Work Text:
Le banc de l’Eden.
Il est bleu, il est à côté du siège de maître nageur de Boid, et il est le pire banc de la piscine, tout simplement.
Il y a de l'air froid soufflé par des grilles dans le dos, il est à côté du pédiluve, la peinture s’écaille, il colle aux cuisses et c’est là que s’assoient toutes les personnes punies.
Matéo y a déjà été.
Le jour de l'ouverture, il a couru au bord de la piscine avec Lenny et Miguel et les maîtres nageurs Boid et Kuck l’ont chopé pendant que ses supérieurs fuyaient.
Il avait passé la journée sur la banc à réfléchir à ses actions et à regarder Miguel et Lenny occupés avec leurs pistolet a eau, ne prêtant pas attention à lui.
Alors Matéo a peur d’y retourner, c’est quand même super ennuyeux et les coups de frites en mousse des maîtres nageurs n'aident pas.
Mais sur ce banc, il y a plein de gens qui y passent.
D’ailleurs, Devon y va tellement, que Matéo se demande comment son ami fait pour le supporter.
Quoi qu’il arrive, le banc n’est pas l’endroit rêvé.
Un jour, alors que Matéo profitait du bassin pour enfant où l’eau est bien chaude avec les Croute, il vit du coin de l'œil quelqu’un y être amené.
Devon, encore…
Il doit sûrement encore avoir glissé à force de courir au bord de la piscine.
Ou peut-être qu’il a encore embêté quelqu’un.
Quoi qu’il arrive, Devon n’a pas le sourire de défi qui couvre son visage en permanence.
Et ça inquiète un peu Matéo.
Il se lève, essore un peu son t-shirt et alors que les Croute s’amusent avec les pistolets qu’il leur a confiés, il avance vers le banc.
Devon y est, seul.
C’est bientôt la fermeture de la piscine alors la plupart des gens sont partis.
Il y a pas grand monde à regarder pour s’occuper.
“Ah tiens salut Raccoon ! ça va ?”
Tiens, il a retrouvé son sourire…
“Sì et toi ?”
“Et bah ouais, comme tu le vois j’ai un banc sans avoir à réserver la place !”
Il lâcha un petit rire en faisant mine de se détendre mais au contacte des grilles d'aération il se redressa en une grimace d'inconfort.
Matéo n'eut même pas besoin de demander à Devon pourquoi il était là que ce dernier commença déjà à s'expliquer.
“Et dire que j’suis là pour avoir aidé Tim, c’est vraiment nul…C’est pas d'ma faute si la fille veut pas le voir ! Et regarde le maintenant avec son Fab…”
Matéo jeta un coup d’oeil vers là où Devon regardait en souriant, Tim et son ami au caleçon noir a cœur était entrain de parler assis au bord de la piscine, les joue roses.
Matéo regarda à nouveau Devon qui avait détourné son regard pour regarder ses autres amis courir sans lui.
Raccoon hésita un instant, il jeta un œil aux Croute, ils étaient occupés un bon moment à discuter avec le médecin aux techniques peu orthodoxe alors tout allait bien.
Il lui fallut un petit instant pour concocter un plan et le communiquer à Devon qui acquiesça non sans un léger regret.
Quelque minute plus tard, Raccoon fit le sprint de sa vie au bord de la piscine, il sentit l'adrénaline envahir son corps lorsque le sifflet du dernier maître nageur retentit derrière lui.
Il avait peur de retourner sur le banc, mais pour aider quelqu’un…
Il manqua de glisser dans un virage mais continua sa course effrénée, le plus loin possible du banc, suivi de près par celui qu’il reconnut comme étant Panis, vu le fort accent du sud et la voix familière de ce dernier.
Il connaissait la piscine par cœur à force d’avoir trainé sans but dans l'immense bâtiment avant de rencontrer les Croute.
Matéo, trop concentré pour rire au cris du maître nageur qui voulait prendre sa fin de service, jeta un coup d'œil vers le banc.
La diversion avait marché, Devon avait quitté le banc sans encombre, il avait rejoint ses amis.
Matéo ralentit progressivement, allant vers le bassin pour enfant.
Alors que Panis arrivait à ses côtés, Matéo lâcha un sourire au Croute en leur faisant un petit coucou, les deux adolescents eurent des expressions surprises puis outrées alors que Panis attrapa plus violemment que nécessaire le bras de Raccoon pour l'entraîner vers le banc.
Il s’y installe, regardant la piscine, seul avec ses pensées.
Plus loin, Devon riait avec ses amis, Fab et Tim avaient disparues, Panis était au téléphone avec un sourire idiot sur le visage, et les Croute lui faisait des signes comme pour lui raconter une histoire en ombre chinoise.
Le soleil commençait à se coucher à travers l'immense dôme de verre qui servait de plafond, le parc allait bientôt fermer, il allait pouvoir se lever de ce banc
Il allait pouvoir raccompagner les Croute.
Et revenir le lendemain.
