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Destinée céleste.

Summary:

Alex s'installe au centre de la banquette, avec le secret espoir de sentir la chaleur de Michael imprégner ses vêtements, et parcourir sa peau.
En d'autres circonstances, s'il n'était pas épuisé et au bord de la rupture, il aurait pris le siège près de la portière. Il aurait laisser Maria se presser contre le flanc de Michael, il aurait juré que leurs mains jointes ne le dérangeait pas, il n'aurait pas senti ses yeux brûler de chagrin en les imaginant enlacés et il y aurait presque cru.
Cette nuit n'est pas une nuit comme les autres, où Alexander Manes peut prétendre être fait de l'acier le plus solide, cette nuit est une nuit où Alexander Manes est plus que conscient de ce que représente Michael Guerin pour lui mais aussi pour Maria Deluca.

Notes:

La nuit s'étire, alors que la dépanneuse quitte la ferme de Travis et Trevor. Coincé entre Maria et Michael, Alex ne pense pas y survivre et peut-être que ce serait bien mieux pour tout le monde.

Chapter 1: L'impact.

Chapter Text

Michael regarde droit devant lui, la route n'est éclairé que par ses vieux fards trop sale, et la faible luminosité de la lune. Il devrait se concentrer sur sa conduite mais il a bien trop conscience de la présence d'Alex contre sa jambe.
De l'autre côté du siège, Maria explique à l'opératrice du 911 comment arriver jusqu'à la ferme des jumeaux démoniaques, le petit rire que la jeune femme laisse passer glace le sang de l'Alien dans ses veines, alors qu'Alex s'éloigne subtilement d'elle ce qui le colle un peu plus contre son flanc.
Rien qu'un regard de biais, et Michael comprend le mouvement de recul. Maria vient de glisser un bras autour des épaules du soldat blessé, sa main brossant la plaie le long de sa clavicule par inadvertance.
Michael prend une respiration décidée avant de saisir délicatement les doigts de la jeune femme pour les éloigner de la blessure. Le souffle d'Alex se stabilise immédiatement, Maria murmure un « Désolée » sans réellement le prononcer alors qu'elle attend d'être mise en contact avec Michelle Valenti.

- Hey, Shérif, Maria DeLuca, se présente-elle. Alors vu que vous faites pas votre job on a dû le faire nous même.

La colère de Maria est plus que compréhensible, Michael la partage tout à fait, mais se mettre la shérif à dos ne lui apportera rien de bon. La mystérieuse disparition de Mimi restera un mystère si ils ne se mettent pas Michelle Valenti dans la poche. Et même si reconnaître du mérite à une quelconque forme d'autorité lui hérisse les poils, la droiture du shérif de Roswell est une certitude. Il est sur le point de le faire remarquer quand Alex attrape le poignet de Maria.

- Dis lui simplement ce que tu sais, affirme-t-il calmement.
- C'est ce que je fais, se défend Maria.
- Non, tu hurles, fait remarquer le soldat.
- Tu es censé être de mon côté.
- Je suis de ton côté, assure Alex. Laisse lui une chance d'enquêter.

Maria grogne sur une moue choquée, avant de reprendre un peu plus calmement « J'ai déjà envoyé l'adresse aux services de secours ». Alex se mord l'intérieur de la joue, alors qu'il cherche à capter le regard de son amie, mais la jeune femme détourne les yeux.
Michael se retient de soupire, il a déjà bien assez bousiller leur relation, il n'est réellement pas nécessaire qu'il envenime les choses en tentant de prendre la défense d'Alex face à Maria.

- Ça va, dit-il à la place en regardant vers la blessure du soldat.
- J'ai connu pire.
- On aurait quand même dû attendre les secours pour qu'ils jettent un coup d’œil, répète Michael et il sent la tension dans les épaules d'Alex contre son bras.
- J'irais voir Kyle en rentrant, contre-t-il.
- Une désinfection et un pansement, tu aurais dû laisser les secouristes te....
- Je ne me fis pas à quelqu'un que je ne connais pas pour soigner mes blessures, explique simplement Alex.

« Mais Kyle a toute ta confiance » pense Michael avec dépit mais le dis pas, et« Plus que tu n'as confiance en moi » ajoute son cerveau amèrement. L'Alien laisse son regard traîner le long de la clavicule meurtrie qu'il devine sous le pull déchiré.
« Peut-être » commence-t-il et Maria écarte brutalement les bras alors qu'elle hurle un « Vous êtes pas croyable » énervée. Michael aurait bien chercher à comprendre d'où vient ce nouveau éclat de colère, mais la jeune femme cogne la poitrine d'Alex pour attirer son attention, causant un mouvement de recul involontaire qui repousse le soldat contre l'Alien.
Le coup de volant intempestif le prend par surprise, il lui faut une seconde de trop pour concentrer son regard devant lui et il ne parvient pas à éviter la sortie de route.
Michael entend très clairement la mise en garde d'Alex, il voit du coin de l’œil le soldat se ratatiner sur Maria pour la protéger de son mieux, alors que lui même étend le bras pour les retenir tant que possible.
Le ciel d'un noir d'encre est remplacé par le terre sablonneuse au travers du part-brise, le cri de terreur de Maria se répercute dans l'habitacle, Michael sent le volant percuter son torse et l'arrière de sa tête cogner contre la vitre qui se brise.
Il lui faut une seconde pour se reprendre, concentrer son regard et son esprit, et Michael profite que le camion se retrouve à nouveau sur les roues pour le stopper net.
Le grincement de métal traverse son cerveau d'une oreille à l'autre paralysant ses sens de douleurs avant qu'il ne parvienne à se reprendre.
« Alex » est son premier mot cohérent, le soldat relève les yeux avec un petit hochement de tête rassurant. « Maria » appelle ensuite l'Alien, la jeune femme ne répond pas immédiatement mais elle est droite contre le siège, le regard fixé sur le désert par delà le pare-brise.

- Maria, insiste Alex.
- Ça va, finit-elle par dire, et les deux hommes soupires. Merde, Guerin, je suis désolée, s'exclame-t-elle.
- T'en fais pas. Tu vas bien ?

Elle hoche doucement la tête alors qu'elle les examine elle-aussi à la recherche d'une blessure éventuelle.
Michael soupire alors qu'il cherche à ouvrir la portière, le métal est enfoncé contre le siège, plié sur le cadre du volant. Il pourrait la faire voler par télékinésie mais il ne ferait qu’aggraver l'état pitoyable de la dépanneuse.

- OK, dit-il en détachant prudemment la ceinture de sécurité. Je vais passer par la vitre cassée. Restez là, je vais vous ouvrir de l'autre côté.

Michael n'attend pas d'entendre les protestations d’Alex qu'il hisse déjà ses jambes sur la banquette, un petit coup de sa main bande pour chasser les derniers morceaux de verre et il passe les bras par l'ouverture se servant de toit du camion comme point d'appui pour se redresser.

- C'est bon, je suis sorti, dit-il. Ton camion s'est détaché, ajoute-t-il. Il est resté sur la route.
- Viens ouvrir cette foutue porte, râle Maria.

« Ouais, ouais, j'arrive » marmonne l'Alien et Alex profite de leur inattention pour vérifier son genou qui le lance atrocement.
Il peut voir la légère déviation au travers du Jeans, la prothèse est sortie de son axe sous l'articulation, formant un angle étrange et dérangeant. Alex entend la portière protester quand Michael force l'ouverture, alors il se dépêche de réenclencher son moignon dans le manchon de plastique. Le frottement douloureux lui tire une grimace qu'il réprime à grandes peine quand la main de l'Alien se matérialise sous ses yeux.

- Tu es blessé, demande Michael alors qu'il aide à sortir du l'habitacle.
- A part le coup de couteau, tu veux dire, ironise Alex pour détourner l'attention de l'Alien.

Le petit rire est à la fois amusé et rassuré, Michael le hisse sur ses pieds, gardant les mains sur ses épaules quelques secondes lui laissant le temps de se stabiliser avant de reculer prudemment.

- Putain, marmonne Michael en reculant. Sanders va me tuer.
- Je lui dirais que c'est de ma faute, intervient Maria et Alex se retient de lui faire remarquer que c'est effectivement sa faute. On appelle qui, ajoute-t-elle avant de gronder un « Merde » sonore qui n'annonce rien de bon.

« Quoi », commence Michael et répète le « Merde » de la Barmaid quand elle lui présente l'écran de son téléphone fracassé. L'Alien fouille ses poches rapidement et repêche son propre téléphone à l'arrière de son Jeans. Son sourire triomphant ravive la joie de la jeune femme avant qu'elle ne déchante à nouveau.

- Sérieux, s'exclame-t-elle. Plus de batterie. Tu pouvais pas le charger avant de partir !
- Tu m'as laissé un message super flippant, comme quoi vous aviez un tueur en série au cul, tu crois vraiment que j'ai pris le temps de vérifier ma batterie avant de venir vous chercher, réplique Michael sur le même ton.

Maria referme la bouche, se mâchouillant l'intérieur de la joue avec une moue mutine adorable.

- OK, dit-elle. Je t'accorde celle là pour le sauvetage héroïque. Alex, continue la jeune femme, alors qu'elle échange un sourire charmeur avec l’Alien.
- J'ai perdu le mien quand ce fou furieux m'a poignardé.
- Magnifique, s'exclame Michael en levant les bras théâtralement.
- Qu'est ce qu'on fait, demande Maria alors qu'elle regarde Alex s'appuyer lourdement à l'aile défoncée de la dépanneuse. Ça va, s'inquiète la Barmaid aussi tôt.
- Ouais, marmonne le soldat. Juste fatigué, et on a rien avalé de la journée.

Maria ferme les yeux, alors qu'elle comprend qu'elle est aussi responsable pour l'estomac vide de son meilleur ami.

- J'aurais dû t'écouter, s'excuse la jeune femme.
- Ou prévenir Michelle de ce que te avais trouver, mais c'est trop tard maintenant, affirme Alex. OK, j'ai vu un panneau indiquant Roswell à 15 bornes peut être 10 minutes avant l'accident, reprend-il et il se tourne vers Michael. A ton avis ?
- On a dû faire deux trois bornes de plus. Et vu que on venait de Midway on est plus près de chez Max que de la ville.

Michael tourne sur lui-même quelques secondes avant de remonter le chemin vers la route, il grimpe le petit talus qu'ils ont percuté avant de pointer une direction de la main.

- Par là, affirme-t-il alors qu'il observe la partie de désert à sa portée.
- On est loin, veut savoir Maria.

Perdant à nouveau son regard sur la route et l'étendue devant eux, Michael réfléchit de longues secondes avant de sauter dans le sable à quelques pas d'Alex toujours appuyé contre la dépanneuse.

- Cinq bornes, affirme-t-il. Ça devrait me prendre deux ou trois heures pour arriver chez lui. Si ça se trouve quelqu'un passera dans le coin et verra ton camion accidenté, extrapole Michael. Vous serez peut être même rentrer avant moi.
- Quoi, s'exclament Maria et Alex d'une même vois.
- J'irais plus vite tout seul, et vous avez déjà été assez secoué pour la journée.

Maria s'écrit d'un « Je reste pas toute seule dans le désert en plein milieu de nuit » quand Alex le contre d'un « Tu t'es cogné la tête ».

- Hey, j'y suis pour rien, on m'a cogné la tête, précise Michael, avec emphase.
- Deux fois, confirme Alex. Donc tu ne vas pas marcher deux heures dans le désert de nuit seul alors que tu as peut être une commotion.

Michael sent une petite flamme éclore au creux de sa poitrine, le regard d'Alex est clair, franc, implacable. « OK » s'entend répondre l'Alien, et le soldat se redresse doucement, il prend une seconde pour rétablir son équilibre, avant de tendre la main pour que Michael le hisse sur le petit talus. Maria soupire quand Michael lui tend la main quelques secondes plus tard pour la ramener à leurs hauteur.

- Combien de bornes déjà, marmonne-t-elle et Alex lui tapote gentiment l'épaule.

Michael prend la tête, regardant bien des deux côtés de la route avant d'agiter le bras pour les pousser à traverser. Maria crochète une main dans le creux du coude d'Alex, lui murmurant « Mode Alien bodyguard activé » assez flatteur. L'Alien en question les regarde passer en secouant la tête, la réponse d'Alex ne lui parvient pas vraiment mais la jeune femme se perd dans un éclat de rire magnifique alors il les contourne pour ouvrir la voie.

- Hey, attend, l'interpelle Maria. Max ne sera pas chez lui, il devait partir en rendez vous « retrouver les souvenirs de mon âme sœur » avec Liz ce soir.
- C'est pas grave, au moins on sera plus perdu en plein désert au milieu de la nuit, se moque Michael. On pourra utiliser son fixe pour appeler Kyle.
- Kyle, s'étonne la jeune femme. Depuis quand Valenti fait partir de ton cercle de confiance, ironise -t-elle à son tour.
- Depuis qu'Alex s'est fait poignardé, réplique l'Alien et il lance un regard vers l'arrière les mettant au défi de discuter sa décision.

Alex pour sa part, se garde bien de commenter, il a froid, faim, son corps parcouru de frisson que la faible température ne peut pas expliquer à elle seule. Il s'accroche un peu plus au bras de Maria, et se concentre sur la cadence de ses pas et la pression que chacun d'entre eux exercent sur sa jambe.

§§§

 

Michael marche deux bon mètres devant eux, la démarche franche et nonchalante, il règle tout de même son allure sur les soupires fatigués de Maria. La jeune femme est silencieuse depuis qu'ils ont quitté la route, vingt minutes plus tôt, Alex n'aime pas ce silence qui ne fait que le ramener à son propre état d’épuisement.

- Tu crois que le Crashdown sera toujours ouvert ?
- Liz est probablement occupé à s'envoyer en l'air avec Max, réplique la Barmaid.
- Hey, c'est mon frère, grogne Michael mais Maria l'ignore.
- Elle aura sûrement pas le temps de nous faire des frites.
- Je veux juste que le resto soit ouvert, affirme Alex. Je les ferais moi-même ces frites.
- Avec un milk-shake, lance Michael.
- A la fraise, tranche Maria.

« Chocolat » contre le soldat, au loin il peut voir Michael hoche la tête comme pour lui donner raison et l'Alien remue vaguement l'épaule gauche, peut-être qu'il ne s'est pas cogné que la tête.

- Moi, je veux deux burgers et de la glace, ajoute Alex, et il se demande bien ce qu'il fera de tout ça, il n'a même plus faim.
- Acétone, grogne au loin Michael.
- T'en avais pas dans la dépanneuse, interroge Maria.
- Sanders foutrait quoi avec de l'acétone, remarque justement le consommateur d'acétone.

« Toucher » réplique la jeune femme avec un sourire charmant quand Michael incline la tête dans leurs direction. Alex étudie attentivement la visage de son amie et ce qu'il croit discerner dans ces grands yeux noirs étincelants.
« Michael est destructeur » a-t-elle dit ce matin, Alex se souvient d'un « Il se bat, il ment » et de tout ces petits mots de rejet à l'encontre de l'Alien, qui n'a pas hésité une seule seconde à voler à leur secours, qui est encore occupé à les sauver, sans se plaindre ni même reprocher à Maria les erreurs qu'elle n'a cessé d'accumuler tout au long de la journée.
Tout d'un coup, Alex aimerait bien se détacher du bras de son amie, marcher seul un peu plus loin, pouvoir s'éloigner des deux électrons libres prêt de se télescoper. La collision promet d'être épique, incandescente, cosmique, non, pas cosmique stellaire, enflammée, destructrice.
Le soldat en lui soupire de se sentir si faible, de se laisser anéantir par ces sentiments qu'il ne devrait plus ressentir, et dire que quelques heures plus tôt il était persuadé d'avoir tourné la page.
Le petit bip à son poignet le ramène immédiatement sur terre, une heure du matin, ils ont quitté la route il y a plus d'une heure, et il ne sent plus rein d'autre dans son corps que la brûlure sous sa cuisse droite.
Michael s'arrête pour masser son épaule visiblement douloureuse, Maria en profite pour le rattraper, elle glisse une main dans la nuque de l'Alien, avec un murmure attendri et rassurant. Alex détourne le regard et s'autorise une petite minute de répits contre un rocher. La hanche appuyée à la pierre froide, il soulève la jambe, retenant de peu le soupire de douleur alors que la pression reflue lentement. Le blessé irait bien masser son genou et ce qu'il reste de son mollet mais il craint de découvrir l’ampleur des dégâts sous le tissus rigide de son Jeans.
Alors il se contente d'apprécier l'air frais sur son visage et sa nuque. La sensation apaisante lui permet presque d'oublier les murmures complices quelques part sur sa droite jusqu'à sentir la rumeur des pas l'approchant.

- Tu pense pouvoir continuer, demande Michael et Alex déteste la note d'inquiétude dans cette voix qu'il aime tant.
- Ouais, je vais bien. Juste, tu sais, longue journée, dit Alex avec aplomb, et il se détache courageusement de la pierre.

Michael reste droit contre son flanc, offrant la stabilité de son corps pour permettre à Alex d'amorcer le premier pas, et c'est tout ce dont il avait besoin. Le soldat retrouve son équilibre, son esprit se concentre à nouveau sur la cadence de sa marche, et le décompte de ses pas.
Maria se raccroche à son bras, la tête posé sur son épaule, son amie est à nouveau silencieuse, et Alex se demande s'il ne préfère pas les entendre flirter plutôt que de penser en secret aux dégâts que cette journée désastreuse laissera derrière elle.
Au loin, un coyote hurle à la lune, Maria tremble contre son bras et Michael lâche un petit rire amusé, comme s'il avait pu percevoir la peur de la jeune femme.

- Il n'approchera pas, dit l'Alien, et Maria soupire.
- Comment tu peux en être aussi sûr ?
- C'est un coyote, DeLuca. Qu'est ce qu'il viendrait foutre ici ?
- Nous manger, s'exclame la jeune femme.
- Toi peut-être, abonde Michael. Moi je suis pas comestible, tu te souviens ?

Le rire de Maria se répercute au travers de son crâne, voyage entre ses os avant de venir se fracasser contre son cœur, Alex ferme les yeux, refusant de voir la connivence et l'harmonie unir leurs regards, alors que Michael émet un petit ricanement charmeur.
Définitivement, Alex est une créature faite pour la solitude, pourtant il les écoute parler d'un voyage au Texas, qui n'aurait jamais dû avoir lieu, visiblement.
Ils n'en disent rien, mais le soldat comprend qu'il s'agit du début de leur histoire, il se promet de ne plus jamais passer la frontière du Texas.
Sur sa gauche, Michael esquive la main de Maria avec un rire profond et sincère. Son amie râle, faussement énervée, alors qu'elle cherche à nouveau à frapper l'arrière du crâne de l'Alien.
Alex sent venir la nausée, il recule d'un pas chancelant, lâche le bras de la jeune femme et perd l'équilibre.
Il a vaguement conscience du changement de perspective, le ciel étoilé lui apparaît net, vaste, plus réel que les mots prononcés autour de lui, mais bien moyen que les bras dans son dos.
Alex se sent flotter, l’effroyable raclement contre sa peau meurtrie s'efface soudainement et la chaleur bienfaitrice vient l'envelopper.
Au loin derrière la sensation de bien-être, Alex perçoit les murmures empressés et inquiets d'une voix qu'il aime plus que de raison, alors il se force à ouvrir les yeux pour tomber sur le visage concerné de Michael.
Répétant son prénom inlassablement, l'Alien parcourt son visage de ses yeux effrayés avant de se stabiliser sur son regard quand Alex parvient à faire le point.

- Hey, murmure gentiment Michael. Qu'est-ce-qui t'arrive ?
- Je ne sais pas, répond Alex et sa bouche pâteuse l'énerve.
- Tu as perdu connaissance, dit Maria sur sa droite, et il la regarde un peu perdu.
- C'est vrai ?
- Ouais, répond l'Alien et le regard perdu se concentre sur ses lèvres.
- Qu'est-ce qui m'arrive ?

Michael souffle un soupire effrayé et son regard dérive vers la cuisse d'Alex. Au loin, le blessé perçoit la main de Maria s'arrimer à l'épaule de l'Alien alors que son visage reflète une peur inimaginable.

- Hey, Alex, appelle Michael pour attirer son attention. C'est ta jambe ?
- Ma jambe, répète bêtement Alex, et il fronce les sourcils, sa jambe à disparue depuis longtemps.
- Oui, Alex, ta jambe. Tu veux bien que je regarde ?

Alex ne fait que se perdre au fond des grands yeux lumineux de l'Alien, « Tout ce que tu veux » pense-t-il et s'apprête à le dire quand les doigts prudents se posent sur son genou, envoyant une langue de douleur brûlante jusqu'au fond de ses os.

- Non, s'exclame Alex et toute sa conscience lui revient. Touche pas, ça va aller.
- Tu dois enlever la prothèse, contre Michael. Quelques minutes, pour te reposer, tu la porte depuis plus de douze heures. Tu as marché, couru sans prendre de précaution. C'est trop.
- Non, j'ai pas besoin de l'enlever. Juste me reposer un peu, ça va déjà mieux.

Michael triture sa lèvre d'énervement, Alex ment ou se berce d'illusion. Le soldat ne fait jamais grand cas de sa personne et aujourd'hui ne fait pas exception.

- OK, repose toi. C'est bien, mais il faut retirer la prothèse, au moins quelques minutes pour laisser ta peau respirer, temporise Michael et Alex ferme les yeux.
- Je ne peux pas faire ça.
- Je vais le faire pour toi, propose l'Alien et il retrousse déjà le pantalon.

« Non » supplie Alex, et Michael s'arrête brutalement les mains contractées sur la tige de métal, « Pourquoi » demande l'Alien et Maria laisse couler quelques larmes, fatigues, peur ou chagrin. Ils ne savent plus ce qui est réel et comment ils en sont arrivés là.

- Si tu l'enlève, je ne pourrais plus la remettre.
- C'est pas grave, commence Michael mais Alex l'arrête en serrant les mains sur ses poignets.
- Je pourrais plus marcher si tu l'enlève, et on est encore au milieu de nulle part.

« Alex » lance Michael comme un avertissement, le soldat sent ses yeux brûler désagréablement, alors il serre les doigts un peu plus fort sur la peau de Michael Guerin.

- Si tu l'enlève, je ne pourrais plus la remettre, répète-t-il.
- Pourquoi, demande l'Alien d'un faux air calme.
- C'est..... je crois que c'est humide, hésite Alex et la crainte dans les yeux de Michael devient terreur.
- Raison de plus, Alex. Il faut la retirer.

Alex se perd en explication absurdes, il pleure, gronde et supplie quand Michael tente d'argumenter rationnellement. Maria a reculé de plusieurs pas, s'il parvenait à réfléchir correctement, il se relèverai pour aller chercher son amie et la ramener en sécurité près de Michael mais tout ce qui le préoccupe pour le moment est justement Michael et ses mains dangereusement proche de son genou.
« Alex » dit fermement Michael, d'une voix stricte et sans appel, le blessé se fige. Les mains contractées de l'Alien viennent se perdre sur sa mâchoire, les pouces brossent gentiment ses pommettes et les grands yeux brillent bien trop pour la santé mentale d'Alex.

- Écoute moi bien attentivement, Trésor, dit calmement Michael et il se fiche que Maria l'entende. Je vais retirer cette saloperie de ta jambe, que tu sois d'accord ou pas. Et ce sera beaucoup plus facile pour tout le monde si tu me laisses faire.

Alex déglutit péniblement, ses mains le font souffrir d'être restées contractées si longtemps sur la peau de Michael Guerin, il voudrait seulement pouvoir respirer et oublier tout ce qui l'entoure mais Michael n'est pas prêt de l'abandonner cette fois, alors Alex hoche simplement la tête.

- Doucement, demande le blessé.
- Promis, Trésor, répond gentiment Michael.

Une dernière caresse le long des tempes et Michael termine de remonter la toile du pantalon. Dans l'ombre la tâche sombre pourrait paraître anodine mais l'Alien sait ce qui se cache sous l'amas de plastique et de tissus.
Alex ferme les yeux quand le cliquetis de la sangle claque dans le vaste espace vide, la pression diminue, juste un peu. Prudemment, Michael fait glisser la prothèse du genou, le tissu protecteur émet un chuintement désagréable et inquiétant, quand le plastique quitte enfin sa chair.
Le soldat contracte à nouveau les mains sur les poignets de l'Alien, le tissu colle atrocement contre sa peau douloureuse.
Leurs regards se croisent, Michael lui offre un pauvre sourire désolé, l’encourageant à garder les yeux sur son visage quand il retire rapidement le tissu. Le bruissement humide est une torture inimaginable pour ses oreilles, l'Alien n'ose pas baisser les yeux de peur de découvrir l'étendu des dégâts, et c'est l'inspiration choquée de Maria qui le convint de regarder.
La peau est rouge et à vif, le sang séché recouvre le moignon presque jusqu'au genou, la cicatrice autrefois nette et bien définie ressemble aujourd’hui à de la chair broyée, et le sang recommence à couler.

- Merde, Trésor, pourquoi tu m'as rien dit ?
- Je ne pensais pas que c'était aussi grave, se défend péniblement Alex. Qu'est-ce-qu'on va faire ?
- Je vais te porter, dit Michael d'un ton sans appel. Et Kyle va te rafistoler.
- Tu ne peux pas me porter, contre Alex. Je ne pourrais pas t'aider, tu es épuisé, et blessé et on est encore trop loin.
- Je vais te porter.
- Non, laissez moi ici et je.....
- Plutôt crever, gronde Michael, l’attrapant durement par la nuque. On est plus très loin, tu vas t'accrocher et je vais te conduire en sécurité, d'accord, insiste-t-il, et Alex hoche la tête.

Michael sent les bras serrer sa gorge avec un peu trop de force pour qu'il puisse respirer correctement, mais ce petit surplus d’énergie lui plaît bien trop pour qu'il ne le fasse remarquer. Alex souffle péniblement dans son cou, même débarrasser de la prothèse la douleur doit être insupportable tout autant que la peur qui doit régner en maître dans l'esprit torturé du soldat blessé.
La plaie est profonde, et les conséquences pourraient être dramatique, Michael n'imagine pas Alex traverser cette épreuve sans y perdre une autre pièce de son humanité.

 

§§§

 

- Je vois la maison, s'écrit Maria soudainement et Michael semble reprendre son souffle.
- La clé de la porte vitrée est au dessus de l'encadrement, l'avertit Michael et la jeune femme court aussi vite que son épuisement le lui permet. On y est, Trésor. On y est.

Alex gémit péniblement dans son oreille mais le soldat redresse courageusement la tête.

- On l'a fait, soupire l'Alien.
- Tu l'as fait, corrige Alex, et sa voix retrouve cette fermeté si séduisante.

Michael craint un instant que ses muscles ne lâchent juste avant d'atteindre le canapé, Alex se cramponne à ses épaules de son mieux, comme s'ils partageaient la même frayeur mais ils parviennent tout de même à se poser sur le bord du sofa sans une ultime catastrophe.
Alex se laisse aller entre les cousins désordonnés, Michael glisse lentement sur le sol, collant sa tempe à la cuisse gauche, et gémit de bien-être quand les doigts d'Alex viennent se perdre dans ses cheveux.
Maria les observe de loin, et se demande si elle est vraiment en droit de la déranger, mais la tâche de sang sur le Jeans d'Alex s'étend dangereusement, alors elle tousse, gênée et désolée de troubler le calme relatif.

- Je ne connais pas le numéro de Kyle, je ne sais pas comment on peut le joindre.
- T’inquiète, regarde sur le bureau, y a un carnet bleu, explique Michael et il attend de voir Maria lever le carnet en question avant d'agiter la main pour l'inciter à l'approcher.

L'Alien tend le bras vers la table basse attirant le téléphone à lui par la force de son esprit, puis attrape le carnet que lui tend Maria. Il faut trois sonneries pour que la voix ensommeillée de Kyle Valenti gronde un « Quoi » décourageant.

- Valenti, appelle tout de même Michael.
- Oh non, sûrement pas. Je suis bien trop bourré pour gérer tes crises existentielles maintenant, Guerin. Trouve toi un autre punching-ball.
- Alex est blessé.
- C'est grave, fusse immédiatement, le sommeil et l'ivresse disparus en l'espace d'une seconde.
- Je crois, hésite Michael et il ose un regard vers le visage fermé d'Alex.

Les doigts se figent dans ses cheveux en même temps que la respiration du soldat se bloque dans sa gorge, quand leurs regards se croisent avant de reprendre lentement au sourire encourageant que lui offre Michael.

- Tu es où ?
- Chez Max.
- Chez Max, mais qu'est-ce-que vous foutez là bas ?
- On a eu un accident et j'ai dû improviser, explique Michael aussi calmement que possible. Tu viens ou quoi ?
- J'appelle Cam', confirme Kyle, et l'Alien passe les minutes suivantes à décrire la blessure.