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Ce soir, je pouvais presque la toucher du doigt.
Je dansais au milieu d’un vieux morceau quelconque que je reconnaissais vaguement.
Les garçons avaient insisté pour une soirée sans alcool. Je ne sais pas quelle bêtise avait pu les traverser. Même si une part au fond de moi savait que Kyle y était probablement pour quelque chose, et que j’en étais la principale raison. Son regard fuyant après que je l’appris n’en était que la confirmation.
Bizarrement, je n’avais pas bu avant de venir.
Il voulait un Stan sans alcool ? Très bien. Il allait être servi. Je ne faisais que suivre ses désirs, après tout.
J’étais arrivé à la soirée en retard, l’air un peu maussade. Je n’étais pas dans ma pire humeur, mais on ne peut pas dire que je transpirais la joie. Malgré ça, Kyle m’accueilli avec un sourire assez grand pour nous deux. Je lui répondis avec un regard un peu ennuyé. Il n’eut pas l’air d’en tenir compte. Une tape sur le dos de Kenny, une embrassade d’un Butters sans gêne, un salut de la tête de Cartman, et je descendais enfin dans le sous-sol de ce dernier, transformé depuis quelque temps dans le lieu parfait pour accueillir nos soirées plus intimistes que lorsque nous allions chez Tolkien avec tout le reste du lycée. Ce soir-là, il n’y avait quasiment que la bande. J’aperçus vaguement Tweek et Craig dans le fond, qui semblaient être occupé à caler leur respiration l’un sur l’autre pour tenter de calmer le blond. Ce n’était pas vraiment eux qui allaient faire de vagues ce soir.
« Bon, qu’est-ce que vous voulez faire, les gars !? » nous interrogea Butters avec un peu trop d’enthousiasme au vu de la situation.
Je grognais en prenant la télécommande de la stéréo.
« Garde ton énergie pour ça, » lui lançais-je en allumant ce que j’imaginais être une musique sur laquelle nous pourrions danser et nous briser les tympans.
Je n’imaginais pas entendre Wannabe des Spice Girls se lancer.
Le ricanement de Kenny emplit immédiatement la pièce.
« C’est ça que t’écoute quand on est pas là ? » demanda t-il à Cartman en se tordant de plus belle lorsque je mettais la chanson suivante pour tomber sur du Britney Spears, puis du Taylor Swift.
Le concerné devint rouge pivoine en un instant.
« Ça doit être ma mère qui vient écouter ses musiques de merde ici. MAMAN, JE T’AI PAS DIT DE PAS FOUTRE LES PIEDS ICI ? »
« Ouais ouais, épargne-nous ça, » écarta Kenny d’un mouvement de main d’un air nonchalant. « On se rappelle tous de ta phase Justin Timberlake. »
C’était toujours un bon moment pour mentionner cette vieille vidéo que Butters avait filmé dans le jardin de Cartman, il y a presque une décennie de cela. Un début de sourire m’en échappa presque. Je sentis le regard observateur de Kyle se poser sur moi. Mon visage redevint immédiatement neutre.
« J’avais NEUF ans, merde ! Est-ce qu’on peut enfin oublier cette histoire ? »
« Bien-sûr, si tu arrives à tenir vingt-quatre heures sans m’insulter moi ou ma religion, » proposa Kyle en roulant des yeux.
« PARFAIT ! C’est comme si c’était fait. T’aurais pas pu me demander plus facile ! »
« C’est ce qu’on va voir, gros lard. »
« M’APPELLE PAS COMME CA ESPECE DE SALE J… »
Il se figea immédiatement.
« J… jeune canaille. Tu sais bien que j’ai une ossature lourde. »
« C’est vrai que ça n’a rien à voir avec tous les cheesy poofs que tu t’enfiles dans ton lit en pensant à Justin Timberlake. »
Je n’aurais jamais cru voir le visage de Cartman se retenir autant d’exploser. Mais aucun son n’en sorti, pour une fois.
Kyle se laissa tomber à côté de moi dans un pouf.
« Oh, je sens que ça va être une soirée magique, » réalisa t-il en s’adressant à moi avec une mine réjouie.
« On peut pas dire que ça ne va pas être intéressant, » pouvais-je au moins confirmer.
Deux heures et quatre pizzas plus tard, je laissais enfin la musique me faire oublier qui j’étais. Je ne voyais que les lumières sautiller et s’entremêler dans mon champ de vision. Des corps sombres qui dansaient avec plus ou moins de vigueur au milieu de tout ça.
Et moi, qui laissait le rythme m’envelopper tandis que je n’avais plus rien à penser à part le suivre. Je le laissais le rendre maître de mes actions.
Certes, je n’avais rien pour m’y plonger dedans avec oubli aujourd’hui. Mais quelque chose dans cette ambiance qui ne demandait rien de moi m’y plongeait sans problème.
Si je me tirais un instant de ma torpeur, je pouvais voir qui était pris de la même transe que moi.
Cartman semblait plus ou moins dedans, l’air morose. Ça devait probablement l’empêcher d’insulter le rouquin, de se concentrer sur autre chose. Tweek et Craig étaient toujours assis en retrait, discutant calmement en se tenant la main. Je ne sais vraiment pas ce qu’ils faisaient à ce genre de soirées. Je n’imaginais pas voir l’un ou l’autre se mettre à danser un jour. Butters était occupé à montrer sa meilleure chorégraphie à Kenny, celui-ci pouffant tandis qu’il se déhanchait lui-même avec un manque de rythme considérable.
Puis il y avait Kyle. Une danse qui n’était pas des plus prononcées, mais plutôt honorable. Il avait arrêté de vérifier chaque seconde si je m’amusais, ce qui était un soulagement. Pour autant, il ne me laissait jamais très loin. Mais ça ne sortait pas spécialement de l’ordinaire. Nous étions meilleurs amis, après tout. Même s’il m’arrivait de ne pas penser le meilleur de lui dans mes moments sombres, je savais que tout s’arrangeait lorsque que je refaisais surface. Et qu’il était toujours prêt à m’accueillir après ça. Je ne sais pas ce que j’aurais fait sans un ancrage comme lui. Peu importe ce que je disais, j’étais profondément reconnaissant de ce lien que nous avions.
C’est ainsi que je décidais de laisser tomber les voix dans ma tête un instant pour le tirer par le bras, me plaçant ainsi face à lui. Il me sourit comme à son habitude. Cette fois-ci, je le lui rendis. Et je ne manquais pas la petite étincelle qui parcourut ses yeux en le remarquant. Je roulais des yeux face à cela, ce qui le fit rire.
Nous dansions un peu n’importe comment. Parfois avec un peu trop d’ardeur, ce qui nous amusait. Parfois nous cherchions juste quelques mouvements assez stupides pour faire rire l’autre. D’autres fois, nous étions en rythme, et nous nous contentions de se concentrer sur l’autre pour oublier le reste.
Finalement, l’alcool n’était peut-être pas la seule chose qui me faisait presque sentir appartenir à ce monde.
Il existait ces quelques moments où je pouvais presque me fondre dans cette matrice utopique et la sentir.
Elle était proche.
Oui, ce soir je pouvais presque la toucher du bout des doigts.
Et tout ça, grâce à lui.
A comment il me faisait sentir.
