Chapter Text
Il y avait dans le calme de l’obscurité quelque chose qui déran-geait Mercredi. Son esprit aiguisé, d’ordinaire friand de cette séréni-té, ne pouvait s’empêcher de s’emballer. Le calme. Il n’y avait rien d’autre qu’un calme malsain qu’elle aurait apprécié avec beaucoup de plaisir il n’y pas si longtemps encore. Mais ce soir, c’était différent. Ce soir, l’équilibre que Mercredi avait trouvé à Nevermore était remis en question. Mais qu’y avait-il de différent ? La jeune fille gothique n’en savait rien…
Si, tu le sais.
Mercredi, agacée, finit par sortir de sa léthargie pour se redres-ser et s’assoir sur le rebord de son matelas. En face d’elle s’étendait l’espace d’Enid. Un océan d’arc-en-ciel qui, malgré l’obscurité de la nuit, arrivait presque à lui brûler la rétine. Pourtant, ce ne fut pas l’abondance écœurante de couleur qui dérangeait l’étudiante. C’est l’absence de son instigatrice. Enid était partie pour la soirée. Un ren-dez-vous avec un admirateur secret d’après ce qu’avais compris Mercredi. Cette pensée lui serra le cœur. Mais pourquoi diable les rencarts de sa colocataire la dérangeait-elle ?
Tu sais très bien pourquoi…
C’est d’un geste colérique qu’elle se décida à quitter son lit in-confortable pour rejoindre son bureau où l’attendait sa machine à écrire. Elle avait déjà rempli son heure d’écriture, même si durant la moitié de ce laps de temps, elle n’avait pas trouvé comment faire avancer l’enquête de Vipère. Mais si se replonger dans son roman pouvait l’empêcher de penser au garçon qui envahissait la bouche d’Enid avec sa langue, ce sera avec le plus grand enthousiasme qu’elle s’adonnera à un moment d’écriture supplémentaire.
Toutefois, elle n’eut pas le temps de marquer sur la page im-maculée plus de quelques mots car la porte du dortoir s’est ouverte avec grand fracas. Mercredi n’eut pas besoin de poser les yeux sur l’entrée pour savoir qu’une silhouette couverte d’un pull rose s’y te-nait, sans doute en colère au vus de son arrivée magistrale. Répri-ment l’envie de saluer la louve, Mercredi reporta son attention sur sa machine à écrire et aux claquements apaisant de ses touches. A nouveau elle fut perturbée. Les pas qu’elle entendait dans son dos semblait incertain et titubant. Peut-être Enid avait-elle exagéré sur l’alcool pendant son rendez-vous ?
Mais lorsque qu’elle entendit sa colocataire s’effondrer sur le sol, Mercredi n’eut pas la conviction de l’ignorer plus longtemps. Elle se leva donc de son bureau et se tourna vers le centre de la pièce. Son estomac fut assailli par un éboulement de pierre quand elle vu Enid, couchée sur le sol en position fœtale, les joues marquées par des rivières de larmes salées. Son pull et son pantalon étaient en lambeaux, imbibée d’eau, comme si elle avait plongée tout habillée dans un lac. Mais l’hiver était à son paroxysme avec des température avoisinant les -5 degrés. L’hypothèse du bain de minuit était peu probable. En s’attardant un peu plus sur son visage, Mercredi s’aperçut que plusieurs hématomes bleuissaient la peau douce de la jeune fille. Sans parlée de la saleté qui recouvrait son visage.
Son beau visage…
Non, il ne fallait pas qu’elle pense à ça. C’était déplacé et cer-tainement pas le moment. De plus, la forme d’Enid sanglotante et visiblement en proie à diverses blessures attisait en elle une inquié-tude dont elle ne se savait pas capable.
Mais qu’est-ce que… ?
Enfin Mercredi sortit de sa torpeur et s’avança vers la louve en pleurs. Ne sachant trop comment réagir, la jeune gothique s’agenouilla devant sa colocataire et la fixa avec son impassibilité habituelle. Une partie d’elle lutait pour prendre Enid dans ses bras et lui offrir une étreinte pour tenter de la réconforter. Une autre part d’elle voulait juste sortir de la chambre, retrouver les responsables et pratiquer sur eux une torture inédite qui les fera regretter d’être né. Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à abandonner Enid. Elle sentait au plus profond d’elle qu’il valait mieux rester pour « aider » la jeune louve que d’accomplir la vengeance qui lui trotte dans la tête.
Avec une hésitation ostensible, Mercredi posa une main sur l’épaule d’Enid. Le contact envoya un frisson étrange jusque dans la colonne vertébrale de la gothique. Enid leva timidement ses yeux rouges et inondés de larme vers sa colocataire, comme si elle venait de prendre conscience de sa présence. Les deux adolescentes se re-gardèrent pendant un moment, juste un instant figé dans l’immensité du temps. Puis, abandonnant toutes formes de réserves, Mercredi écarta légèrement les bras.
Pour la jeune louve, ce fut le feu vert qu’elle attendait depuis plusieurs mois. Elle enroula ses bras tremblants autour de la gothique et enfuis sa tête contre sa poitrine. Mercredi, lui rendit la pareille et la serra fort contre son cœur, si on pouvait considérer qu’elle en avait un, ignorant l’eau qui dégoulinait des vêtements de son amie. Enid éclata en sanglot bruyant et s’agrippa à sa colocataire avec force. Contrairement à ce qu’elle s’attendait, Mercredi ne trouvait pas ce contact désagréable. Elle aurait même pu le savourer dans d’autre circonstance.
Elles restèrent ainsi pendant une période indéfinie, ne voulant pas lâchée l’autre. Si Enid semblait se perdre dans ce confort hu-main, Mercredi n’arrêtait pas de réfléchir et d’établir la priorité des choses à faire. Dans l’ordre, il fallait qu’elle soigne la jeune louve. Elle avait des ecchymoses sur le visage mais elle était peut-être aus-si blessée autre part. De plus, la jeune gothique pouvait déduire, en se basant sur sa peau froide comme la glace, qu’Enid devait frôler l’hypothermie. Pourtant, elle ne pouvait se résoudre à bouger et at-tendit que les pleurs de la fille colorée se calme.
« Tu as froid. Il faut que tu enlèves ces vêtements trempé » dit Mercredi de sa voix monotone.
Enid, qui grelottait dans ses bras, desserra son étreinte pour poser un regard timide sur le visage de sa colocataire mais n’osa pas croiser yeux. Il fallut que cette dernière pose une main sous son menton et la force à planter ses iris dans les siens. Pour la première fois depuis leur rencontre, Mercredi ne vit pas cette lueur qui animait toujours le regard de la louve. Elle semblait avoir été englouti par un ombre, un désespoir si profond que même Mercredi ne s’y risquerait pas. Délicatement, mais toujours hésitante, elle passa ses doigts al-bâtres sur les joues de la jeune fille en détresse pour chasser les larmes qui les sillonnaient. Une tâche vaine car elles furent bientôt remplacées par de nouvelles perles salées.
« Enid, allons jusqu’à ton lit » murmura la gothique « ensuite, nous verrons mais nous ne pouvons pas rester ainsi sur le sol. Il y a des façons de mourir bien plus intéressante que l’hypothermie. Tu mérites mieux que ça ».
D’ordinaire, cette phrase l’aurait fait sourire mais pas ce soir. Cette fois, Enid était comme éteinte. Toutefois, elle obéit et tenta de se remettre sur pieds. Ses jambes flageolaient tellement que Mercre-di l’aider à marcher jusqu’à son lit. Lorsqu’elles arrivèrent à destina-tion, la gothique fit s’assoir son amie et se tint debout devant elle. Enid enroula ses bras autour de Mercredi et une fois de plus, l’attira dans une étreinte. Il fallait absolument régler ce problème de vête-ment mouillé et de température corporelle trop basse. Mais la go-thique n’eut pas le cœur à repoussé sa colocataire. Alors elle passa une main dans ses cheveux trempés et attendit qu’Enid puisse re-trouver son calme.
Heureusement, les membres tremblants de la louve finirent par la convaincre et elle s’écarta un peu de Mercredi. Celle-ci se retour-na pour lui laisser un peu d’intimité.
« Changes-toi et met des vêtements secs. Préviens-moi quand tu as fini. »
Mercredi allait repartir vers son côté de la pièce lorsqu’elle en-tendit un petit gémissement de douleur. Instinctivement, elle pivota pour voir ce qu’il se passait. Enid était toujours recroquevillé sur son lit multicolore, ses doigts agrippant l’ourlet de son pull. Alors qu’elle essayait de l’ôter, une grimace déformait les traits fins de son vi-sage.
« Es-tu blessée quelque part ? »
Enid baissa les yeux et ses joues virèrent au rouge.
« Oui… » murmura-t-elle si bas que Mercredi faillit ne pas en-tendre. « Est-ce que…tu peux m’aider ? » a-t-elle poursuivit en rou-gissant encore plus, les yeux fixant le sol.
Sans un mot, la gothique se rapprocha à nouveau de sa coloca-taire et se pencha pour attraper l’ourlet de son pull. Avec précaution, elle tira sur le tissu rose et mouillé et le fit passer au-dessus de la tête blonde de la louve. Une fois cela fait, elle jeta le vêtement sale à côté du lit. En dessous, Enid portait un T-Shirt jaune et rouge qui ne couvrait pas ses bras. C’est alors que Mercredi vis les lignes rouges les qui zébraient ses poignets jusqu’aux biceps. Une rage nouvelle s’enflamma. Quelqu’un avait osé faire du mal à Enid.
Sa Enid.
Mais elle garda son calme pour ne pas effrayer son amie. Elle posa ensuite ses doigts sur le bas du T-Shirt mais attendit la permis-sion d’Enid pour l’aider à sortir de celui-ci. Enid hocha faiblement la tête tout en grelottant à cause de l’air mordant sa chair humide. Mercredi répéta alors le processus. Dévoilant cette fois le ventre, puis les seins de la jeune fille. Une fois le second vêtement enlevé, elle l’envoya rejoindre le pull sur le sol et se permis d’examiner Enid. Sa poitrine était marquée par les mêmes lignes rouges que ses bras en plus d’un tient pourpre dû à, Mercredi pouvait le déduire facile-ment, des coups et autre supplice du même genre. Ses côtes et son ventre eux, était constellé de multiple hématome plus ou moins grands.
Des coups de pieds visiblement.
Sur sa peau quelqu’un avait trouvé intelligent d’écrire des mots à l’aide d’un feutre noir. « Personne ne t’aime », « ratée », « pauvre fille », etc. Mercredi se rendit compte qu’elle n’avait pas bougé de-puis deux minutes, fixant le corps dénudé de la jeune fille. La gotique sentit le sang lui monter aux joues.
Ceux qui ont fait ça vont très bientôt mourir. Dans d’atroce souffrance.
Mercredi s’accroupi pour croiser le regard d’Enid, que celle-ci tenta de fuir. Mais les yeux d’encre de la cadette des Adams aspirè-rent son attention. Dans ceux de la louve, Mercredi vit une honte in-dicible et un désespoir vertigineux. Alors, ne sachant pas quoi faire d’autre, elle saisit maladroitement la main de la blessée et la serra en signe de compassion.
« Il faudrait que tu te lèves pour que je puisse enlever ton pantalon »
Enid hésita et baissa à nouveau les yeux. Mercredi comprit alors qu’il ne fallait pas aller trop vite. Actuellement, elle était trop fragile pour agir normalement. Alors, elle s’est assise à côté d’Enid et, luttant contre son instinct, a passé un bras autour des épaules nue de la louve. Celle-ci sursauta mais finit par venir à son contact et se blotti contre elle. La gothique commença à lui caresser le dos quand elle remarqua qu’il était aussi couvert de longues traces rouges. Quelqu’un avait pris plaisir à fouetter le corps de sa coloca-taire. Qui pouvait être assez malade pour infliger ça à une fille aussi gentille qu’elle. En un sens, Mercredi pour respecter ce gout pour la torture. Mais personne, PERSONNE, ne pouvait faire du mal à Enid si ce n’est-elle.
« Je fais le serment devant le diable que le responsable payera ça très cher et me suppliera de le tuer » promit-elle avec une rage mal dissimulée dans sa voix.
A ces paroles, Enid se fondit encore plus en elle. A nouveau, elles restèrent enlacées l’une contre l’autre pendant de longue mi-nute. Ne voulant pas brusquer son amie, la gotique essaya toute fois de faire quitter à la jeune fille le reste de ses vêtements dégouli-nants.
« Si je commençais par enlever tes chaussures ? »
Depuis quand suis-je devenue si douce ?
Après un court instant, Enid acquiesça avec toujours autant de faiblesse. Elle libera Mercredi de l’étreinte. Celle-ci se releva et s’agenouilla devant le lit pour commencer à dénouer les lacets. D’abord, une chaussure, puis l’autre. Ensuite, elle ôta les chaussettes rayées roses et blanches. Mercredi pouvait sentir à quelle point ses pieds étaient froid et se demanda même si elle avait encore des sen-sations dans ses orteils.
Il ne restait maintenant plus que le pantalon et la culotte d’Enid et elle savait que ces vêtements cachaient d’autres sévices. Cela ex-pliquait pourquoi elle avait tellement peur de les enlever. Mais elle ne pouvait pas rester habillée avec ces tissus déchirées, sales et im-bibées d’eau glacée. Alors avec une douceur extrême, qui dans d’autre circonstance, lui aurait donné la nausée, elle remonta ses mains jusqu’à la ceinture rose à paillette qui retenait le pantalon, mais ne fit rien de plus.
« Mercredi… » dit la petite voix murmurante d’Enid.
La gotique releva la tête et posa son regard sur la louve aux cheveux colorée.
« Tu… tu promets que tu ne te moqueras pas de moi ? »
« Pourquoi trouverais-je ça drôle ? Quand je te vois, je ne res-sens qu’une seule émotion. Une colère délicieuse que je prendrai soin d’employé lors de la vengeance que je projette. »
De nouvelle larme inondèrent les beaux yeux d’Enid.
« Je te fais pitié hein ? »
« Ceux qui me font pitié, c’est ceux qui sont responsable de tes blessures. Pour toi, je n’ai que… »
« Que quoi ? »
« Un profond respect »
Elle mentait. Ce qu’elle ressentait pour le loup garou allait bien au-delà du respect mais jamais elle ne se permettra de le dire à voix haute. Ce n’était pas le moment de toute façon.
« Puis-je enlever ton pantalon maintenant ? Après, tu pourras te blottir dans ton lit et te réchauffer. »
Après une hésitation qui sembla durer une éternité, Enid hocha la tête et se redressa pour se relever. Mais elle perdit l’équilibre et du s’appuyer sur les épaules de sa colocataire pour ne pas s’écrouler.
Avec lenteur et délicatesse, Mercredi se baissa et, après avoir défait la boucle de la ceinture et ouvert le bouton du jeans, le fit des-cendre le long des jambes de son amie. Elle fut choquée de constater qu’Enid ne portait plus de culotte en dessous lorsqu’elle se retrouva va à son entre-jambe garni d’un buisson blond taché de rouge.
Tâché de sang… Ils n’ont quand même pas osé ?
Mais Mercredi n’était pas dupe et compris vite en voyant de sang éché, les bleus, des mêmes traces rouges et surtout le sperme qui souillait l’intérieur des cuisses d’Enid. Elle ne l’aurait jamais cru possible, mais sa rage décupla. Elle n’avait qu’une envie, prendre un couteau et chasser les monstres qui avaient posé la main sur son amie.
NON ! Je dois d’abord m’occuper d’elle…
Elle finit alors d’enlever le pantalon et le jeta sur la pile de vê-tement. Enid se tenait complètement nue devant elle et peinait à ca-cher sa honte. Mercredi se redressa, mal à l’aise à l’idée de se trou-ver près d’une personne dénudée. Mais elle savait qu’elle devait res-ter près d’Enid. Malgré toute la gêne et la colère qui coulait dans ses veines.
Enid se rassit sur son lit et tendit les bras vers sa colocataire. Mercredi comprit le message et, rejetant son envie de s’écarter, se rapprocha et fondit dans une étreinte réconfortante. La confiance qu’Enid lui dévouait après la terrible soirée qu’elle avait vécu la dé-stabilisait beaucoup mais elle ne s’en plaignait pas. Elle dessina des cercles saccadés dans le dos meurtri de la louve, faisant attention de ne pas lui faire mal. Elle entendit ses sanglots étouffés par le tissu de sa robe. Puis elle sentit quelque chose. Une larme coulait sur sa propre joue. Elle qui s’était promis de ne plus jamais pleurer…
Avant qu’elle n’eût le temps d’y réfléchir, elle sentit Enid se re-mettre à trembler dans ses bras. Elle ressentait la glace recouvrir sa chair et la détresse circuler dans ses muscles. Avec le calme et l’impassibilité dont elle ne pouvait se détacher, elle s’écarta d’Enid et la fit s’assoir sur le lit.
« Attends ici » ordonna Mercredi de son habituel voix mono-tone. Cette fois cependant, on aurait pu, si on y prêtait attention, y déceler une certaine douceur, une étrange forme de chaleur récon-fortante. Mais peut-être était-ce juste l’imagination d'Enid.
La gothique traversa la pièce et passa du côté sombre. Lorsque ses pas l’amenèrent à son lit, elle constata que la Chose dormait sur son oreiller. Comment pouvait-elle encore sommeiller après des puissants cris qui avait remué le dortoir ? Elle n’avait pas le temps de s’en occuper pour le moment. Elle prit alors la couverture noire éten-due sur son matelas. Puis elle fit demi-tour et rejoignis son amie, dont le regard creux fixait toujours les lattes du plancher. Mercredi s’assis alors sur le lit et repris Enid dans ses bras, lui offrant le câlin le plus chaud et serré dont elle était capable. À la suite de quoi elle enroula la couverture autour d’elles en espérant que cela commence-rait à réchauffer la louve blessée. Enid se blotti timidement dans cette étreinte et poussa un profond soupir de confort, tout en conti-nuant de claquer des dents.
Mercredi, l’agrippant comme si elle allait disparaitre, s’adossa à la tête de lit et posa sa tête sur les cheveux blonds et mouillé.
« Enid, il me faut des noms. Je pourchasserai tous ceux qui sont responsables jusqu’aux confins de l’enfer ».
La jeune fille ne répondit pas mais resserra son étreinte. Pour l’heure, elle ne semblait plus avoir de larme à verser. Mais cela n’empêchait pas la honte et la douleur de traverser chaque fibre de son corps.
Mercredi entendit ensuite un doux murmure. Elle se pencha da-vantage pour entendre ce qu’Enid essayait de lui dire. Mais elle n’en comprit pas un mot, tellement les mots semblaient étouffés.
« Qu’est-ce que tu dis ? »
« Les loups… »
« Ce sont les loups garous qui t’ont fait ça ? »
La jeune fille hocha doucement la tête, n’osant toujours pas regarder la gothique.
« Parce que tu ne réussis pas encore à te transformer ? »
Un nouveau hochement de tête vint confirmer son hypothèse.
« Je vais les tuer après avoir pris soin de leur tranché leur partie intime et de les brûler devant leurs yeux horrifiés. Ensuite, une fois qui seront mort, je ferai appel à un nécromancien pour les res-susciter pour pouvoir les tuer à nouveau. Et ça autant de fois que je le voudrai. »
Cette fois, Enid trouva le courage de regarder Mercredi dans les yeux, un peu surprise par cette déclaration.
« Mercredi… »
« Je suis là »
Ne sachant pas quel démon avait pris possession de son corps, la gothique se surprit à poser un doux baiser sur le front de la louve.
Qu’est-ce qui m’arrive ?
« Si tu veux m’expliquer ce qu’il s’est passé, je suis sûr que je pourrai supporter que tu me le racontes »
Enid ne la quittait pas des yeux, ses lèvres légèrement tordues par l’émotion qu’elle ressentait. Puis elle baissa le menton et posa sa tête sur l’épaule de Mercredi. Après quelques minutes de silence, la jeune louve commença alors, d’une toute petite voix, à raconter son histoire. Elle expliqua comment la bande de loup garou lui avait fait croire à un rendez-vous avec un admirateur secret, comment ils lui étaient tous tombés dessus, lui avait arraché ses vêtements, l’avait rouée de coups, comment l’un d’entre eux avait pris plaisir à la fouetter partout s’attardant surtout sur ses seins, ses fesses et son sexe. Elle raconta comment ils l’avaient tous violée l’un après l’autre, comment ils l’avaient humiliée en lui écrivant ces phrases horribles sur la poitrine et le ventre. Enfin, elle raconta comment il l’avait rha-billée, lui confisquant sa culotte et son soutien-gorge qu’ils gardèrent comme « trophée », et qu’il l’avait jeté dans le lac derrière l’école. Ils l’avaient maintenue si longtemps sous l’eau qu’elle avait failli se noyer. Puis, ils l’ont laissé pour morte, étendue dans la neige. Quand elle eut fini son histoire, les larmes avaient recommencés à couleur sur ses joues.
Mercredi, qui n’avait pas dit un mot, fixait maintenant l’obscurité sereine de la chambre. Si l’atmosphère était d’un calme plat, à l’intérieur, elle ressentait un ouragan de flamme. Jamais elle n’avait connu une colère aussi dévastatrice. Aucune torture ne pourra être suffisante pour ces monstres. Pourtant, la seule chose qu’elle ré-ussit à dire après l’histoire d’Enid, ce fut un simple :
« Je suis désolé »
Enid sursauta presque quand elle entendu la voix de Mercredi, silencieuse depuis vingt minutes.
« Désolé pour quoi ? Tu n’as rien fait ? »
« J’aurais dû être là pour te protéger. »
« Non, j’aurais dû être capable de me défendre toute seule. Je suis une incapable qui… »
« Je t’interdit de dire ça. Tu n’es pas une incapable. Tu es éner-vante, exaspérante, étouffante, et tu m’as forcé à m’attacher à tous ces défauts. Moi ! Tu as fait de ma vie un délicieux enfer colorée et j’admets que j’ai aimé ça… »
« …Oh Mercredi… »
Enid resserra son étreinte, ne sachant pas comment trans-mettre l’émotion qui la parcourait en ce moment. Mais cela faisait du bien.
« Répète ça à qui que ce soit et je te promets qu’on retrouvera les morceaux de ton corps aux quatre coins du pays. »
Et pour la première fois depuis la soirée, Enid laissa échapper un petit, tout petit rire. Mais ce fut le son le plus merveilleux que Mercredi n’ait jamais entendu. Elle sut alors, à ce moment-là, pour-quoi elle s’inquiétait pour l’absence de sa colocataire et pourquoi elle s’était montrée aussi douce avec elle lorsqu’elle avait vu son état. Mais elle ne l’admettra pas. Jamais !
