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Comme chaque dimanche matin, Will s’éveillait tranquillement à l’odeur délicieuse d’un petit-déjeuner au lit. Son mari maintenant, Hannibal, ne manquait jamais de réaliser les attentions les plus douces, à commencer par un baiser sur l’épaule.
« Mylimasis, ton petit-déjeuner. J’espère que tu apprécieras ».
Will s’étira, le torse baigné de lumière cubaine. Il se gratta le bras, le souvenir d’une piqure la veille. Avec le temps, il avait appris à aimer entièrement Hannibal. À comprendre tous les aspects de sa personnalité et les réponses à ses traumatismes d’enfant dans la neige. Cuba était donc une destination évidente. Une météo radieuse toute l’année, aucun flocon annonciateur de mort.
« Viens ici, demanda Will en tendant les bras. Raconte-moi.
– Ce ne sont que des pancakes. Sans aucune particularité, si ce n’est un ingrédient secret, expliqua-t-il à présent proche.
– Et tu n’as à rien dire sur la couleur ?
– Ils sont parfaitement comme ils devraient être. Juste comme toi ».
Will roula des yeux et coupa un morceau. Quelques baies décoraient l’assiette et libéraient leur jus rouge comme des petites explosions étoilées. C’était toujours à l’image d’Hannibal, raffiné. Élégant en quelque sorte, puisque caché sous la beauté, l’horreur déguisée attendait sagement d’être découverte.
Hannibal traçait de doux baisers sur sa tempe, dégageant ses boucles emmêlées vers l’arrière. Pendant ce temps, Will mangea sa première bouchée, une gorgée de café suivit rapidement. Il ne s’attendait jamais à être déçu par ce qu’Hannibal lui servait. Depuis le premier jour à Baltimore, en passant par chez lui à Wolf Trap et jusqu’à Florence, il avait toujours cuisiné comme un chef. Alors ce nouveau dimanche matin dans leur résidence à Cuba sonnait comme une douce vie en comparaison à leur deux années de cavale.
« À défaut de pouvoir te dévorer, amore, j’ai expérimenté à la suite de notre petite expérience hier soir.
– Dis-m’en plus. As-tu bu mon sang ?
– Mieux que ça, tu es actuellement en train d’en manger, commença Hannibal en glissant sa main sur la cicatrice ventrale de Will. Remarques-tu quelque chose de différent ?
– Pas vraiment, répondit-il, habitué aux excentricités du cannibale. Comment l’as-tu utilisé ?
– Et bien, nous sommes à court d’oeufs. Savais-tu que le sang contient tout ce qu’un œuf apporte ? ».
Le rire de Will résonna comme une mélodie jouée au paradis. Il aurait pu composer le plus bel opéra avec des notes aussi joyeuses. Ou même le plus harmonieux au clavecin. Le voir déguster son propre sang dans leurs draps immaculés… Hannibal ne put s’empêcher de couvrir ses vertèbres de baisers, s’attardant sur sa nuque. Plus tard, il peindra cette scène mais s’arrêtera juste avant le manque de pudeur. C’est une magie ancienne qui ne doit être vu que par ses yeux.
Sous sa langue, il sentit la fragrance métallique du sang. La rondeur d’un vin interdit. Le souvenir d’une seringue prélevant avec précaution sa teinte préférée. Will était resplendissant dans leur union. Sous les mains du docteur, il ne posait plus aucune question. Si Hannibal voulait cueillir son sang, il lui montrerait sa veine.
***
Un soir d’hiver, Hannibal revenait d’une chasse concluante. Alors qu’il prenait une douche, couvert de sang frais, il fut surpris de constater que Will était toujours éveillé. Celui-ci le rejoint, les yeux fatigués. Sans dire un mot, il entreprit de laver le corps d’Hannibal, d’embrasser chaque partie divine. Après tout, c’était lui qui ramenait de la nourriture à la maison, et Will voulait prendre soin de lui. La définition de prendre soin de l’être aimé était différente pour Hannibal. Pour lui, aimer signifiait consumer. Et pour cela, il devait blesser son cher William. L’idée n’avait évidemment pas plu à Will en premier lieu. Puis à force de persuasion, de « je te promets de faire attention »… Will avait fini par lui faire entièrement confiance, curieux.
Ainsi, il se laissa guider vers la table d’opération au sous-sol. Hannibal lui expliqua doucement la procédure comme s’il s’agissait d’un contrôle de routine et le son de sa voix se transforma en un écho lointain à mesure que l’anesthésie faisait effet. Un dernier baiser sur le front et Will s’endormit, à la merci des mains du terrible docteur. Pendant ce temps, Hannibal préleva une nouvelle quantité de sang et sectionna habilement juste au-dessus de l’abdomen de son précieux agneau.
À son réveil, cette fois-ci dans leur chambre, Will se sentit nauséeux mais capable de réclamer de l’eau. Hannibal laissa derrière lui son croquis médical représentant dans toute sa splendeur l’intérieur de son patient.
« Est-ce mauvais ? demanda Will, la main sur le bandage neuf.
– Chéri, tu auras la plus petite des cicatrices. C’est à peine visible et seuls nous sauront au courant de sa présence. Maintenant, reposes-toi. Je reviens dans un instant.
– Hannibal » appela-t-il faiblement avant qu’il ne disparaisse.
Son mari s’approcha immédiatement, un sourire aux lèvres, et l’embrassa tendrement. Will lui demanda de rester malgré les recommandations d’Hannibal. Il abdiqua et se résolut à lui lire de la poésie lituanienne jusqu’à l’endormissement complet.
***
Quelques jours plus tard et entièrement rétabli, ils cuisinèrent un repas d’exception. Ou plutôt, Hannibal cuisinait.
« Comment c’était ? demanda Will. À l’intérieur, précisa-t-il.
– Doux comme de la soie, révéla Hannibal en terminant la cuisson. J’aurais aimé conservé assez de tissu pour confectionner une étoffe, mais je préfère t’avoir entier à mes côtés ».
Will rit en pensant à quel point c’était ironique. Il souffrait toujours de temps en temps de maux de ventre dû à sa large cicatrice. Et les nuits pluvieuses lui rappelaient sans cesse cet acte de cruauté qu’il avait ô combien pardonné.
« À toi, tesoro, déclara Hannibal, un verre à la main.
– Et à toi et tes fantasmes dérangés » ajouta Will.
Le rouge du vin n’était pas un rouge comme les autres. C’était un rouge spécial, unique breuvage à la saveur secrète. La tendresse de la viande n’était pas celle du boucher, mais bien celle d’une victime – un porc – qui ne courrait pas assez vite. Et après mûre réflexion, Hannibal avait concocté une nouvelle sauce.
« Paupiette de veau accompagné de ses légumes du jardin et de sa sauce à la poudre de foie » annonça-t-il de ses yeux mielleux.
Ils sourirent et mangèrent comme si c’était leur dernier dîner. Comme si c’était le dernier des péchés. Et l’agneau buvait son sang et mangeait son foie sous l’admiration du cerf et de ses recettes d’amour.
***
