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Language:
Français
Stats:
Published:
2015-11-06
Completed:
2016-02-13
Words:
57,344
Chapters:
6/6
Comments:
36
Kudos:
14
Bookmarks:
3
Hits:
428

Despicable Misha

Summary:

Dans un monde où les super vilains doivent se battre entre eux pour gagner le respect de la Diabolique Ligue du Mal, et le soutien de la Banque du Mal, Malicieux Misha a beaucoup de mal pour mettre les deux dans sa poche, en plus de manquer d’idées pour de nouveaux forfaits. Cela fait un moment qu’il travaille dans cette branche, et bien que ses minions et son meilleur ami Jared le tiennent bien occupé, ce n’est que lorsque Jensen emménagea juste à côté de chez lui qu’il se rend compte qu’il y a quelque chose de plus dans la vie qu’être méchant. Il ignore cependant que Jensen est un vilain, tout comme lui, mais plus jeune et qui veut se faire un nom, et qu’il a emménagé là pour mettre Misha hors d’état de nuire.

Notes:

Auteur : Namichan89
Artiste : Smallworld_inc (Petite Madame)
Personnages/couples : Jensen x Castiel
Rating : Explicite.
Nombre de mots : 52.000 (version originale).
Nombre de chapitres : 6.
Résumé : Dans un monde où les super vilains doivent se battre entre eux pour gagner le respect de la Diabolique Ligue du Mal, et le soutien de la Banque du Mal, Malicieux Misha a beaucoup de mal pour mettre les deux dans sa poche, en plus de manquer d’idées pour de nouveaux forfaits. Cela fait un moment qu’il travaille dans cette branche, et bien que ses minions et son meilleur ami Jared le tiennent bien occupé, ce n’est que lorsque Jensen emménage juste à côté de chez lui qu’il se rend compte qu’il y a quelque chose de plus dans la vie qu’être méchant. Il ignore cependant que Jensen est un vilain, tout comme lui, mais plus jeune et qui veut se faire un nom, et qu’il a emménagé là pour mettre Misha hors d’état de nuire.
Disclaimer : Écrit pour que DeanCasBigBang 2012. Bien entendu, rien de tout ceci n’est arrivé. De toute évidence, je n’ai aucun droit sur Jensen, Misha ou Jared et croyez-moi quand je vous affirme que c’est bien ainsi. Je ne détiens pas non plus Despicable Me ou Dr. Horrible’s sing along blog. Malheureusement.

Titre traduit : Méprisable Misha
Traductrice : Marple-Juice.
Nombre de mots dans la version française : environ 60.000
Remerciements : Merci à Namichan89 d’avoir accepté de me prêter son univers pour que je puisse vous le faire découvrir. J’ai tellement aimé travailler dessus et j’ai appris tellement de choses ; j’ai d’autant plus apprécié passer du temps sur cette fiction que c’est un peu un RPF sans vraiment en être un…

Les reviews anonymes sont acceptées et tous les messages que vous laisserez seront traduits et envoyés à l’auteur original de cette fanfiction.

/!\ Attention, le rating de cette fanfiction est EXPLICITE (Oui, dès le premier chapitre !!) /!\

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Chapitre 1

Chapter Text

Être un super-vilain n’était pas facile de nos jours.

Misha en savait quelque chose.

Le temps où il aurait pu simplement voler la miniature de la Statue de la Liberté à Las Vegas en plein jour et aurait été considéré comme un génie par la Diabolique Ligue du Mal était définitivement révolu. De nos jours, il fallait tout faire en plus grand, en mieux, et de façon plus amusante, en plus de donner une connotation politique à vos méfaits si vous étiez bon. Et bon sang, Misha était bon. Est bon, se corrigea-t-il.

« Café, » dit-il au minion jaune d’un mètre de haut, qui jouait distraitement avec un rouleau de papier toilette près de lui. « Maintenant, » ajouta Misha en grognant alors qu’il lui prenait le rouleau.

« Ca-bé ? » Demanda le minion, l’air perplexe.

« Oui, du café. »

Bafouillant des mots sans queue ni tête que seul Misha semblait comprendre, le minion se dépêcha d’aller à la cuisine sans discuter. Des fois, ces êtres-là étaient un peu lents. Non qu’il regretta d’avoir inventé la machine à cloner. Juste, peut-être, une fois ou deux. Et jamais sans aucune raison.

Les robots Boogie n’étaient pas la même chose que les robots à Cookie, mais les minions devaient l’apprendre à la dure. Misha massa ses tempes à ce souvenir.

Cela lui avait pris des années pour construire sa petite propriété au milieu de la banlieue. Aucun de ses voisins n’imaginerait un seul instant qu’un grand complexe de laboratoires et qu’une fabrique d’armes étaient dissimulés derrière sa maison peinte en teintes sombres. Ce n’étaient pas vraiment leurs affaires, de toute façon.

Misha soupira. Oui, la vie d’un super vilain n’était pas facile.

Surtout à cause des super héros et des supers vilains qui faisaient de la concurrence.

 Malgré tout, il était le meilleur de la seconde catégorie et il devait le prouver. Son dernier projet en date — à savoir essayer de faire du chantage au gouvernement local en menaçant d’empoisonner la réserve d’eau de la ville — n’avait pas l’air super vilain du tout. Et il avait échoué parce que ses minions avaient trouvé le moyen de ne pas prendre le poison et à la place — non, n’y pense plus, Misha, tu ne veux pas taper ta tête contre le mur le plus proche. Disons simplement que les habitants de sa petite ville avaient été ravis de découvrir qu’ils pouvaient flotter comme des ballons s’ils buvaient de l’eau du robinet, qui était très saine et tout sauf empoisonnée.

La Banque du Mal l’avait rembarré à n’en plus finir après ça. Et l’avait privé de crédits, ce qui était bien pire encore.

Et comme si cela n’avait pas suffi, le minion se précipita de nouveau dans son salon et s’écrasa tête la première contre le sarcophage, dont le couvercle était ouvert. Celui avec des clous dedans. Misha devrait peut-être le fourrer dedans et le refermer avec enthousiasme. Parce que maintenant, le café était renversé partout sur le sol près dudit sarcophage.

« Je dois tout faire moi-même, » marmonna Misha avec frustration et il prit son rayon glaçant alors qu’il se dirigeait vers la porte d’entrée. Secouant encore la tête, il enfila son manteau, enroula négligemment son écharpe rayée de noir et de gris autour de son cou et sortit.

La route menant à son café habituel prenait à peine cinq minutes à pieds, cependant Misha était un vilain, donc oui, il prit sa voiture volante hybride. Pas le genre d’hybride qui marchait en partie à l’essence et en partie à l’électricité. Voyons. Le genre à émettre plus de dioxyde de carbone (et de monoxyde, il fallait faire avec) dans l’air en une minute qu’une douzaine de Hummer et qu’un troupeau de vaches laitières en un an.

Il vit le camion de déménagement du coin de l’œil mais Il n’y fit pas attention.

Lorsqu’il se gara devant le café une minute plus tard, il fit en sorte d’emboutir toutes les voitures qui étaient juste devant lui. Il ne fit pas une simple éraflure, il les dégagea hors de son chemin. Ignorant les alarmes beuglantes et les klaxons, il se dirigea tranquillement à l’intérieur. Bien entendu, le café était bondé à cette heure du matin.

Ce ne fut cependant pas un problème pour son rayon glaçant. Gracieusement, Misha sauta autour des gens, les glaçant tour à tour pour qu’il puisse se placer facilement dans le devant de la file. Il ne les recouvrait pas vraiment de glace — enfin, ce serait A.) un faisceau gelant et B.) trop Mystic J.

La seule évocation du nom provoqua un roulement d’yeux chez Misha.

La barista — une jeune femme blonde élancée — le regarda, encore sous le choc, et elle n’essaya même pas de garder la coupe en carton qu’elle tenait dans sa main. Un coup d’œil indiqua à Misha qu’il y avait dedans un simple café noir, comme il l’aimait. Noir comme son âme, pensa-t-il, et il réprima un ricanement. Il envoya un coup de rayon à la fille derrière le comptoir en souriant de toutes ses dents, attrapa un sachet de sucre, en versa lentement le contenu dans la tasse et mélangea le tout. Misha jeta même un centime dans le pot à pourboire près de la caisse avant de partir en faisant un dernier clin d’œil en direction de la fille. La douce saveur de la victoire et du café noir l’accompagna jusque dans son véhicule.

Il était impensable qu’un super vilain ne puisse pas avoir un bon café le matin. Même Mystic J ne pouvait pas réussir un coup comme ça, du moins, pas comme Misha le faisait. Comme il l’avait dit, avec un faisceau gelant. Ce n’était pas aussi cool qu’un vrai rayon glaçant. Il se glissa derrière le volant et entra dans le trafic.

À ce moment, son téléphone sonna. Misha tordit sa bouche sur le côté d’un air perturbé. Enfin, il réussit à le sortir de sa poche de manteau. Il décrocha alors qu’il était toujours en train de conduire — Oui, il était méchant à ce point.

« Oui ? » Répondit-il à la sonnerie régulière.

« Misha ? » Une voix féminine enjouée le salua.

Il grogna. « Bonjour, Maman. »

« Alors j’ai entendu dire que tu as volé la pyramide ce matin. Félicitations ! »

« Hum… Maman. De quoi tu parles ? Je n’ai pas– »

« Oh, alors ça veut dire que ce n’est pas toi qui as volé la pyramide de Gizeh ? C’était le petit nouveau qui fait des merveilles alors, ce Mys– »

« Maman, ne dis pas son nom, » laissa échapper Misha entre ses dents.

« Je dis juste que tu devrais songer à t’inspirer de lui, » fit-elle avec une grimace de mépris, Misha la sentait dans son ton.

« Maman– »

« En tout cas, il faut que tu fasses quelque chose. » Sur ces mots, elle raccrocha.

« Non, tu ne– » Misha soupira et jeta le téléphone sur le siège passager. Alors Mystic J avait volé la pyramide de Gizeh ? Il le détestait, mais il devait reconnaître qu’il était bon. Il avait fait de la vie de Misha un enfer jour après jour, pire que Kapt’n Kripke ces jours-ci. Kapt’n avec un K, insistait-il, car c’était un connard. Crétins de super héros.

Crétins d’autres vilains.

Il avait besoin d’un plan, décida Misha, lorsqu’il tourna dans son allée.

: : :

Alors qu’il portait le dernier de ses cartons de déménagement dans sa nouvelle demeure, Jensen se mit à siffler joyeusement. Sa nouvelle maison était superbe, surtout qu’elle avait été rénovée comme il l’avait voulu, et sa situation ne pouvait être meilleure. Juste à côté de celle de Malicieux Misha.

Être un super vilain était super de nos jours.

Surtout lorsque vous étiez un nouveau venu qui montait comme Jensen. Sauf qu’il n’avait pas choisi d’opérer sous un nom aussi identifiable que Misha. Avec un prénom comme ça, comment Jensen aurait-il pu ne pas le retrouver ? Ça avait été encore plus facile que de prendre un bonbon à un nourrisson.

Il y avait une raison pour laquelle il avait choisi Mystic J — il pouvait sortir dans la rue et avoir l’air de n’importe quel être humain normal. Vivre sous couverture facilitait beaucoup de choses. La demeure de Jensen, ou du moins son intérieur, avait été complètent conçue par lui-même. Il avait fait en sorte que les boutons d’ouverture de l’ascenseur menant au soubassement abondamment approvisionné ne soient pas des boutons d’un rouge criard qu’on pouvait confondre facilement avec le bouton d’alarme à incendie.

Être ingénieur avec un diplôme du Massachusetts Institute of Technology avait aussi ses avantages. Cela impliquait que l’on pouvait créer des boutons qui ne réagissaient qu’à ses propres empreintes digitales et un scanner à iris qui fonctionnait lorsqu’on regardait la toute petite caméra nichée dans le plafond. Ces boutons placés stratégiquement mis à part, la demeure de Jensen semblait tout à fait normale. Comme ce à quoi ressemblerait la maison d’un ingénieur diplômé du MIT travaillant comme tout le monde. En parlant de cela, un travail normal permettait aussi de ne pas s’attirer d’ennuis. Et pour colmater les semaines qui séparaient ses plans, financièrement parlant. Jensen n’avait jamais eu de problème avec la Banque du Mal.

Fredonnant de contentement, Jensen déballa l’un des cartons qui contenaient les ustensiles de cuisine.

Il y avait une raison pour laquelle il avait déménagé ici, visiblement. Cela faisait trop longtemps que Misha œuvrait ; il était temps que Jensen lui assène le coup de grâce et l’évince de la liste de ses concurrents. Son temps était terminé. Loin de lui l’intention de le tuer, ce n’était pas son genre, Jensen voulait juste qu’il s’en aille. Donc, il allait étudier Misha à partir de maintenant — découvrir ses plans, les faire échouer aussi rapidement et de façon aussi destructive que possible. Cela voulait dire qu’il devait s’incruster dans la vie de Misha, ce qui était la partie la plus difficile de son plan.

Lorsque tout fut installé dans la cuisine, Jensen commença à préparer des cookies. Pas des robots pour faire des cookies, qui font tellement 2010. Juste de bons vieux Bonjour-je-suis-votre-nouveau-voisin-totalement-digne-de-confiance-cookies.

D’après ses recherches, Misha n’était pas très sociable, laissant à peine les gens rentrer chez lui. Il y avait ce géant avec des cheveux bruns ondulés, qui que cela puisse être. Jensen ignorait encore de qui il s’agissait.

Ce n’était pas quelque chose qui allait arriver en une seconde, Jensen le savait, c’était davantage comme un processus. Cela lui demanderait du travail, sans doute beaucoup, pour connaître Misha et pour que celui-ci lui fasse confiance. Mais en même temps, il savait que le jeu en valait la chandelle, parce qu’il n’aurait pas à élaborer de plans — il aurait simplement à saboter de manière délibérée ceux de Misha ou, s’ils étaient bons, de les mettre en œuvre lui-même. Avoir toujours une longueur d’avance sur Misha, assez pour le frustrer, était le plan. Cela ne lui demanderait pas beaucoup de temps pour que Misha abandonne ses tentatives infructueuses de domination du monde. Jensen comptait peut-être même rester dans cette maison après, parce qu’elle était parfaite. Lorsqu’il passa son pouce sur le dessous du comptoir de la cuisine pour tester le système et leva les yeux vers la lampe du plafond, un petit plateau coulissa immédiatement. Jensen ne put s’empêcher de sourire alors qu’il passait ses doigts sur son faisceau gelant. Plus personne n’utilisait de rayons glaçants de nos jours — eh bien, Misha en utilisait sans doute un, parce que c’était naze.

Oh, Jensen se complaisait presque déjà dans sa douce victoire. Il poussa le bouton près du plateau et le laissa glisser de nouveau en place, un sourire satisfait sur les lèvres.

En parlant de la fin du monde tel que tout le monde le connaît, ses cookies étaient prêts. Du moins, c’était ce qu’affirmait son minuteur pour la cuisson des œufs en forme de petite bombe noire.

Alors qu’il sifflotait toujours quelque chose qui semblait remarquablement sorti des tubes de R.E.M., Jensen sortit du four les cookies qui allaient sans doute changer la face du monde et les plaça sur le rebord de la fenêtre pour les faire refroidir. C’était la fenêtre qui faisait face à la demeure de Misha — une maison très cliché, pour tout dire. Jensen grogna, nullement impressionné. Les murs étaient peints en une chose qui avait dû être blanche autrefois et qui avait déteint en un gris sale au fil des années, mais bon, peut-être que c’était simplement du gris. Des tuiles noires recouvraient le toit, sans doute de l’ardoise où un autre matériau tout aussi sombre. C’était vraiment déprimant. Et tout criait « Super Vilain ! » avec une telle force que c’en était presque pathétique.

Il y avait quelqu’un qui avait visiblement quelque chose à compenser ici.

« Ouais, celui-là va être facile, » soupira Jensen pour lui-même. Tout semblait dire que Misha avait juste besoin d’un dernier coup dans les noix pour lui faire quitter la scène. Ou une tomate en plein visage, ou de quelque chose comme ça. Jensen n’aurait aucun problème à fournir les deux.

À condition que Kapt’n Kripke n’interfère pas. Dans un accès de rage silencieuse, Jensen serra les poings, en faisant taper un contre le comptoir de la cuisine. Fichus super héros avec leurs super complexes. Quel crétin se surnommait Kapt’n Kripke — avec un K — de toute façon ? Et il s’entêtait à crier un « Je t’ai Kripké ! » au visage de ceux dont il réussissait à faire échouer les plans ? Comme il l’avait déjà dit, c’était un crétin. Un homme d’âge mûr, donc la calvitie naissante ne cessait d’empirer pour couronner le tout. En fait, Kapt’n Kripke illustrait la définition de nul, mais il réussissait malgré tout à provoquer une peur bleue chez Jensen.

Bref, Jensen avait une dernière chose à faire pour entrer dans la Diabolique Ligue du Mal. Rayer Misha de la carte.

La stratégie qu’il emploierait n’était pas encore totalement définie, mais Jensen se dit qu’il l’élaborerait en fonction de l’évolution de la situation.

Le nom de Misha avait peut-être été facile à retrouver, mais obtenir des informations personnelles sur lui s’était avéré difficile. Même les connaissances exceptionnelles de Jensen en matière de hacking ne lui avaient été d’aucune aide.

La seule chose qu’il avait pu dégoter fut un vieux CV sur Ebay qui affirmait que Misha était capable de « jouer devant la caméra ». Quoique cela puisse dire.

Par ailleurs, Jensen devait obtenir la confiance de Misha. Donc, avant toute chose, il était le nouveau voisin très gentil et très inoffensif.

Jensen empila les cookies — des cookies de toutes les couleurs avec les M&Ms multicolores qui avaient été mélangés avec la pâte — et les plaça dans un panier. Après s’être assuré que le four était éteint et qu’il refroidissait, Jensen se dirigea vers la porte d’entrée, vérifiant que ses cheveux étaient parfaitement peignés. Un sourire décontracté décora ses lèvres, plus ou moins involontairement. Eh bien, le moins qu’il pouvait dire, c’est qu’il était impatient.

Toutefois, il commença son tour de présentation par la maison de l’autre côté, à l’opposé de la demeure de Misha. Une famille vivait ici, tout comme dans la maison de l’autre côté de la rue et les deux autres habitations qui l’entouraient. Les parents ouvraient leurs portes tandis que les enfants se cachaient timidement derrière leurs jambes. Jensen sourit à chacun d’eux, échangea quelques phrases avec chaque parent, reçut même des invitations pour des barbecues qui auraient lieu le week-end. Le voisinage était très aimable.

Cinq logements faits, un encore à faire.

Lorsque Jensen arriva sur le pas de la porte de Misha, il s’attendait à beaucoup de choses. Ce qui était étrange, vu qu’il était clairement le plus grand vilain du coin. Mais, par une sorte de respect pour les anciens, ou quelque chose comme ça, Jensen était excité. Même s’il ne savait pas vraiment à quoi s’attendre.

Le bruit de la sonnette fut agressif lorsqu’il appuya sur le bouton. Il leva les yeux, presque déçu de ne pas voir le moindre corbeau s’élever dans le ciel à cause du son, ce qui aurait été tout simplement cliché. Un petit cliquetis de l’autre côté de la porte fit savoir à Jensen qu’il était observé par le judas. Il sourit aussi joyeusement et aimablement qu’il le put et fit un petit signe en direction du trou recouvert de verre dans la porte. Un moment passa.

« Bonjour ! Je suis votre nouveau voisin ! » Cria-t-il chaleureusement.

« Allez-vous-en, » répondit une voix monocorde venant de l’intérieur.

« Je suis juste là pour vous saluer et me présenter, » expliqua Jensen calmement tout en continuant de sourire. Fais un effort, se dit-il. Sourire n’était pas si compliqué.

« Pas intéressé, » grogna Misha de l’autre côté de la porte.

Jensen savait qu’il était observé et il leva son panier de cookies. « Je vous ai apporté des cookies ? » Offrit-il.

Misha s’éclaircit la gorge. Et hésita. Bingo.

« Les autres voisins m’ont dit qu’ils n’étaient pas mauvais, » Jensen fit un clin d’œil.

Pour un méchant, il était capable d’être plutôt gentil.

Quelques autres secondes s’écoulèrent avant que la chaîne de porte ne fut retirée, le bruit du métal glissant contre du métal n’étant pas très discret. La première chose que vit Jensen dans l’ombre qui cachait l’autre homme fut des yeux bleus. De grands yeux d’un éclatant bleu vif. Malheureusement, ils ne semblaient pas très accueillants. Misha n’ouvrit pas complètement la porte, mais il l’entrouvrit suffisamment pour s’y tenir, obstruant complètement la vue sur le couloir. Merde. Ses mains étaient croisées devant sa poitrine élancée et il portait une veste noire à col boutonné et un jeans. Jensen déglutit et remonta de nouveau le regard, remarqua des lèvres pleines faites de velours et des cheveux noirs en pagaille. Encore merde.

Malgré le visage grincheux de Misha, Jensen fut loin d’être déçu. Il s’était attendu à beaucoup de choses de lui, mais il ne s’était certainement pas attendu à ce que Misha soit en fait plutôt bel homme. Eh bien, c’était un euphémisme.

Il semblait qu’il se trouvait dans le cas où il pouvait oser lui faire du charme pour remporter la bataille. Non que Jensen eût beaucoup de temps pour draguer, car il était bien plus intéressé par la conquête du monde, mercibeaucoup, mais cela ne voulait pas dire pour autant qu’il était rouillé en matière de flirt, ou qu’il s’abstenait de le faire. Cela ne voulait tout de même pas dire qu’il sortirait avec Misha. C’était sa Némésis jurée, bon sang. Eh bien, Kapt’n Kripke et lui, peut-être.

« Hum… » Commença Jensen qui n’avait pas à faire semblant pour bafouiller. « Bonjour, je m’appelle Jensen Ackles. Je viens de déménager juste à côté, » il montra du doigt sa gauche.

Misha fronça les sourcils et se pencha pour regarder sa maison, visiblement ravi de constater que c’était une habitation aussi normale que les autres de la rue. « Un instant, » dit-il sèchement avant de se retourner et d’appuyer la porte tout contre l’encadrement, bloquant la vue sans la refermer complètement pour autant. Il revint avec un appareil dans les mains. Un détecteur de métal, remarqua rapidement Jensen. « Panier, » demanda calmement Misha en faisant un signe de la main vers ledit objet.

Simulant la confusion, Jensen tendit les cookies une fois de plus et regarda Misha les scanner, hochant enfin la tête lorsqu’il sembla content du résultat. Jensen leva un sourcil. « C’était pour quoi ? » Il fit un sourire innocent et fit un signe de tête en direction de l’instrument.

« Une vérification pour… Vous savez, on n’est jamais assez prudent de nos jours, disons que j’ai eu de mauvaises surprises, » répondit Misha, mais il ne semblait pas s’être beaucoup confié. Pourtant, il ne semblait plus aussi méfiant et il tendit le bras avec hésitation pour prendre un cookie.

« C’est bon, ne vous inquiétez pas. Ma sœur m’avait fait une blague une fois et elle avait fait des muffins en prenant soin de placer un bouchon de bouteille dans l’un deux rien que pour moi, » répondit Jensen, plaisantant gentiment pour apaiser la tension.

Misha mâcha le cookie, mais Jensen vit tout de même les bords de ses lèvres tressauter vers le haut. Cependant, il ne répondit pas.

Pour un vilain, Misha avait vraiment l’air adorable comme ça.

Jensen le regarda, le visage vide de toute expression, l’espace d’une seconde. Comment en était-il venu à penser ça ? En son for intérieur, il se baffa et se reprit. « Bien, bref. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, n’hésitez pas à me le demander. Même si c’est juste– » Jensen se pencha pour jeter un coup d’œil au jardin, qui était envahi de mauvaises herbes, les arbres avaient besoin d’une coupe et les fleurs… Eh bien, elles étaient plus brunes et fanées que vertes. « – pour vous aider avec cette pelouse bien trop haute ou n’importe quoi d’autre, » Jensen essaya de dire le tout sur un ton léger.

« Merci, mais ça ne sera pas nécessaire, » Misha secoua la tête.

« Hé, je dis ça, je dis rien, » Jensen fit un clin d’œil. « Enfin, je vous souhaite une bonne journée. J’ai encore des tonnes de cartons à déballer. » Sur ces mots, il fit un pas en arrière et retourna vers le patio. En chemin, Jensen se retourna et vit que Misha se tenait toujours dans l’encadrement de la porte.

Il s’éclaircit la gorge avant de crier, « Il y a encore des cookies, donc… ? » et de secouer le panier.

Un instant d’hésitation plus tard, Misha sauta rapidement les quelques marches, comme un chien qui allait chercher sa récompense. Jensen ne pouvait arborer un plus large sourire devant ça.

Misha prit deux cookies supplémentaires. « Ils sont très bon, merci, » dit-il, et Jensen ne sut si c’était le compliment ou le remerciement qui l’avait le plus surpris. « Au revoir, hum, excusez-moi, je n’ai pas bien saisi votre nom– ? »

« Jensen. »

« D’accord. Au revoir, Jensen. » Et Misha se retourna sur ses talons et retourna vers sa maison.

À cet instant, Jensen se rendit compte que Misha ne lui avait pas vraiment dit son nom. Bien qu’il sût qui était Misha, ce n’était pas une raison pour qu’il ne posât pas la question. « Hum… Une seconde. Quel est votre nom ? »

Misha s’arrêta et tourna la tête vers Jensen. Son expression était indéchiffrable. « Misha Collins. Vous pouvez m’appeler Misha. »

« Hum, » fit Jensen, faisant comme s’il était surpris d’entendre ce nom peu habituel. « D’accord. Bonne journée, Misha. »

Souriant encore, Jensen retourna chez lui. Même après avoir refermé sa porte derrière lui et alors qu’il continuait de déballer ses affaires sur ses nouveaux meubles, il ne put s’empêcher de sourire. La musique qui sortait des enceintes de sa chaîne stéréo était bien trop joyeuse par rapport à ce qu’il écoutait d’habitude, mais Jensen s’en fichait. Il se sentait bien, et il ne savait pas si c’était parce qu’il avait trouvé un moyen de battre Misha ou si c’était juste parce que leur première rencontre s’était bien passée. Dans les deux cas, c’était un bon début pour son plan.

Commander le monde, c’était le plan, se rappela-t-il.

: : :

Lorsque Jensen se réveilla le matin suivant, qui était heureusement un samedi, il sentit immédiatement qu’il avait atteint le second pallier. Il sentait pratiquement qu’il était observé. Les cheveux sur sa nuque se hérissaient et sa peau picotait alors qu’il était dans la salle de bain, mettant ses lentilles de contact et se brossant les dents. Ce n’était pas une sensation agréable, mais Jensen ne put s’empêcher d’être content de lui à cause de ça. Un petit sourire se mit sur ses lèvres alors qu’il descendait paresseusement les marches vers le rez-de-chaussée, alors qu’il portait simplement un tee-shirt avec un col en v et son boxer, pour prendre son petit-déjeuner.

Ce n’était pas un mauvais signe, loin de là. Misha le surveillait, ce qui était logiquement l’étape suivante.

Ceci dit, Jensen étira ses bras en direction du plafond avant de gratter son ventre, baillant alors qu’il se dirigeait vers la cuisine. L’observation de Misha avait quelques petits inconvénients, malgré tout. Quelques petites choses allaient lui être interdites pour le moment, dont les boutons qui dissimulaient son équipement impressionnant, et l’utilisation son café-instantané-o-mat. Qui avait été sa toute première invention, ce qui n’était pas surprenant, vu qu’il était le genre d’être humain qui ne fonctionnait que s’il avait un apport correct de caféine. Le café-instantané-o-mat préparait le café plus rapidement que ces stupides machines à dosette ou à capsule, grâce à un dispositif pour chauffer l’eau qui marchait à l’uranium. Son invention parlait et jetait immédiatement la poudre de café usagée. Jensen adorait ce truc.

En cet instant, il était ravi qu’elle soit programmée pour connaître ses habitudes et qu’elle ait donc déjà commencé à lui préparer une tasse pour le petit-déjeuner.

« Merci, Heather, » dit-il en passant une main dans ses cheveux indisciplinés. Oui, son nom était Heather, il l’avait nommée ainsi suite à un échange passionné avec une employée à Starbucks qui avait le même nom. Non que cette conversation fut particulièrement bonne. Jensen avait peut-être dû faire usage de son faisceau gelant à la fin.

« Je vous en prie, Maître. »

Jensen sourit à pleines dents. Voyez-vous ça, ses manières s’améliorent de jour en jour. Elle était vraiment plus polie que celle d’après qui il l’avait nommée. D’habitude, elle lui lançait un simple ‘Votre café, Monsieur,’ et émettait un son qui signifiait qu’elle entrait de nouveau en mode veille.

La première gorgée de café fit grogner Jensen de satisfaction. Il détesta Misha presque deux fois plus maintenant qu’il devait la mettre de côté, du moins pendant quelques jours, et devait sortir la vieille machine de Senseo. Non que son fonctionnement laissât à désirer, loin de là, mais enfin, il devrait l’allumer lui-même.

Après une rapide vérification du côté de la maison de Misha, Jensen tendit le bras dans le coin derrière le café-o-mat et fit disparaître la machine dans le plan de travail. Quelques cartons étaient toujours placés un peu partout dans sa maison, il chercha donc rapidement le dernier d’entre eux qui avait le mot ‘Cuisine’ d’écrit dessus. Il y avait dedans sa bonne vieille machine à café et quelques paquets de dosettes. Il lui fallait un plan de secours au cas où Heather aurait besoin de réparations, et comment pourrait-il la réparer sans une bonne tasse de café ? En parlant de mauvaises expériences, Jensen en savait un rayon.

La machine se mit rapidement en route alors que Jensen savourait la dernière tasse faite par son café-o-mat. Une fois qu’il eut terminé, il alluma la petite radio et se mit à verser du lait, de la farine et des œufs dans un grand bol. C’était vraiment une bonne journée, et donc il fallait faire des pancakes.

Mentalement, Jensen fit l’inventaire de ce qu’il y avait actuellement dans sa maison et vérifia s’il y avait des choses qu’il lui fallait remplacer. Vu que son sous-bassement était bien dissimulé — il s’était renseigné sur les maisons de la rue avant de déménager ici, et aucune d’entre elles, sauf celle de Misha, n’avait le moindre sous-bassement — et il avait pour règle stricte de n’avoir aucun objet pouvant attirer la méfiance hors du laboratoire, donc la maison était plutôt nette. Du moment qu’il ne touchait pas aux boutons.

Les pancakes étaient en train de cuire au point d’avoir une croûte d’un beau brun-doré dans la poêle et leur odeur délicieuse s’était répandue dans toute la demeure. Jensen fredonnait de satisfaction et commença à siffler en chœur avec la radio, qui faisait constamment retentir du AC/DC.

Jensen réussit malgré tout à entendre la sonnette. Il versa rapidement assez de pâte pour la prochaine pancake dans la poêle et se dépêcha d’aller à la porte.

Il vit par la caméra de surveillance qu’il s’agissait de Misha.

Content d’avoir déjà vérifié que tout était en ordre dans sa maison, il ouvrit la porte. « Bonjour, Misha, » fit Jensen, souriant chaleureusement.

« Bonjour, » répondit Misha, clignant des yeux à cause du soleil matinal radieux. Il portait une chemise à motifs écossais sombre, dont les trois boutons du haut étaient défaits en révélant un pâle triangle de poitrine glabre.

Jensen déglutit involontairement, mais il réussit tout de même à porter de nouveau son attention sur les yeux de Misha. Ce qui ne rendit pas les choses plus facile. « Que puis-je faire pour vous aider ? » Demanda-t-il.

« Eh bien, je viens de me rendre compte que j’étais à court de café et je me demandais si vous aviez une ou deux dosettes que je pourrais emprunter. Je vous les redonnerai lorsque je serai allé faire des courses, » demanda Misha tout en inclinant la tête sur le côté.

C’était juste une excuse bidon pour venir et Jensen l’avait compris. Il n’allait pas le mettre au défi d’avancer ses dires, car cela aurait attiré sa méfiance.

« Bien sûr, entrez, » répondit Jensen en se retournant, faisant signe à Misha d’entrer avec un sourire avant de refermer la porte derrière lui. « J’étais en train de préparer le petit-déjeuner, je vais aller voir où en sont les pancakes si cela ne vous dérange pas ? »

Misha fit un rapide signe de tête alors qu’il essayait d’assimiler tout autour de lui de la façon la plus subtile que possible. Jensen le remarqua malgré les efforts de Misha, mais il n’en pipa mot. Il dépassa l’autre homme pour lui montrer le chemin. Le couloir était exigu, et l’espace d’un instant, Jensen sentit l’odeur de l’après-rasage de Misha. Ça, et cette odeur personnelle étrange que tout le monde portait. Et assez étrangement, celle de Misha était quelque peu… attirante. Jensen soupira doucement dans une tentative infructueuse de s’éclaircir l’esprit dès que son visage sortit du champ de vision de Misha. Des fois, il fallait vraiment qu’il se rappelle que son nouveau voisin était son ennemi, qu’il devait trouver son point faible. Et pas… non, et ne pas s’aventurer là.

S’avançant, Jensen entra dans la cuisine avec Misha sur ses talons. Ce ne fut qu’à ce moment que Jensen se rendit compte qu’il portait toujours les vêtements dans lesquels il avait dormi et qu’il n’avait même pas peigné ses cheveux aujourd’hui. Lorsqu’il se retourna pour jeter un coup d’œil en direction de son voisin et ennemi juré, les yeux de Misha étaient fixés sur son dos, visiblement amusé par son apparence.

« Hum, désolé pour les– » Jensen tira sur son tee-shirt en coton léger, « Je me suis levé, il y a quoi, vingt minutes. »

« Ce n’est pas un souci, vraiment, » répondit Misha. Et peut-être Jensen l’avait-il imaginé, mais cette réponse était sortie un peu trop rapidement. Hum. Ce devait être lui qui s’imaginait des choses.

La pancake qui était actuellement dans la poêle devait être retournée. Ne se privant pas d’une petite démonstration, Jensen prit la poignée fermement et balança la poêle dans une courbe gracieuse, faisant voler la pancake qui se retourna alors qu’elle était en l’air, avant qu’elle n’atterrisse de nouveau dans la poêle. Il aurait adoré voir le visage de Misha, mais il ne voulait pas tourner la tête et rendre définitivement flagrant qu’il avait voulu impressionner l’autre homme. Vraiment.

Lorsque la poêle fut reposée sur la cuisinière, Jensen ouvrit le placard de la cuisine et en sortit les dosettes de café. Il en prit deux, puis il se retourna vers Misha pour les lui donner.

« Et voilà, » dit Jensen, qui ne put s’empêcher de remarquer la finesse des doigts de Misha lorsqu’ils effleurèrent les siens.

« Merci, » répondit Misha doucement avant de regarder Jensen droit dans les yeux. Des yeux d’un bleu profond fixèrent ceux de Jensen et à cet instant, Brian Johnson cria un « Thunderstruck ! » bien placé dans la radio de la cuisine.

Jensen eut tout à coup une sensation très étrange dans le ventre.

« Je vous les rendrai plus tard, » ajouta Misha, mettant fin à leur contact visuel pour baisser les yeux vers les dosettes dans ses mains.

« Ne vous inquiétez pas, c’est bon, » Jensen lui fit signe et sourit. Ce sourire fut d’une certaine manière bien trop facile à faire.

« Alors permettez-moi de vous remercier encore une fois, » dit Misha, et pour la première fois, il lui sourit vraiment en retour. C’était simplement un petit sourire, hésitant et de travers, mais c’en était bien un, et le ventre de Jensen tenta de faire visiblement une embardée. Jensen remarqua également que les yeux de Misha s’attardèrent du côté des pancakes sur la cuisinière. Il eut une idée.

« Hé, je crois que j’ai fait trop de pâte… Ça vous dirait de rester prendre le petit-déjeuner ? Je pourrais vous faire du café ici plutôt. »

Jensen pouvait aussi être gentil. Même envers sa Némésis jurée.

D’accord, eh bien, Kapt’n Kripke était davantage sa Némésis jurée que Misha. Qui, de toute façon, semblait un peu perdu dans sa cuisine, avec le dos appuyé contre le comptoir alors qu’il réfléchissait. « Écoutez, je ne veux pas vous retenir si– »

« Non, non, je vous assure, ce n’est pas un problème, » se dépêcha de l’interrompre Jensen.

« Bien, si vous insistez. » Puis il fit de nouveau ce petit sourire qui provoqua d’étranges choses dans le ventre de Jensen. Misha s’avança et lui tendit de nouveau les dosettes de café, et leurs doigts s’effleurèrent une fois de plus. Jensen sentit sa peau picoter à l’endroit où ils se touchèrent.

Bon sang, il ne pouvait pas se permettre d’avoir le béguin pour Misha. Misha, et pas quelqu’un d’autre.

Tandis qu’il reprit tranquillement la tâche de faire des pancakes et fit une tasse de café pour son invité, Jensen ne put s’empêcher d’y repenser. C’était vrai, il n’avait pas branché quelqu’un depuis longtemps. C’était difficile de laisser entrer des gens dans votre vie, même pour quelque chose d’aussi simple d’un coup d’une nuit, alors qu’il avait tant à cacher. Et ça, c’était juste sexuellement parlant. Amoureusement… Eh bien, Jensen n’avait jamais été amoureusement impliqué avec qui que ce soit. Comme déjà dit, il ne pouvait pas laisser quelqu’un être proche de lui, il y avait trop de choses dans son placard qui étaient possiblement sujettes à chantage. En parlant de placard, il n’y avait jamais été, métaphoriquement parlant, sauf lorsqu’il était au lycée. Mais bon, au lycée, tout le monde faisait de son mieux pour faire profil bas. Autrement, Jensen n’avait jamais fait un secret de sa bisexualité. Pourquoi limiter le choix ? Des fois, c’était juste appréciable de se faire caresser par quelqu’un qui connaissait le matériel.

Et Misha, qui se trouvait juste là… Était un défi.

Jensen ne pouvait nier qu’il aurait définitivement tenté de le brancher s’ils s’étaient rencontrés quelque part dans un bar. Ces yeux bleus en eux-mêmes le mettaient au défi, et Jensen ne devrait vraiment pas penser comment ils se lèveraient vers lui alors que ces lèvres pleines et gercées étaient enroulées autour de lui. Pas alors qu’il ne portait qu’un mince boxer en coton.

Quoique, ne pas penser à Misha était quelque peu impossible.

Jensen inspira profondément et espéra que son boxer soit assez ample pour cacher son érection naissante. Il sourit honteusement en direction de Misha lorsqu’il posa une tasse de café devant lui. « Du lait et du sucre ? »

« Uniquement du sucre, s’il vous plaît. »

Jensen amena la boîte de carrés de sucre à la table. « Servez-vous. »

Les longs doigts délicats de Misha en saisirent un seul. Jensen dut se retourner pour verser la pâte restante dans la poêle et faire cuire la dernière pancake. Dans la foulée, il prépara une autre tasse de café pour lui-même. Dieu savait qu’il avait besoin d’une autre.

Il n’avait toujours aucune idée de la façon de ne pas avoir le béguin pour Misha.

Les pancakes et son café étaient faits, et avec sa tasse et l’assiette de pancake dans les mains, il se dirigea e nouveau vers la table. Après avoir rapidement pris une autre assiette et des couverts pour Misha, Jensen s’assit en face de l’autre homme.

Il prit également un seul carré de sucre dans son café. Pas de lait. Misha le remarqua visiblement, parce qu’il fixa les doigts de Jensen, observa ses mouvements avec attention. Lorsqu’il remarqua également que Jensen le contemplait également, leurs regards se joignirent au-dessus de la table et tous deux se sourirent brièvement avant d’entamer les pancakes.

« Alors, que faites-vous comme travail ? » Demanda Jensen innocemment.

« À la recherche d’un travail pour le moment, » répondit succinctement Misha.

Oui, je l’aurais deviné, pensa Jensen, amusé. « Vous cherchez quoi comme travail ? » Il ne put s’empêcher de le taquiner mine de rien.

« L’ingénierie serait parfaite. Mais le marché semble être rude. »

« Huuum, oui, » Jensen avala une bouchée d’une pancake dont il devait avouer le délice. « Je le sais. Je suis ingénieur moi-même, vous savez. » Il ne put empêcher un sourire de s’étaler sur ses lèvres. « L’économie ne s’en est pas encore totalement remise, ce qui est facile à voir dans mon entreprise. »

Misha soupira doucement. « Il me faudra attendre un peu, et nous verrons bien, » fit-il en haussant les épaules. « Alors qu’est-ce qui vous a fait déménager ici ? Le travail ? »

« Pas vraiment, » répondit Jensen, et honnêtement, ce fut difficile de ne pas ricaner face au sous-entendu et de dire ‘c’est à cause de vous’, ce qui serait le comble du kitsch. Et, évidemment, ça sonnerait faux. « Je vivais en ville avant, dans un petit appartement, et j’ai décidé que j’avais besoin de plus d’espace. On m’a dit que cette maison était restée inhabitée pendant des années ? »

« Oui, l’ancien propriétaire était un vieil homme un peu farfelu. Après sa mort, les héritiers se sont fait une action en justice pour la maison qui a duré des années, » expliqua Misha.

Jensen souffla d’amusement. « Oui, eh bien ils l’ont vendue finalement. Heureusement pour moi. »

« C’est un bon voisinage, » un coin de la bouche de Misha se retroussa, une fois de plus de la façon hésitante dont il avait le secret.

Jensen lui fit un large sourire. « Oui, j’ai remarqué. Je suis content d’avoir pu déménager ici. »

« Alors, vous avez de la famille ? Vous avez mentionné une sœur hier. »

« Oui, elle vit dans une ville près d’ici. J’ai un grand-frère aussi, et il vit au Texas près de mes parents, » révéla Jensen en se demandant pourquoi il disait tout ça à Misha. Ce n’était même pas un mensonge. Ce pouvait être dangereux, il devait faire attention. « Et vous ? D’où venez-vous ? »

« Cela fait plus de dix ans que je vis ici. Je n’ai pas vraiment de contacts avec mes proches, sauf ma mère. Elle ne vit pas ici, non plus. »

Jensen se sentit quelque peu fier parce que Misha semblait suffisamment à l’aise avec lui et lui faisait assez confiance pour lui avouer cela. Parce qu’il savait que ces choses étaient vraies.

La conversation était très facile avec Misha, remarqua Jensen, bien que ce fût aussi personnel que les sujets de conversation le permettaient. Ils parlèrent de choses aléatoires, de la politique, et ils s’entendaient plutôt bien. C’en était surprenant, mais d’un autre côté — ils étaient ce qu’ils étaient, des vilains, pour une bonne raison. Ils avaient le même but, donc ça ne devrait pas le surprendre à ce point qu’ils s’accordent presque sur tout. Finalement, Misha et Jensen prirent leur petit-déjeuner en une heure, se servirent une autre tasse de café, avant que Misha ne se lève pour apporter son assiette à l’évier.

« Eh bien, merci beaucoup pour le petit-déjeuner, Jensen, » dit Misha en se retournant vers Jensen.

« Je vous en prie. Merci de votre compagnie, » sourit Jensen. « C’est plutôt agréable d’avoir quelqu’un dans le coin de temps en temps, » ajouta-t-il, en essayant de ne pas trop penser aux implications de ce qu’il venait de dire.

« Alors… » Misha toucha du bout du pied un carreau au sol, baissant les yeux vers ses chaussures. « Est-ce que ça voudrait dire… Qu’il n’y a personne dans votre vie ? »

Hum. D’où est-ce que ça sortait ? Misha venait-il de lui demander s’il était célibataire ? « Non, je ne sors avec personne, » répondit Jensen, encore un peu dérouté.

Misha hocha la tête d’un air entendu avant de se diriger vers la porte.

À cet instant, la radio zappa sur les nouvelles. « Bonjour à tous, voici le journal de dix heures en ce splendide samedi, » annonça joyeusement l’animateur de la radio. « Pour commencer, Kapt’n Kripke nous a sauvé la mise une fois de plus ! »

La tête de Jensen se tourna à une vitesse folle à cause de l’étonnement que ces mots avaient provoqué, et il lança un regard furieux à la petite radio dans le coin de la cuisine. Il vit Misha qui se tenait près de la porte, arrêté en plein mouvement qui écoutait, lui aussi.

« Notre super-héros a une fois de plus montré la raison pour laquelle il est un héros — il a repris la pyramide de Gizeh qui avait été dérobée, un acte qui a été confirmé être l’œuvre de Mystic J. »

« C’est impossible, » s’échappa des lèvres de Jensen, et il remarqua que Misha avait dit précisément les mêmes mots en même temps. Ils s’échangèrent un bref regard amusé.

« Son manager a confirmé– » Jensen dut essayer de toutes ses forces pour ne pas grogner en entendant cela, « – que Kapt’n Kripke fera un bref arrêt à Gizeh cet après-midi, heure locale, pour remettre la pyramide à sa place. »

Jensen dut se mordre la langue pour ne pas se répandre en jurons. Comment est-ce que cet idiot avait trouvé la pyramide ratatinée dans le garde-meubles ? Il était presque impossible de la détecter. Il avait vérifié à deux fois dans le moindre recoin qu’il n’y avait pas de caméras et tout. Personne n’aurait pu le voir y déplacer la pyramide.

Misha souffla à la porte. « Ne vous méprenez pas sur mon compte, mais je ne l’aime pas beaucoup. Enfin, l’absence de la pyramide n’est pas vraiment une menace pour qui que ce soit. C’était juste une blague, pourquoi on ne pourrait pas laisser ce Mystic J s’amuser un peu ? »

Bien que Jensen eut une folle envie de catapulter Kapt’n Kripke jusqu’à la lune, il ne put réprimer un grand sourire. Misha le soutenait, ce qui provoquait un sentiment incroyablement étrange. « C’est ce que je pense, » dit-il d’un air aussi détaché que possible. « Je ne l’aime pas non plus. »

L’animateur des nouvelles était à présent en direct avec une interview de ce fichu soi-disant héros. « Et maintenant, nous avons un message de l’honorable Kapt’n Kripke à Mystic J, quiconque cette personne puisse être ! Kapt’n ? »

« Je t’ai Kripkééééééé ! » fut le cri qui sortit de la radio en résonnant dans la cuisine.

Misha et Jensen grognèrent d’un air troublé, puis ils se sourirent. C’était vraiment la première fois que Jensen voyait Misha sourire complètement, avec une rangée de dents visible et les coins de ses yeux plissés. Il est purement et simplement beau comme ça, se surprit à penser Jensen.

« Le slogan le plus minable possible, » fit Misha en roulant les yeux.

« Vous trouvez ? C’est vrai ! » Jensen approuva avec enthousiasme.

Misha secoua la tête. « Il y a tout de même des choses qu’il faut que je fasse aujourd’hui. Alors, merci encore pour le petit-déjeuner. J’imagine que je vous verrai un de ces jours ? »

« Bien sûr, » répondit Jensen, puis il reconduisit Misha à la porte. « Merci de votre visite. »

Misha gloussa, un son qui suscita une fois de plus une étrange sensation dans le ventre de Jensen. «Eh bien, j’avais une bonne raison, » dit-il.

« Hé, n’hésitez pas à passer si vous avez besoin de quelque chose, » sourit Jensen, en bon voisin aimable.

Misha fit un bref signe de tête et sortit pour se diriger vers sa demeure. Jensen voyait qu’il souriait encore, ce qui le rendit bizarrement fier. Dès que Jensen eut refermé la porte, il reposa son front contre le bois frais. C’était sans doute la seule situation la plus problématique qu’il ait jamais rencontré. Sa position était le fruit d’années de travail. Pour que Mystic J soit un vilain respectable, qu’il se fasse une réputation et qu’il gagne peut-être un siège un jour à la Démoniaque Ligue du Mal, et pour cela, il lui fallait faire dégager Misha de la scène.

Et maintenant, pour la première fois de ce qui lui semblait être une éternité, il songeait sérieusement à faire passer ses besoins personnels en premier. Jensen n’avait jamais eu à faire quelque chose comme ça. Bien entendu, Mystic J avait toujours été en première place, suivi de son travail, parce que c’était essentiel pour sa propre vie. Et maintenant voilà que Misha entrait dans la vie de Jensen avec ses yeux bleus idiots et foutait tout en l’air de façon spectaculaire.

Grognant une fois, Jensen décida qu’il avait besoin de prendre une douche. Il ne pouvait pas faire grand-chose aujourd’hui, sauf peut-être déballer le reste des cartons dans son salon pour se faire une soirée télé. Il en avait vraiment envie.

Il pourrait ne pas penser à Misha. En insistant sur le pourrait.

Puis il le remarqua. Un tout petit bouton noir sur le comptoir de sa cuisine. Il ne l’avait jamais vu et le prit en faisant attention. Eh bien, il n’avait pas défait de cartons à vêtements dans la cuisine, alors—

Pourquoi n’y avait-il pas pensé plus tôt ? Les dosettes de café n’étaient qu’une excuse minable, et il le savait dès le départ. Il l’avait simplement oublié. Et c’était justement l’endroit où Misha s’était tenu une heure plus tôt.

C’était un micro caché. Bien sûr que c’en était un. Jensen voyait la petite caméra en plein milieu.

Alors c’était la raison pour laquelle Misha était venu dès le début.

Cependant, Jensen décida de jouer le jeu. Il le devait, pour gagner la confiance de Misha. À présent, il devait non-seulement faire attention lorsque Misha l’espionnait depuis sa maison avec une longue-vue, mais il était maintenant important qu’il agisse normalement lorsqu’il était seul. Cependant, à en juger d’après la taille du bouton, la batterie ne durerait que deux ou trois jours. À tout casser.

Il le remit sur le comptoir à l’endroit où Misha l’avait laissé. Il n’enregistrait peut-être pas encore, Misha le mettrait en route dès qu’il serait rentré chez lui. Eh bien, il allait lui montrer à quel point il était normal.

Jensen ouvrit la porte qui reliait la cuisine au jardin pour aérer un peu la pièce.

En remontant, il passa son tee-shirt usé par-dessus sa tête, prêt à le jeter dans le panier à linge sale dès qu’il arriverait dans la salle d’eau. Seigneur, il avait vraiment hâte de prendre une douche, il devait évacuer un peu toute cette tension de son organisme. Nettoyer la tuyauterie, pour ainsi dire. Peut-être pourrait-il se reconcentrer sur son but initial après, c’est-à-dire amener Mystic J un peu plus haut dans l’échelon.

Après s’être débarrassé de son boxer, Jensen tourna le robinet pour avoir de l’eau chaude. En attendant, il prit une serviette fraîche et duveteuse des placards et la plaça près de la cabine de douche.

Lorsque Jensen se retourna, il le vit. Le petit bouton noir reposait sur le sol près du panier à linge sale, comme s’il s’était détaché d’une de ses chemises. Jensen ne le regarda pas trop longtemps, car ce serait suspect, et il grimpa dans la douche.

Pour la toute première fois, il fut terriblement conscient que la porte de la douche était en verre. Du verre transparent, et non du verre opaque. Ce que voulait dire que le bouton pouvait le filmer sous la douche. Pendant qu’il était complètement nu. Et qu’il comptait passer du bon temps. Jensen n’était pas certain d’être très à l’aise avec ça, mais ça demandait réflexion.

Tandis qu’il passait du shampooing dans ses cheveux courts en épis, il soupira. C’est juste qu’il voulait vraiment, vraiment le faire. L’heure précédente avait été de trop pour lui. Il devait s’éclaircir les idées. Mais au prix que Misha entende et voie tout ça ? Pour dire la vérité, il n’était pas tellement exhibitionniste. Il ne l’avait jamais été. Pourquoi fallait-il que ça tombe sur Misha ?

Un regard rapide par-dessus son épaule lui indiqua que le bouton était toujours là, sur le sol. Il se retourna, pour qu’il ne puisse pas avoir une vue complète sur son érection. Tandis qu’il savonnait son corps, une autre idée germa dans son esprit. Une idée dangereuse, mais qui lui semblait attrayante.

Jensen ignorait s’il serait capable d’aller jusqu’au bout de son plan. Ça pouvait cependant valoir le coup d’essayer, rien que pour provoquer Misha.

Hé, c’était Misha qui avait placé un micro dans la maison d’un type dans sa trentaine qui avait une libido à satisfaire. Il aurait dû savoir à quoi s’attendre.

Mais ce n’était pas le bon moment. Jensen se sécha rapidement et réfléchit à ses options.

Il pouvait aussi se donner un peu en spectacle ou non pendant qu’il s’habillait. Jensen n’ignorait pas que son corps était assez agréable à regarder. Il lui fallait juste retirer ce fichu sourire en coin qui étirait ses lèvres alors qu’il tirait son tee-shirt au-dessus de sa tête, tendant délibérément les muscles de son ventre et de ses biceps.

Rendre Misha fou était le plan de la journée. Donc au lieu de choisir un tee-shirt bien large et confortable, Jensen en choisit un blanc qui était parfaitement ajusté. Ce qui voulait dire qu’il mettait en valeur ses muscles, qu’il était serré au niveau de sa poitrine et autour de ses bras. De quoi régaler les yeux de Misha.

Même Kapt’n Kripke ne lui gâcherait pas sa journée. Même si c’était un crétin.

Ceci étant dit, Jensen reprit le déballage de ses derniers cartons de déménagement, qui contenaient principalement des choses sans importance comme son immense collection de dvds pour le salon et des dossiers ainsi que d’autres choses pour son bureau. L’après-midi passa en un rien de temps et lorsque Jensen regarda sa montre après ce qui lui avait semblé être une heure, il vit qu’il était en fait six heures du soir. Comme réagissant au signal, son estomac se mit à gronder.

« Une minute, mon gars, » Jensen sourit en tapotant son ventre. Il finit de vider le dernier carton pour le bureau et le jeta dans le coin de la pièce où tous les autres étaient empilés. À présent que tout était en place, sa maison ressemblait davantage à un petit nid douillet. Il n’avait pas vraiment menti à Misha — avant de déménager ici, il vivait dans un appartement exigu, où toutes ses possessions avaient lentement et sûrement pris tout l’espace. Il avait eu besoin de partir de là. Et il avait vu cette maison, tandis qu’il était à la recherche de Misha. Elle était parfaite, en tous rapports. Le plan s’était alors déjà formé de lui-même dans sa tête.

Pour la première fois depuis des mois, il se sentait libre de marcher entre ses quatre murs. Jensen était très content de cette situation.

Il était temps de mettre son plan en route.

Il prit son temps pour préparer son dîner. Rien de très sophistiqué, quelques spaghettis à la bolognaise, et il prépara un bol de pop-corn pour après. Le bouton noir le suivait partout. Il se posait toujours stratégiquement sur un placard ou une étagère, d’où il avait une vue imprenable sur Jensen. Jensen soupçonnait Misha de l’avoir équipé d’un système de roues collantes pour qu’il puisse monter les murs, ce qui, devait-il admettre, était plutôt cool. Il fallait rendre ses lauriers à César.

Jensen prit une bière dans le frigo, décapsula le couvercle et l’emmena dans le salon avec le bol de pop-corn.

Alors qu’il cherchait dans son étagère à dvds, Jensen décida de regarder le film le plus innocent qu’il puisse trouver. ‘Le Monde de Nemo’, peut-être ? Eh bien, c’était peut-être trop innocent. Il se décida sur un western. Personne n’avait rien à redire sur un classique avec Clint Eastwood. Même s’il y avait des flingues dedans. Fredonnant de bonne humeur, Jensen le glissa dans le lecteur dvd et se laissa tomber dans le canapé. Il était tout neuf, couvert de cuir noir, acheté spécialement pour cette maison lorsqu’il avait emménagé parce que son ancien divan était bien trop petit pour cette pièce. Jensen mâchonna joyeusement sa première poignée de pop-corn et prit quelques gorgées de sa bouteille de bière pour la faire passer.

Il essaya de scruter la pièce aussi rapidement et discrètement que possible pour repérer la position du bouton noir. Il se cachait derrière le coin du programme télé sur la table basse devant le canapé.

Oh non, si on va le faire, on va le faire dans les règles de l’art, pensa Jensen, amusé, alors qu’il prit le programme, juste pour le parcourir, semblant intéressé par la programmation de la soirée. Lorsqu’il reposa le programme, il le jeta pratiquement à l’autre bout de la table. Le bouton était à présent exposé à son regard et il ne pouvait pas se déplacer sans se faire remarquer.

Il était temps d’entrer dans la seconde phase pour Allumer Misha.

Jensen posa le bol sur le sol, faisant attention de ne pas bloquer la vue du bouton, et faufila une de ses mains sous la ceinture de son jeans. Avec désinvolture, de la façon dont le font les hommes lorsqu’ils sont allongés sur le canapé, affalés comme Jensen l’était. Il prit une autre gorgée de sa bouteille, enroulant minutieusement ses lèvres autour du goulot en penchant volontairement la tête en arrière alors qu’il buvait.

Sa main glissa plus bas et se posa juste au-dessus de son membre, séparé seulement par le mince tissu de son boxer. Jensen dut bouger ses hanches de façon à être installé plus confortablement et écarta les jambes un peu plus. Il ne fut que trop conscient de la présence du bouton, installé sur la table du canapé, l’épiant. Tandis qu’il faisait encore semblant de regarder le film, Jensen commença à masser négligemment la bosse dans son boxer pendant quelques minutes. Cela ne lui demanda pas beaucoup de temps pour être totalement dur. En fait, c’était sa méthode préférée pour se masturber : se détendre et se mettre dans l’ambiance.

Très bien. C’est l’heure du spectacle, chéri, pensa Jensen en sortant sa main. Il se pencha un peu en avant pour défaire le bouton de son jeans et de dézipper la fermeture éclair avant de repousser son pantalon et son sous-vêtement sur ses cuisses. Sa main se reposa là où elle avait été quelques instants plus tôt, s’enroulant librement autour de son membre et commença à caresser lentement. La douce friction était la juste dose de pression dont Jensen avait besoin en cet instant. Il ne voulait pas en finir aussi vite que possible. Misha devrait profiter également du spectacle.

Jensen leva l’autre main et entoura l’un de ses mamelons au-travers du coton de son tee-shirt jusqu’à ce que son centre ressorte, dur et visible contre le tissus.

C’était bizarre de sentir ainsi les yeux de Misha sur lui comme ça, cependant Jensen ne put s’empêcher d’être excité par le bourdonnement qui traversait ses veines à cette seule pensée. Hum. Et le voilà en train de penser qu’il n’avait pas des tendances exhibitionnistes. Il serra son membre avec plus de force, le pressant fermement avec son pouce et son index, s’attardant un peu plus longtemps sur le gland. Une goutte de liquide pré-éjaculatoire s’étala sous son pouce lorsqu’il le passa sur la peau sensible. Incapable de réprimer un gémissement discret, Jensen ouvrit la bouche et haleta. Ses caresses sur son membres commencèrent à se faire plus rapides et il remarqua qu’il perdait de vue la concentration qu’il y mettait à en faire un spectacle.

Et si Misha se touchait à cet instant, lui aussi ? Et s’il se délectait de voir Jensen ainsi et était d’humeur lui aussi ?

La vision de Misha assis dans sa salle d’observation avec une main dans son pantalon s’installa dans la tête de Jensen, l’enthousiasmant et l’encourageant à y aller doucement.

Après avoir inspiré profondément, Jensen s’interrompit un moment, faisant durer les choses. Il grimaça, le besoin de venir enfin et de libérer toute la tension qui s’était accumulée depuis que Misha avait frappé à sa porte ce matin-là devenait écrasant. Jensen gémit, un peu frustré. Il ne voulait qu’allumer Misha, mais maintenant ses pensées étaient retournées à ces lèvres pleines de velours enroulées autour de son membre et l’avalant.

« Mi– » soupira-t-il et il réussit à peine à s’arrêter. Oh, bon sang non, pas de lapsus dans une situation comme celle-là. Pas devant la caméra, bordel, « M– Mon dieu, » murmura-t-il à la place et espéra que Misha ne l’avait pas remarqué.

Jensen grogna de nouveau et reprit ses mouvements de haut en bas sur sa longueur, plus rapidement qu’avant. Après quelques caresses, il décida de faire entrer en scène sa seconde main pour masser ses testicules. Soupirant au plaisir qui s’ajoutait, Jensen sentit l’orgasme qu’il désirait commencer à s’intensifier dans son bas-ventre, la tension se propageant dans tout son corps, le préparant à exploser.

La main sur ses testicules glissa de plus en plus bas, jusqu’à ce que son scrotum ne soit frotté qu’avec le talon de sa main, ses doigts tâtant et descendant. Jensen trouva rapidement le cercle de muscles et le caressa doucement avec la pulpe de son index. Le toucher sur les terminaisons nerveuses réceptives le fit gémir de plaisir, et il tourna soigneusement sa tête vers le bouton sur la table lorsque ses lèvres s’ouvrirent une fois de plus. Il ferma les yeux, les maintenant fermés pour se concentrer sur ses bons soins.

Jensen laissa le bout de son doigt s’immiscer à l’intérieur, ce qui fut le moins douloureux possible sans lubrifiant. Ce fut tout de même suffisant pour mettre sa tête sens dessus dessous davantage que ça ne le devrait. Elle aimait visiblement offrir à Jensen des images de Misha, non seulement agenouillé devant lui en train de lui faire une gâterie, mais aussi en train d’utiliser ses longs doigts pour le préparer. Et à ce point-là, le cerveau de Jensen sembla avoir plus ou moins disjoncté.

Parce qu’à présent, Jensen se voyait en train de plaquer Misha sur le sol — d’accord, plutôt un lit — et de le chevaucher alors que des gémissements graves et gutturaux s’échappaient de ses lèvres à chaque poussée qui enfonçait Misha plus profondément en lui. Son doigt glissa un peu plus profondément à cette pensée, mais la douleur provoquée par le léger étirement permit à Jensen de se concentrer de nouveau sur la réalité et d’abandonner ses fantasmes.

Il avait toujours été au-dessus. Il n’avait été en-dessous qu’avec des gens avec lesquels il était complètement à l’aise et en qui il avait suffisamment confiance pour savoir qu’ils ne foutraient pas tout en l’air. En fait, cette règle était basée sur un seul événement qui avait laissé des traces. À vrai dire, Jensen n’avait jamais laissé quelqu’un d’autre le dominer depuis. Donc ce fut vraiment une surprise qu’il soit déjà serein avec l’idée d’être ainsi pour Misha. Merde.

Dans son imagination, Jensen chevauchait toujours Misha jusqu’à ce que l’homme aux cheveux sombres ne puisse rien faire d’autres à part le supplier de le laisser venir. Et c’en fut trop. Fantasmer sur la façon dont Misha aurait l’air lorsqu’il atteindrait l’orgasme, sur la manière dont il fermerait ses beaux yeux bleus et gémirait et frissonnerait sous Jensen, comment il soupirerait et tenterait de reprendre son souffle ensuite…

Jensen fit un grognement, grave et incontrôlable. Deux caresses bien placées plus tard, Jensen vint et de longues coulées blanches giclèrent sur sa poitrine.

La première chose à laquelle il pensa après avoir retrouvé son habilité à respirer fut que son tee-shirt était fichu.

La seconde pensée qui heurta Jensen de plein fouet fut C’est vrai. Misha. Un bref regard vers la table basse lui fit savoir que le bouton était toujours là, que Misha avait sans doute vu tout de la façon dont Jensen l’avait voulu.

Il fut vraiment difficile pour lui de ne pas sembler aussi satisfait qu’il l’était en cet instant.

Jensen s’assit pour passer son tee-shirt au-dessus de sa tête et l’utilisa pour se nettoyer.

Oh, ce qu’il donnerait pour voir la tête que faisait Misha.

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Dans la maison un peu plus bas dans la rue, Misha se leva bizarrement de sa chaise. Ses yeux étaient fixés sur l’écran qui montrait Jensen, à moitié nu et assis sur le canapé alors qu’il nettoyait le sperme de son torse.

Misha n’avait toujours pas pleinement assimilé ce qu’il venait de se produire.

Mis à part que Jensen avait pris un peu de bon temps avec lui-même devant la caméra, et que Misha en avait eu une vue imprenable à chaque seconde.

La bosse dans son pantalon était un peu perturbante, la façon dont son membre appuyait contre la fermeture éclair était presque douloureuse. Donc quoi, que pouvait-il dire. Jensen avait un corps bien joliment ciselé. Misha ne le virerait pas de son lit.

Mais pour le moment, il siffla l’un de ses minions. « Apporte-moi du lubrifiant, il y en a dans ma chambre. Table de chevet. »

« Luuuubyyy, » confirma le minion, hochant la tête une fois avant de se précipiter dans le couloir.

Misha plaça une main sur le renflement dans son jeans et massa doucement pour retirer un peu de tension. Ce qui ne rendit pas les choses plus faciles.

Le regard de Misha était toujours scotché à l’écran de son petit micro bouton, où le torse nu de Jensen et son pantalon encore à moitié ouvert offraient un sacré contenu pour se masturber.

Il grogna de frustration, et pas uniquement à cause de son état actuel. Il savait qu’il y avait de plus grands problèmes qui commençaient à se former dans sa vie. C’était idiot, et il aurait bien des tracas s’il cédait à la tentation, et Misha le savait. Mais bon sang, il avait besoin de ça maintenant.