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Goblet Of Shadows

Summary:

 

Voldemort a gagné. L'Ordre est tombé. Harry Potter est mort.

Cinq ans après la bataille de Poudlard, Hermione Granger est délivrée d'Azkaban et forcée de participer au Tournoi des Ténèbres contre d'autres membres de l'Ordre déchus.

La Coupe des Ombres désigne un Champion pour chaque Mangemort de haut rang. Le Champion qui remportera les jeux sera libéré et son maître, l'un des Disciples de Voldemort, assurera sa position de Successeur.

Hermione étant assignée à Draco Malefoy, le Disciple le plus haut placé, pourrait avoir une chance.

Il ne peut y avoir qu'un seul vainqueur, un seul survivant et une seule chance de liberté.

Que les jeux commencent.

 

Notes:

**Inspirée par Hunger Games**

 

**Note de l'auteur**

Il s'agit d'un univers alternatif (UA) sur la victoire de Voldemort, qui commence immédiatement après la bataille de Poudlard pour les trois premiers chapitres, avant de revenir au présent. C'est une fiction extrêmement sombre, alors lisez les avertissements car je ne les afficherai pas avant chaque chapitre. Les premiers chapitres justifient la plupart de ces tags, mais je promets que les choses s'améliorent par la suite. 

 

-Note de la traductrice-

Ce travail est sombre. Les relations sexuelles non consensuelles sont un aspect important de l’intrigue. Il y a aussi des morts de personnages, des traumatismes psychologiques, des descriptions de violences et des références à la torture. La discrétion du lecteur est conseillée. 

Je tiens à vous informer que les premiers chapitres de cette fiction sont sombres, violents et mentalement complexes. Je ne souhaite pas le rappeler à chaque chapitre, car cela peut interrompre l'immersion. Soyez donc averti(e)s, soyez prudents et veillez à votre santé mentale. Si vous traversez une période difficile, je vous déconseille de vous plonger dans ce texte, car il pourrait avoir un impact plus important que vous ne le pensez ou ne le souhaitez, même si cet impact se manifeste plusieurs jours plus tard. Prenez soin de vous. 

xoxo.

 

ATTENTION. J'AI COMMIS UNE ERREUR. JE NE SAIS PAS SI VOUS ÊTES FAMILIER(E) AVEC CE SITE, MAIS J'AI RENDU MON ANCIENNE TRADUCTION ORPHELINE ! 

C'est-à-dire, j'ai retiré mon nom de l'histoire et... je n'y ai plus accès... Donc je refuse que quelqu'un d'autre réclame mon travail, alors je la remets ici.

Je me déteste 

Chapter Text


ACTE I



Procès Silencieux


 

Cela avait commencé par du rouge.

 

Hermione se réveilla avec une douleur sourde et familière dans le bas-ventre. Elle ne comprenait pas comment son corps pouvait encore saigner. Son corps autrefois lisse et souple était devenu une réalité lointaine, une réalité qui lui semblait remonter à une éternité.

Elle imaginait que c'était le cas.

La Hermione Granger qui avait quitté Poudlard à la fin de la sixième année, bouleversée par la mort de Dumbledore, n'était pas la même que celle qui était revenue le 2 mai. Pour assister à la dernière bataille de Poudlard.

Le jour où l'Ordre était tombé.

Le jour où Voldemort avait gagné.

Le jour où Harry Potter était mort seul et effrayé dans la forêt interdite.

 

Celle qui avait été Hermione Granger était maigre, sa petite taille n'étant composée que de muscles et d'os. Ses mains étaient calleuses et ses cuisses solides après près d'un an de cavale.

La guerre avait gommé le peu de douceur que son corps possédait autrefois. Le rationnement de la nourriture et les mois passés à camper dans les bois avaient transformé son corps en muscles puissants. Son visage, autrefois rond, s'était creusé en angles vifs, son regard était sombre et sa peau gorgée par le soleil.

Une Hermione pleine d’espoir. Mais l'espoir était une chose dangereuse.

Il avait été la cause de sa perte.

 

C'était l'espoir qui avait maintenu la jeune fille figée, debout dans la cour de Poudlard.

Elle aurait dû faire quelque chose.

N'importe quoi.

Elle aurait pu lancer le sort mortel sur Voldemort pendant qu'il prononçait son discours solennel. Elle aurait pu attraper Ron et s'enfuir, pour se battre un jour de plus.

 

Au lieu de cela, elle était restée figée sur place. Le regard fixé sur les yeux verts de Harry qui avait disparu, tandis que Hagrid berçait et pleurait sur son corps meurtri.

Elle s’était demander, s'il avait tenu Harry de la même façon lorsqu'il l'avait amené au 4 Privet Drive, il y a de cela plusieurs années.

Le Garçon Qui Avait Survécu, celui qui était censé être le sauveur du monde des sorciers, avait paru si petit et si frêle dans les grands bras de Hagrid. Ses bras enveloppaient le garçon de manière protectrice, comme pour le protéger du carnage qui se déroulait autour d'eux.

Comme si lui aussi avait souhaité que ces yeux verts se remplissent soudain de vie.

Lorsque Neville Londubat avait tranché la tête de Nagini, il en avait profité pour brandir l'épée de Gryffondor dans un cri de triomphe. Son rugissement avait été un cri de guerre qui avait poussé les derniers membres de l'Ordre à passer à l'action. Et tandis qu'ils étaient passés à toute vitesse devant elle, baguettes sorties et l'espoir brillant encore sur leurs visages, Hermione était restée immobile. Des éclats rouges et des flashs verts avaient jailli dans toutes les directions, mais elle n'avait pas bronché.

Du sang. Il y avait eu tellement de sang.

 

Comment un corps pouvait-il en produire autant ?

Il avait recouvert sa poitrine, dégoulinant sur les pavés en contrebas. La gorge de Harry avait été tranchée si profondément que si Hagrid ne l'avait pas maintenu, elle avait cru que sa tête se serait décrochée.

 

Elle n'avait pas vraiment réfléchi à la façon dont Harry allait mourir. Seulement qu'il allait mourir. Mais d'un point de vue technique, elle supposait que Voldemort avait appris sa leçon. Harry avait déjà survécu une fois à la malédiction mortelle. Peu importe ce qu'elle avait espéré, il ne survivrait pas à cette malédiction.

Une espérance aveugle, une vision naïve du bien triomphant du mal, de l'amour triomphant au détriment de la haine, n'avait pas suffit. Elle avait été la plus brillante des sorcières de son âge et elle avait compris qu'ils avaient déjà perdu.

 

Leur guerre avait été perdue au moment où Lord Voldemort avait tué Harry Potter. Et son espoir s'était éteint lentement tandis que ses yeux s'étaient fixés sur les siens.

 

Tirée de ses souvenirs, Hermione se retourna sur le lit de camp sale et taché qui lui servait de lit. Une toile usée tendue sur un cadre rouillé, sans oreiller et avec seulement une fine couverture effilochée pour la protéger du froid de sa cellule. Elle passa une main sous la ceinture de ses vêtements d'Azkaban et sentit l'humidité s'y accumuler. En remontant sa main, elle regarda le sang rouge vif qui scintillait au bout de ses doigts. Le seul éclat de couleur dans sa cellule humide et moisie.

Elle se redressa avec précaution, ses os poussant des cris de protestation alors qu'elle laissait de côté le peu de chaleur que lui procurait sa couverture et traversa la pièce pour aller se soulager.

La faible lumière qui passait entre les barreaux de la petite fenêtre était la seule indication que c'était le matin. La position de la fenêtre, en hauteur sur le mur en face de son lit, faisait que le peu de chaleur que la lumière pouvait lui apporter était toujours hors de portée. Et comme le ciel de la prison avait été charmé pour rester constamment nuageux, Hermione savait que la lumière tamisée ne lui apporterait que peu de réconfort.

Azkaban n'était pas un endroit conçu pour le confort.

 

Elle retourna à son lit de camp, s'allongeant pour recommencer à fixer le mur de roche ébréché qui se trouvait en face d’elle. Elle n'avait pas l'énergie nécessaire pour faire quoi que ce soit d’autre. Elle se contenta donc de réfléchir, de dormir et de se lever de temps en temps pour ingurgiter la bouillie qui apparaissait comme par magie dans sa cellule trois fois par jour.

Hermione vivait dans un état catatonique, sans besoin ni désir de faire autre chose que rien. Son énergie s'était éteinte, son corps avait baissé les bras et son cœur était en miettes. Heureusement, pour la première fois de sa vie, son esprit était calme.

Les seules images qu'elle parvenait à invoquer étaient deux yeux verts sans vie et une flaque de couleur rouge Gryffondor.

 

   ***

Il était difficile de garder la notion du temps, mais Hermione pensait avoir réussi à développer un semblant de routine. Elle se réveillait et se soulageait sur la cuvette crasseuse de ce que les gardiens de la prison considéraient comme des toilettes, avant d'essayer de se nettoyer à l'aide de l'évier maculé.

Avec un seul robinet en état de marche qui laissait couler une eau glacée et jaunâtre, elle commençait à rincer ses trois chiffons de fortune. Deux, arrachés à l'ourlet de son pantalon d'Azkaban, et un autre, arraché à sa maigre couverture. Elle n'osait pas essayer d'en fabriquer d'autres. Elle ne pouvait pas se permettre de prendre plus de tissu qui lui offrait son seul bouclier contre le froid.

D'ailleurs, trois suffisaient.

Un pour se nettoyer le visage et le corps, un autre pour faire office de substitut au papier hygiénique et un dernier pour ses règles. Ce rappel récurrent et inutile, pensa-t-elle, comme si le temps qui passait avait une quelconque importance pour elle ici. Mais elle supposait que son corps n'avait pas encore compris ce que son esprit avait décidé de faire. Le temps lui était déjà compté.

Pour la première fois de sa vie, Hermione Granger n'arrivait pas à trouver un moyen de s'en sortir.

Du moins, pas sans sa baguette ou sans une armée de membres de l'Ordre aujourd'hui disparus. La communauté internationale des sorciers avait fermé les yeux sur Lord Voldemort avant même la chute de l'Ordre, elle doutait donc qu'ils soient d’une grande aide.

Et même si c'était le cas, ce n'est pas comme s'ils allaient consacrer des hommes et des ressources au sauvetage d'une sorcière d'origine moldue.

Ron tenterait sa chance et échouerait probablement, mais elle avait abandonné cet espoir dès le début. Ron n'était plus là. Soit mort, soit capturé, soit caché dans une planque quelque part. Elle espérait que ce soit la dernière solution. Mais cela faisait longtemps maintenant, du moins c'est ce qu'elle pensait, qu'il serait venu la chercher s'il avait pu.

S'il savait où elle se trouvait. S'il pensait qu'elle était encore en vie.

La jeune femme avait calculé ses chances de s'échapper de cette cellule. En tenant compte de tous les scénarios et facteurs possibles, elles étaient faibles. Incroyablement faibles. Et c'était sans compter le fait de quitter l'île.

En réalité, personne ne viendrait la chercher.

 

Sa seule chance de s'échapper reposait sur ses épaules. Mais elle avait déjà examiné chaque centimètre carré de sa cellule, elle avait tenté d'ébrécher les murs de pierre sans grand succès, elle avait même essayé d'enfoncer sa porte en se servant du cadre de son lit de camp.

Dans une tentative désespérée, elle essaya de sortir par la petite fenêtre grillagée. Elle se hissa en utilisant les pierres accidentées du mur comme points d'appui. Elle parvint à peine à se rapprocher des barreaux, ne parvenant même pas à passer la tête dans les interstices avant qu'un Détraqueur ne lui fasse perdre pied.

Aucune de ses tentatives n'avait été couronnée de succès, et plus le temps passait, plus elle se sentait faible, jusqu'à ce qu'elle n'ait même plus la force d'essayer. Le manque de nourriture, de chaleur et de lumière érodait le peu de détermination qu'elle avait.

Même si elle parvenait à s'échapper d'Azkaban, elle devrait quitter le Royaume-Uni sans être repérée, sans magie et sans aide.

C'était tout simplement impossible.

 

Il était plus facile de ne pas y penser alors qu'elle effectuait sa toilette quotidienne. Elle posa ses chiffons sur le bord de l'évier pour tenter de les sécher. Le meilleur résultat qu'elle avait pu obtenir jusqu'à présent avait été de les faire passer de trempés à lourdement humides.

Satisfaite de la position des chiffons, elle se mit à peigner ses cheveux avec ses doigts, ce qui était une lutte de tous les jours. Même avant son emprisonnement, ses cheveux étaient un enchevêtrement de boucles sauvages, mais maintenant, ils ne formaient plus qu'un amas de nœuds sur sa tête. Elle avait le privilège de pouvoir observer cette transformation grâce au miroir taché qui avait été scellé par la magie au-dessus de son petit lavabo.

Un miroir à Azkaban semblait être une blague au début, comme si quelqu'un se souciait de ce à quoi il ressemblait dans cet endroit. Mais lorsqu'elle commença à voir sa peau de couleur olive pâlir, sa mâchoire s'affiner et ses yeux se teinter de violet, elle comprit qu'il s'agissait là d'une torture d'un type très spécial.

Hermione pensa à utiliser l'une des pierres acérées qu'elle avait arrachées au mur pour couper ses cheveux sales et emmêlés. Mais c'était la seule chose qui empêchait son cou et sa tête de résister au froid.

Elle avait déjà connu le froid auparavant, lors de la fuite avec Harry et Ron, ils avaient passé de nombreuses nuits blottis dans leur tente. Mais le froid de cette prison n'était pas normal.

Il s'infiltrait dans ses os.

 

Le sol était si glacé qu'il brûlait la plante de ses pieds par son intensité.

La rigidité de ses doigts violets et la raideur de ses mains étaient devenues un état naturel pour Hermione. De la vapeur flottait dans l'air à chaque expiration. Rien ne pouvait pénétrer à travers ce froid qui semblait envahir son sang. Un tel froid aurait dû être mortel, aucun corps humain ne pouvait y survivre. Pas même un corps magique.

Pourtant, il ne la tuait pas.

 

Même les nuits où le cadre de son lit tremblait sous la violence de ses secousses. Elle en conclut alors qu'il s'agissait de la deuxième forme de torture mise au point pour les pauvres âmes d'Azkaban.

Elle acheva son introspection morbide avant de retourner à son lit, épuisée après seulement quelques minutes passées debout. Elle y grimpa et enroula la fine couverture fermement pour la ramener jusqu'à son menton, tout en frottant ses pieds l'un contre l'autre pour essayer de faire circuler le sang dans ses orteils.

Puis elle se remit à fixer son mur.

 

***

Les Détraqueurs continuaient leur tournée devant sa petite fenêtre, recouvrant les barreaux de glace. Le givre se répandait sur le mur du fond comme des lianes, avant de s'estomper lorsqu'ils constatèrent qu'elle était recroquevillée dans sa cellule. Elle les observait aller et venir, passant devant elle d'une manière presque gracieuse. Hermione n'arrivait pas à décider si elle était reconnaissante ou non qu'ils ne soient pas encore entrés.

La perspective du baiser du Détraqueur n'était au départ qu'une pensée furtive. Ces derniers temps, elle la ressassait plus souvent que de raison. La folie ou la mort étaient les seuls remèdes qu'elle pouvait espérer recevoir. Peut-être que ceux qui se trouvaient dans les cellules autour d'elle avaient plus de chance. S'ils n'avaient plus de souvenirs heureux, les mauvais ne leur paraîtraient peut-être pas si terribles. La douleur était supportable si elle était la seule chose que l'on connaissait.

La première fois qu'elle s'aperçut de la présence de Mangemorts à l'intérieur de la prison, ce fut grâce à un bol. Son plateau de nourriture n'apparaissait plus dans sa cellule trois fois par jour. Au lieu de cela, des pas s'approchaient de sa porte d'acier, puis ouvraient le battant métallique et laissaient tomber un bol de nourriture sur le sol avant de le refermer. Son contenu devenu rance éclaboussait le sol en pierre sale.

Rapidement, elle apprit qu'un bol était tout ce qu'elle recevrait pour la journée. Certains jours, elle n'en recevait jamais. Elle récupérait donc chaque goutte qu'elle pouvait dans son récipient avant de lécher ce qui restait sur le sol en pierre.

Il n'y avait aucune dignité dans la faim.

 

La prison commença à se remplir de vie à mesure que d'autres prisonniers étaient amenés à l'intérieur. Un contraste saisissant avec le murmure sinistre du vent. Dans les corridors éloignés, des voix ricanaient et juraient. Les Mangemorts patrouillaient dans la prison et leurs pas étaient longs et réguliers. Lorsque ces pas se faisaient entendre, des cauchemars les suivaient.

Le grincement des portes en acier était devenu le pire de tous les bruits. Car les cris suivaient systématiquement. Elle plaquait violemment ses mains sur ses oreilles dans une tentative désespérée de bloquer les autres bruits qui envahissaient son esprit. Les supplications, les craquements d'os, les rires, les coups de peau contre la peau…. Les horreurs qu'elle entendait lui faisaient rejeter le contenu de son estomac. Elle vomissait jusqu'à ce que la bile lui brûle la gorge.

    

Lorsqu'ils partaient, les portes battaient et les chaînes cliquetaient. La plupart du temps, le silence suivait. D'autres fois, des sanglots et des gémissements effrénés s'élevaient comme une chorale hantée. Les sanglots étaient pires que le silence. Parce qu'elle savait que ce n'était pas fini.

Ils finissaient par revenir. C'était toujours comme ça.

Encore et encore et encore.

 

Et quand le silence se faisait enfin, elle pleurait de soulagement sur leur sort et se demandait quand ce serait son tour. Hermione finit par s'habituer à l'obscurité et à l'humidité. Elle commença même à développer une tolérance au froid. Mais elle ne pouvait pas s'habituer aux cris. Lorsqu'elle ne put plus supporter ces bruits, elle se mit à chanter.

Petite fille, elle suppliait sa mère de lui chanter des chansons tous les soirs. Elle aimait se sentir blottie contre le bras de sa mère, la tête reposant sur sa poitrine. Il n'y avait pas de plus grand réconfort au monde que d'être bercée dans le lit de son enfance. Peut-être était-ce l'amour qu'Hermione portait à sa mère, mais elle jurait que la voix de Jane Granger était plus envoûtante que la sienne. Désormais, alors que la baguette d'Hermione lui avait été enlevée et que sa magie avait été piétinée par le froid et la faim, elle s'accrochait à la voix de sa mère qui la berçait pour l'endormir.

We all live in a yellow submarine,

A yellow submarine,

A yellow submarine

 

Enfant, elle avait compris le concept de l'enfer. Ses parents la traînaient jusqu'aux portes de l'église chaque année à Noël pour la messe de minuit, même si elle ne croyait pas en Dieu. L'enfer était une histoire destinée à effrayer les Hommes pour qu'ils se conforment à la volonté de l'Eglise. Elle avait toujours pensé qu'elle était trop intelligente pour être effrayée par des récits.

Mais alors qu'elle chantait à tue-tête, les paumes plaquées sur les oreilles, les fesses et le dos couverts d'ampoules à force de se balancer contre la pierre, elle réalisa que l'enfer n'était pas un lieu imaginaire situé sous la terre.

C'était une île de la mer du Nord.

   

***

Elle avait dangereusement perdu du poids. Le seul repas qu'on lui avait accordé ne suffisait pas à maintenir la totalité de l'énergie que son corps produisait pour essayer de la garder au chaud. Les frissons avaient cessé depuis des semaines. Ou était-ce quelques jours ? Elle n'en est pas sûre. Son bas d'uniforme en lambeaux pendait sans effort sur ses hanches saillantes. En l'enlevant, elle remarqua que ses genoux et ses chevilles saillaient fortement sur les muscles atrophiés de ses jambes.

Ses doigts engourdis cherchèrent à tâtons les boutons de sa chemise et elle ne fit que la moitié du chemin avant de la passer par-dessus sa tête et de la jeter sur le sol.

Atteignant l'évier, elle saisit son chiffon mouillé et commença sa toilette. Elle avait l'impression que peu importe la force avec laquelle elle se frottait, une fine couche de crasse s'accrochait toujours à son corps. Mais elle trouvait de la sérénité dans ses mouvements. Elle traçait méticuleusement des lignes le long de son corps avec le coton effiloché.

En avant et en arrière. Un mouvement continu.

Avant et arrière. Avant et arrière.

Rincer. Essorer.

Avant et arrière. Avant et arrière.

 

C'était la seule chose qu'elle pouvait faire pour elle-même. La seule chose qui pouvait améliorer sa situation. Elle se sentait humaine. Moins comme une sale Sang-de-Bourbe qu'ils pensaient qu'elle était.

C'était la seule chose qu'elle pouvait contrôler.

 

Elle se contrôla dans le miroir, s'assurant qu'elle n'avait rien oublié. Elle ne reconnaissait pas le visage qui lui faisait face, elle ne pensait pas que c'était possible, mais son reflet devenait de plus en plus horrible chaque fois qu'elle prenait le courage de le regarder. Des pommettes creuses et des yeux enfoncés. Sa cage thoracique et son sternum dépassaient de sa poitrine. Elle pouvait désormais compter toutes les vertèbres de sa colonne vertébrale.

Ses yeux dérivent vers son avant-bras. Elle essaya d'éviter de le regarder, mais ses yeux s'y fixèrent d'eux-mêmes. Les mots "SANG DE BOURBE" se distinguait avec force. Les lignes rougeoyantes étaient encore plus visibles sur sa peau d'une blancheur maladive, ses tons olivâtres naturels ayant disparu depuis longtemps. Un rappel maladif du séjour qu'elle avait passé dans le salon du manoir Malefoy.

L'haleine de Bellatrix. Un gloussement hystérique. Une dague tachée de sang.

 

Elle détourna les yeux et examina le reste de son corps. Sur son genou gauche, une cicatrice décolorée due à un accident de vélo lorsqu'elle était enfant. Une petite brûlure à l'intérieur de son poignet due à un fer à lisser qu'elle avait essayé pendant les vacances scolaires.

Ce fut sa première et unique tentative pour dompter ses cheveux avant qu'elle ne découvre les merveilles de la potion Lissenplis. Trois cicatrices blafardes apparaissent sur son épaule à cause du Saule Pleureur, elles étaient pratiquement invisibles tant elles étaient estompées à l'heure actuelle. Dolohov avait laissé sa marque sous son sein gauche, le relief rouge de son épiderme se répandait le long de ses côtes.

Un rappel de la mort qu'elle avait frôlée en cinquième année au Département des Mystères.

Toutes les marques qu'elle pouvait identifier, chacune d'entre elles accompagnait un souvenir qu'elle pouvait retrouver. Sauf une. Cinq chiffres tatoués sur le côté de son cou. Deux runes, représentant "femme" et "prisonnière", suivies du nombre "331". Ces chiffres dénués de sens et pourtant gravés à jamais dans sa peau. Un nouveau nom lui avait été imposé, un nom qui correspondait à sa cicatrice de sang de bourbe.

Un instant, elle avait été Hermione Granger engagée dans une guerre. L'instant d'après, elle était sans défense, sans espoir. Réduite à rien d'autre qu'à son statut de sang et à un numéro.

Il y avait eu une bataille.

Un sortilège stupéfiant.

La sensation de tomber.

 

Puis le réveil dans cette cellule. Habillée avec les vêtements d'Azkaban. Sans la moindre trace de ce qu'elle avait eu en sa possession. Pas même son nom.

Femme. Prisonnier. 331.

 

Elle attrapa à nouveau son chiffon et commença à nettoyer les marques avec une frénésie retrouvée. Elle avait beau frotter, les deux restaient.

Dans toutes les lectures qu'elle avait faites au cours de sa troisième année, elle n'avait jamais trouvé d'informations sur la structure d’Azkaban. Elle savait que la prison était située sur une île inconnue de la mer du Nord. Une forteresse infranchissable dirigée par des Détraqueurs, conçue pour dépouiller ses prisonniers de leurs souvenirs heureux, de leur esprit, puis de leur vie.

Sirius Black fut le seul prisonnier de l'histoire à s'échapper sans assistance. Et comme elle n'était pas un Animagus, elle ne pouvait pas se déplacer et se faufiler à travers la fente de sa porte comme l'avait fait Sirius. Grâce à ses recherches, elle savait que les cellules d'Azkaban étaient presque toujours constituées de murs recouverts d'acier et que les Détraqueurs pouvaient s'en servir pour se nourrir de leurs habitants.

Les murs de -sa- prison étaient composés de roches saillantes et ne comportaient qu'une petite fenêtre inaccessible. Hermione en conclut donc qu'elle devait être incarcérée dans une cellule à l'abri des regards indiscrets. Taillée dans la paroi rocheuse d'un côté de la prison pour offrir une certaine protection contre les Détraqueurs.

En dehors de leurs formes sombres flottant devant sa fenêtre, ils n'avaient jamais essayé de réclamer leur repas. En tant que gardiens de la prison depuis deux siècles, ils pouvaient facilement venir flotter devant sa porte. Pourtant, celle-ci était restée fermée tout le temps qu'elle avait passé ici. Et jusqu'à l'arrivée des Mangemorts, même son emplacement pour le repas n'avait pas bougé. Il était clair que Lord Voldemort avait ordonné à ses familiers de l'ombre de la laisser tranquille. Hermione ne savait pas pourquoi. A part elle-même et les pas qui accompagnaient son prochain repas, il n'y avait aucun autre mouvement autour d'elle.

Ils allaient bien finir par venir la chercher, pensa-t-elle. Quand ils le feraient, elle se battrait. Si elle parvenait à s'emparer d'une baguette, elle éliminerait autant de Mangemorts qu'elle le pourrait. Peu importait qu'elle n'ait aucun moyen de se replier. Elle pourrait les regarder dans les yeux pendant qu'elle tomberait. C'était la meilleure mort que cet endroit pouvait lui offrir.

Avec un plan d'action bien précis, Hermione passa son séjour à se préparer. Le temps passait plus vite maintenant qu'elle avait un but. Elle dégourdissait ses membres gelés avant d'effectuer un cycle de pompes, de sauts, de fentes et d'abdominaux. Son corps affaibli transformait ce qui aurait dû être une séance d'entraînement de vingt minutes en une séance de deux heures. Elle dévorait chaque goutte de bouillie qui se répandait sur le sol et se remplissait le reste du ventre avec de l'eau provenant du lavabo. Cela ne suffisait pas à lui redonner des forces, mais elle avait besoin de tous les avantages qu'elle pouvait se procurer.

La magie sans baguette s'avérait impossible, elle ne parvenait même pas à conjurer un brin de magie. Elle s'entraîna donc à manier sa baguette avec une main vide. Contrôler ses membres frissonnants et ses mains tremblantes lui posait d'immenses difficultés à cause du froid. Mais elle n'était rien si ce n'est une personne qui apprenait vite. Le soir, elle s'allongeait dans son lit et murmurait ses adieux à ses parents, Ron, Neville, Luna, Ginny et le reste de la famille Weasley, ainsi qu'à ses camarades de classe. Même si elle savait qu'ils ne pouvaient pas l'entendre, qu'ils n'étaient peut-être même pas en vie, cela la berçait vers le sommeil.

Quand Hermione put terminer son cycle en moins d'une heure, elle décida qu'elle était prête. Elle se dit qu'elle s'était préparée autant que possible. Ses forces s'affaiblissaient de jour en jour, elle ne pouvait pas se permettre de perdre plus de temps. Il fallait que ce soit maintenant.

Hermione se mit à l'abri en s'accroupissant contre la porte en acier de la cellule. Son épaule et son oreille embrassaient le métal, et elle écoutait les bruits de pas qui s'approchaient.

Elle attendit. Et elle attendit. Et elle attendit.

 

Ses genoux étaient immobilisés, ses articulations soudées et ses pieds engourdis par le froid à cause de la position inconfortable dans laquelle elle se trouvait, elle ne savait pas.

Quand Hermione entendit enfin les bruits de pas puissants, son estomac se serra. Le cœur battant, elle se leva et se plaça juste à côté de l'ardoise. Les pas s'arrêtèrent soudainement à sa porte, le sang lui monta aux oreilles tandis qu'elle retenait son souffle.

La plaque s'ouvrit et une main gantée de noir se tendit timidement, son poignet frôlant presque son nez. Hermione resta pétrifiée, les yeux écarquillés, tandis que la main déposait le récipient sur le sol de la cellule, sans en renverser une seule goutte.

Face à un changement de routine, aussi minime soit-il, Hermione se sentit vaciller. La coupe était toujours jetée par terre. Toujours. Pourquoi cela avait-il changé ? Pourquoi maintenant ? Son hésitation persistait. Une partie d'elle savait qu'elle s'accrochait à cette anomalie comme à une raison d'attendre. Attendre un jour de plus signifiait un jour de plus à vivre. Un jour de plus à ressasser les souvenirs de ceux qu'elle aimait.

Mais cela signifiait aussi un autre jour de froid, d'obscurité et de souffrance. Elle était fatiguée de se sentir épuisée. C'est pourquoi, dans la fraction de seconde qui précéda le retour de la main à travers la plaque , elle s'élança.

De toutes ses forces, elle attira la main vers elle, la poussant violemment vers l'avant avant de mordre le bras exposé. L'homme de l'autre côté de la porte hurla. Elle mordit plus fort, à travers la peau et la chair. Sa bouche s'emplit de cuivre tandis qu'elle lui arrachait un morceau de bras qu'elle recracha sur le côté. Ce n'est que lorsqu'elle voulut mordre à nouveau qu'elle se rendit compte qu'elle avait transpercé sa marque sombre, arrachant le milieu.

Elle planta ses dents au même endroit avec une frénésie renouvelée, heurtant l'os. Les cris se transformèrent en rugissements bestiaux et le bras s'agita désespérément sous l'effet de l'attaque. Poussant son corps vers l'avant, elle ramena le bras vers la porte, le tordant dans un angle anormal. Un craquement écœurant retentit et l'homme qui y était attaché poussa un cri.

"STOP !" supplia-t-il tandis qu'elle tordait ses doigts vers l’arrière.

 

Puis, comme elle l'avait espéré, sa baguette apparut à travers la plaque, lançant des sorts de façon erratique. Elle laissa tomber son assaut sur son bras et s'élança sur son autre main. Enfonçant ses ongles dans ses articulations, elle tenta d'arracher la baguette de sa poigne d'étau.

" Stop ! Lâche-la !" Il suppliait alors qu'ils se battaient pour sa baguette.

 

Elle tenait bon entre ses deux bras tendus, l'un battu et brisé, l'autre inébranlable. Hermione était sauvage, comme un rat qui se ronge la patte pour échapper à son piège. Mais lui aussi.

La main qu'elle tirait devint soudainement molle, lui faisant perdre l'équilibre. C'était tout ce dont il avait besoin. Alors qu'elle perdait sa prise, il repoussa ses bras à travers la plaque jusqu'à ce qu'il soit hors d'atteinte.

"NON !" Elle hurla, poussant sa main tendue pour suivre la sienne, "Non, non, non, non ! ».

 

Elle poussa son bras à travers la plaque de métal, griffant l'air. Elle sentit sa main effleurer ses vêtements et les serra fermement, les tirant vers elle.

 

"Ouvre la porte, connard !" Elle pleura, les larmes coulant sur son visage, "Ouvre cette putain de porte !"

Elle tira plus fort, déchirant le tissu. Elle était si proche.

Si proche, si proche, si proche.

 

" OUVRE LA PORTE ! " Elle hurla, sanglotant de façon incontrôlable.

 

Hermione s'effondra contre la porte, toute colère disparaissant au fur et à mesure que ses sanglots déchiraient son corps. Toujours agrippé à sa robe à travers la plaque, la personne qui se trouvait de l'autre côté restait figée. Il resta immobile tandis que ses cris résonnaient dans sa cellule. Elle ne pouvait se résoudre à lâcher prise. C'était censé être ses derniers instants, son dernier combat. Elle ne pouvait supporter l'idée de continuer.

"S'il vous plaît", murmura-t-elle, "s'il vous plaît, tuez-moi ».

 

Le corps attaché à sa poigne se raidit.

"Granger ? Chuchota-t-il.

 

Hermione s'arrêta, relâchant sa prise. Elle entendit sa respiration saccadée et une main chaude frôla la sienne.

"Hermione Granger, c'est toi ? demanda-t-il.

 

Le son de son nom l'arracha à son chagrin.

Oh, mon Dieu. Il savait. Non. Oh non. Qu'est-ce que j'ai fait ?

 

"Non", répondit-elle en lâchant sa robe et en ramenant son bras dans sa cellule, " Penalope Clearwater", répondit-elle instinctivement.

 

Elle s'accroupit avec raideur et retint sa respiration.

Stupide. Stupide. Stupide.

 

Il n'y avait pas de mouvement derrière la porte, mais elle savait qu'il restait debout, réfléchissant à son mensonge mal ficelé.

C'était une erreur.

 

Maintenant, il savait qui était là, il savait qu'elle était là. Ce qu'elle entendait à travers les murs n'était rien comparé à ce qu'ils allaient lui faire. Elle était la meilleure amie de Harry Potter. Elle serait un exemple.

Ses espoirs d'une mort rapide furent anéantis lorsqu'elle s'assit dans un procès silencieux avec le Mangemort derrière la porte. Elle n'avait pas envisagé de survivre à l'attaque, elle en aurait eu le droit. Ce serait bien pire maintenant.

Imprudente. Imprudente. Stupide.

 

Elle l'entendit déglutir, traîner les pieds et grogner de douleur. "Je reviendrai" promit-il, sa voix ne trahissant rien.

Elle resta assise pendant que ses pas s'éloignaient. Elle attendait les horreurs qu'elle savait devoir venir. Elle attendait sa mort au ralenti.

Elle attendait.

Mais il ne revenait pas.

 

Hermione Granger n'était pas une adepte de la religion. Elle était née de la chair et de la logique. Des choses stupides comme le destin, et Dieu n'étaient que des choses que les humains utilisaient pour donner un sens à leur vie ordinaire, pour justifier leurs pires qualités, et pour exercer leur pouvoir sur les autres. Ses parents croyaient que ses accès de magie relevaient d'un miracle divin. C'étaient des gens pragmatiques, mais ils étaient le produit de leur éducation. La Bible leur avait été transmise par leurs parents et les parents qui les avaient précédés. Mais malgré les efforts de sa famille, Dieu était mort avec elle.

La seule fois où elle avait remis en question son manque de foi, c'était lorsqu'elle avait posé le pied sur les pavés du Chemin de Traverse en pénétrant pour la première fois dans le monde des sorciers. Elle avait l'impression que tous les moments de sa vie avaient abouti à celui-ci.

Mais comme elle le comprit rapidement, la magie avait des règles, des lois et un raisonnement à respecter. Quelque chose de réel qu'elle pouvait saisir et utiliser pour prouver son existence. La magie, en grande partie, s'expliquait toujours d'elle-même à Hermione.

Dieu ne l'avait pas encore fait.

 

Alors qu'elle attendait la fin dans sa cellule obscure, en proie à la faim, au froid et au désespoir, Hermione Jean Granger se mit à prier.

Elle pria la magie.