Oh sunshine t'as mis du mascara !
Haylie reprit ses esprits.
— Ouep c'était un peu compliqué mais j'ai quand même réussi !
— Ça te va bien. Tant qu'on y est tu veux pas mettre du rouge à lèvres ?
Haylie hocha la tête de gauche à droite, ça allait faire un peu trop d'un coup .
— Allez au moins du gloss je suis sûr que tu seras trop belle avec !
Haylie hésita, est-ce que c’était vraiment une bonne idée ? Elle abdiqua bien vite devant la moue de sa copine.
— Ok mais si ça me va pas je l’ôte.
Sa copine poussa un cri de joie et chercha un tube de gloss dans son sac mal rangé. Une fois trouvé, elle l’ouvrit et approcha son visage de celui d'Haylie. Elle était certainement trop près pour mettre un simple gloss mais bon comme elle disait tout le temps "quand c'est une femme rien ne me dérange". Elle commença à l'appliquer sur les lèvres de sa copine et s’arrêta non sans rester très proche d'elle.
— Fait comme ça.
Abigail mima le geste à faire avec ses lèvres pour étaler le gloss et Haylie le fit directement.
— Comment ça c'est bon ?
Au lieu de répondre par une affirmation, Abi prit l'initiative de l'embrasser pour lui faire passer le message. Haylie le comprit bien vite. Après quelques instants, la conductrice démarra le véhicule et concentrée sur la route, elle chercha ses mots.
— T'es très belle dans cette robe.
— Merci, toi aussi, je trouve que le costume te va très bien. Hâte de voir le prochain au mariage.
Haylie rougi d'abord à l'entente de la première partie de la phrase puis s'étouffa, elles n'avaient jamais parlé de mariage.
— Ouais, je euh.... merci... mais euh....
— Je rigole rohh enfin, si tu veux qu'on se marie je dis pas non.
Finalement le court trajet, se passa avec l'imagination un peu débordante d'Abi qui décrivait leur mariage idéal. Les Vagos d'un côté, les policiers d'un autre, avec comme demoiselle d'honneur, le Iench qui apporterait les alliances. Haylie ria en s'imaginant les Vagos au mariage, Miguel serait surement beaucoup trop excité et Lenny un peu trop en Burnout. Le trajet se finit par un dérapage parfaitement contrôlé dans le parking des Jaunes et encore un baiser avant de descendre de la voiture.
— Ça caille.
— En même temps, quelle idée de se mettre en robe en décembre.
— Tu peux rien dire, j'ai mis un collant mais bon ça change que dalle, il fait trop froid.
Les deux jeunes femmes se dirigèrent vers l'escalier menant à l'appartement commun des Vagos. C'était Lenny qui avait été missionné pour tout préparé que ce soit les décorations, le sapin, la nourriture. Il fallait avouer que malgré qu'Haylie n'est pas mangé beaucoup de ce que pouvait faire le Jefe, c'était plutôt bon et ça changeait des menus ARC habituels.
Les coups d'Haylie sur la porte se firent entendre et Abi se plaignit de l'attente parce que “il fait froid merde". Après quelques secondes à attendre dans le froid polaire selon les mots d'Abi, la porte s'ouvrit sur un visage inattendu mais pas méconnu. Kenneth les invita à entrer au chaud dans l'appartement qui sentait les épices.
— Entrez, donnez-moi vos manteaux que j'aille les mettre dans la chambre.
Haylie donna sans manteau, non sans vider ses poches qui contenaient un Uzi et un cran d'arrêt, il ne faudrait pas que Kenneth se blesse involontairement à cause d'elle. Et pas sur que les médecins soient très disponibles ce soir.
Abi commença à entrer prudemment dans le salon, elle n'était jamais venue et il fallait avouer que malgré son fort caractère, elle n'était pas la plus à l'aise actuellement. C'était pas vraiment en terrain ennemi mais bon pas un terrain très pacifique non plus. Il fallait dire que la trêve de Noël aidait un peu. Malgré que Lenny ait fait un grand pas vers elle, en l'invitant sans qu'Haylie ne lui demande, elle savait qu'il fallait quand même qu'elle se tienne à carreaux un minimum. Et puis il faut dire que lors de leur première rencontre, le Boss avait tabassé Chloé et Panis donc il serait surement capable de faire la même chose à Abi.
En réalité, à part sur une décision d'Haylie, Lenny n'avait prévue de tabasser sa copine, déjà il avait d'autres choses à faire et puis s'il devait vraiment tabasser quelqu'un du LSPD, il prendrait quelqu'un d'autre, genre le roux ou NCIS. Haylie sentit sa copine se tendre, elle n'avait pas d'autres familles que les Vagos donc c'était un peu comme passer la vérification de la belle-famille. Belle-famille qui avait certes des Uzi et vendait de la drogue mais bon aucune famille n'est parfaite.
Elle prit la main de sa copine et la força à la suivre dans le salon décoré pour l'occasion. Un sapin trônait dans un coin du salon. Le sapin était d'une couleur assez indescriptible, un mélange de jaune et de vert, mais l'on comprenait que cette couleur inconnue était surtout là pour empêcher de penser aux Families. Malgré cette couleur assez étonnante, le sapin n'était pas si mal. Haylie connaissait les talents de son Jefe pour la décoration, c'est donc tout naturellement qu'elle savait que Kenneth l'avait aidé. Non pas que Lenny avait des mauvais goûts mais juste des goûts originaux disons. La cuisine était ouverte sur le salon mais pourtant Lenny n'avait pas pris la peine de se retourner et accueillir les invitées, bien trop occupés avec un plat. C'est Kenneth qui interrompit le silence devant la contemplation des deux jeunes femmes sur le sapin.
— Il est beau, hein ? C'était compliqué de trouver un sapin autre que vert mais finalement ça rend pas si mal.
Haylie hocha la tête de haut en bas et arrêta ses yeux au pied du sapin. Deux cadeaux attendaient, on ne savait qui. Les Vagos en famille plutôt grande, 9 en comptant kiwi avaint décidés de faire un père Noël Secret, cela revenait beaucoup moins cher et moins compliqué pour tout le monde. Faire un cadeau à 8 personnes quand tu es 9, si Haylie se rappelait de ses maths de collège, cela faisait au moins 72 cadeaux et c'était beaucoup trop. Alors un mois avant, c'était déroulé le tirage au sort, tous avait écrit leur nom puis tirer à qui iel devrait faire leur cadeau. Lenny en bon malchanceux avait réussi à tirer son propre nom mais ce n'était qu'une anecdote parmi d'autres qui prouvaient que leur boss n'avait vraiment pas de chance.
En voyant les cadeaux, Abi récupéra son sac posé dans l'entrée et sortit un paquet de taille moyenne qui semblait mou. Haylie suivit en sortant de son sac, noir pour une fois, qu'elle gardait toujours derrière son dos, un petit cadeau en forme de cube, qu'elle déposa au pied du sapin. Alors que Kenneth tentait désespérément de savoir si les deux filles avaient tiré son prénom et que par extension un des cadeaux étaient pour lui, la porte d'entrée s'ouvrit d'un coup laissant passer un gallinacé paillant et un homme au fort accent hispanique clamer “Bonjour”. L'animal et l'humain était suivi d'une femme aux cheveux roses. Lenny cria sur Inigo.
— Tu peux pas arriver plus doucement !
À mesure qu'il criait son corps pivotait laissant voir un tablier jaune avec une grosse tâche de sauce marron au milieu et un air énervé.
— Pero Boss, un tablier, c'est fait pour être tâcher no ?
— Ouais bah non pas là
Lenny grommelait personne ne savait trop pourquoi mais bon c'était pas habituel mais presque. Il se retourna en rouspétant dans sa barbe et retourna dans sa préparation. La joie de vivre d'Inigo ne baissa pas, loin de là et il se dirigea vers les deux filles et Kenneth
— Bonjour, comment ça va ? Vous regardez le sapin ? Quand j'étais au Mexique, c'était mi padre qui allait cherché le sapin. Mais comme Kiwi, c'était un petit oiseau, tu sais cui-cui et bah il faisait son nid dans le sapin Pero mi padre il aimait pas ça. Alors il a dit à kiwi de partir Pero comme kiwi c'était un petit oiseau et ben...
Quand Inigo était comme ça, il valait mieux ne rien dire et le laisser parler. Parfois il n'y avait même pas de fin, ce n'était finalement que des histoires à caractères informatives. Rose, sa femme, l'écoutait attentivement et Haylie, quant à elle avait essayé mais avait bien vite décroché. Abi et Kenneth qui s'en fichait de la vie d'Inigo pour l'une et qui ne comprenait rien à son accent pour l'autre, discutaient tranquillement des dernières affaires du LSPD.
Après un petit moment de perte dans son esprit, Haylie décida de rejoindre Lenny, elle ne comprenait plus rien à l'histoire d'Inigo et la policière et le journaliste parlait de Liam alors autant crever que de parler de ce menteur. Elle s'approcha de Lenny tout doucement pour ne pas lui faire peur et regarda par-dessus son épaule. Ce qui eut l'effet inverse et fit sursauter Lenny.
— Putain tu m'as fait peur.
Haylie s'excusa un peu en rigolant et se concentra sur le contenu de la casserole. La sauce sentait les piments et une tablette de chocolat pas encore ouverte était posée à côté, ça ne la rassurait pas beaucoup.
— Tu fais quoi ?
Son ton était un peu trop suspicieux.
— Tu vas voir, j'ai tout appris de la mama et normalement si je me trompe pas ça va être bon.
— Hum
Elle n'était pas trop convaincue.
— Elle m'a envoyé la recette hier et les ingrédients sont tous frais de ce matin donc t'inquiètes pas.
Haylie se risqua à poser une question.
— Elle est euh.. où ta mère Jefe ?
— Rentrée au Mexique avec une amie. Après la mort de mon père elle est partie définitivement de Los Santos. Trop dangereux et pas assez chaud pour elle.
C'était la première fois que Lenny parlait de ses parents. Haylie eut presque envie de croire à la magie de Noël.
— Et maintenant regarde, je rajoute le chocolat.
Lenny brisa une rangée de la tablette de chocolat. Les quatre carrés séparés fondaient doucement dans la sauce, alors que Lenny tournait la cuillère en bois dans la casserole.
— Tu peux sortit la viande du frigo ?
Haylie s'exécuta sans un mot. Elle ouvrit le réfrigérateur, beaucoup de menu Arc s'y trouvaient, la barquette de viande était tout en haut, juste à côté d'une boîte blanche qui devait sûrement contenir le dessert.
Et encore une fois, la porte s'ouvrit d'un grand coup.
— Bonjour, on est rentré parce qu'il fait un froid de cinq ou Sibérie.
Kim à peine rentrée, leva les mains, déjà fatiguée de la blague. Miguel était arrivé tonitruant, avec son manteau doré et jaune décoré de fausses fourrures que pourtant, à la connaissance d'Haylie, Kim détestait. Kenneth en bon maitre de maison, même si ce n'était pas vraiment la sienne, prit le manteau éclatant du Mexicain, le manteau de sa femme et s'en alla les ranger. Inigo au grand bonheur de Haylie, s'était arrêté de parler et décida que Kiwi 184 devait être poli avec le numéro dos. Il récupéra sa poule qui s'était posée sous le sapin et l'amena vers Miguel pour lui faire dire "bonyour" avec sa petite aile.
— Ah bonjour kiwi toujours pas morte ? Han ! Fais attention il y a rose, elle peut te tuer vite.
Kiwi, qui visiblement ne comprenait pas grand-chose, que ce soit à ce que disait Miguel ou à ce qu'elle faisait si loin du sol, tenta de picorer la main de Miguel.
— Ouiouiouille no kiwi. Arrête sinon je te tue !
Comme si la pauvre poule avait enfin compris quelque chose au charabia de Miguel, elle battit des ailes pour s'enfuir des mains de son maitre et se réfugia derrière les jambes d'Haylie.
— Non va pas vers elle kiwi, elle est pyromane !
Miguel pensant de bon cœurs que Kiwi comprenne ce qu'il dise, voulait la protéger pour éviter un nouveau Burnout du Jefe.
— Non mais Haylie va pas bruler Kiwi, on a déjà de la dinde.
— Jefe ? On va manger des petits kiwis ? On peut pas le faire devant Kiwi parce que sinon elle va être traumatisée como les nuggets.
Lenny s'empressa de se justifier, voyant le désespoir dans lequel il avait mis Montoya.
— Mais non rohh, c'est pas des Kiwi c'est des euh...
— Des fraises
Encore une fois Haylie avait sauvé son boss.
— Ouais exactement et tu sais les fraises, ça aime pas beaucoup les kiwis donc là on va manger des ennemis de Kiwi.
Lenny s’essuya le front, il n’était pas passé loin de la catastrophe. Miguel leva un sourcil.
— Pero on va manger des fraises ou de la dinde du coup ?
Kim soupira, Haylie rigola et Inigo essaya d'expliquer à Miguel.
— No, no, no en faite, on va manger des fraises qui s'appellent como des dindes.
Inigo avait visiblement compris l'inverse. Rose décida de s'en mêler aussi.
— No vous avez rien compris, on va manger de la dinde aux fraises.
Miguel s'interrogea.
— Pero c'est pas bon la dinde aux fraises.
Haylie chuchota "Oh putain" en rigolant, Abi sortit un "Mais ils sont cons ou quoi" qui rappelait un certain commissaire, Kenneth rigola silencieusement, Kim leva les mains au ciel en clamant "Burnout" et Lenny soupira en se prenant la tête dans les mains. Iels n'avaient visiblement rien compris. Kiwi quant à elle, était retourné à sa place, sous le sapin, peu importée par le débat. Kim prit son courage à deux mains et se lança dans l'explication laborieuse.
— Haylie, Abi vous pouvez mettre la table ?
Les deux jeunes femmes s’empressèrent d'obéir à l'ordre du Jefe, il valait mieux éviter un burnout à Noël. En passant une nouvelle fois à côté du sapin, Haylie caressa Kiwi qui tenta de la pincer n'ayant visiblement plus envie d'être dérangée de la soirée.
Une fois que la table fut mise et que l'explication de non on ne va pas manger des fraises mais juste de la dinde fut claire, le repas put enfin commencer. Les discussions étaient animées, que ce soit sur les “families de pute”, les décisions du nouveau maire le Iench, l'étrange collocation Kuck-Boid-Vanessa, les possibles mensonges du docteur Maison ou même encore sur la dernière enquête des unités d’élite du LSPD qui était en ce moment sur la question de qui avait envoyé pleins des différentes fleurs roses à Michael.
La jambe d'Haylie tressautait depuis la fin du plat, qui au passage était étrangement bon. Au contraire des enfants avec une famille normale qui attendaient avec impatience le moment des cadeaux, elle c'était l'inverse. En effet, il y avait de quoi puisque la seule et unique fois qu'elle avait participé à un père Noël Secret, elle n'avait pas reçu de cadeau. Il fallait dire qu'elle n'était pas très bien intégrée dans sa classe, mais bon ça l'avait quand même rendue un peu triste de penser que quelqu'un en tirant son nom, c'était sûrement dit “oh non pas elle” ou alors “c'est qui elle” sans prendre la peine de chercher.
Sa jambe tressautait, de plus en plus fort, puis se calmait et enfin recommençait. Le cycle ne se terminait pas, c'était bien là le principe d'un cycle. Lors d'un moment plus fort que les autres, Abi posa sa main sur sa cuisse et chuchota.
— Arrête, il se passe quoi ?
Haylie se contenta d’hausser les épaules sans grande autre justification. Le dessert passa bien vite, il fallait dire que les reganadas à la cannelle étaient particulièrement bonnes et vient le redoutable moment des cadeaux.
Miguel bien trop excité, se leva avant tout le monde pour donner son cadeau à Rose. Le reste des Vagos suivirent un peu plus doucement que lui. Haylie, peu habitué à donner et a recevoir de quelconques cadeaux, décida d’observer un peu avant d’aviser. Est-ce qu’il fallait donner son cadeau puis partir avant que la personne l’ouvre ? Ou il fallait attendre pour voir si ça lui plaisait ? Est-ce qu’il fallait donner des deux mains ? Ou peut-être que ce n’était pas important ?
Une main tapa par surprise sur son épaule et elle sursauta.
— Tu vas pas donner ton cadeau ?
Elle n’aimait pas trop que Kenneth, ce trouillard, lui dise quoi faire. Alors elle fit comme si elle savait parfaitement ce qu’elle était censée faire et se leva sure d’elle.
— Si si, j’attends un peu c’est tout.
Kenneth hocha la tête puis s’en alla bien vite à l’entente de son prénom. Encore une fois elle se retrouvait seule.
Déjà debout, elle décida d’aller chercher son cadeau à donner. Elle s’accroupit sous le sapin et trouva le petit paquet qu’elle avait emballé soigneusement. Elle s'en alla vers Miguel. Il était occupé à raconter à Rose comment fonctionnait le kit pour faire du pain qu’il lui avait achetée. Haylie lui tapa doucement l'épaule pour ne pas le couper dans son flot de paroles.
— Haa Haylie, tu as eu ton cadeau ?
La jeune fille hocha la tête de gauche à droite mais avant que Miguel puisse répondre quoi que soit elle lui mis son cadeau dans les mains.
— Oh ! C'est quoi ?
— Bah ouvre
Miguel déchira le papier d'un grand coup pour découvrir un petit coffret bleu foncé. Le mexicain ouvrit l'écrin et émit un petit "oh". Dans la boîte se trouvait une petite chaine en or avec un pendentif en forme de cœur. Sur le cœur, on pouvait lire graver numero uno.
— Han merci Haylie, oh la la, tu peux me le mettre.
Haylie s'empressa d'attacher le collier qu'elle avait galéré à trouvé dans une bijouterie et Miguel partit se pavaner devant tout le monde pour montrer son beau collier. Tout le monde était attentif, sauf Lenny qui soupira en rigolant devant la fausse arrogance de Miguel. Il se détacha du groupe et vint se poser en croisant les bras à côté d'Haylie.
— C'est toi qui lui a offert ça ?
— Yep je crois que ça lui plait.
— T'as pas encore eu ton cadeau toi ?
— Non mais c’est pas grave.
— Aller mais ta veste et vient avec moi.
Haylie s'empressa, pour ne pas faire attendre le Padre, d'aller chercher sa veste, et s'engouffra dans le froid alors que Lenny lui tenait la porte d'entrée.
La nuit était sombre et le vent fouettait son visage. Le vent mordant lui rappelait une de ses fugues, elle avait 14 ans à l’époque ce qui remontait déjà à 10 ans tout pile. Une fugue classique à un défaut près, le jour de Noël. Elle avait choisi ce jour précisément. Déjà personne ne remarquait son absence et surtout personne ne voudrait la chercher un 25 décembre. Alors elle était partie à l’aventure, encore une fois, dans les vieux bâtiments désaffectés. C’était là où elle s’était entrainée seule à se battre, qu’elle avait appris à faire du feu et surtout qu’elle se sentait la plus à sa place avant d'être chez les Vagos. Même si les insectes lui rappelaient parfois bien que ce n’était pas son territoire mais le leurs.
Le froid s’engouffrait dans son manteau et elle frissonna.
— Tu fous quoi ? Viens.
Elle s'était visiblement un peu trop perdue dans ses pensées puisque Lenny avait déjà descendu les marches et l'attendait en bas. Les marches descendues, les deux jeunes gens marchèrent une courte distance pour arriver au quartier. Le quartier bien vide d'ailleurs, une chose manquait. Haylie sut rapidement pourquoi elle avait ce sentiment de vide.
— Il est pas là Steeve ?
— Non lui aussi fête Noël avec sa famille, t'sais les O'Neils.
Haylie acquiesça et suivit Lenny jusqu’à ce qu'il s’arrête devant la place vide de Steeve.
— Rapproche toi et regarde.
Haylie plissa les yeux et remarqua une forme inconnue dans le coin sombre. Elle s'approcha doucement et examina l'objet sans le toucher par prudence.
— Non mais vas-y prend le il va pas te manger.
La jeune fille souleva l'objet bien lourd et presque aussi grand qu’elle et sentit sous ses doigts du papier cadeau.
— Ouvre le ce serait mieux pour l'utiliser.
Haylie reposa l'objet, intriguée et mit du temps avant de déchirer entièrement le papier. Elle sentit sous ses doigts le métal froid et rien ne pouvait autre aussi grand et lourd qu’une seule chose. Un lance-roquette.
— Je peux l'essayer ?
Lenny se retenu de dire oui, elle ressemblait vraiment à une gosse avec ses yeux brillants devant son cadeau et il ne voulait presque pas la contrarier. Elle avait l’air bien trop heureuse pour qu’il refuse mais bon il voulait quand même garder sa prestance respectée de chef de gang. C’est pour ça qu’il laissa planer un silence et abdiqua d’un signe de tête. Il se promit mentalement d'envoyer un message au capitaine Boid pour le rassurer sur l'explosion qui allait arriver.
L'arme sur l'épaule, le doigt sur la gâchette, Haylie envoya la roquette entre les appartements inoccupés. La roquette explosa, le vent qui fouettait son visage n'était plus le même que celui d’il y a 10 ans, l'odeur de brulé aussi lui était presque agréable puisque désormais elle savait qu'elle ne serait plus jamais seule.
