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Haruchiyo SANZU

Summary:

De Haruchiyo... à Sanzu
L'histoire d'une vie

L'envers du décor de Tokyo Revengers, vu au travers des yeux de Sanzu.

Notes:

Hello tout le monde, bienvenue sur une fanfiction consacrée à Sanzu !
Ici, j'avais envie d'imaginer l'histoire de Tokyo Revengers, mais du point de vue de Sanzu. Donc, vous l'aurez compris, ça va être une histoire sombre et des sujets sensibles, comme la drogue, les problèmes psy et le suicide, vont être abordés. Pas de happy end ici, vous êtes prévenus ! Attention donc si vous êtes sensibles !
Pour les autres, bonne lecture !

Art by @Dal_li_0130

(See the end of the work for more notes.)

Chapter 1: Introduction - Bonten N°2

Notes:

Art by @Dal_li_0130

(See the end of the chapter for more notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Bonten N°2


          – MIKEY, NOOOOOOON ! 

Sanzu hurla.

Il était trop tard. Le corps de Mikey tomba du toit, comme au ralenti. Un pantin privé de ses fils.

Non ! Faites que ce soit un cauchemar !

Il se précipita vers le bâtiment au milieu de la foule qui avait levé les yeux, repoussant les badauds qui se dressaient sur son chemin. 

Faites que ce soit pas vrai !

Puis le bruit de l'impact lui parvint, horrible, une espèce de craquement mouillé, presque discret au milieu du vacarme de la ville. 

Sanzu comprit alors qu'il ne l'oublierait jamais. Ce bruit, celui du corps de Mikey se fracassant sur le bitume, il resterait gravé dans sa mémoire jusqu'à son dernier souffle.

 





 

Dans son appartement de la Nihonbashi Mitsui Tower, le QG du Bonten, Sanzu se redressa en sursaut sur son canapé, le front en sueur et le cœur tambourinant comme un fou dans sa poitrine. Autour de lui, la pièce était sombre et, par la baie vitrée, on pouvait voir briller les lumières nocturnes de Tokyo.

Mais Sanzu ne les regardait pas. Il ne les voyait même pas. Il se passa une main fatiguée sur le visage.

Encore ce même rêve... Encore et toujours... Les derniers instants de Mikey....

Depuis la veille et le moment où la police avait emporté les deux corps, celui de Mikey et celui de ce type qui était tombé avec lui – comment il s'appelait déjà ? Je sais plus... Je m'en fous... – Sanzu s'était enfermé ici et il avait refusé de voir qui que ce soit.

– FOUTEZ LE CAMP ! avait-il hurlé à Kakucho et Ran qui étaient venus à sa rencontre pour savoir si ce que disaient les nouvelles était vrai, si Mikey était mort. DÉGAGEZ OU JE VOUS BUTE !

Il avait sorti son flingue et il l'avait brandi d'une main fébrile. Les deux hommes avaient préféré disparaître. Le numéro deux du Bonten n'était pas dans son état normal.

Ensuite, Sanzu s'était claquemuré chez lui. Il s'était fait monter des bouteilles d'alcools du bar, au rez-de-chaussée, et il avait étalé sur la table basse tout ce qu'il possédait comme médicaments et produits stupéfiants. Il n'avait plus l'intention de sortir.

Les heures suivantes, il avait alterné les périodes de coma provoquées par ses mélanges et les phases de réveil d'où il émergeait en se débattant contre les cauchemars.

Un seul cauchemar en réalité. Toujours le même. Mikey tombant du toit.

– Putain... Marmonna-t-il.

Il se passa une main sur le visage. Il n'arrivait pas à comprendre comment il pouvait être toujours en vie avec ce qu'il avait pris. Sans doute son corps, habitué à toutes sortes d'excès, ne réagissait plus comme les autres aujourd'hui.

Il se redressa, groggy, et la bouteille de scotch posée sur le canapé à côté de lui roula par terre au milieu des autres cadavres de bouteilles.

Des coups firent trembler la porte et Sanzu releva la tête. C'était ça, ce bruit, qui l'avait tiré du sommeil, comprit-il.

Il se prit le crâne à deux mains.

– TIREZ-VOUS ! Brailla-t-il encore une fois. MAIS TIREZ-VOUS PUTAIN ! COMBIEN DE FOIS FAUT VOUS LE DIRE ?

Depuis la veille, les membres du clan venaient le trouver à intervalles réguliers – il était le numéro deux après tout –, ils voulaient des consignes, savoir quoi faire. La nouvelle que le boss du Bonten avait perdu la vie s'était répandue en ville maintenant. Mais Sanzu les envoyait au diable à chaque fois. Sans Mikey, tout cela n'avait plus aucun sens. Cette vie n'avait aucun sens.

Des marmonnements montèrent dans le couloir, puis des pas s'éloignèrent. Ils étaient partis.

– Bon débarras... 

Il attrapa par le col une bouteille de gin encore à demi pleine et il la porta à sa bouche. L'alcool lui brûla la gorge, coula à la commissure de ses lèvres et tacha le col de sa chemise. Mais il s'en foutait. Il ne le sentait pas. Il ne sentait plus rien. Son corps était comme anesthésié. Tout ce qu'il voulait à présent, c'était en finir. Le reste ne comptait plus.

Il vida la bouteille presque d'une traite, la balança dans la pièce puis il se laissa de nouveau aller en arrière.

S'il continuait comme ça, il n'y arriverait jamais. Non, s'il voulait vraiment en finir pour de bon, il allait devoir faire les choses en grand.

Les mains tremblantes, il vida sur la table toutes les boîtes de comprimés encore en sa possession avant de former un tas de poudre blanche en mélangeant toute la came sans se soucier de savoir de quoi il s'agissait.

Voilà... Là c'est bien... Attends-moi Mikey... J'arrive...

Durant toute l'opération, il garda une bouteille de vodka à portée de la main et il en buvait de grandes rasades directement au goulot avec la régularité d'un métronome.




 

 

Quelques minutes plus tard, quand il se réinstalla au fond de son canapé après avoir pris son mélange, sa conscience commençait à vaciller.

Il paraît... il paraît que quand on meurt... on voit sa vie défiler devant ses yeux... je me demande si je vais revoir Mikey... j'aimerais bien... s'il vous plaît...

Puis l'appartement s'estompa lentement autour de lui.

à suivre…


Notes:

Art by @sktkrv

Un petit sondage pour commencer cette histoire ! ٩(◕‿◕。)۶
lien vers le sondage

Chapter 2: Mikey

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Mikey


          Manjirō se précipita hors de l'école primaire et Haruchiyo lui emboîta le pas à une allure plus modeste, un air presque blasé plaqué sur le visage.

Parvenu sur le trottoir, Mikey se retourna à demi et il lui fit de grands signes du bras.

– Bouge, Haruchiyo ! Sinon on va manquer le début des dessins animés !

– Ouais, ouais.

Il ne pressa pas pour autant le pas. Il aimait bien quand Mikey l'attendait comme ça. Il avait l'impression d'être important pour lui, de faire partie de sa famille.

Finalement, Mikey ne put attendre plus longtemps, il s'élança en courant et Haruchiyo se décida à accélérer pour ne pas le perdre.

Arrivés au niveau du sanctuaire de Jōsenji, Mikey se faufila sous la clôture du temple – couper au travers des sous-bois qui entouraient le bâtiment, c'était le chemin le plus rapide pour rejoindre leur quartier – et Haruchiyo l'imita.

– Mikey ! S'écria-t-il tandis que ce dernier le distançait. Attends !

Mikey ne ralentit qu'une fois sur le parking du sanctuaire et encore, seulement parce qu'il avait quelque chose à lui dire.

– Hey, Haru, dit-il les yeux brillants. Je t'ai pas dit ? Baji a trouvé un plan dément. Il y a un trou dans la palissade de la casse auto de Shinsen, il l'a découvert en traînant dans le coin. On a décidé d'y aller samedi pour faire exploser des pétards dans les carcasses des voitures, tu viens, hein ?

Haruchiyo soupira.

– Vous avez vraiment des jeux débiles.

Il irait toutefois, il le savait. D'abord parce que Keisuke Baji et Manjirō Sano étaient ses deux meilleurs amis depuis le jardin d'enfants et ensuite parce que Haruchiyo vouait une admiration sans borne à Manjirō. Toutes les idées de ce dernier étaient forcément bonnes.

Tous les trois avaient grandi dans le même quartier. Baji vivait dans l'un des immeubles, à la périphérie de la gare, tandis que Manjirō habitait chez son grand-père avec Shin'ichirō, son frère aîné, et Emma, sa demi-sœur.

Haru lui, il vivait avec son frère, son père et sa sœur dans un grand appartement du quartier résidentiel voisin.

D'après ce que savait Haruchiyo, Mikey, Shin et Emma vivaient chez leur grand-père parce que leur père était mort et parce que la mère de Mikey et Shin'ichirō était malade. Cela faisait des mois qu'elle était à l'hôpital. Haru avait entendu les adultes dire que ça n'allait pas fort, mais les grands ne parlaient pas de ce genre de choses devant eux.

Lui, de maman, il n'en avait jamais eue. Ou du moins, il ne s'en souvenait pas. La seule famille qu'il avait c'était son père, un homme qui passait son temps au travail, un grand frère, Takeomi, qui avait dix ans de plus que lui et une petite sœur, Senju. Mais la sienne était une plaie toujours en train de brailler et de courir partout la morve au nez, rien à voir avec Emma. Haru aurait bien aimé avoir une famille comme celle de Mikey. Shin et Emma lui semblaient des versions améliorées de ses propres frère et sœur. Mais ça ne marchait pas comme ça.

En contrepartie, il passait le plus de temps possible avec Mikey.

– Il faudra qu'on passe au konbini acheter des pétards avant d'y aller, reprit Mikey. Je me demande s'ils ont encore ces maxi pétards qui faisaient un bruit d'enfer ! Tu te souviens du boucan qu'ils ont fait quand on les a fait exploser dans le vieux chantier ? On aurait dit des feux d'artifice ! Tous les gens du quartier sont venus voir et on a dû se tirer en courant !

Haru opina.

– Je m'en souviens oui.

Mikey était véritablement aux anges à l'idée de son projet.

– J'ai hâte d'être à samedi ! Jubila-t-il. Je sens qu'on va bien se marrer !





À l'embranchement qui menait, d'un côté au dojo de la famille Sano et de l'autre à l'immeuble de standing où vivaient les Akashi, la famille de Haruchiyo, les deux garçons prirent la direction du dojo.

Ils avaient décidé d'aller chez Mikey regarder la télé en sortant de l'école. Le nouvel épisode de Yū Yū Hakusho sortait aujourd'hui et ils ne voulaient pas le manquer.

Mikey adorait toutes ces histoires de racailles qui se tapaient dessus à longueur de temps. Haru ne comprenait pas pourquoi. Ces trucs de gangs, ça ne l'intéressait pas vraiment. Pour Mikey en revanche, il n'y avait rien de plus sérieux. Il faut dire que son grand frère, Shin'ichirō, avait son propre gang – le Black Dragon – et Mikey ne rêvait que du jour où il prendrait la relève au commande de sa mythique Babu[1].

À mi-chemin du dojo, Mikey se tourna vers Haru, son sourire toujours accroché aux lèvres.

– On se prend des dorayakis en passant ? 

Il lui montra la petite pâtisserie traditionnelle qui faisait le coin de la rue et Haruchiyo suivit la direction de son regard.

– Non merci, mon frère va m'engueuler si je mange avant le dîner.

– On s'en fout de ça ! Lui rétorqua Mikey. Si Shin essaie de m'engueuler, moi je lui fous direct un coup de poing dans le bide !

Puis il éclata de rire et Haruchiyo se sentit sourire.

C'était tout Mikey ça. Une témérité qui frôlait l'audace. C'était elle qui lui conférait cette aura, ce charisme qui lui avait valu l'admiration de tous les gamins du quartier – Haruchiyo en tête.

Pour Haru, c'était même plus que de l'admiration. C'était simple : Mikey était un garçon au-dessus des autres, c'était un Roi, et un Roi était digne d'être suivi.

Manjirō pressa de nouveau le pas – il semblait incapable de marcher très longtemps – et Haruchiyo fit de même.

Même si Mikey parlait de frapper son frère, Haru savait qu'il n'en ferait jamais rien. Il aimait sa famille par-dessus tout. En fait, c'était à tel point que quand Emma, sa petite sœur, était arrivée chez eux un an plus tôt, Manjirō avait insisté pour se faire appeler Mikey.

– Comme ça, elle ne sera pas toute seule à avoir un prénom étranger !

Haruchiyo avait trouvé l'idée bizarre. Mais venant de Mikey tout lui paraissait acceptable.

Cela étant dit, sa remarque sur le coup de poing n'était pas totalement de la vantardise. Mikey était très fort. Vraiment très fort. En fait, il était le garçon le plus fort de l'école et même des élèves venus du collège voisin l'avaient appris à leurs dépens.

Autour d'eux, on avait déjà commencé à l'appeler Mikey l'Invincible.

à suivre…


Notes:

1Babu, surnom donné à la Honda CB250T à cause du bruit de son pot d'échappement.[retour]

Chapter 3: Senju

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Senju


          Haruchiyo se glissa jusqu'à la porte d'entrée du vaste duplex qu'il partageait avec sa famille en jetant un œil par-dessus son épaule. Personne n'était en vue dans le salon, mais cela ne voulait rien dire.

À peine avait-il posé la main sur la poignée, qu'un cri strident retentit dans son dos.

– Haruuu Niiiiii !

Senju se précipita vers lui sur ses petites jambes et elle l'entoura de ses deux bras.

– Où est-ce que tu vas ? Poursuivit-elle sans le lâcher. Je viens avec toi !

Haru se retourna maladroitement.

– Non Senju, c'est pas possible ! Tu es trop petite et c'est dangereux !

Il avait prévu d'aller retrouver Baji et Mikey derrière la casse automobile comme ils l'avaient convenu.

– Si ! Protesta sa petite sœur en s'agrippant plus fort à lui. Je viens avec toi ! JE VIENS AVEC TOI !

Haruchiyo essaya de détacher ses bras, mais Senju avait une force étonnante pour son âge et elle resta accrochée à lui quels que soient ses efforts.

– En plus, reprit Senju, Take Nii a dit que tu devais me surveiller !

Elle avait raison. Avant de partir ce matin, Takeomi avait recommandé à Haruchiyo de garder un œil sur leur petite sœur :

– Tu sais que dès qu'on la quitte des yeux, elle fait des bêtises, alors je compte sur toi.

Puis il était parti, abandonnant ses deux cadets. Takeomi faisait souvent cela. Il appelait ça responsabiliser Haruchiyo, c'était sa façon à lui d'en faire un homme. Dans les faits, il semblait surtout fuir les siennes, de responsabilités.

– Senju... Arrête... Répéta Haru en tentant de lui faire lâcher prise.

En vain.

Finalement, il céda.

– Bon, ok, tu peux venir, mais ne nous dérange pas, d'accord ?

– Oui ! Jubila-t-elle.

Elle le lâcha pour sautiller de joie dans l'entrée tandis que Haru se tournait à nouveau vers la porte.

– Dépêche-toi de te préparer alors ! Sinon, je te laisse là !

La fillette se jeta sur ses chaussures.

– Ok !




 

Une fois dans la rue, elle commença à faire des aller-retour en courant jusqu'au croisement suivant pour dépenser le trop plein d'énergie qui l'habitait. Comme Mikey, Senju semblait incapable de marcher très longtemps. Haruchiyo la suivait des yeux, il regrettait déjà de l'avoir emmenée.

– De toute façon, je n'avais pas le choix... 

S'il l'avait laissé à la maison, Senju l'aurait dit à leur grand frère aussitôt qu'il serait rentré et ce dernier aurait fait passer un sale quart d'heure à Haru.

Takeomi ne levait pas la main sur eux, ça n'était pas son genre, mais lorsqu'il les punissait il était intraitable, plus avec Haru qu'avec la fillette, parce qu'il était l'aîné, disait-il, et que c'était à lui de se montrer adulte. Le petit garçon s'était déjà retrouvé plus d'une fois au coin, le nez contre le mur, à attendre pendant des heures que Takeomi veuille bien le libérer.

Au moins là, il ne pourra pas dire que je ne l'avais pas à l'œil.

Arrivé au niveau du passage piéton, il prit la main de Senju dans la sienne.

– Tiens-moi bien Senju, les voitures, c'est dangereux !

Il lui jeta un coup d’œil et soupira.

Take Nii a raison, elle est petite, elle a besoin que ses grands frères veillent sur elle.

Senju leva les yeux vers lui et sourit.

– Oui Nii Chan !




 

La casse auto de Shinsen se trouvait non loin de la voie ferrée, à deux pas du pont de l'autoroute qui surplombait le quartier où vivait Keisuke. C'était un coin mal fréquenté – Haru et Senju croisèrent bon nombre de jeunes en train de traîner, cigarettes à la bouche. Mais ce n'était pas la première fois que Haru venait par ici, notamment avec Mikey, et tout le monde se souvenait de lui apparemment. En tout cas suffisamment pour que personne ne leur cherche des problèmes.

– On va jouer à quoi Haru Nii ? Demanda Senju en tirant sur sa main qu'elle n'avait pas lâché. Hein dis, on va jouer à quoi ?

Haruchiyo n'avait pas envie de lui parler du plan de Mikey, il avait dans l'idée que Takeomi n'approuverait pas, alors il préféra éluder.

– Je ne sais pas encore, on va retrouver Mikey et Keisuke et puis on verra.

– Oui ! J'aime bien jouer avec Mikey et Keisuke !

Elle repartit en courant devant lui sans réussir à se contenir plus longtemps.

Baji et Mikey les attendaient, assis sur une des bornes du parking qui longeait l'arrière de la casse, et ils se redressèrent en les voyant.

– Haru, tu as amené ta petite sœur ? Remarqua Baji.

Il ne semblait pas contrarié, Mikey et lui aimaient bien la fillette. Senju n'était pas comme les filles qu'ils voyaient à l'école, toujours à s'occuper de leurs cheveux ou de leurs vêtements et à vous regarder de travers en échangeant des messes basses quand vous jouiez à la baston. Elle, elle n'hésitait pas à se battre s'il le fallait et elle se moquait éperdument de la façon dont elle était habillée.

Haruchiyo soupira.

– Ouais, enfin elle s'est amenée toute seule.

Senju ne les écoutait pas, elle s'était plantée devant Mikey, des étoiles dans les yeux.

– À quoi on va jouer, Mikey ? Hein à quoi on va jouer ?

Comme beaucoup, elle aussi admirait Mikey. Pas autant que son frère. Mais tout de même.

Mikey lui montra le sac plastique qu'il tenait à la main avec une tête de comploteur.

– Tu vas voir Senju, tu vas adorer !

 

 

~⊱🜲⊰~

 

 

Lorsque Senju et Haruchiyo reprirent le chemin de la maison en début de soirée, la nuit était proche. Haruchiyo jeta un œil au ciel et pressa le pas. Il préférait ne pas rentrer trop tard, Takeomi risquait de se fâcher. 

– Viens, on fait la course ! Dit-il en prenant la main de sa sœur.

Senju l'imita volontiers. Elle avait encore largement assez d'énergie pour deux ou trois après-midi comme celle-là. Pourtant, ils avaient passé les dernières heures à courir entre les carcasses de voitures, fourrant des pétards un peu partout et prenant la fuite en hurlant de rire quand ils explosaient.

– Mikey ! Essaie ici ! Criait Senju quand elle trouvait une vieille voiture en particulièrement mauvais état.

Aussitôt, ce dernier la rejoignait et tous les deux détalaient pour aller se mettre à couvert avant que l'explosion ne retentisse.

– Je me suis tellement amusée Haru Nii ! Dit-elle tout en courant à ses côtés. C'était super drôle ! Tu as vu quand Keisuke m'a montré comment allumer un pétard ? Je l'ai fait toute seule et j'ai même pas eu peur !

Haru fronça les sourcils. Il avait vu ça, oui. Un peu plus tôt dans le courant de l'après-midi, Baji avait sorti un briquet de sa poche et il avait montré à la fillette comment allumer la mèche avant que Haru n’ait eu le temps de protester. Senju avait été enchantée et elle avait ensuite passé son temps à leur réclamer des pétards qu'elle enfonçait dans les pots d'échappement des voitures après s'être rendu compte que ça faisait un bruit de tous les diables. Une fois ou deux, elle s'était même grillée le bout des doigts, mais elle n'en avait rien eu à faire, elle s'amusait beaucoup trop.

Arrivé au pied de leur immeuble, Haruchiyo reprit.

– Écoute Senju, il vaut mieux que tu ne parle pas de tout ça à Takeomi Nii Chan, sinon il risque de se mettre en colère, d'accord ?

Senju le regarda d'un air grave, puis elle hocha la tête et fit mine de fermer sa bouche à clé.

– D'accord !

à suivre…


Notes:

NDA : En vrai, elle est mignonne Senju, elle est juste tombée dans la mauvaise famille je me dis... Si Haruchiyo et elle étaient nés dans la famille Sano par exemple, tout aurait été très différent pour eux.
(-ω-、)

Chapter 4: Takeomi

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Takeomi


          Lorsque les deux enfants franchirent la porte d'entrée, Haruchiyo sentit l'angoisse lui tomber sur les épaules comme un poids. Rien à voir avec leurs jeux de l'après-midi, Haru le savait, c'était son frère qui lui faisait cet effet-là. Takeomi faisait toujours reposer sur lui tellement d'attentes, que son jeune frère se sentait comme écrasé dès que ce dernier était dans les parages.

– On est rentré, dit-il à tout hasard sans savoir s'ils étaient seuls.

Takeomi était bien là.

Installé sur le canapé du salon, il portait encore son uniforme du Black Dragon et il avait une cigarette coincée entre les doigts.

Takeomi Akashi, seize ans, bientôt dix-sept, était depuis quelques mois le vice-leader du Black Dragon et le bras droit de Shin. Son accession à ce poste pouvait se lire dans son attitude.  Le menton haut et le regard suffisant, il toisait désormais tous ceux qui l'entouraient plus qu'il ne les regardait et il ne parlait plus que stratégie et bastons.

Il passait aussi tout son temps libre en compagnie de ses amis du gang et cela avait au moins l'avantage d’offrir un peu de paix à Haruchiyo.

Six mois plus tôt, Takeomi était encore un lycéen comme les autres que rien ne distinguait de ses camarades hormis ses cheveux longs et sa moto – une Kawazaki KDX qu'il avait retapée avec l'aide de Shin'ichirō. Mais depuis la création du gang, il était devenu un autre homme et le moins qu'on puisse dire, c'est que le pouvoir lui montait à la tête.

Il leur jeta un regard par-dessus le dossier du canapé.

– Vous voilà vous deux, vous étiez en train de jouer dehors ? Je ne vous ai pas vu.

Haru opina.

– Oui on jouait dans le coin et on n'a pas vu l'heure.

Il savait qu'il pouvait mentir sans trop de risques sur ce point. Takeomi ne s'intéressait pas à grand-chose quand il avait les histoires de gang en tête.

– Je vois, tu devrais faire attention Haruchiyo, c'est pas sûr la nuit dans la rue, c'est à toi de prendre soin de ta sœur, tu le sais. Senju, va prendre ton bain, tu es sale comme un cochon qui se serait roulé dans la poussière. Je sais pas comment tu fais pour toujours te salir comme ça. Les autres petites filles sont propres et coquettes, pourquoi pas toi ? Tu devrais la surveiller mieux que ça, Haruchiyo.

Senju n'écouta que la moitié de ce qu'il lui disait et elle se précipita vers la salle de bain en faisant l'avion.

– D'accord ! Vrrrroooum !

Elle disparut dans le couloir et Takeomi ramena les yeux sur son petit frère.

– Tu as fait tes devoirs, Haruchiyo ? Dit-il et comme Haru hochait la tête, il ajouta : alors va mettre la table, je vais voir si Senju ne fait pas semblant de se laver ensuite tu iras prendre ton bain toi aussi pendant que je vous préparerai de quoi manger.

Il se leva et Haruchiyo put recommencer à respirer librement.







Lorsque que son frère fut parti, Haru alla faire disparaître au fond d'un tiroir de sa chambre les derniers papiers de pétard qu'il avait encore dans les poches.

Senju et lui s'en étaient tirés à bon compte. Takeomi n'avait rien vu. Il ne restait qu'à espérer que sa petite sœur se tairait. Haruchiyo n'avait aucune certitude à ce sujet, Senju pouvait se montrer très sérieuse quand elle le voulait, mais certaines fois, quand elle était particulièrement excitée, comme ce soir par exemple, elle semblait incapable de fermer sa bouche.

– Il faut juste qu'elle se taise... Murmura-t-il. Faites qu'elle se taise...

Il rejoignit la cuisine et commença à mettre le couvert. Il ne sortit que deux assiettes. Takeomi préférait manger seul devant la télévision plus tard et leur père ne rentrerait pas avant une heure avancée. 

Le plus souvent, Haruchiyo et Senju restaient ainsi en tête-à-tête et ils ne voyaient leur frère qu'au moment des repas et leur père encore moins souvent. Certains auraient trouvé ça triste, mais la vérité c'est que cette organisation ne déplaisait pas vraiment à Haruchiyo – s'il n'avait pas eu à s'occuper de sa sœur, ça aurait été encore mieux. Avec ce mode de vie, il se sentait libre de passer autant de temps qu'il le voulait avec Mikey.

Peut-être que demain, je pourrais aller jouer sans avoir Senju dans les pattes... Je lui demanderai si elle veut rester avec Emma...

Mais il ne se faisait pas d'illusion. Senju préférait toujours les jeux de garçons. Les poupées, ça ne l'intéressaient pas.

Haru était en train de poser les verres sur la table quand son frère reparut à la porte.

Les bras croisés sur la poitrine, Takeomi s'appuya contre le chambranle.

– J'ai vu les marques sur les doigts de Senju, dit-il.

Haruchiyo se figea et Takeomi souffla.

– Tu es puni, Haruchiyo, dit-il sans chercher à comprendre, va dans ta chambre.

– Mais.... Tenta de se défendre le garçon.

– Pas de mais, va dans ta chambre tout de suite. Si tu n'es pas capable de prendre soin de ta petite sœur, tu es puni.

Haru serra les poings et sentit le sang lui monter aux joues. C'était toujours comme ça. Takeomi ne l'écoutait jamais. Quoique fasse Senju, c'était toujours de sa faute à lui.

– C'est pas juste... Marmonna-t-il le visage baissé. Je l'ai surveillée... Je l'ai surveillée toute la journée même ! Mais elle, elle a absolument voulu jouer avec ce briquet !

Les larmes lui montaient aux yeux et il s'essuya rageusement le visage avec sa manche.

Takeomi ne l'écoutait pas. Ses explications ne l'intéressaient pas.

– Est-ce que je dois le redire, Haruchiyo ? Va dans ta chambre et restes-y. Ça t'apprendra à ne pas la quitter des yeux.

Haru se mit en marche en traînant les pieds.

C'est pas juste... C'est pas juste... Se répéta-t-il.

Au moment où il arriva au niveau de son frère, Takeomi voulut le saisir par le bras pour le faire avancer plus vite, mais Haru lui échappa et recula.

– C'EST PAS JUSTE ! Lui hurla-t-il au visage. J'AI RIEN FAIT, MOI !

Takeomi souffla de nouveau. Toutes ces histoires de gamins l'ennuyaient. Il avait autre chose à faire qu'à s'occuper des caprices d'un gosse.

– Viens là, répondit-il, arrête ton cirque.

Il tendit la main, mais Haru recula encore.

–  NON !

Le garçon avait attrapé le couteau posé sur la table et il le brandit à deux mains.

– ARRÊTE DE ME PUNIR ! Cria-t-il. J'AI RIEN FAIT DE MAL !

Il tremblait de tous ses membres, mais Takeomi ne semblait pas impressionné, Haruchiyo n'était qu'un enfant.

– Lâche ça, tu es ridicule.

Il se baissa pour lui retirer son arme, mais avant qu'il lui ait saisi le poignet, Haru leva le couteau d'un geste vif et Takeomi fit un pas en arrière avec un grognement de douleur, la main pressée sur le visage.

– Putain... Jura-t-il.

Du sang dégoulina entre ses doigts. Effaré, Haruchiyo lâcha le couteau qui tomba sur le carrelage en cliquetant, avant de se précipiter hors de la cuisine.



~⊱🜲⊰~



Roulé en boule sur son lit, la poitrine secouée de sanglots nerveux qui refusaient de se calmer, Haruchiyo entendit la porte de sa chambre s'ouvrir.

D'abord il se raidit. C'était sans doute Takeomi qui venait pour le punir. Mais ensuite, il sentit une petite silhouette chaude se blottir contre lui.

Senju l'entoura de ses bras et elle posa sa joue contre son dos.

– C'est pas moi Haru Nii... Dit-elle. Je lui ai rien dit... Rien du tout, promis.

à suivre…


Notes:

NDA : Pauvres gamins, ils me font de la peine tous les deux... En plus, Senju, elle les aime vraiment elle...
(╥﹏╥)

Chapter 5: Baji

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Baji


       Après ce jour, les relations se tendirent un peu plus au sein de la famille Akashi.

Le lendemain, Takeomi revint avec un pansement sur l'œil droit. Il regarda Haruchiyo un long moment avant de lui déclarer :

– Puisque je vois que tu es assez grand pour te défendre, la prochaine fois, je ne me laisserai pas faire. Ne l'oublie pas.

Haruchiyo ne répondit pas. Il n'y avait rien à dire. Il n'avait eu aucune l'intention de blesser son frère sur le moment. La situation lui avait échappé, tout simplement. Mais à présent toutefois, avec le recul, il éprouvait une sorte d'euphorie au souvenir du pouvoir qu'il avait tenu entre ses mains durant une seconde. Il écrasa cependant soigneusement ce sentiment au fond de son cœur. Il ne devait pas le laisser voir. En tout cas pas maintenant. Peut-être un jour pourrait-il le laisser s'exprimer, mais pas aujourd'hui.

Au moins, il ne fut plus question de sa punition.

Le jour suivant, un dimanche, Haru retourna jouer avec Mikey comme si rien ne s'était passé. Senju refusa de rester avec Emma comme Haru s'y était attendu et tous les trois allèrent traîner dans le parc près de chez eux.

Keisuke ne les accompagnait pas, sa mère avait reçu son dernier bulletin de notes et elle l'avait claquemuré dans sa chambre pour le faire réviser. Haru et Mikey savaient que ça ne durerait pas. Ryoko réagissait ainsi chaque fois qu'elle voyait les résultats scolaires de Keisuke. Généralement, elle capitulait au bout de quelques heures en voyant que ça ne donnait rien. Le fils avait la tête encore plus dure que sa mère.

Senju laissa Haru et Mikey jouer en haut du plus grand toboggan du parc – celui qui avait un petit tunnel en acier où on se cognait la tête et sur lequel on se brûlait les fesses en été – pour rejoindre la cage à écureuils, le jeu d'escalade qui dominait le parc.

Elle grimpa jusqu'au sommet, son frère lui jetant des regards inquiets de loin, avant de se mettre debout à son sommet – les pieds bien en biais pour ne pas tomber. Du haut de son perchoir, elle avait l'impression de dominer le monde. 

Elle reconnut Emma à l'entrée du parc et elle voulut lui faire signe, mais elle s'aperçut alors que cette dernière n'était pas seule. Face à elle, un garçon faisait de grands gestes qui semblaient menaçants.

N'écoutant que son courage, Senju dévala aussitôt les barreaux métalliques, s'égratignant les genoux en atterrissant sur le sable de l'aire de jeux, et vola au secours d'Emma. La petite sœur de Mikey était une fillette sans défense, Senju n'allait certainement pas laisser un voyou l'intimider.

Tu vas voir ce que tu vas voir !

Mikey aurait fait pareil à sa place, elle en était sûre.

Arrivée à quelques pas des deux enfants, elle prit son élan, bondit et asséna à la petite brute un coup de pied qui l'envoya rouler dans la poussière.

Emma poussa un cri horrifié et recula, les mains plaquées sur la bouche, tandis que Senju reconnaissait enfin le garçon qu'elle venait de frapper. 

C'était Baji.

Derrière elle, Mikey et Haruchiyo arrivèrent en courant, attirés par le tapage.

– Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Haru.

Mikey, lui, avait compris. Il éclata de rire.

– Bah alors Baji ? Dit-il au garçon. Tu viens de te faire éclater par la petite sœur de Haruchiyo, j'ai pas rêvé ?

– Tch ! Lâcha Keisuke en se relevant.

Il avait la lèvre fendue, Senju n'y était pas allée de main morte.

Cette dernière le regarda, effarée.

– Mais... mais... Dit-elle. Pourquoi tu embêtais Emma ?

– Hein ? Lui dit Keisuke. Je l'embêtais pas ! Je lui montrais du karaté, espèce de débile ! Pour qu'elle puisse se défendre ! Vérifie la prochaine fois avant de cogner !

Mikey, lui, n'arrivait pas à arrêter de rire.

Baji s'est fait démarrer par une fille ! 𝅘𝅥𝅮 Chantonnait-il. Baji s'est fait démarrer par une fille ! 𝅘𝅥𝅮 

– Ta gueule, toi ! Répliqua Baji.

– Oooh ! S'exclama Mikey, les mains sur les joues et l'air faussement choqué. Je vais dire à ta mère comment tu me parles !

Baji blêmit, puis il se ressaisit. Il croisa les bras sur la poitrine et afficha un air sûr de lui.

– Senju m'a eu par surprise, expliqua-t-il. Si je l'avais vu venir, je lui aurais mis une dérouillée, c'est sûr !

– Sans déconner ? Rigola Mikey. T'aurais frappé une fille ?

Baji réalisa ce qu'il venait de dire. Il bafouilla, mais Senju, rouge de colère, répondit avant qu'il ait ouvert la bouche :

– Ah ouais ? Alors viens, on remet ça et on voit qui est le plus fort !

Elle se jeta sur lui, mais Haruchiyo la retint par le bras.

– Arrête ça, lui dit-il, si tu te fais mal, je vais avoir des problèmes.

Emma aussi se plaça entre eux.

– Oui, arrêtez ! Dit-elle, les poings sur les hanches en une parodie de maman. Keisuke dit la vérité, Senju ! Il voulait me montrer comment faire du karaté ! Pour que je sache me défendre !

– Mais, dit Senju, moi aussi je peux t'apprendre à te défendre.

– Pff ! Laisse-moi rire ! Lui répliqua Baji. Moi je fais du vrai karaté, avec un sensei ! Pas de la bagarre de mioches !

– Bagarre de mioches qui t'a envoyé te brosser les dents avec du gravier, ricana de nouveau Mikey avec un sourire en coin.

Il refusait de lui laisser oublier.

– MAIS PUISQUE JE TE DIS QUE C'EST PARCE QU'ELLE M'A EU PAR SURPRISE ! Cria-t-il.

Mikey continua à le taquiner. 

– Tu veux que ma sœur te prête ses poupées ? Lui dit-il. Tu pourrais jouer sans te faire mal comme ça ?

Il ne semblait pas savoir ce que s'arrêter voulait dire.

Baji se jeta sur lui et tous les deux roulèrent par terre, soulevant un nouveau nuage de poussière.

– Tu vas me le payer ! Brailla Baji.

L'affrontement fut bref. Quelques secondes après, Baji se retrouva à plat ventre sur le sol, un bras replié dans le dos et Mikey assis entre ses épaules.

– Demande pardon ! Lui dit Mikey, hilare, en le tenant par le bras.

– Lâche-moi ! Cria Baji.

Il tentait de se débattre, en vain.

Dis pardon Maître ! Répéta Mikey.

– Crève !

Tous les deux se chamaillèrent encore un moment, Mikey rigolant de toutes ses dents pendant que Keisuke, cramoisi de colère, essayait de se relever sans y parvenir. À deux pas de là, Emma soupira.

– Non mais franchement... 

Haru, lui, n'avait toujours pas lâché la main de sa sœur. Il n'essayait pas pour autant de la retenir. En fait, il semblait avoir l'esprit ailleurs.

Alors que Mikey et Keisuke se disputaient, l'idée lui vint qu'il savait mieux que personne, lui, ce qui était une véritable bataille.

C'est là où on voit le sang couler... C'est quand on peut faire saigner son adversaire... quand on peut le tuer.

Dans son regard s'était allumée une lueur que personne n'avait encore jamais vue.

à suivre…


Chapter 6: 30 juillet 1999

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

30 juillet 1999


          Penché sur son bureau, le bout de la langue sorti, Mikey fixa la petite pièce avec précaution. Debout derrière son épaule, Haru suivait le moindre de ses gestes sans dire un mot.

Une fois le train d'atterrissage en place, Mikey tendit la main en arrière comme un chirurgien en pleine opération.

– La colle, dit-il.

Haruchiyo déposa le petit tube blanc dans sa paume, puis il déglutit et recula d'un pas pour ne pas le gêner. Mikey avait fait de lui son assistant pour mettre la dernière touche à la maquette d'avion que Shin'ichirō lui avait offerte des mois plus tôt et, depuis bientôt une heure, il régnait dans la chambre un silence tendu.

Enfin, Mikey se redressa avec un soupir satisfait.

– J'ai fini ! Dit-il.

Sur son bureau, un Concorde aux lignes fuselées brillait sous le soleil qui tombait par la fenêtre.

Haru et lui le contemplèrent, admiratifs, avant que Mikey ne fasse signe à Haru de s'écarter.

– Fais attention Haru ! Dit-il. C'est fragile ! Si tu t'approches tu vas le casser !

Haruchiyo fit de nouveau un pas en arrière sans détacher ses yeux de l'avion. Il était parfait. Jusque dans les moindres détails. On avait l'impression d'être face à un appareil qui allait réellement décoller. Mikey avait fait un travail fantastique !

Mikey prit avec précaution la maquette entre ses mains et il la leva à hauteur de ses yeux, des étoiles dans le regard.

– Il est génial ! Dit-il. Allons l'essayer dehors !




 

Les deux enfants dévalèrent les escaliers de la maison familiale et ils rejoignirent la petite cour bordée d'un jardin, à l'arrière de la demeure.

Aussitôt qu'il fut dehors, Mikey commença à courir, son avion à bout de bras, en faisant un bruit de moteur.

– Laissez passer l'avion le plus rapide du monde ! Cria-t-il. C'est l'avion le plus rapide du monde !

À quelques pas de là, Takeomi et Shin'ichirō s'étaient installés dans le salon. On les apercevait par la porte restée ouverte. 

Une cigarette entre les doigts, Takeomi jeta un œil dehors.

– Faites moins de bruit, les petits ! Lança-t-il.

Mikey ne l'écouta pas. Voyant que son frère était là, il se rua vers la porte-fenêtre, Haruchiyo sur les talons, et brailla : 

– Poussez-vous ! POUSSEZ-VOUS !

Il bondit par-dessus Takeomi, le forçant à se pencher pour l'éviter, et se dirigea vers son frère.

Shin le regarda approcher avec une incrédulité stupéfaite.

– Manjir... Eut-il le temps de dire avant que le pied de Mikey ne s'écrase sur son visage.

Shin'ichirō tomba à la renverse et Mikey se rétablit un peu plus loin, surpris. Il se figea, son avion entre les bras.

– D'habitude, tu esquives.... Marmonna-t-il, gêné.

Haruchiyo s'était arrêté à la porte. L'effarement sur les traits de Shin une seconde plus tôt ne lui avait pas échappé. Pourquoi semblait-il si surpris de voir son petit frère ?

Shin'ichirō se redressa, le nez écarlate. 

La stupéfaction n'avait pas disparu de son regard et il fixait toujours Manjirō d'un air abasourdi. L'instant suivant, il abandonna le canapé, les larmes aux yeux, et il alla l'enlacer sous les regards ahuris de Takeomi et Haruchiyo.

– MANJIRŌ ! C’EST TOI !

– Shin'ichirō ? S'inquiéta Mikey, prisonnier de ses bras. Qu'est-ce que tu as ? Je t'ai fait si mal que ça ?

– Manjirō... C'est pas un rêve, hein ? Dit Shin.

– T'es bizarre Shin'ichirō... Répondit Mikey.

Pour toute réponse, Shin lui adressa un sourire radieux.

– Viens Manjirō, on va essayer ma moto !




Tous les quatre – Shin et Manjirō sur la Babu de Shin et Takeomi avec Haru assis derrière lui sur sa KDX – allèrent faire le tour du quartier.

Mikey était aux commandes de la CB250T. C'était le plus beau jour de sa vie.

– OUAH ! Criait-il. C'est génial ! T'as vu Shin Nii ? J'y arrive trop bien !

– T'es doué ! Répondit Shin'ichirō par-dessus son épaule. T'es pas mon petit frère pour rien !

– La moto, c'est vraiment trop cool ! S'écria Mikey.

Shin aussi avait le sourire. La surprise qui l'avait cloué sur place un peu plus tôt avait laissé place à un bonheur qui inondait son visage et à présent il se penchait vers son frère toutes les deux minutes pour demander : Manjirō ça va ? Tu vas bien ?

Invariablement, Mikey répondait : Ouais ! Ça va du tonnerre !




 

Ils rentrèrent trois quart d'heure plus tard, en milieu d'après-midi, et Shin précéda tout le monde pour s'engouffrer dans la maison.

– Emma ! Papy ! Cria-t-il. Vous êtes là ?

Haruchiyo entra derrière Mikey et Takeomi. Tous les trois le regardèrent étreindre sa petite sœur et son grand-père comme s'il ne les avait pas vus depuis des années avant de proposer à Emma de l'aider à faire la cuisine.

–  Tu n'as jamais cuisiné de ta vie, s'étonna Emma.

–  Alors je vais faire le ménage ! Répondit Shin.

Il ressortit en coup de vent pour aller chercher un chiffon.

Il était étrange aujourd'hui, remarqua Haru, plus étrange encore que d'habitude.

– Qu'est-ce qui lui prend ? Demanda Mikey tout haut, comme en écho aux pensées de Haruchiyo.

– Va savoir, répondit Takeomi.

Il tourna les talons en lançant à son petit frère :

– Je vais m'acheter des clopes, garde un œil sur ta petite sœur, elle doit traîner à l'étage.

– Oui, oui... Répondit Haruchiyo.

Son frère partit et Mikey abandonna à son tour Haru dans l'entrée pour grimper les escaliers quatre à quatre.

– Je vais chercher mon avion ! Dit-il.

Une fois seul, Haruchiyo gagna le salon. Cette virée en motos lui avait plu. Lui aussi, il aurait aimé conduire, comme Mikey, mais Takeomi s'y était opposé.

– Tu es trop petit, tu n'atteindras même pas les pédales ! En plus, j'ai pas retapé cette bécane pour que tu me la bousilles en deux secondes !

Quand je serai plus grand moi aussi j'aurais une moto, se dit Haru, et je pourrai aller me balader où je veux avec Mikey !

Quand il entra dans la pièce, il découvrit Keisuke sur le canapé.

– Ah vous voilà ! Dit-il en se levant. Il y avait personne quand je suis arrivé et Emma m'a dit que vous étiez allés faire un tour en moto !

– Ouais, répondit Haruchiyo en sortant sur la véranda avant de se laisser tomber sur le sol pour profiter d'un souffle d'air frais. Shin'ichirō a laissé Mikey conduire, c'était cool !

Baji le rejoignit et il s'assit à côté de lui, incrédule.

– Non ? Dit-il. T'es sérieux ? Shin a laissé Mikey conduire sa Babu ? Sa précieuse Babu ? Mais la semaine dernière encore il disait qu'il était trop petit !

– Je sais oui, dit Haruchiyo. Mais il est bizarre aujourd'hui...

Keisuke le regarda sans comprendre.

– Bizarre comment ? Demanda-t-il.

Haruchiyo réfléchit.

– Je sais pas trop, répondit-il en haussant les épaules. Bizarre comme... tu te souviens, après la mort de leur mère ?

Baji déglutit et opina. Il s'en souvenait. Un an plus tôt, Sakurako, la mère de Shin et Manjirō avait finalement succombé après des mois passés à l'hôpital. Shin et Emma avaient été effondrés et Mikey, lui, s'était refermé sur lui-même au point que même ses meilleurs amis n'avaient pas réussi à l'approcher plusieurs jours durant.

– Ouais... Dit-il. Je me souviens.

– Au bout d'un moment, reprit Haru, Shin a décidé d'arrêter d'être triste pour ne pas faire plus de peine à Mikey et Emma et il a commencé à s'occuper d'eux comme un zinzin, il ne les lâchait pas de la journée.

Baji étouffa un rire. C'était peu dire. Un peu près les funérailles, Shin'ichirō s'était mis à afficher ce sourire forcé un peu trop large qui ne l'avait plus quitté plusieurs mois durant et il avait entrepris de faire tout ce qui était en son pouvoir pour dérider son frère et sa sœur, leur proposant des sorties, jouant avec eux...

Ça avait fonctionné. Emma avait retrouvé le sourire et même Mikey était sorti de l'isolement dans lequel il se terrait.

Haruchiyo continua.

– Bah il est comme ça aujourd'hui.

Baji ramena les yeux sur le jardin.

– Il a peut-être eu une sale journée, dit-il enfin. Ou bien il a fait un cauchemar. Moi, après l'enterrement, j'ai rêvé que ma mère mourrait aussi – Keisuke avait la gorge serrée à ce souvenir – après, j'ai été super sympa avec elle pendant des jours...

Haruchiyo ricana.

– Ce qui n'a pas été jusqu'à avoir de bonnes notes.

– Rhaaaaa ! Ta gueule, toi ! Lui répliqua Baji.

Haruchiyo.

La voix de Mikey, derrière eux, les fit se retourner.

– Mikey, tu... Commença Haru.

Le pied de Mikey le cueillit à la mâchoire sans le laisser finir et Haru vola jusque dans la cour où il s'écrasa dans la poussière.

Baji ouvrit des yeux stupéfaits et Mikey descendit de la véranda pour rejoindre Haru. Là, il le souleva par le col de son t-shirt et il commença à le frapper.

Passé le premier instant de stupeur, Baji se ressaisit et il se jeta sur Mikey pour lui attraper le bras.

– MIKEY ! TU FAIS QUOI ? ARRÊTE !

Le regard que lui retourna Mikey lui glaça le sang.

– Dégage, lui dit-il, ou je te tue aussi.

Baji tomba en arrière, sous le choc. Il n'avait jamais vu Mikey ainsi. Il n'y avait plus rien dans ses yeux. Juste du vide.

Mikey recommença à cogner Haruchiyo, dont la tête ballottait en arrière chaque fois qu'un coup de poing lui atteignait le visage, mais Mikey ne s'arrêtait pas. Il frappa encore et encore, même quand le sang recouvrit ses phalanges.

Finalement, il le lâcha et Haru tomba à genoux sur le sol, défiguré, les mains pressées sur son visage.

Au-dessus de lui, Mikey n'avait toujours pas retrouvé son état normal.

– Ris maintenant Haruchiyo.

La mâchoire traversée de lames de douleur qui faisait couler les larmes sur ses joues, Haru n'entendit pas d'abord.

– J'ai dit : Ris, répéta Mikey.

Durant une seconde, Haruchiyo le regarda. Puis un rire, grinçant et malade, monta de sa bouche presque plus effrayant que le regard de Mikey.

à suivre…


Notes:

NDA : Bon, les ennuis commencent, vous l’aviez compris…
( ̄~ ̄;)

Chapter 7: Premières pulsions

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

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Haruchiyo Sanzu

Premières pulsions


          Ce furent les cris de Baji qui attirèrent Shin'ichirō dans la cour.

– ARRÊTE MIKEY ! ARRÊTE !

Dehors, Shin découvrit Haru à genoux sur le sol, la bouche ensanglantée, et, debout au-dessus de lui, un Mikey au visage dénué d'expression.

– Ris Haruchiyo, répétait-il. Ris maintenant.

Shin lâcha le chiffon qu'il avait à la main pour écarter précipitamment son petit frère et prendre Haru dans ses bras. Sur le moment, ce dernier ne parut pas le reconnaître. Il continua à rire, de ce rire faux et discordant.

– Haru ! Haru ! Est-ce que tu m'entends ? C'est moi ! C'est Shin'ichirō ! Qu'est-ce qui s'est passé ?

Haruchiyo finit par tourner les yeux vers lui et son rire s'éteignit. L'instant suivant, il se mit à pleurer à gros sanglots nerveux. Baji, lui, était toujours assis par terre, sous le choc.

À deux pas de là, Mikey semblait ne pas se rendre compte de ce qui se passait.

Le grand-père des garçons apparut à la porte-fenêtre, alerté par le tapage.

– Pourquoi tous ces cris ? Qu'est-ce qui se passe ? 

– Papy ! Dit Shin. Haru est blessé ! Je l'emmène à l'hôpital ! Préviens Takeomi quand tu le vois, je ne sais pas où il est !




Le cœur battant, Shin s'efforçait de rouler aussi vite qu'il le pouvait sans mettre en danger l'enfant assis devant lui. Il avait placé deux grosses compresses sur son visage pour faire cesser le saignement, mais le devant du t-shirt de Haruchiyo était déjà écarlate et son regard était toujours hagard.

Parvenu sur le parking de l'hôpital, juste devant l'entrée des urgences, Shin descendit de moto, le petit dans ses bras.

– S'il vous plaît ! Cria-t-il dans l'entrée. J'ai un blessé ! Aidez-moi !

Une infirmière vint prendre en charge le petit garçon et Shin le regarda s'éloigner entouré de médecins. La tension qu'il avait éprouvée ne retomba pas pour autant et son cœur battait toujours une chamade endiablée dans sa poitrine.

Son téléphone sonna dans sa poche et il sortit sur le parvis pour décrocher.

– Takeomi ?

Shin ! Qu'est-ce qui se passe ? Où est Haru ? Ton grand-père m'a dit que tu l'avais emmené à l'hôpital ?

Il y avait de la panique dans sa voix.

– Oui, je suis désolé Take, répondit Shin en se passant une main nerveuse sur le crâne, je suis à l'hosto, là. Écoute... je comprends pas ce qui a pris à Manjirō... c'est peut-être une bagarre qui a mal tourné...?

Ça n'avait rien d'une bagarre... Se corrigea-t-il au souvenir du regard de son frère. On aurait plutôt dit...

Il préféra ne pas le dire tout haut, mais le mot s'imposa à lui.

Une exécution.

– Je suis vraiment désolé, reprit-il. Je suis aux urgences, les médecins viennent de l'emmener, je l'ai conduit à l'Oshima.

Ok, j'arrive tout de suite !

– Et Senju...?

La fillette était toujours chez les Sano.

Elle est avec Emma là, répondit Takeomi. Je lui ai dit de ne pas bouger jusqu'à notre retour ! Je crois qu'elle m'écoutera, elle a l'air assez secouée...

Shin n'arrivait pas à se rappeler si la petite fille était présente quand c'était arrivé.

– Est-ce que... tu as vu Manjirō ? Lui demanda-t-il avant qu'il ne raccroche. Comment il est ?

Il avait voulu dire comment il va ? mais les mots étaient sortis tout seuls.

Comment il est ? Est-ce qu'il est dans son état normal ? Est-ce qu'il a encore l'air... possédé ?

De nouveau, il préféra chasser cette idée de sa tête. Il irait parler avec lui. Mais pas tout de suite. Tout de suite, la priorité, c'était Haruchiyo.

Non, je ne l'ai pas vu, pourquoi ?

Un infirmier vint lui faire signe à la porte et Shin reprit.

– Les médecins m'appellent, je vais voir ce qu'ils disent. Je reste avec Haru jusqu'à ce que tu arrives.





Dans la soirée, Shin fit sortir Mikey dans la petite cour, derrière la maison.

Le petit garçon s'assit sur le rebord de la véranda, la tête basse et l'air abattu.

Il ne ressemblait plus du tout au Manjirō que Shin avait vu plus tôt dans l'après-midi, mais ce n'était pas non plus le frère qu'il connaissait, exubérant et sûr de lui.

– Manjirō, qu'est-ce qui s'est passé ? Pourquoi tu as fait ça ?

– Je sais pas Shin'ichirō.... Je comprends pas ce qui m'a pris... Je me souviens de rien... Tout est noir dans ma tête. Quand j'ai repris mes esprits... J'avais blessé Haru... Je comprends pas...

Il y avait de la détresse dans sa voix. Shin le regarda un long moment. Il avait l'air sincère et puis Manjirō n'était pas du genre à mentir.

– Je suis désolé... Ajouta Mikey.

– Ce n'est pas à moi que tu dois des excuses, tu le sais, n'est-ce pas ?

Manjirō opina.

– Oui, je sais.




Dès le lendemain matin, tous les deux allèrent rendre visite à Haruchiyo à l'hôpital. Ce dernier avait été installé dans une chambre particulière. La veille, les médecins avaient suturé ses plaies au visage, mais ils avaient prévenu Takeomi qu'il garderait des cicatrices.

– Nous allons le garder un jour ou deux pour être sûr qu'il n'a pas pris de coup sur la tête. Vous pourrez le ramener chez vous en fin de semaine.

–  D'accord, je comprends merci.

Takeomi était rassuré. Il avait imaginé le pire quand le grand-père de Shin lui avait dit que son petit frère était à l'hôpital. Mais même si Haru garderait des marques, en définitive, ce n'était que des blessures superficielles. Il en avait bien une lui-même – c'était d'ailleurs à Haruchiyo qu'il la devait –  et il vivait très bien avec.

Mikey et Shin entrèrent dans la chambre – Mikey traînait les pieds derrière son frère – et Takeomi sortit pour les laisser discuter.

Sans attendre que son frère le lui demande, Mikey alla s'asseoir sur le tabouret, à côté du lit, le front bas.

Depuis la veille il remâchait sa culpabilité et les cernes sous ses yeux montraient qu'il n'avait pas beaucoup dormi.

– Je suis désolé Haru. Pardon.

– Mikey... Dit Haruchiyo.

– J'ai fait quelque chose de très grave, poursuivit Mikey sans le laisser finir, et maintenant, il va te rester des cicatrices pour toute la vie. Je suis désolé.

– Je suis désolé Haru. Pardon.

– Je vais attendre dehors... Dit-il.

Shin'ichirō le regarda s'éloigner. Il n'avait jamais vu son petit frère aussi morose.

C'est une bonne chose j'imagine, ça veut dire qu'il a conscience de ce qu'il a fait.

Lorsque Mikey sortit, Shin ramena les yeux sur Haru.

– Est-ce que ça va ?

Le petit garçon assis dans le lit d'hôpital hocha la tête sans le regarder en face. Il portait deux gros pansements sur les joues et le tout était maintenu par un bandage qui faisait le tour de sa tête.

Shin s'assit à la place que Manjirō occupait un peu plus tôt. Il hésita.

– Je sais qu'il est un peu tôt pour te demander ça, reprit-il, mais est-ce que tu crois que tu pourrais lui pardonner ? Ou, au moins, rester son ami ?

Haruchiyo esquissa un sourire malgré ses bandages.

– Évidemment. Mikey, c'est mon pote pour la vie.

Shin lui tendit la main, rassuré, et Haru la saisit.

– Merci Haru.

Au moment où leurs doigts se touchèrent, Haru sentit comme une décharge électrique le parcourir et, durant une seconde, il eut l'impression que Shin avait disparu.

Quand il leva les yeux, Shin'ichirō était toujours là, mais il contemplait la chambre d'hôpital d'un air surpris.

– Qu'est-ce que je fais là ? Murmura-t-il.

à suivre…


Notes:

NDA : Avec cette histoire, j'ai l'impression de me balader de l'autre côté du miroir... C'est amusant d'imaginer l'histoire qu'on connaît, mais d'un point de vue différent.
(⌒_⌒;)

Chapter 8: Culpabilité

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Haruchiyo Sanzu

Culpabilité


          La petite silhouette de Senju se renfonça à l'angle du couloir. Elle regarda Shin sortir de la chambre de Haruchiyo un peu après Mikey, et déglutit. C'était maintenant ou jamais, elle le savait. Pourtant elle n'arrivait pas à faire un pas.

– Allez... T'es pas une trouillarde... Vas-y...

Rien à faire, elle ne bougeait pas. Elle se sentait coupable. Et pour cause : Ce qui était arrivé à Haruchiyo, c'était entièrement sa faute.

La veille, après le départ des garçons pour leur balade à moto, elle avait été faire un tour dans la maison des Sano et en passant devant la chambre de Mikey, elle avait vu l'avion posé sur le bureau. Elle avait aussitôt eu envie de l'essayer. 

Quelques secondes plus tard, elle courait comme lui dans les couloirs, le modèle réduit tenu à bout de bras, avant de trébucher et de réduire en miettes la précieuse maquette.

À ce moment-là, elle n'avait pas encore idée de la gravité de ce qu'elle avait fait.

Lorsque Mikey était revenu et qu'il avait trouvé son avion en morceaux, il lui avait demandé qui avait fait ça.

– Tu l'as sûrement vu, non ? Avait-il dit.

Les larmes aux yeux, Senju n'avait pensé qu'à la dispute qu'elle avait eue avec Haruchiyo, un peu plus tôt ce matin-là, quand Mikey était venu dans le salon leur montrer sa maquette presque achevée.

– Putain de merde ! S'était-elle extasiée. Il déchire !

Takeomi avait aussitôt pivoté vers Haru, furieux.

– Haruchiyo ! Depuis quand Senju parle comme ça ? Tu dois faire plus attention ! Je ne veux pas qu'elle se comporte comme une racaille ! C'est à toi de lui montrer l'exemple !

Haru s'était recroquevillé sous la réprimande.

– Oui...

Plus tard, Senju l'avait trouvé en larmes, assis au bord de la véranda et quand elle s'était approchée, il l'avait rabrouée.

– Va-t'en. Je veux pas te parler ! C'est de ta faute si je me fais toujours gronder !

Surprise et vexée, Senju avait fait demi-tour sans un mot. Mais devant Mikey, elle avait saisi cette occasion mesquine de se venger.

– C'est Haru, avait-elle répondu sans oser le regarder dans les yeux.

Elle n'imaginait pas alors les conséquences de son mensonge.

Ensuite, comme les autres, elle avait été attirée dehors par les cris de Baji et là, elle avait tout de suite compris. C'était elle qui avait provoqué cela. C'était de sa faute

Sous le choc, elle était restée tétanisée jusqu'à ce que Shin intervienne.

Encore maintenant, elle ne comprenait pas pourquoi elle avait menti. Mais ce qu'elle ne comprenait surtout pas, c'était  pourquoi Mikey avait réagi ainsi. Le garçon qu'elle connaissait n'aurait jamais fait ça. Même si un de ses amis avait cassé son jouet préféré, il aurait boudé, ça oui, mais jamais il ne l'aurait tabassé de cette façon.

Shin avait rapidement emmené Haru à l'hôpital et Senju était restée en arrière, chez les Sano, bouleversée.

Quand Takeomi était revenu, son paquet de cigarettes à la main, et qu'il avait appris la nouvelle, lui non plus n'était pas resté. Il avait appelé Shin et il était aussitôt parti pour la clinique.

– Tu m'attends ici et tu restes avec Emma, ok ? Tu bouges pas, lui avait-il dit avant de quitter la maison.

Senju n'avait pas protesté. Elle est bien trop secouée pour ça. Son mensonge et le visage de son frère en sang ne cessaient de revenir à sa mémoire. 

C'est de ma faute... C'est de ma faute... Si mon frère est à l'hôpital, c'est de ma faute... Se répétait-elle.

Encore maintenant, dans le couloir de la clinique, à deux pas de la chambre de son frère, elle n'arrivait pas à faire taire les tambourinements coupables de son cœur.

Je dois m'excuser... Je dois tout dire à Haru Nii et m'excuser.

C'était la seule chose à faire.

Cachée à l'angle du couloir, elle leva les yeux vers la porte de la chambre de son frère et inspira.

Allez... Tu peux le faire ! 

Elle se redressa et se mit en marche.




Haru était assis dans son lit et il regardait par la fenêtre quand la porte s'ouvrit. Il ne fut pas surpris de voir entrer sa petite sœur. Elle était la seule qu'il n'avait pas encore vue.

Senju referma la porte derrière elle et elle s'avança jusqu'au lit en traînant les pieds, la tête basse. Pour un peu, on aurait dit Mikey.

– Haru Nii... Dit-elle. Je dois te dire quelque chose...

Elle prit son courage à deux mains et elle lui raconta toute la vérité.

Quand elle eut fini, elle ajouta :

– Je suis désolée Haru Nii. C'est horrible ce que j'ai fait. Pardon...

Puis elle resta debout là, sans oser le regarder.

Haruchiyo, de son côté, était stupéfait. Pas un instant il ne s'était douté qu'il était innocent. Quand Mikey l'avait passé à tabac, il s'était dit qu'il avait dû faire quelque chose de mal, quelque chose de si terrible que Mikey s'était retrouvé dans une colère noire, même si lui ne savait pas quoi. Mais à aucun moment il ne lui était venu à l'esprit qu'il n'était pas le coupable.

– C'était... toi ? 

Senju rentra la tête dans les épaules. Elle se sentait plus mal que s'il avait crié ou l'avait frappée.

– Oui... Mais je te promets que j'irai lui dire... je lui demanderai pardon... et s'il veut me frapper aussi, je me laisserai faire...

Haru souffla.

– Arrête, Mikey ne te frappera jamais. Tu le sais bien.

En tout cas pas le Mikey qui était venu le voir ce matin avec Shin. L'autre en revanche...

– Mais...

– C'est bon, reprit Haru en détournant la tête.

L'aveu de Senju le soulageait d'un poids : Mikey n'avait rien contre lui. Il ne lui en voulait pas. C'était Senju la coupable...

Comme toujours.

Il n'avait pas déçu le garçon qu'il admirait le plus. C'était tout ce qui comptait.

– Haru Nii... Dis-moi ce que je peux faire pour que tu me pardonnes... ?

– C'est bon je te dis, va-t'en. Laisse-moi tranquille.

Cette histoire d'avion ne l'intéressait plus. Il n'avait qu'une envie, rester seul avec ses pensées et explorer cet espèce de soulagement diffus qui lui avait empli la poitrine.

Il s'étendit dans son lit et tourna le dos à sa sœur pour lui signifier que la conversation était terminée.

Senju frémit, la tête basse.

Il est en colère... Il a raison, j'ai été méchante.

Elle se dirigea vers la porte à pas lents. Arrivée là, elle posa la main sur la poignée.

– Quand tu voudras me pardonner, tu me le diras, d'accord Nii Chan ?

Haruchiyo ne répondit pas et Senju sortit.

Une fois seul, Haru se replongea dans ses pensées.

Parmi tous ses souvenirs, un, surtout, lui revenait sans cesse et lui faisait battre le cœur à toute allure. Celui du regard de Mikey la veille, au moment où il le tabassait.

Dès les premiers coups, Haruchiyo s'était rendu compte que Mikey n'était pas lui-même. C'était comme une version plus sombre, plus terrifiante de son ami. Son regard semblait envahi par l'obscurité et ses prunelles n'avaient plus rien d'humain.

C'était effrayant... et tellement intense !

Une part de Haruchiyo en avait eu peur, mais une autre en frémissait encore d'excitation. Celle-là avait envie de revoir ce Mikey, cet être qui semblait réellement invincible.

à suivre…


Chapter 9: 𝘚𝘢𝘯𝘻𝘶

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Sanzu


          La vie reprit peu à peu son cours après l'accident. Les premiers jours, Takeomi insista pour que Haruchiyo reste à la maison.

– Tu es convalescent, je ne voudrais pas que tu te blesses davantage en allant faire l'imbécile avec Mikey et Keisuke.

Mais cette réclusion forcée pesa plus à Haru que toutes les réprimandes, surtout qu'il se retrouvait coincé avec Senju.

Cette dernière n'avait rien perdu de son impétuosité, bien au contraire, et après avoir quitté la chambre d'hôpital, elle décida que le meilleur moyen de se faire pardonner, c'était de se comporter en parfaite petite sœur.

Dès lors, aussitôt que Haruchiyo fut rentré à la maison, elle mit un point d'honneur à être aux petits soins pour lui.

Cela commença dès le jour de son arrivée. De retour dans sa chambre, Haru découvrit sur son bureau un dessin les représentant elle et lui, main dans la main. Son œuvre était accompagnée de biscuits dont elle avait semé les miettes depuis la porte jusqu'au bureau.

Haru grimaça, il détestait plus que tout que l'on entre dans sa chambre et surtout qu'on y mette le désordre. Mais il s'efforça de ne pas le montrer. Son cadeau partait d'une bonne intention, en plus, il n'avait pas besoin d'une petite sœur qui se mettait à chouiner. 

Il regarda le dessin tout en ramassant avec soin les miettes éparpillées sur le bureau. Derrière lui, Senju scrutait nerveusement sa réaction. Lorsqu'il examina le gribouillage avec l'ombre d'un sourire, elle poussa un cri de victoire et s'échappa vers la salle de bain pour lui faire couler son bain.

Les jours suivants furent à l'image du premier. Senju s'échinait à devancer tous ses besoins avec plus ou moins de succès. Elle lui apportait ses repas, rangeait ses vêtements... Malheureusement, la dextérité pour les tâches ménagères ne faisait pas partie des talents de Senju et chacune de ses attentions se terminaient le plus souvent en catastrophe.

– Arrête ! Lui dit-il un jour sur le seuil de la cuisine alors qu'elle venait de tenter de lui réchauffer un bol de nouilles. Arrête ça maintenant !

Senju l'attendait à la porte, le bol entre les mains, les doigts protégés par un torchon et la moitié du bouillon répandu sur le sol. Tout cela sans compter les couverts qu'elle avait éparpillés sur le plan de travail pour trouver LA cuillère qu'elle voulait et le chiffon imbibé de soupe avec lequel elle avait tenté d'éponger les dégâts.

– Je comprends ce que tu essaies de faire, lui dit Haru. Mais ça suffit ! C'est bon, je te pardonne, ok ?

Les attentions de sa petite sœur étaient une véritable calamité. Chaque fois que Senju essayait de lui faciliter la vie, Haru se retrouvait à ramasser, ranger, nettoyer, réparer derrière elle. La petite fille semblait incapable d'ouvrir un paquet de chips sans les envoyer toutes voler aux quatre coins de la pièce. Lorsqu'elle voulait lui apporter des biscuits, il pouvait la suivre à la trace, à la façon du Petit Poucet. Mais le pire restait quand elle décidait de lui servir à boire. Les verres voyaient alors leur espérance de vie diminuer à toute allure et les bouteilles de jus de fruits se vidaient à une vitesse alarmante. La veille, Haru avait dû passer la soirée à nettoyer le jus de fruits collé sur le sol et les meubles de la cuisine et à ramasser les morceaux de verre brisé qu'elle avait tenté de lui cacher.

C'est le quatrième qu'elle casse depuis que je suis rentré…

Il avait les nerfs à fleur de peau. Il avait l'impression de passer ses journées à remettre l'appartement en état pour que Takeomi ne le punisse pas. Lui qui appréciait l'ordre et la propreté n'allait pas tarder à craquer. Il était temps que ça cesse.

Devant la mine déconfite de sa sœur, il s'efforça de choisir ses mots avec soin. Il ne manquerait plus qu'elle redouble d'efforts.

– Je t'en veux plus, d'accord ? Alors si tu veux, on fait la paix.

Senju réfléchit et finit par hocher la tête.

– D'accord Haru Nii !

Elle paraissait soulagée. Cette histoire l'avait bouleversée. 

Haruchiyo lui aussi laissa échapper un soupir de soulagement, mais pas pour les mêmes raisons. Il lui prit le bol de soupe des mains.

– Je vais nettoyer ça et après je te viendrai te lire un livre, ok ?

Senju acquiesça de nouveau.

– D'accord ! Je peux choisir le livre ?

– Vas-y, je te rejoins après.

Quand elle eut disparu, Haru jeta un œil dans la cuisine. Restait à réparer les dégâts.




 

Il ne revint dans le salon que trente minutes plus tard, après avoir récuré le micro-onde – le pot de nouilles lyophilisées que Senju avait voulu lui préparer avait littéralement explosé à l'intérieur –, le sol et le plan de travail.

Lorsqu'il eut terminé, la cuisine rutilait et Haruchiyo resta un instant sur le seuil pour s'assurer qu'il n'avait rien oublié.

Le petit garçon aimait par-dessus tout les choses quand elles étaient à leur place, quand l'ordre régnait. Il n'appréciait rien tant que de voir son lit tiré au carré et ses affaires convenablement alignées les unes à côté des autres. Le moindre mouton de poussière l'horripilait et il avait pris l'habitude de conserver des lingettes nettoyantes dans sa chambre pour pouvoir astiquer tout ce qui lui tombait sous la main.

L'ordre et la propreté, aimait-il rappeler, étaient indispensables pour avoir une vie parfaite.

Dans le salon, Senju s'était installée sur le canapé, un gros livre ouvert à côté d'elle. Elle avait choisi un des ouvrages de la bibliothèque de leur père, un de ceux qu'il avait achetés durant l'un de ses voyages. Elle adorait tous ces vieux bouquins avec des gravures anciennes, surtout ceux qui contenaient des contes et légendes.

Haru s'assit à côté d'elle et il examina le livre. C'était un recueil d'histoires bouddhistes.

– Laquelle tu veux lire ? Lui demanda-t-il.

Il feuilleta les pages et Senju lui montra une estampe représentant la rivière des morts dans la tradition japonaise. Le fleuve Sanzu.

– Celle-ci ! Lui dit-elle.

Haru s'installa. Senju était de ces enfants qui aimaient se raconter des histoires effrayantes à l'abri sous leur couette pour jouer à se faire peur.

Elle se rapprocha et Haru commença la lecture. Le texte expliquait que sept jours après leur mort, les défunts se retrouvaient sur les berges du fleuve Sanzu, dans un endroit appelé Sai No Kawara[1]. S'ils s'étaient bien comportés durant leur vie, ils pouvaient emprunter le pont pour gagner l'au-delà. Sinon, ils devaient traverser à la nage le cours d'eau infesté de monstres.

Les yeux écarquillés, Senju frémit devant les images de dragons surgissant des eaux pour engloutir les méchantes personnes.

À l'arrière-plan, un Oni – un ogre – parcourait la rive, sa massue sur l'épaule, à la recherche d'âmes d'enfants. Ces derniers, morts trop tôt pour avoir accompli de bonnes ou de mauvaises actions, ne pouvaient gagner le pays par-delà le fleuve et ils étaient condamnés à errer dans les limbes et à bâtir des piles de cailloux en pénitence du chagrin causé à leurs parents[2].

– Fais voir Haru Nii ! Dit Senju en attirant le livre à elle. C'est quel mot ça ?

Elle pointa le texte du doigt. Elle était encore trop petite pour lire convenablement. Haruchiyo se pencha pour examiner le livre.

– C'est Sanzu, dit-il.

– La vache, c'est stylé ! Répondit-elle.

Il fronça les sourcils.

– Ne parle pas comme ça... Take Nii va encore s'énerver.

La fillette se rembrunit aussitôt.

– Désolée Nii Chan...

Puis elle réfléchit et ajouta :

– Tu sais, tu es mon grand frère préféré... tu es gentil.

Son aveu parut ne pas faire grande impression sur Haruchiyo.

– Hmm, dit-il en continuant à feuilleter le livre.

– Et puis tu es plus cool que Take Nii... tu es aussi cool que Mikey !

Haru leva les yeux.

– Aussi cool que Mikey ? Dit-il. Tu le penses vraiment ?

Senju hocha frénétiquement la tête, ravie de l'intérêt de son frère.

– Oui ! Tu es super cool ! Tu es super-méga-giga-cool ! D'ailleurs, on devrait te trouver un surnom, comme lui !

Elle ramena le livre vers elle et montra du doigt le mot qu'il venait de lui apprendre.

– On devrait t'appeler Sanzu !

Haru suivit la direction de son regard.

Sanzu... La Rivière des Morts... C'est vrai que c'était un nom stylé.

Senju leva le menton, les poings sur les hanches et un air résolu sur le visage.

– C'est décidé ! Dit-elle. À partir de maintenant, tu t'appelles Sanzu !


à suivre…


Notes:

1Sai No Kawara, 賽の河原, littéralement, la plaine fluviale des morts.[retour]

2C'est la raison pour laquelle, au bord de certains fleuves japonais, notamment près des temples, vous pouvez trouver des petites piles de cailloux, elles sont bâties par les visiteurs pour aider les âmes d'enfants.[retour]

Chapter 10: Draken

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Draken


          La cloche de l'école sonna et Haruchiyo se précipita dehors. Son cartable ballottait sur son dos tandis qu'il courait vers la maison des Sano. S'il faisait assez vite, il pourrait voir Mikey.

Cela faisait plusieurs jours que tous les deux ne s'étaient pas croisés. Plus le temps passait et moins Mikey venait à l'école. Les menaces de son grand-père n'y faisaient rien. Mikey préférait traîner en ville et casser la gueule à tous ceux qui se prétendaient plus forts que lui que de rester assis derrière un bureau. Haru aurait bien aimé l'accompagner dans ses virées, mais Takeomi ne l'aurait jamais permis. Alors Mikey et lui ne se voyaient plus que le week-end ou encore, comme aujourd'hui, quand Haru réussissait à l'attraper lorsqu'il passait en coup de vent chez lui.

Parvenu au coin de la rue, il reconnut une silhouette familière devant la porte du dojo.

– Keisuke ! Appela-t-il.

Baji leva la tête.

– Haru, dit-il, tu sors de l'école toi aussi ?

Haruchiyo le rejoignit et il reprit son souffle, les mains sur les genoux.

– Oui... Dit-il. Mikey est là ?

– J'en sais rien, répondit Baji. Je viens d'arriver. Je viens pour l'entraînement.

Depuis qu'il était petit, Keisuke était inscrit aux cours de karaté du grand-père de Mikey. Sans avoir le talent de Manjirō, il était tout de même un des plus forts du dojo et le vieux Sano aimait à les présenter tous les deux – Mikey et lui – comme ses meilleurs élèves.

Tandis qu'ils entraient dans la cour, Haru lui demanda :

– Pourquoi tu t'entraînes encore ? Tu es super fort déjà...

Lui-même ne se battait jamais. Il détestait transpirer.

Baji serra le poing.

– Je ne m'arrêterai que quand j'aurais réussi à écraser la gueule de ce petit merdeux de Mikey ! Tu sais pas ce qu'il a fait avant-hier ? 

Haruchiyo secoua la tête et Baji expliqua.

– Il a fait croire à tout le monde que je pissais encore au lit !

– Ah... Répondit Haru.

Ça ressemblait bien à Mikey.

Plus loin, un gamin du cour de karaté leur fit signe.

– Oy ! Bajikko[1] ! Cria-t-il. Tu t'es pas fait pipi dessus aujourd'hui ?

Puis il s'enfuit à toutes jambes. Baji brandit le poing dans sa direction.

– Attends que je t'attrape, toi ! Tu vas le sentir passer !

Haruchiyo et lui le virent disparaître au coin du dojo en riant.

– Et donc, reprit-il, tu as vu Mikey ?

Baji soupira.

– Pas depuis un moment, non. Tu sais bien qu'il ne vient presque jamais à l'école. En plus, là il s'est fait un nouveau pote...

– Un nouveau pote ? Qui ça ?

C'était la première fois que Haru en entendait parler. Baji se gratta le menton.

– Un type super balèze avec un nom bizarre... Dragon... Drakon... Un truc comme ça. Mikey raconte qu'il est tellement fort, qu'à eux deux, ils vont pouvoir diriger toutes les racailles de Shibuya !

– Vraiment ? 

Diriger les racailles de Shibuya, c'était bien une idée digne de Mikey, ça.

– Moi, poursuivit Baji, je ne l'ai pas encore vu ce gars – si jamais je sèche l'école pour aller traîner avec Mikey, ma mère va m'arracher la tête –, mais j'aimerais bien voir ce qu'il vaut !

Il fit saillir ses muscles, impatient d'en découdre.

– Je l'ai vu moi, intervint une petite voix à l'entrée du dojo. Il a l'air super fort et il s'appelle Draken pas Drakon.

Haru et Baji se retournèrent et reconnurent Emma, la petite sœur de Mikey. Keisuke laissa Haruchiyo et il la rejoignit en deux pas.

– Ah ouais ? Dit-il. Vraiment ? Raconte, il est comment ?

Elle réfléchit.

– Il est super grand, il a un tatouage sur la tête et puis il est blond et ses yeux...

– On s'en fout de ça ! La coupa Keisuke. Tu l'as vu se battre ? Il est fort comment ?

Emma souffla.

– Je ne sais pas, reconnut-elle, mais Mikey dit qu'il est assez fort pour se battre à ses côtés.

Baji siffla.

– Il doit être vraiment balèze alors ! J'ai hâte de me taper contre lui !

Haruchiyo les avait rejoint.

– Tu veux te battre contre un type que tu n'as jamais vu et qui ne t'a rien fait ? Demanda-t-il.

Emma secoua la tête.

– Haruchiyo a raison, pourquoi tu veux te battre contre lui ? Il est gentil, il m'a même aidé à porter les courses la dernière fois qu'il est venu !

Ses joues s'empourprèrent tandis qu'elle repensait à leur rencontre. Elle préféra détourner les yeux pour masquer son visage.

Keisuke les regarda tour à tour comme s'ils étaient stupides.

– Mais enfin, c'est évident ! Pour savoir qui est le plus fort de nous deux !




Baji partit assister au cours de karaté et Haru et Emma demeurèrent en arrière.

– Tu as entendu parler toi du projet de Mikey, reprit Haru, diriger les racailles de Shibuya ?

Emma leva les yeux vers lui et acquiesça.

– Oui, il dit qu'il veut rassembler les garçons les plus forts pour contrôler tous les voyous du coin et qu'il a besoin de Draken pour ça. Il veut qu'il devienne son bras droit... ou un truc dans le genre.

Haruchiyo haussa un sourcil.

Son bras droit ? Un gorille sans cervelle ? Non... il n'y a pas moyen. Même s'il est super fort...

– ...impossible qu'un idiot occupe ce poste, conclut-il à voix haute.

Il ne s'était pas aperçu qu'il avait parlé tout haut.

– Draken n'est pas un idiot ! Se récria Emma. Il est gentil ! Et puis il est...

Elle se tut avant de rougir à nouveau violemment. Finalement, elle reprit.

– Il a dit à Mikey qu'il ne devait pas sécher l'école parce que c'était là qu'il rencontrerait le plus de garçons qui pourraient avoir envie de le suivre. Même papy n'avait pas réussi à le convaincre d'y retourner, mais maintenant, Mikey est en train de se dire qu'il a raison. En plus, poursuivit-elle, il dit qu'il veut protéger le quartier, que c'est pour ça qu'il suit Mikey, pour que les petites brutes du coin ne fassent plus ce qu'elles veulent !

Elle avait déballé sa tirade sans reprendre son souffle et Haruchiyo la regarda avec surprise. Elle avait les joues plus rouges que jamais. Il ne comprenait pas la raison de son emportement. 

Haruchiyo n'était pas vraiment inquiet avec cette histoire. Un type comme ce Draken, n'occuperait jamais une grande place dans la vie de Mikey, il en était sûr. Mikey avait besoin de gens à sa mesure autour de lui, de gens qui avaient conscience de sa grandeur et qui étaient prêts à le suivre dans tous ses projets.

Et pas d'un type qui lui dit de retourner à l'école... Ajouta-t-il pour lui-même.

Cela dit, le projet qui consistait à régner sur les racailles de Shibuya lui plaisait. C'était tout à fait le genre de rôles dans lequel il voyait Mikey : le pied sur le cou des minables qu'il avait écrasés.

Une choses était sûre cependant à ses yeux :

Ce Draken ne va pas faire long feu.

à suivre…


Notes:

1Jeu de mot entre Baji et Oshikko, おしっこ, qui signifie pipi en japonais.[retour]

~⊱🜲⊰~

NDA : Sanzu n'était pas le garçon le plus lucide concernant Mikey selon moi, il était aveuglé par son admiration alors que Mikey avait besoin de quelqu'un qui voyait clairement ses défauts, comme Draken ! ^^'

Mais ce n'est que mon avis....

Chapter 11: Shin'ichirō Sano

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Shin'ichirō Sano


          Haruchiyo se trompait et il ne mit pas longtemps à s'en apercevoir.

Quelques semaines plus tard, Mikey et Draken ajoutèrent un autre garçon à leur groupe, un ami de Draken qui s'appelait Mitsuya et puis ce fut au tour de Baji de leur présenter un type dont il avait fait la connaissance dans une salle d'arcade.

– Il s'appelle Kazutora, expliqua-t-il à Haru. Il se bat bien, mais surtout, il ne lâche rien pour ses potes. Moi, j'aime bien ce genre de gars !

C'était tout à fait le style de Baji, se lier d'amitié avec des types qui faisaient passer les autres avant eux-mêmes.

Mais la vérité, compléta Haru en silence, c'est que le seul qui doit passer avant tout le monde, c'est Mikey, c'est le Roi.

Ces histoires de gamins qui cherchaient à tout prix les bastons ne l'intéressaient pas et il était sûr que Mikey s'en lasserait vite lui aussi. Il lui suffisait d'être patient. Mikey finirait par revenir vers lui avec un projet à la hauteur de sa grandeur.

Là encore, Haru faisait erreur.

Non content de se retrouver de plus en plus souvent, la petite bande s'agrandit encore en entrant au collège et deux garçons de plus les rejoignirent. Ils se faisaient appeler Pachin et Peyan, apprit Haruchiyo, et l'un d'eux avait défié Mikey plus d'une dizaine de fois avant de s'avouer vaincu.

Un vrai débile...

Finalement, à force de se frotter à toute sorte de délinquants, Mikey et les autres attirèrent l'attention d'un véritable gang de bōsōzokus. Le Black Dragon.

Celui-là, Haruchiyo le connaissait. Non pas parce qu'ils étaient célèbres, mais parce que c'était l'ancien gang de Shin'ichirō, le grand frère de Mikey, celui qu'il avait fondé avec ses amis quand il était plus jeune. Entre-temps, le clan était passé entre plusieurs mains et, à présent, il était réputé pour sa violence et ses liens avec la pègre.

Loin de se laisser impressionner, Mikey, Draken et les autres décidèrent de former leur propre team pour les affronter et la défaite du Black Dragon face à des gamins qui venaient à peine de rentrer au collège fut comme un coup de tonnerre dans Shibuya.

Dans le monde des racailles, le nom du Tokyo Manji Gang – le nom qu'ils avaient choisi pour leur clan – se répandit comme une traînée de poudre et, bientôt, il n'y eut plus une seule racaille pour ignorer qui ils étaient.

Leurs rangs enflèrent à vue d'œil et, moins de trois mois après sa création, le Toman comptait déjà plusieurs dizaines de membres.

Dans sa chambre, assis à son bureau après avoir terminé ses devoirs, Haruchiyo se mordillait nerveusement l'ongle du pouce.

Il avait commis une erreur. Le Toman – le surnom du Tokyo Manji – n'était pas qu'une lubie passagère et il semblait prévu pour durer.

Quelques semaines plus tôt, Mikey et Baji étaient venus le trouver pour lui demander s'il voulait se joindre à eux et Haruchiyo avait refusé.

– C'est un groupe de gosses. Vous allez vous amuser un été ou deux et puis vous laisserez tomber, j'en suis sûr.

À présent, il réalisait qu'il avait fait fausse route. Ce gang faisait sans doute partie des plans de Mikey pour l'avenir.

Fonder un gang de bōsōzokus pour mettre la main sur les délinquants... C'est évident maintenant que j'y pense... J'aurais dû le réaliser...

À cause de sa bêtise, il avait loupé l'occasion d'être utile à Mikey. Mais il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même.

C'est moi qui suis resté à la traîne.

Il décida qu'il irait trouver Mikey pour demander à intégrer son gang.

Je prends le train en marche, mais au moins de cette façon, je pourrai l'aider à atteindre le sommet.

Il en était là de ses réflexions lorsqu'une image, un cauchemar plutôt, s'imposa à son esprit. Il ne se trouvait plus dans sa chambre, mais au bord du canal et il pleuvait à verse. Plus loin, sur le pont, une silhouette se tenait debout sur le parapet. Haru ne mit pas longtemps à reconnaître Shin'ichirō puis ce dernier se laissa tomber dans les flots déchaînés par l'orage.

Haru se leva en hurlant et sa chaise tomba derrière lui.

– Qu'est-ce que... ? Dit-il en se passant une main sur le visage.

D'où venaient ces images ? Pourquoi avait-il vu ça  brusquement ? 

La scène lui avait paru si réelle qu'il n'aurait pas été surpris de découvrir ses vêtements mouillés par la pluie. 

L'hallucination ne s'arrêta pas là malheureusement et Haru se vit assister aux funérailles de Shin, mais aussi à celles de Mikey, un Mikey malingre aux larges cernes noirs étendu dans un cercueil rempli de fleurs.

Terrifié, il se rua hors de chez lui.





La boutique de Shin'ichirō occupait un coin de rue, dans le sud de Shibuya. Elle était connue de tous les motards du quartier et il n'était personne, parmi ceux de la génération précédente, qui ne respectait son patron comme étant l'ancien boss du Black Dragon.

Quand Haruchiyo arriva en vue de l'enseigne, Mikey partait sur ce scooter qu'il avait baptisé Hawks.

– Merci Shin'ichirō !

Haru recula à l'abri des regards.

Il voulait parler à Shin de ces choses qu'il avait vues, de ces images, comme une autre réalité qui s'étaient superposées à l'histoire qu'il connaissait. Mais il ne voulait pas que Mikey soit au courant.

Si je deviens fou, je ne veux pas que Mikey le sache.

Lorsque ce dernier eut disparu, Haru s'avança.

– Shin...

Shin'ichirō se tourna vers lui.

– Haruchiyo ?

– Shin... reprit Haru, l'air affolé. Je crois que je deviens fou.




Tous les deux allèrent s'installer dans un petit café non loin du garage de Shin et Haruchiyo lui raconta ce qui lui arrivait.

– J'ai l'impression de revenir de tes funérailles... Dit-il. Je t'ai vu... sauter d'un pont... J'ai vu Mikey dépérir après un accident... Toi, tu étais infirmier et tu n'avais pas de garage... Tout était différent…

Au fur et à mesure qu'il parlait, des détails lui revenaient, de plus en plus précis. C'était comme s'il avait réellement vécu tout cela.

En face de lui, Shin'ichirō blêmit.

Finalement, Haru se prit le crâne dans les mains.

– Je crois que je perds la tête ! 

– Non... Non, c'est pas toi, ne t'en fais pas.

Puis Shin inspira et ajouta :

– Haruchiyo, il faut que je te dise : j'ai remonté le temps pour sauver Mikey.




Le récit que lui fit Shin aurait pu passer pour de la science-fiction si Haruchiyo n'avait pas eu tous ces souvenirs en tête pour les confirmer. Shin lui raconta comment Mikey avait perdu l'usage de ses membres après un accident, comment lui-même s'était battu pour tenter de redonner la santé à son petit frère sans jamais y arriver. Il lui raconta le désespoir qui l'avait envahi quand Mikey avait fini par mourir et ce gars, qu'il avait rencontré un soir où il était sorti boire avec Wakasa, et qui lui avait parlé d'un moyen de remonter le temps.

–  Ce type, termina-t-il, ce vagabond, je l'ai tué... Mais ça n'a pas fonctionné...  Ça ne m'a pas ramené dans le passé. Ce n'est qu'après avoir sauté du pont que je me suis réveillé dans mon salon... en mille-neuf-cent-quatre-vingt-dix-neuf. Mikey était en vie, l'accident n'avait pas encore eu lieu et j'ai finalement réussi à l'éviter. Après t'avoir serré la main à l'hôpital, j'ai de nouveau voyagé dans le temps. Je me suis retrouvé ici, dans ma boutique, et l'histoire avait changé.

Il préféra passer sous silence les détails de la scène, sous le pont. Lui-même avait du mal à croire qu'il avait battu ce type à mort de ses propres mains.

Haruchiyo le regarda, abasourdi. Il se souvenait bien de cet instant, celui où Shin lui avait tendu la main à l'hôpital et où il avait eu l'impression qu'une partie de lui venait de disparaître au moment où leurs doigts s'étaient touchés. Mais il ne se serait jamais douté que Shin venait de faire un bond dans le temps.

– Alors... tu as changé le cours de l'histoire et moi j'en garde le souvenir parce que...

Il n'avait pas de réponse à cette question.

– Je ne sais pas, avoua Shin. Peut-être que toi et moi... nous sommes liés d'une façon que nous ne comprenons pas.

– Je vois.

Haru était sous le choc. Cela faisait beaucoup à encaisser. Mais c'était toujours mieux que la folie.



Lorsqu'ils sortirent du café, une fois sur le trottoir, Shin reprit.

– Ce que je viens de te dire, garde-le pour toi, ok ?

Haruchiyo le rassura.

– Ne t'inquiète pas, je n'en parlerai à personne. De toute façon, qui me croirait ?

à suivre…


Chapter 12: Premier au revoir

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Premier au revoir


          Assis sur le coussin de sol, les genoux serrés, Haruchiyo gardait les yeux sur ses mains, atterré. Face à lui, le cercueil de Shin'ichirō dominait la salle de sa masse couverte de fleurs blanches. Tout devant, au premier rang, Emma était en larmes à côté de son grand-père et de Mikey. Le vieil homme gardait le dos raide. Il luttait, on pouvait le sentir dans la ligne de ses épaules. Mikey, lui, affichait une expression absente. Comme s'il ne réalisait pas ce qui se passait ou qu'il refusait de l'accepter.

Baji n'était pas là.

C'était lui et son ami Kazutora qui s'étaient introduits dans le garage de Shin quelques jours plus tôt pour voler une moto. Ils comptaient l'offrir à Mikey pour son anniversaire. Lorsqu'ils s'étaient rendus compte de l'endroit où ils se trouvaient, il était trop tard, Kazutora avait déjà frappé Shin et ce dernier gisait à terre.

Baji avait aussitôt appelé les secours, mais ils n'avaient rien pu faire. Shin'ichirō était mort.

La respiration tremblante, Haru se souvint des paroles que Shin avait prononcées lorsqu'ils avaient discuté ensemble quelques jours plus tôt seulement.

J'ai voyagé dans le temps pour sauver mon petit frère... J'ai tué cet homme...

Haru se demandait si la mort de Shin n'était pas une sorte de punition divine. Comme une malédiction.

Arrête ça, s'intima-t-il, arrête, ça ne le ramènera pas !

Les poings serrés, il ravala ses larmes avec peine.

Shin était plus qu'un ami pour lui. Il était un frère. Il était le grand frère qu'il n'avait jamais eu.

Haru jeta un œil à la ronde. Takeomi aussi était absent.

Shin et lui s'étaient éloignés l'un de l'autre après la dissolution de la première génération du Black Dragon. Mais Haruchiyo ne pensait pas que Takeomi irait jusqu'à ignorer les funérailles de son meilleur ami.

C'est un minable... Se dit-il en ramenant les yeux sur ses poings. Ça a toujours été un minable... Rien de neuf...

À côté de lui, Senju sanglotait sans retenue. 

À la fin de la cérémonie, tous allèrent un par un présenter leurs condoléances à la famille.

Quand vint le tour des Akashi – Haruchiyo et Senju – Mikey garda le visage baissé et Emma ne cessait de renifler, les yeux rouges. Le grand-père fut le seul à les remercier d'être venus faire leurs adieux à Shin et Senju sanglota de plus belle.

Une fois dehors, Haruchiyo leva les yeux. Il ne comprenait pas comment le ciel pouvait être d'un bleu si éclatant un jour pareil.

Il devrait pleuvoir... Il devrait toujours pleuvoir le jour d'un enterrement.

Mais dans la vraie vie ça ne se passait pas ainsi.

Draken et son ami Mitsuya sortirent à leur tour et les trois garçons se retrouvèrent face à face. Ils ne savaient pas quoi se dire. Haruchiyo et eux se connaissaient à peine. Tous les trois s'étaient croisés à une ou deux reprises lorsque Draken venait chez Mikey et ils n'avaient jamais échangé plus de quelques mots. En plus, Haruchiyo n'était pas du genre bavard.

– Mikey m'a dit que tu allais rejoindre le Toman ? Dit enfin Draken. C'est cool, il avait l'air content de t'avoir parmi nous.

Haru hocha la tête.

– Oui...

Mitsuya reprit.

– Tu sais déjà dans quelle division tu vas être ? Je suis content qu'un ami de Mikey intègre nos rangs. On a toujours besoin de bras.

Il avait l'air d'être un mec sympa. Le genre qui se souciait des autres et qui gardait le sourire en toutes circonstances.

– Pas encore, répondit Haru.

– Dis-le-moi quand tu le sauras. C'est moi qui me chargerai de ton uniforme, c'est le moins que je puisse faire pour un ami d'enfance de Mikey.

– Ok.

Le silence reprit ses droits entre eux. Finalement, Haruchiyo le rompit.

– Je vais rentrer. Ma petite sœur est bouleversée, elle a besoin de se reposer.

À côté de lui, Senju était restée accrochée à la manche de sa veste tout le temps de leur échange. On aurait dit qu'elle avait peur que son frère s'envole si elle le quittait des yeux.

L'expression de Mituya s'adoucit.

– C'est ta petite sœur ? Dit-il en se penchant vers elle. Elle est mignonne. J'ai deux sœurs moi aussi. Comment elle s'appelle ? 

– Senju... Répondit Haru. Elle s'appelle Senju.

L'intéressée leva les yeux. Haru et elle avaient les mêmes prunelles d'un bleu électrique tirant sur le vert. Mais là où ce regard donnait à Haruchiyo un air méprisant, presque hautain, la chaleur de l'expression de Senju lui conférait une douceur absente du visage de son frère.

Draken reprit comme s'ils n'avaient pas changé de conversation.

– Tu seras sûrement dans la team de Baji. Toi et lui vous vous connaissez depuis longtemps, ça serait normal.

– Oui, sûrement... Répondit Haru.

–  Mais pour ça, il faudra attendre qu'il... Ajouta Mitsuya.

Il n'alla pas plus loin. Il avait failli dire attendre qu'il sorte de prison, mais cela leur aurait trop rappelé pourquoi ils étaient ici aujourd'hui.

Honnêtement, ce genre de détails n'intéressait pas Haruchiyo. Tout ce qu'il voulait, c'était être auprès de Mikey. Surtout maintenant.

Je ferai en sorte de rester à ses côtés désormais, se promit-il. Peu importe la voie qu'il prendra, ma place sera auprès de lui.

L'allusion à Baji avait ramené une ambiance sombre parmi les trois garçons.

Finalement, Draken et Mitsuya se redressèrent.

– On va y aller mec, dit Mitsuya. À la prochaine.




 

Sur le chemin du retour, Haruchiyo repensa à Baji.

Après le drame, Kazutora et lui avaient été arrêtés. D'après ce qu'avait entendu Haru, Hanemiya avait pris toute la responsabilité du meurtre. Il risquait deux ans de maison de correction. Keisuke, lui, devrait pouvoir s'en tirer avec quelques semaines seulement pour effraction et tentative de vol.

Pour sa mère c'était déjà trop, elle était effondrée.

– Je me demande s'il tient le coup, dit-il tout haut, faisant lever la tête à sa sœur.

Pour lui, c'était évident. Baji devait être au fond du gouffre.

Il a tué le frère de son meilleur ami... ou en tout cas il n'a pas réussi à l'empêcher... Il doit se sentir au plus mal.

Mais ce qui l'intéressait en réalité, c'était Mikey.

Il n'a pas versé une larme, se souvint-il avec une pointe d'incrédulité. Pendant toute la cérémonie, il n'a pas pleuré une seule fois.

Cela dit, il n'était pas vraiment surpris. C'était Mikey.

Il est fort, c'est pour ça... c'est pas le genre à pleurer, lui. Ça va être dur pendant un moment, mais ensuite ça ira, il redeviendra le Mikey qu'on connaît.

 

 

~⊱🜲⊰~

 

 

Deux semaines plus tard, Haruchiyo intégra la première division du Toman. En l'absence de Baji – incarcéré pour purger sa peine – l'intérim avait été confié à un type appelé Chū[1].

Ce dernier, un garçon de petite taille, râblé[2] et qui prétendait se faire pousser une moustache, mais qui pour l'heure n'arborait que quelques poils au-dessus de la lèvre, n'avait ni le charisme, ni la force de Baji. Mais il était un des premiers à l'avoir rejoint et il devint rapidement évident aux yeux de Haruchiyo que tous ne voyaient en lui qu'un pion destiné à garder la place de Baji au chaud.

Haru décida alors de surveiller lui-même ces garçons pour voir s'ils se montraient respectueux envers leur chef. Cela lui semblait le minimum en l'absence de Baji.

Dès la première réunion de la division, celle où il devait être présenté aux autres membres, Haru réussit à s'en mettre deux à dos et tous les trois en vinrent aux poings sans que Chū ne parvienne à les en empêcher.

Si Haruchiyo n'avait pas leur expérience du combat, il avait en revanche pris l'habitude de manier des armes depuis son incident avec son frère et ses adversaires découvrirent bien vite qu'il n'hésitait pas à utiliser tout ce qui lui tombait sous la main.

Tous les deux finirent au sol et, un mois seulement après être entré dans le gang, Haru dut déjà changer de division.

à suivre…


Notes:

1Pour ce rôle, j'ai choisi un personnage que l'on voit toujours aux côtés de Baji dans le spin off, le petit brun à moustache, j'ai pensé que ça pourrait coller vu que Baji n'a fait la connaissance de Ryusei qu'en sortant de maison de correction et que Chifuyu ne fera son apparition que bien plus tard.[retour]

2Pour info, râblé, c'est petit mais costaud.[retour]

 

NDA : Sanzu n'a pas été tout de suite dans la division de Mucho, mais avant, il était dans laquelle ? J'ai pensé à celle de Baji, parce qu'ils étaient amis, et vous, vous en pensez quoi ?

Chapter 13: Mucho

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Mucho


          La réunion du Toman touchait à sa fin. Au pied des marches du sanctuaire Musashi, les membres du clan avaient commencé à se disperser au milieu des grondements de motos.

Depuis le haut des escaliers, Mikey interpella un de ses nouveaux chefs de division et Yasuhiro Mutō tourna les yeux vers lui. 

Mutō, que tout le monde appelait Mucho, n'avait pas grand-chose à voir avec les autres chefs de team. Grand – il les dominait tous d'une bonne tête –, le crâne rasé, un tempérament calme mais un physique impressionnant pour ses seize ans, il avait déjà goûté à la maison de correction et ses aptitudes exceptionnelles pour le judo faisaient de lui un adversaire redoutable. Mikey ne s'était pas trompé quand il avait recruté. Mucho était un poids lourd du Toman.

– Hmm ? Mikey ? Qu'est-ce qu'il y a ?

– J'ai un service à te demander...

Il ramena devant lui le garçon qu'il tenait fermement par le col pour l'empêcher de s'échapper tout en affichant un petit sourire satisfait. 

– Est-ce que tu pourrais prendre ce type dans ta brigade ? Les autres n'arrivent pas à le gérer... Il se tape avec tout le monde depuis qu'il est arrivé.

Prisonnier de sa poigne, Haruchiyo n'en menait pas large.

– Mikey... Lâche-moi... Grommela-t-il.

Mucho jeta un œil au gamin qui se débattait au bout du poing de Mikey. Pâle et maigrichon, il n'avait pas l'allure d'un membre de gang si on faisait exception de ses cicatrices aux coins de la bouche. Pour l'heure toutefois, il faisait surtout penser à un chaton furieux, feulant et griffant tout ce qui passait à sa portée.

Mucho réfléchit.

– Si tu veux.




 

Mikey tourna les talons et Mucho ramena les yeux sur l'adolescent maussade qu'il avait laissé derrière lui.

– Sanzu, hein... Dit-il.

D'après ce que Mikey lui avait dit, Haruchiyo – qui voulait qu'on l'appelle Sanzu – avait provoqué des bagarres dans toutes les divisions dans lesquelles il était passé, depuis la première de Baji jusqu'à la quatrième des frères Kawata – des nouveaux venus eux aussi. On racontait même que le capitaine adjoint de la quatrième team, le jumeau de l'autre, avait dû retenir son frère qui voulait se jeter sur Sanzu après que ce dernier ait cassé la gueule à un de leurs amis qui s'était permis de rigoler durant un discours de Mikey.

Mucho souffla. Le regard que lui adressait Haru n'augurait rien de bon.

– Enfin, on verra...

 

 

~⊱🜲⊰~

 

 

Les premiers jours, Haru fit profil bas.

Il ne savait rien de ce type, Mucho. Mais si Mikey l'avait nommé capitaine, ça ne devait pas être n'importe qui.

Mikey veut sans doute que je l'ai à l'œil pour lui...

Cette idée en tête, Haruchiyo entreprit de surveiller la nouvelle division à laquelle il avait été affectée ainsi que son capitaine.

Comme les autres, elle comprenait une vingtaine de membres, mais ici, la plupart avait été recruté par Mucho en personne, certains le connaissaient même depuis la maison de correction. 

Haruchiyo découvrit vite que la cinquième avait une mission bien spéciale qui lui avait été confiée par Mikey : traquer et arrêter les espions infiltrés au sein du gang.

Cette tâche les autorisait à attraper, interroger et même à punir les coupables sans avoir à en référer au boss et elle ne s'en privait pas.

La devise de Mucho était simple : Coupable, jusqu'à preuve du contraire, et il n'hésitait pas à tabasser les suspects pour les faire parler.

Une chose devint très vite évidente aux yeux de Haru.

Cette division, c'est la planque idéale pour un traître...

Il était résolu à ne pas quitter ce Mucho des yeux pour en avoir le cœur net.

Un soir, en sortant de l'entrepôt niché au fond d'une ruelle où leur capitaine leur avait donné rendez-vous pour leur transmettre ses ordres, Haruchiyo surprit un regard de connivence entre deux garçons.

Aussitôt, cela lui parut suspect.

Il repéra le couvercle en métal d'une poubelle qui se trouvait à proximité, l'attrapa et en asséna un coup au visage de l'un d'eux qui tomba au milieu des ordures, derrière lui, avec un Ouf ! sonore.

Le second resta une seconde bouche bée, avant de s'exclamer : 

– TU FAIS QUOI LÀ ESPÈCE D'ENFOIRÉ ?

Il passa à l'attaque sans attendre de réponse, mais Haruchiyo, qui avait gagné en habileté au fil des semaines, évita facilement son coup de poing avant de lever à nouveau son arme de fortune pour frapper.

Il ne put l'abattre. Une main, survenue derrière lui, l'avait attrapée au vol. Un regard par-dessus son épaule lui apprit qu'il s'agissait du capitaine.

– Qu'est-ce qui se passe ici ? Demanda-t-il.

La question ne s'adressait pas à Haru, mais à celui des garçons qui était encore debout.

– Ce bâtard a frappé mon frère sans raison ! S'écria-t-il en montrant celui qui avait roulé dans les ordures. Eita était en train de me raconter son rencard avec une fille quand ce type l'a attaqué, comme ça ! Sans rien dire !

Mucho ramena les yeux sur Haruchiyo. Le capitaine n'avait toujours pas lâché le couvercle qu'il maintenait sans effort d'une seule main. Haru, voyant qu'il n'arrivait pas à dégager son arme, fit un bond en arrière.

– Allez-y, dit Mucho aux deux garçons. Je m'occupe de ça.

Quand ils furent partis, le capitaine fit craquer son cou et reprit à l'intention de Haruchiyo.

– Tu as l'air d'avoir besoin de te défouler. Viens, je t'attends.






Haru ne se le fit pas répéter. Il attaqua et visa aussitôt les jambes pour déséquilibrer son adversaire. Depuis qu'il avait commencé à se battre, il avait appris que, pour vaincre un gars de sa carrure, il fallait d'abord le faire tomber et ensuite le cogner pour l'empêcher de se relever.

Mais Mucho semblait s'y attendre. Il le saisit par le coude dès qu'il fut à sa portée et, utilisant son élan contre lui, il le fit basculer par-dessus son épaule dans une prise qui abattit Haru sur le sol.

Du judo, comprit-il.

Étourdi, ce dernier mit une seconde à se relever. 

Il ne renonça pas pour autant. Dès qu'il eut repris ses esprits, il repartit à l'attaque.

Il s'aperçut vite que Mucho n'attaquait pas, il se contentait d'esquiver et de le mettre à terre sans jamais réellement passer à l'offensive.

Ce constat, plus que le reste, le mortifia.

Je vais t'avoir... !

Furieux, il ramassa un bout de tuyau en métal qui traînait là et il en asséna plusieurs coups avec des mouvements tranchants qui rappelaient ceux d'un sabre.

Mucho l'attrapa à la volée.

– C'est pas mal du tout, ça, dit-il. Mikey a raison, tu sais te battre.

Il le désarma sans peine, avant de l'envoyer de nouveau rouler au sol, non loin des ordures où Haru avait fait tomber l'autre garçon un peu plus tôt.

La lèvre en sang, Haruchiyo se redressa en lui jetant un regard mauvais.

– C'est quoi ce regard ? Lui rétorqua Mucho. T'en as pas eu assez ?

Et comme Haru ne répondait pas, il ajouta :

– Tu sais, je crois qu'on est pareil toi et moi, on trouve pas notre place. Mais c'est pas en fonçant dans le tas sans réfléchir que tu y arriveras. Tu manques de stratégie. Tu as déjà joué au shōgi ?

à suivre…


Notes:

NDA : Je l'aime bien ce chapitre, c'est un de mes préférés... J'aime beaucoup leur relation à tous les deux, un peu comme si Mucho était pour Haru le grand frère que Takeomi n'a jamais su être... !
( ´ ꒳ ` ) ♡

Chapter 14: Shōgi

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Shōgi


          Dès le lendemain, Mucho prit Sanzu avec lui.

Peut-être que le capitaine de division avait vu en lui un garçon avec un potentiel inexploité ou bien alors Haru était-il à ses yeux un gamin qui manquait de cadre et d'attention ? Toujours est-il qu'il vint l'attendre en bas de chez lui sans lui laisser le choix.

– À partir d'aujourd'hui, lui dit-il, tu viendras avec moi et tu prendras tes ordres directement de moi.

D'abord surpris, Haruchiyo le suivit sans protester. Mucho l'avait impressionné la veille, il devait bien le reconnaître. Au-delà de ses aptitudes au combat, le capitaine avait montré qu'il ne perdait pas facilement son sang-froid, une qualité que Haru estimait.

En plus, Haruchiyo se disait qu'en restant à ses côtés, il allait enfin découvrir le fonctionnement caché de la brigade, assister aux dessous des enquêtes que menait la cinquième division sur les suspects du gang.

Ce matin-là toutefois, Mucho se contenta de l'emmener dans un pâtisserie où il aimait commencer la journée, le Cozy Corner[1] de Ginza.

– Tu veux quelque chose ? Lui dit-il en s'asseyant. Commande ce que tu veux, c'est moi qui offre.

Haru jeta un œil autour de lui. Il connaissait cet endroit. Senju insistait pour s'y arrêter chaque fois qu'ils passaient devant et elle en repartait toujours avec un petit fraisier, une de ces pâtisseries miniatures dont les filles raffolent.

Mucho prit pour lui-même une part de tarte aux pommes et un café tandis que, de l'autre côté de la table, Haru restait silencieux.

– Tu ne sais pas quoi choisir ? Lui demanda Mucho. Alors prends leur cheesecake, il est bon.

Haru fronça les sourcils. Un cheesecake ? Un gâteau au fromage ? Très peu pour lui.

– Je n'aime pas le fromage, répondit-il.

Mucho le regarda, surpris, puis il esquissa un sourire.

– Essaie quand même, dit-il, tu m'en diras des nouvelles.

Il commanda pour lui sans attendre de réponse et Haru se retrouva un instant plus tard avec une assiette contenant une part de gâteau. Ce dernier ne ressemblait pas à toutes ces montagnes de chantilly colorées qu'on voyait en vitrine. Mais au moins, il n'avait pas non plus l'allure d'une horreur au fromage.

Finalement il accepta de goûter et en face de lui Mucho ébaucha un nouveau sourire.

À plusieurs reprises, des hommes passèrent transmettre des informations au capitaine de division, mais soit elles ne l'intéressaient pas soit ce n'étaient pas celles qu'il attendait, toujours est-il que le visage de Mucho demeura sans expression.

Tout en finissant sa part de cheesecake, Haru lui jeta de temps en temps un regard. Il n'arrivait pas à savoir ce que ce type pensait. Est-ce qu'il essayait de le tester ? Ou bien voulait-il juste le surveiller ? Il était aussi possible qu'il cherche à l'empêcher de fourrer son nez où il ne devait pas...

Mais on peut être deux à jouer à ce jeu-là.

Quoi qu'il en soit, il était bien décidé à suivre ce gars aussi longtemps qu'il le faudrait pour découvrir ce qu'il cachait.

Ma fidélité va à Mikey et uniquement à Mikey.

– Alors ? Lui demanda Mucho en désignant son assiette. C'était comment ?

Le visage de Haru n'avait rien perdu de son air revêche, mais lorsqu'il baissa les yeux, il s'aperçut qu'il avait terminé son gâteau sans s'en apercevoir.



~⊱🜲⊰~

 

Deux jours plus tard, sur le chemin du retour du collège avec Senju, Haruchiyo repensait à cette journée. Après la pâtisserie, Mucho l'avait traîné avec lui un peu partout sans jamais lui expliquer où ils allaient ni pourquoi. Ils avaient croisé des types n'appartenant pas au Toman, certains leur avaient fourni des informations. Des intermédiaires sans importance, avait compris Haru. Ils avaient aussi visité deux ou trois bars, mais la majeure partie du temps, ils l'avaient passé à traîner.

On n'a rien fait de particulier... C'est comme ça qu'il travaille ? Comment est-ce qu'il débusque les traîtres ?

Haru se doutait cependant que Mucho n'était que le centre de la toile formée par la cinquième division. C'était lui qui centralisait les infos rassemblées par ses hommes et décidait quelle piste valait la peine d'être suivie et quelle autre devait être abandonnée.

Vers la fin de l'après-midi, tous les deux s'étaient posés dans une sorte de hangar, le lieu de rassemblement de la division, et, là, Mucho avait sorti un shōgiban[2].

– Tu m'as dit que tu savais jouer je crois ? Avait-il dit.

Haruchiyo ne s'y attendait pas. Lorsque Mucho lui avait parlé de shōgi, il s'était dit que c'était seulement de la vantardise. Impossible qu'une brute de son espèce connaisse les règles de ce jeu. Mais apparemment il se trompait.

Quelques minutes plus tard, il avait dû se rendre à l'évidence : Mucho savait jouer aussi bien que lui qui avait pourtant reçu une éducation de fils de famille aisée.

Les premières parties, l'un comme l'autre avaient étudié le style de l'adversaire. Puis Haru s'était laissé prendre au jeu et les parties s'étaient ensuite enchaînées.

À présent, Haruchiyo ne savait plus quoi penser. Yasuhiro Mutō était plus qu'un bōsōzoku de bas étage, c'était évident, mais il n'arrivait pour autant pas à le voir comme un homme en qui il pouvait placer sa confiance.

Un autre sentiment était venu se mêler à ses réflexions, un sentiment qui faisait pencher la balance en faveur du capitaine. Celui-ci, Haru l'avait éprouvé autrefois, il y a bien longtemps, quand il était encore petit et que Takeomi était le grand frère qu'il regardait des étoiles plein les yeux. C'était une sorte d'admiration teintée d'une impression de sécurité.

Mucho lui faisait penser à cet aîné que Haru n'avait jamais eu.

Il refusa de se laisser attendrir. Il n'était plus un gamin naïf et ceux qui le pensaient allaient avoir une surprise.

Il préféra voir les choses autrement : son intégration dans la cinquième division était une opportunité. Là, il était aux premières loges pour surveiller le capitaine et, en plus, sa position lui offrait la possibilité d'arrêter les traîtres qui risquaient de ralentir la progression de Mikey.

Tout est parfait en définitive... tout ce que j'ai à faire, c'est de suivre Mucho, lui laisser croire qu'il a gagné et apprendre un maximum...  pour le reste...

Senju, qui marchait à ses côtés ce jour-là, partit tout à coup en avant et elle s'immobilisa devant la pâtisserie où Mucho et lui avaient déjeuné quelques jours plus tôt. Là, elle lui fit de grands signes du bras.

– Haru Nii ! Je vais me chercher un fraisier, je reviens !

Haru la rejoignit devant la boutique et il jeta un œil à la devanture. 

Il finit par esquisser un sourire.

– Attends, dit-il en entrant à son tour dans la pâtisserie. Prends-moi un cheesecake aussi !

à suivre…


Notes:

1J'ai découvert cette enseigne en faisant des recherches pour cette histoire ! Elle est incroyable ! Regardez un peu ce qu'on y trouve ! J'en ai l'eau à la bouche ![retour]

2Shōgiban, 将棋盤, plateau de shōgi, jeu de société japonais se rapprochant des échecs.[retour]

NDA : Sanzu et Mucho, ils ont une relation tellement particulière, comme si Haruchiyo l'admirait tout en refusant d'admettre qu'il aurait aimé avoir un grand frère comme lui... Non ?
(੭´͈ ᐜ `͈)੭

Chapter 15: Un mentor

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

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Haruchiyo Sanzu

Un mentor


          Les semaines suivantes, Haru suivit Mucho comme son ombre.

– Tu vois, lui dit un jour ce dernier alors qu'ils venaient de finir d'interroger un gars de la troisième division qu'ils soupçonnaient de vendre des infos aux autres gangs. Parfois, le plus efficace pour faire parler quelqu'un, c'est de ne rien faire.

Plutôt que de le tabasser, cette fois Mucho avait opté pour une approche plus subtile. Après avoir attaché leur suspect, il s'était planté devant lui et il s'était contenté de le fixer sans un mot.

L'autre leur avait d'abord sorti le mensonge qu'il avait préparé. Ce n'était pas lui le coupable, c'était un autre et il était prêt à conduire la cinquième division jusqu'à lui.

Mais devant le silence obstiné du capitaine, il avait fini par craquer. Il leur avait alors tout déballé. Il leur avait parlé de ses magouilles avec le Kengen, un petit gang de Toshima affilié à l'ICBM – L'Ikebukuro Criminal Black Members –, il leur avait révélé la somme qu'il avait gagnée en dévoilant la composition des brigades du Toman ainsi que les jours de réunion du gang à l'ennemi, et lorsque Mucho avait froncé les sourcils, l'homme s'était même mis à lui parler du konbini qu'il avait braqué deux semaines plus tôt pour payer les dettes de jeu de son père.

Apparemment, d'après ce que le capitaine avait appris de ses hommes, sa famille était dans la misère depuis un moment et sa mère, la seule à avoir un travail, avait perdu son emploi. Son père, au lieu de les aider, se contentait de boire et jouer le peu d'argent qui leur restait. C'était une victime d'une autre sorte.

Mucho avait ajouté :

– Souviens-toi de ça Sanzu, les coups ne fonctionnent pas avec ceux qui n'ont plus rien à perdre.

Haruchiyo avait jeté un regard en arrière.

– Ce type... On va en faire quoi ?

– Je vais informer Mikey de la situation et puis nous le virerons du Toman.

Haru avait gardé le silence.

– Ça ne te plaît pas ? Lui avait dit Mucho. Tu aurais fait quoi à notre place ?

– Je lui aurais pété les bras et les jambes et puis je l'aurais balancé d'un pont pour lui apprendre à trahir !

Il avait répondu avec hargne et sans l'ombre d'une hésitation. Mucho avait rigolé.

– Un peu radical !

– Oui, mais de cette façon au moins, on aurait été sûr qu'il n'aurait pas recommencé ! En plus là...

Il s'était tu sans finir sa phrase.

– Hmm ? Quoi ?

– En plus là, avait poursuivi Haru en détournant les yeux, le Toman passe pour un clan de faibles...

Il n'avait pas dit Mikey passe pour un faible, mais c'était ce qui lui avait traversé l'esprit. Si le Toman faisait preuve de clémence, les autres gangs allaient penser qu'ils n'étaient pas dangereux, que le boss du Tokyo Manji n'était pas redoutable. 

– Je vois ce que tu veux dire, avait répondu Mucho, mais c'est pas comme ça que ça marche...

Haru l'avait regardé sans comprendre et le capitaine avait repris.

– Sanzu, qu'est-ce que tu sais de notre monde ? Celui des délinquants ?

– Je sais qu'il est régi par la loi du plus fort ! Avait répondu l'adolescent avec fougue. Que les faibles se font bouffer et que seuls les forts règnent !

– On dirait, c'est vrai, mais c'est plus compliqué que ça en vérité...

Le capitaine avait réfléchi.

– En tabassant ce gars, avait-il expliqué, le Toman aurait montré qu'il est fort c'est sûr, mais qu'il est surtout composé de gamins incapables de voir les vraies priorités. Notre véritable ennemi, c'est ce gang, le Kengen, et les types qui ont poussé ce garçon à nous trahir. Maintenant qu'on le sait, on va pouvoir frapper. Bientôt, tous les clans de la capitale comprendront qu'il ne faut pas jouer à ça avec nous.

Haru avait jeté un regard vers le hangar.

– Mais ce type... 

– Ce type, il est fini. Tout le monde sait que c'est un traître à présent. Plus personne ne lui fera confiance et aucun gang n'accordera plus la moindre valeur à sa parole. Pour le moment, il croit qu'il s'en est tiré à bon compte, mais il va vite s'apercevoir que, dans notre monde, manquer à sa parole, ça équivaut à la mort.

Un silence s'était établi entre eux.

Haru avait jeté un dernier regard en arrière avant d'emboîter le pas à Mucho. Toutes ces histoires étaient décidément plus compliquées qu'il le pensait.

Plus tard dans l'après-midi, tous les deux s'étaient installés pour faire une partie de shōgi. C'était devenu une sorte de rituel entre eux.

– Tu la joues défensif aujourd'hui ? Avait remarqué Mucho.

Lui avait choisi une ouverture offensive en utilisant son roi comme appât. Aussitôt, Haru avait replié ses pions autour de son général de jade[1].

– Le Roi est plus important que tout le reste, Avait répondu Haru.

– Hmm...

Mucho avait fixé son visage d'un air étrange.

– Je peux te demander quelque chose ?

Haru avait relevé les yeux et Mucho avait désigné ses pansements.

– C'est quoi tout ça ? Ces blessures ?

Sur son front et ses joues s'étendaient des plaies et des hématomes qui n'étaient pas là la veille.

Haruchiyo avait ramené son attention sur le shōgiban.

– Des gars de Yotsuya...Avait-il dit. Je les ai entendus vanner le Toman.

–  Je vois...

Mucho avait capturé un général adverse avec son lancier et Sanzu avait aussitôt lancé la riposte en ramenant sur le plateau la tour qu'il avait capturée un peu plus tôt. Le capitaine ne s'était pas laissé faire. Il avait promu l'un des pions qu'il gardait en réserve et avait récupéré la tour que Sanzu lui avait prise.

Puis il avait fait tourner la pièce entre ses doigts, pensif. 

La tour, cette pièce qui fonçait droit devant elle sans regarder, elle lui rappelait un peu Sanzu.

Un petit con qui attire les ennuis... 

Pourtant, il ne pouvait pas s'empêcher de se sentir une responsabilité de grand frère à l'égard de l'adolescent.

Il avait sorti un masque de sa poche, un de ceux que l'on portait quand on était malade, et il l'avait posé sur l'échiquier.

– C'est bien de protéger ton roi, lui avait-il dit, mais tu dois faire attention à toi aussi. Tu es important, ne l'oublie pas. Tiens, mets ça, tes cicatrices, c'est la première chose que les gens regardent chez toi. Elles te desservent. Avec ça, ils verront qui tu es vraiment.

Sur le moment, Sanzu avait senti une foule de sentiments lui agiter la poitrine, de ceux qu'il avait cru avoir oubliés depuis longtemps, les sentiments que l'on éprouve lorsque quelqu'un à qui l'on tient prend soin de vous.

Il avait tendu la main et prit le masque.

– Merci beaucoup ! 

Deux semaines plus tard, Sanzu était nommé vice-capitaine de la cinquième division et Mucho avait fait de lui son bras droit.

à suivre…


Notes:

1Le shōgi ressemble beaucoup aux échecs et la plupart des pièces se déplacent de la même façon. Les principales différences, c'est que vous pouvez mettre en réserve les pièces que vous avez capturées pour les utiliser ensuite pour votre compte et qu'il n'y a qu'un seul roi, l'autre pièce qui fait office de roi dans le camp adverse, c'est le général de jade.[retour]

Chapter 16: Comme un frère

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

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Haruchiyo Sanzu

Comme un frère


          Les motos grondaient sur le parking du sanctuaire Musashi, la guerre avec le Kengen était proche, Mikey venait de l'annoncer.

– On va tous les buter ces enfoirés ! Gueula un des hommes de la troisième division.

– Ouais ! Répondirent les autres autour de lui.

Comme l'avait prédit Mucho, la responsabilité de l'affrontement n'était pas retombée sur ce garçon de la team de Pachin qui avait été chassé du gang, mais sur le boss du Kengen, un petit homme couverts de tatouages, la cigarette toujours au coin des lèvres, qui avait profité de sa situation.

Évidemment, les membres du Toman étaient bien conscients que leur gars était coupable. Il n'aurait pas dû se laisser tenter par l'argent du Kengen. Mais ils étaient beaucoup à être au courant des problèmes de sa famille et ils ne pouvaient pas pardonner à ce type de s'être servi de lui.

– On va les fumer ces bâtards ! Cria un autre.

– Ouais on va leur montrer ! Ils vont rien comprendre !

Ce garçon ne faisait peut-être plus partie du Toman, mais ils étaient quand même tous décidés à le venger parce qu'ils étaient une famille. C'étaient cela le Tokyo Manji.

Le fait que Mucho ait renoncé à passer ce type à tabac avait aussi joué un rôle. Lorsqu'ils l'avaient appris, ses camarades y avaient vu une forme de compréhension. Les cadres du Toman ne pouvaient pas excuser ce qu'il avait fait, mais ils pouvaient comprendre.

C'était cela le message que Mikey et Mucho avaient voulu faire passer et c'était une réussite. 

Le gang de Toshima ne le savait pas encore, mais il allait affronter des hommes plus remontés et soudés que jamais.

Tandis que les motos commençaient à se disperser après la réunion, Baji se rapprocha de Mikey qui regardait la foule, debout depuis les marches du sanctuaire. 

Keisuke était sorti de maison de correction quelques mois plus tôt et, une fois dehors, le goût de la liberté lui avait paru si merveilleux après toutes ces semaines enfermé entre quatre murs qu'il avait failli hurler.

– J'ai cru que j'allais devenir dingue là-bas ! Presque rien à faire ! Marcher en rang et en silence ! Chier chronomètre en main ! C'est pas pour moi !

– Et Kazutora, lui avait demandé Draken, comment il va ?

Baji s'était rembruni.

– Je sais pas trop, avait-il répondu. Je n'ai pas pu le voir, c'était pas permis, et maintenant, tout ce que je peux faire, c'est lui écrire. Mais j'ai pas l'impression que ça va...

Il aurait aimé ajouter j'ai l'impression qu'il tourne de moins en moins rond, mais il s'était retenu. Kazutora était son ami et il s'était promis qu'il serait toujours de son côté.

Les autres n'avaient pas insisté. Mikey n'était pas loin et le sujet était sensible, même si personne n'en montrait rien.

– Ta mère doit être contente de te revoir, avait dit Mitsuya.

– Elle hésite entre me savater la gueule à longueur de journées et me cuisiner mes plats préférés, lui avait répondu Baji. J'ai jamais mangé des yakisobas aussi bons, mais je me prends des taloches chaque fois que je passe à sa portée.

Les autres n'avaient pas pu s'empêcher de rigoler.

Baji ne se plaignait pas en réalité. Sa mère avait été là pour lui tout au long de cette épreuve, pas un instant elle ne l'avait abandonné, alors que d'après ce qu'il avait compris, les parents de Kazutora n'étaient même pas venus le voir une fois en prison.

– Yo Mikey ! Lança-t-il arrivé en haut des marches. Ça roule comme tu veux ?

– Baji, répondit Mikey. Qu'est-ce qui t'arrive ? Tu veux me parler d'un truc ?

Baji lui posa le bras en travers des épaules.

– Ouais, mais en privé...

Tous les deux s'éloignèrent et, une fois qu'ils furent à l'écart, Keisuke reprit.

– Est-ce que tu as vu...? Demanda-t-il à mi-voix.

Mikey fronça les sourcils.

– Ouais... Reconnut-il. Je vois pas comment j'aurais pu le manquer.

– Comment il fait à ton avis ?

– Aucune idée, répondit Mikey.

– C'est peut-être l'heure de tirer les vers du nez de ce petit bâtard, tu ne crois pas ?

– Oui, je crois que tu as raison.

Leurs regards à tous deux se posèrent sur Haruchiyo, au bas des marches, qui attendait que les membres de la cinquième division aient fini de s'éparpiller.




 

Mikey et Keisuke le rejoignirent quand ils furent seuls.

– Hey, Haru ! L'interpella Baji. Faut qu'on te cause.

– Ouais ! Viens un peu par là ! Ajouta Mikey.

Haruchiyo les regarda approcher sans comprendre.

– Hmm ? Dit-il.

Il portait toujours le masque que Mucho lui avait donné et il ne le quittait plus désormais. Il devait admettre que le regard des gens avait changé depuis qu'il le mettait. Mucho avait raison, un accessoire pouvait transformer votre vie.

Baji se planta devant lui, Mikey à ses côtés, les bras croisés sur la poitrine.

– Explique-nous ça, lui dit Keisuke.

– Vous expliquer quoi ? Répondit Haru.

– Tes cheveux ! L'apostropha Mikey.

Baji hocha la tête.

Lorsqu'il était sorti de prison avec les cheveux courts – la justice japonaise était intransigeante dans ce domaine –, tous les trois avaient décidé de les laisser pousser ensemble.

– Je suis sûr qu'on aura trop de flow avec les cheveux longs !

Quelques mois plus tard, les cheveux de Haruchiyo lui arrivaient désormais aux épaules alors que ceux de Baji lui effleuraient à peine la mâchoire et, pire, ceux de Mikey lui dépassaient seulement les oreilles.

– Pourquoi il n'y a que les tiens qui sont si longs ? Reprit Baji. Tu fais comment ? T'as un truc ?

Haruchiyo ne s'était pas attendu à ça.

– J'en sais rien, moi...

– Tu veux pas nous le dire, c'est ça ? Le coupa Mikey. C'est pour être le plus sexy de nous trois !

– Hein ? S'étonna Haru. Mais de quoi vous...

– Ouuh~~ Minauda Baji. Sexyy Haruchiyooo ~

Sexyy Haruchiyoooo ~ Roucoula Mikey en l'imitant.

Haruchiyo vit rouge. Il tourna les talons.

– Allez crever ! Lâcha-t-il.




 

Plus tard, Mikey s’était assis seul au bas des escaliers, les yeux dans le vide. Baji était parti un peu plus tôt – sa mère le surveillait plus que jamais et il se passerait encore du temps avant qu'il soit libre de ses mouvements – et Mikey se demandait s'il allait le suivre et rentrer où aller faire un tour sur sa Babu, la moto que Shin lui avait laissée.

Un bruit de pas dans son dos, le fit se retourner.

– Haru ? T'es pas encore parti ?

Haruchiyo hésita.

– Mikey, je peux te parler ?

Mikey se leva.

– Je t'écoute.

Haru se rapprocha.

– Je voudrais... que tu fasses de moi ton second !

Il avait longuement hésité avant de venir le trouver, mais il s'était dit qu'il devait être honnête avec Mikey et lui dire quel poste il briguait en réalité.

Mikey lui jeta un regard surpris.

– Comme Kenchin tu veux dire ? 

Haru hocha la tête et Mikey s'aperçut qu'il était sérieux. 

–  Oui ! Je suis sûr que je ferai un bon bras droit ! J'obéirai à tous tes ordres sans discuter ! Je ne te décevrai pas, tu peux me croire !

Mikey revint vers lui et lui asséna une pichenette sur le front en rigolant.

– Il n'y a pas moyen ! Dit-il. Il est dix ans trop tôt pour toi !

Haru contempla le sol, les poings serrés.

– Je te promets qu'un jour, dit-il, je me tiendrai à tes côtés...! Un jour je te serai plus utile que lui ! Et je te ne quitterai jamais, je te le promets !

Il avait dit ça avec une telle ferveur que Mikey sourit de nouveau. 

Il remarqua une silhouette qui leur faisait signe depuis l'entrée du parking.

– Il y a Mucho qui te cherche, dit-il avec un signe du menton.

Sanzu releva la tête. 

Lorsqu'il fut parti, le regard de Mikey se perdit de nouveau dans le vague.

Haruchiyo... Numéro deux ? Se dit-il. J'ai du mal à l'imaginer…

 



 

Haru rejoignit le capitaine et tous les deux prirent le chemin du boulevard, à quelques pas de là, sous les grands arbres qui ombrageaient l'allée du sanctuaire.

– Tu es prêt pour la bataille, Sanzu ? Lui demanda Mucho.

Il était le seul à l'appeler ainsi. Mikey et Baji eux, préféraient encore le nom de Haru, comme quand ils étaient enfants.

– Je suis derrière toi, capitaine, répondit Haruchiyo. On va les défoncer ces types ! En plus, avec toi à nos côtés, la cinquième brigade ne risque rien !

Mucho le regarda et sourit.

– Je suis content de savoir que c'est toi qui assurera mes arrières, lui dit-il. Je n'aurais confié ce rôle à personne d'autre.

Il se rendait compte maintenant à quel point il s'était attaché à ce gamin au caractère entier. Sanzu avait gagné sa confiance et aujourd'hui il n'imaginait plus se faire seconder par quelqu'un d'autre. Il remettrait sa vie entre ses mains sans hésiter.

– On va leur mettre la misère, toi et moi, chef !

Quelques mètres plus loin, Sanzu reprit.

– Tu sais capitaine, je n'ai pas vraiment de grand frère... mais si j'en avais eu un, j'aurais aimé qu'il soit comme toi !

Mucho fut touché.

– Si tu veux, tu n'as qu'à me considérer comme ton grand frère.

à suivre…


Notes:

NDA : Le Kengen est un gang de mon invention au cas où ^^'

Chapter 17: Birthday

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Birthday


          Le soleil de début juillet tapait fort au-dessus de la rue et Haruchiyo marchait prudemment à l'abri des stores des magasins. Sa peau avait tendance à brûler sans passer par la case bronzage et il ne craignait rien tant que de se retrouver rougi par les coups de soleil pendant des jours.

Arrivé au carrefour, il jeta un œil en l'air. L'air surchauffé semblait vibrer, comme s'il était métallique, pourtant la journée ne faisait que commencer.

Il souffla.

Sanzu détestait juillet, mais plus que tout, il détestait ce jour-là en particulier. Son anniversaire.

Debout au bord du trottoir, il hésita un instant avant de prendre la direction du pierceur chez qui il avait l'habitude d'aller.

Ces derniers mois, Haru s'était rendu chez lui plusieurs fois. Au début, il y était allé par curiosité. Plusieurs membres du gang avaient une boucle d'oreille et il se demandait ce que ça faisait de sentir une aiguille passer à travers sa peau.

L'expérience lui avait tellement plu qu'il y était retourné deux jours plus tard, puis encore deux fois les semaines suivantes.

Il avait à présent quatre piercings à l'oreille droite. Deux sur le lobe et deux hélix qui traversaient le cartilage supérieur.

Aujourd'hui, il avait envie de commencer l'autre oreille.

Ce sera mon cadeau d'anniversaire...

Hors de question pour lui de rentrer à la maison avant ce soir. Il préférait encore traîner en ville.

Les anniversaires dans la famille Akashi étaient une plaie. Pas de fête chez eux. En guise de cadeau, le comptable de leur père déposait de l'argent sur leur livret d'épargne. C'était tout. Pas de carte. Pas de mot. Quant à Takeomi, lui s'il ne vous oubliait pas, vous pouviez vous estimer heureux.  En ce qui concerne Senju, elle s'appliquait bien à vous faire un cadeau, mais elle avait un véritable talent pour taper systématiquement à côté de vos goûts. L'année passée, Sanzu avait trouvé dans le séjour un paquet emballé avec maladresse portant son nom. À l'intérieur, il avait découvert une veste en cuir rose bonbon avec une tête de mort en clous dans le dos. 

Elle avait presque réussi à trouver un truc qui pourrait lui plaire cette fois, presque, mais pas tout à fait.

Elle croit vraiment que je vais porter ça ? 

Haruchiyo préférait faire de ce jour quelque chose d'agréable, quelque chose qui lui laisserait un bon souvenir.

Je me fais mon propre cadeau, voilà tout.

Il poussa la porte de la petite boutique et le tintement familier du grelot au-dessus de sa tête le fit sourire sous son masque.




 

Lorsqu'il ressortit, la brûlure satisfaisante de son oreille lui confirma qu'il avait pris la bonne décision.

On n'est jamais aussi bien servi que par soi-même.

S'il avait une seule chose à reprocher aux piercings, c'est qu'ils étaient trop rapides à réaliser. Une fois installé sur le fauteuil du pierceur, c'était terminé en une fraction de seconde. Pas le genre de choses qu'on pouvait savourer.

Haru effleura le nouveau clou qui ornait son oreille.

Enfin c'est comme ça. Je me ferais peut-être faire un tatouage un jour, ça doit être fun ça aussi...




 

 

Le ciel avait commencé à s'assombrir quand il poussa la porte de l'appartement familial. Il avait passé le reste de la journée à traîner sans but dans les rues de Tokyo.

Il était seul, vit-il en jetant un œil à l'intérieur. Cela ne le surprenait même pas.

Il abandonna ses chaussures dans le placard de l'entrée, soigneusement rangées l'une à côté de l'autre sur l'étagère qui lui était réservée, ignorant le désordre sur celle de Senju, et traversa le salon avant de remarquer un paquet cadeau qui avait des allures de baluchon mal ficelé posé sur la table basse. Une carte était scotchée dessus.

Haru soupira et la prit en main.

Joyeux anniversaire Haru Nii ! Avait écrit Senju. J'ai acheté ça pour toi, j'espère que ça te plaira !

Il s'attendait au pire. 

Il abandonna la carte sur la table pour dénouer le ruban. Il dut batailler un moment avec les multiples nœuds que Senju avait serré avec un force incroyable et quand il réussit enfin à l'ouvrir, il découvrit un sac à main.

Haru le regarda, interdit, avant de saisir le magazine que Senju avait joint à son cadeau. Il était replié à la page qui expliquait que c'était la dernière mode pour les hommes. C'était une sorte de besace en cuir de luxe, pas le genre que pourrait porter une femme, mais pas non plus celui qu'on voit aux hommes dans la rue.

Et certainement pas celui que Sanzu porterait.

Il reposa son cadeau sur le papier d'emballage.

Senju était toujours à la ramasse quand il s'agissait de comprendre les goûts des autres. Ça, c'était une chose qui n'avait pas changé par contre.

Il tourna les talons pour aller prendre son bain.





La nuit était tombée quand il sortit de la salle de bain. Ce fut la sonnerie de l'interphone qui l'accueillit dans le salon.

Haruchiyo décrocha. Qui est-ce que ça pouvait être à cette heure ?

Confusément, il aurait aimé que ce soit Mikey, il aurait aimé que ce dernier ait pensé à son anniversaire, mais il ne se faisait pas d'illusions. Mikey n'était pas du genre à se préoccuper de ces choses. Tout au plus vous le souhaitait-il si l'occasion se présentait.

Haru reconnut la voix Mucho.

– Chef ? Dit-il. 

–  Salut, Sanzu, je peux monter ?

Il lui ouvrit. Il devait y avoir un problème urgent avec la brigade si le capitaine s'était déplacé jusqu'ici.

Quand Mucho parut à la porte, il lui tendit une boîte de chez Cozy Corner, la pâtisserie.

– Joyeux anniversaire, Sanzu.





Tous les deux s'installèrent dans le salon. Haru repoussa le cadeau de Senju sur le côté pour poser des assiettes à dessert sur la table. Mucho avait apporté un cheesecake, son dessert préféré depuis qu'il l'avait découvert quelques mois plus tôt.

– C'est grand chez toi, remarqua Mucho en regardant autour de lui tandis que Sanzu les servait.

– Ouais, répondit-il, mais il n'y a presque jamais personne.

– Ils font quoi tes vieux ?

– Mon père est dans la finance. Ma mère... elle s'est barrée il y a des années. Elle en avait marre de rester toute seule.

– Je vois, dit Mucho. Ça doit pas être facile.

Il ne fit aucun commentaire sur le fait que Sanzu était tout seul chez lui le soir de son anniversaire et tous les deux commencèrent à manger.

– C'est quoi ? Demanda Mucho en montrant le sac que Senju lui avait offert.

– Un cadeau... de ma petite sœur.

Mucho le prit en main et il le retourna en tous sens.

– Un peu à côté de la plaque ta sœur, non ? 

Tous les deux rigolèrent.

– Ouais, comme tu dis, chef ! Reconnut Sanzu.

Puis, ramenant les yeux sur son assiette, il hésita et ajouta :

– Merci, chef. Ça me fait plaisir que tu sois là.

Il avait beau retourner cette pensée dans tous les sens, la chaleur, dans sa poitrine, n'était pas feinte.






La discussion roula sur le gang et les traîtres que la cinquième était chargée de traquer.

– Pour le moment, dit Mucho, le plus suspect, c'est Baji. Ce connard n'écoute jamais rien de ce que dit le boss et il se bastonne à chaque réunion. La semaine dernière, il a tapé sur un type de la deuxième brigade. À la place de Mitsuya, je lui aurais mis mon poing dans la gueule. Je me demande pourquoi Mikey ne le vire pas...

– C'est parce qu'ils sont amis d'enfance, répondit Sanzu. On a grandi dans le même quartier tous les trois.

– Ouais, mais ça change rien. Moi, je lui fais pas confiance. En plus, il a pris un nouveau vice-capitaine, un petit jeune encore plus chaud que lui.

– Matsuno ? Dit Sanzu.

Il se souvenait que Baji avait remplacé Ryusei Sato par un type de son collège dernièrement. Sato était parti étudier en France après la dernière embrouille avec son ancien gang à laquelle avait été mêlée la première brigade.

– Ouais, celui-là. La dernière fois que sa brigade s'est tapée contre un autre clan, Matsuno les a tous fait foutre à poils à la fin et Baji n'a pas levé le petit doigt pour l'en empêcher.

Sanzu étouffa un rire.

– Ah ouais ? C'est sûr que c'est pas sur Baji qu'il faut compter pour l'arrêter dans ces cas-là.

– C'est ça, t'as tout compris. Deux têtes brûlées et personne pour les contrôler. J'aurais préféré qu'il choisisse quelqu'un d'autre. Même Sato était mieux.

Haru réfléchit.

– Je pense pas que Baji soit un traître, chef. C'est pas son genre, il est même pas assez intelligent pour ça. Il est juste con.

Mucho le regarda une longue seconde. L'avis de son bras droit comptait pour lui.

– Si tu le dis je te crois, répondit-il enfin.

Puis après une seconde, il sourit et désigna son oreille :

–  Sympa ton nouveau piercing. Cadeau d'anniversaire perso ?

à suivre…


Notes:

NDA : La relation entre Mucho et Sanzu que l'on voit dans certains fanarts est tellement drôle ! On dirait vraiment un petit frère et son grand frère !
ꉂ (´∀`)

nunnn_jjkb

Chapter 18: Moebius

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Moebius


          Les membres du Toman scandaient le nom du gang. Mikey venait de décider qu'ils allaient affronter le Moebius et apparemment tout le monde n'attendait que cela.

À côté de Mucho, Sanzu restait de marbre. Cette histoire avec le pote de Pachin ne l'intéressait pas. Ce type s'était fait tabasser et sa copine s'était faite violer ? La belle affaire. Qu'est-ce qu'ils croyaient tous ? C'était comme ça dans le monde des gangs. Tous les coups étaient permis pour s'assurer la victoire. Ils devraient plutôt arrêter de faire les sensibles.

– Sanzu, dit Mucho lorsque le tumulte se fut un peu calmé, garde les hommes prêts à intervenir. Les bâtards comme les gars du Moebius attendent rarement la date d'une baston pour passer à l'action.

– Ok chef, répondit Sanzu sans lever la tête.

Il était d'accord avec son capitaine. Quel intérêt d'attendre sagement le jour de la bataille quand on pouvait frapper l'ennemi dans le dos avant ?

Haru ne croyait pas si bien dire. Une semaine après le rassemblement, le clan du Moebius au grand complet tomba sur Mikey et Draken, accompagnés de Pachin et Peyan, dans la planque du Toman.

Mikey était avec son nouveau pote à ce moment-là, un gars qui s'appelait Takemichi, et ce dernier finit à l'hôpital après s'être fait cogner par Osanai, le boss du Moebius.

Mais ce n'était pas le plus grave. Après s'être fait défoncer la gueule par Osanai, Pachin, le capitaine de la troisième division, n'avait rien trouvé de mieux que de planter le boss du Moebius avec un couteau qu'il avait sorti d'on ne sait où. Ni Mikey ni Draken n'avaient vu le coup venir et quand ils avaient pris la fuite, Pachin avait décidé de rester en arrière pour prendre ses responsabilités.

D'après ce qu'avait compris Sanzu, Mikey ne voulait pas le laisser, mais Draken l'avait traîné de force hors de l'entrepôt et, depuis, tous les deux étaient en froid.

Dans le hangar quelques jours plus tard, Peyan, le bras droit de Pachin faisait les cent pas devant Mikey et le reste des capitaines et vice-capitaines. Seul Draken était absent. Depuis que Pah s'était fait serrer, il accompagnait sa mère tous les jours en prison. Évidemment, seule la famille pouvait entrer voir les prisonniers, mais Draken insistait quand même pour venir et il attendait ensuite dans la rue. À chaque fois, il s'arrangeait pour lui faire passer des petits cadeaux ou des nouvelles du gang. Il avait dit à Mitsuya qu'il se sentait responsable du geste de Pachin, qu'il aurait dû être capable de l'empêcher.

Au milieu de l'entrepôt, Peyan s'immobilisa et il serra le poing.

– Ce fumier de Draken se prend pour le boss ou quoi ? Brailla-t-il. D'où il dit qu'il ne faut pas aider Pah à sortir de taule ?

La veille, quand Mikey leur avait annoncé qu'il voulait les réunir pour réfléchir ensemble à un moyen d'innocenter Pachin, Draken avait refusé.

– Pah a pris sa décision, on n'a pas notre mot à dire.

Sa réponse n'avait pas plu à Mikey, évidemment. Lui, ce qu'il voulait, c'était trouver coûte que coûte une solution pour tirer Pah de taule. Rien n'avait plus d'importance que de venir en aide à ses amis.

Le reste du clan était plus divisé à ce sujet.

Certains, comme Draken, étaient d'avis de respecter la décision de Pah. D'autres, comme Peyan pensaient que ça n'était que de la lâcheté, qu’aider un membre du clan à sortir de prison devait être la priorité.

Mucho, lui, était plutôt d'accord avec Draken. Pachin s'était comporté en homme en se rendant à la police, avait-il dit à Sanzu, ça ne se faisait pas d'intervenir. En plus, lui qui avait toujours vu toujours en Pachin une petite brute sans cervelle, commençait à revoir son jugement. Cette histoire l'avait fait remonter dans son estime.

– Et puis un an en maison de correction, ça ne va pas le tuer... Avait-il ajouté.

Il s'était bien gardé toutefois de le dire à Mikey, ce dernier n'aurait pas apprécié.

Quoi qu'il en soit, à force de chercher une solution pour aider Pachin, le boss finit par la trouver. Ou plutôt il serait plus juste de dire que ce fut la solution qui le trouva. 

Un soir, alors qu'il traînait au bord du fleuve, un garçon vint le voir pour lui proposer un arrangement.



~⊱🜲⊰~

 

 

Installés dans le fond de la petite gargote où ils avaient l'habitude de se retrouver pour discuter et manger ensemble, les capitaines du Toman occupaient deux tables à eux seuls.

Là, Mikey leur annonça son intention de remplacer Pachin à la tête de la troisième division.

– Le type s'appelle Kisaki, leur apprit Mikey. Il a des contacts dans les gangs et il nous sera utile.

– Je suis contre, répondit Draken. Il sort d'où ce gars ? Tu le connais même ? Depuis quand un mec sorti de nulle part devient chef de team comme ça ? La troisième division, elle est à Pachin, personne d'autre !

– J'y suis pas opposé, moi, dit Smiley celui des jumeaux qui commandait la quatrième brigade. On a besoin d'un capitaine pour la team de Pah, Peyan a pas les épaules. Si tu dis qu'il peut être utile, Mikey, je te crois, c'est toi le boss.

– Moi non plus je suis pas contre, répondit Mucho. Si ce type a des contacts, alors il nous aidera à faire grandir le Toman, c'est plutôt une bonne chose.

– Je suis pas d'accord, intervint Baji –  Depuis le début de la conversation, il ne décolérait pas. On n'a pas besoin de ce gars, on peut pas lui faire confiance !

Mikey reprit sans l'écouter.

– En échange du poste de capitaine, il va faire sortir Pah de prison...

Draken se leva en renversant sa chaise derrière lui.

– C'est ça ta raison ? Dit-il. Alors je suis encore moins d'accord ! Ça s'achète maintenant les postes de capitaines ? On n'a pas fondé le gang pour donner dans ce genre de magouilles !

Puis il tourna les talons et quitta le restaurant.

– Mikey, ajouta Mitsuya un ton plus bas pour essayer de temporiser, je pense pas que ce soit ce que Pachin voudrait...

–  T'en sais quoi de ce que Pah voudrait ? Lui répliqua Mikey. Pah n'est plus là, il est en taule au cas où tu l'aurais oublié !

Finalement, le fossé entre les pro-Draken et les pro-Mikey qui aurait dû se refermer ce soir-là, se creusa un peu plus.




 

– Tu en penses quoi toi chef ? Demanda le lendemain Haru à Mucho après qu'il lui ait raconté la scène.

– Je comprends Draken. Mais c'est un idéaliste. Un gang, c'est plus que des valeurs utopiques. Il faut se salir les mains si l'on veut qu'il grandisse, Mikey a raison.

Sanzu était d'accord lui aussi. Si on lui avait demandé son avis, il aurait d'ailleurs suggéré de laisser pourrir Pachin en prison.

Un type assez con pour se rendre n'a rien à faire aux côtés de Mikey.

– Il va se passer quoi maintenant à ton avis ? Reprit-il.

– Ça dépend, répondit Mucho. Si Draken et Mikey ne se réconcilient pas, le Toman va spliter en deux et ça partira en guerre interne qui fera le jeu de l'ennemi. Sinon...

Il n'alla pas plus loin. La situation était trop embrouillée pour qu'il puisse y voir une lueur d'espoir.

Il n'aurait pas dû s'inquiéter. Quelques jours plus tard, sans que personne n'y comprenne rien, Draken et Mikey avaient mis leur différend de côté et, le soir du festival Musashi, la bataille contre le Moebius commença.

à suivre…


Chapter 19: Affrontement

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Affrontement


          La pluie tombait de plus en plus fort autour d'eux, mais les membres du Toman ne la remarquaient pas. À chaque instant, des motos venaient s'ajouter à leurs rangs au point que les voitures s'écartaient désormais de leur passage. Le Tokyo Manji partait en guerre.

Un peu plus tôt, les hommes du Moebius, guidés par Peyan d'après ce qu'avait compris Haruchiyo, avaient attaqué Draken en profitant que Mikey ne soit pas dans le coin. Le vice-leader n'avait dû son salut qu'à la présence du chef de la deuxième brigade dans les parages. Mais même Mitsuya et lui ne pouvaient pas venir à bout d'un gang tout entier.

Heureusement, Mikey était intervenu et, derrière lui, le Toman était en route.

Smiley remonta jusqu'au niveau de Mucho et de Sanzu, sa division derrière lui.

– C'est vrai ce qu'on m'a dit ? Demanda-t-il. Peyan nous a trahis ?

– Ouais, lui confirma Mucho. C'est lui qui a dit aux gars du Moebius que Draken était seul ce soir.

– Le bâtard... Grinça Smiley. On va le défoncer !

– C'est le plan, répondit Mucho.

Il était furieux, Sanzu le voyait lui qui commençait à bien le connaître. L'idée qu'un membre du clan ait pu attaquer le vice-leader en traître sans que la cinquième division ne voit rien venir le mettait hors de lui. Peyan ne le savait pas encore, mais il allait passer un sale quart d'heure quand Mucho lui mettrait la main dessus.

Le gang mit enfin pied à terre sur le parking du sanctuaire et la pluie redoubla.

Draken, Mitsuya, mais aussi Mikey et son pote Takemichi étaient déjà là. La petite sœur de Mikey et une de ses amies étaient présentes aussi. Toutes les deux se tenaient à l'écart sous un parapluie. Elles portaient encore leurs yukatas. Les hommes du Moebius avaient profité que Draken soit venu avec Emma au festival pour les attaquer.

Le bruit des bottes couvrit le bruissement de la pluie et, parvenu à portée de voix, Mucho cria :

– Peyan ! C'est toi qui vas y passer en premier !

Baji sortit un élastique de sa poche et il s'attacha les cheveux.

– Je suis chaud ! Allez on les défonce !

Smiley fit craquer ses poings.

– Depuis le temps que je voulais fumer le Moebius !

L'affrontement ne tarda pas à débuter et les deux gangs se jetèrent l'un contre l'autre dans un rugissement.

Mucho jeta un œil à Sanzu.

– T'es prêt ? 

À côté de lui, Sanzu jouait avec un tuyau en métal qu'il avait apporté pour l'occasion.

– Je te suis, chef.

Tous les deux avaient leur propre technique de combat. Mucho, qui excellait au corps à corps, formait l'avant-garde de leur duo tandis que Sanzu protégeait leurs arrières, le plus souvent avec des armes de fortune qu'il avait dénichées en chemin.

Les premiers assaillants se ruèrent sur Mucho qui les accueillit l'un après l'autre en les faisant passer par-dessus son épaule avec une prise de judo pendant que Sanzu envoyait voler un troisième gars qui prétendait les attaquer par derrière d'un coup de barre de fer en pleine mâchoire.

La bataille fit rage un bon moment. Le Tokyo Manji contint les hommes du Moebius avant de finalement réussir à les repousser. 

Lorsque l'affrontement prit fin, il ne restait presque plus un seul homme debout.

Assis par terre, Smiley gueula :

– Putain, j'arrive plus à me lever !

Mucho vint l'aider.

– Comment t'as fait ton compte ? 

– J'ai envoyé un coup de pied dans la gueule d'un type qui a paré avec une batte ! 

Son petit frère, les rejoignit l'air inquiet.

– Je t'avais dit de faire attention, Smiley ! Tu fonces toujours sans réfléchir !

– Rhaaa c'est bon ! Ferme-la un peu, on dirait maman !

Tous les trois, Sanzu dans leur sillage, se dirigèrent vers Mitsuya qui reprenait son souffle au milieu du parking.

– Je suis crevé... 

– Il est où Mikey ? Demanda Mucho.

Mitsuya lui désigna l'autre côté du parking du menton. Là-bas, Mikey faisait face au nouveau boss du Moebius. Un type appelé Hanma qui faisait presque deux fois sa taille.

Avant que quiconque ait dit un mot, Hanma avait tourné les talons et enfourché la moto d'un de ses gars. Il disparut sous la pluie qui tombait toujours autour d'eux.

Mikey ne perdit pas une minute et il quitta le parking sur sa Babu en prenant la direction opposée.

– Qu'est-ce qui se passe ? Demanda Smiley.

– Aucune idée... Répondit Mitsuya.

Un de leurs gars vint leur apprendre la nouvelle. Durant la bataille, Draken avait été poignardé.



~⊱🜲⊰~



Les membres du Toman étaient silencieux sur le parking de l'hôpital.

Un coup de couteau, ça n'était pas le genre de choses qui arrivait normalement dans une baston de gamins. Tous se demandaient qui avait fait cela.

D'après les rumeurs, le coupable c'était un gars de la troisième division, ce type qui avait été viré du gang après avoir organisé des paris clandestins sur des combats entre collégiens. Il avait attendu son heure et frappé. 

Celui-là, quand la cinquième division allait lui tomber dessus, il allait le sentir passer.

Durant une partie de la nuit, tous restèrent là, sans un mot.

Mikey n'était pas revenu. On disait qu'il était à l'intérieur avec sa sœur et son nouveau pote, Hanagaki. Mitsuya les avait rejoints dès leur arrivée et il avait promis qu'il leur donnerait des infos dès qu'il en saurait plus. Smiley, lui, avait disparu avec son frère pour aller faire soigner sa jambe.

De tous les cadres du Toman, seuls restaient Mucho et Baji appuyés contre leurs motos, leurs vice-capitaines à leurs côtés.

Sanzu était silencieux. 

Une pensée tordue avait pris corps dans son esprit quand il avait appris la nouvelle.

Si Draken avait été poignardé, cela voulait dire qu'il allait peut-être mourir ?

Et s'il meurt, Mikey n'aura plus aucune raison de me refuser le poste de vice-leader, non... ?

Cette idée lui ouvrait tout à coup des perspectives auxquelles il n'aurait pas osé rêver et il était en train de les savourer lorsque Mitsuya fut de retour.

– Il est tiré d'affaires ! Leur annonça-t-il.




Autour d'eux, les hommes laissèrent exploser leur joie.

– C'était sûr ! Dit l'un. C'est pas un petit coup de couteau qui allait faire caner Draken !

– Ouais ! Le vice-leader c'est un monstre !

Mucho et Baji eux-mêmes étaient rassurés.

– Bonne nouvelle, dit Mucho.

– Ouais, reconnut Baji en se redressant.

Il était plus soulagé qu'il voulait bien le laisser voir.

Derrière lui, Matsuno hocha la tête. Il était toujours un peu raide quand il était au milieu des autres membres du gang. Ça ne faisait pas longtemps qu'il avait rejoint leurs rangs et il cherchait encore sa place.

– C'est normal, dit-il, le vice-leader, c'est pas n'importe qui.

– Un coup de couteau, c'est un coup de couteau, crétin, lui répondit Sanzu avec irritation. C'est pas parce que tu es le vice-leader que tu as la peau plus épaisse.

Chifuyu se raidit un peu plus et Sanzu tourna les talons en l'ignorant.

La déception qu'il avait ressenti en apprenant que Draken avait survécu était à la hauteur de l'espoir qui avait enflé un instant dans sa poitrine.

Il n'est pas mort... L'autre a raté son coup ? Quel con... Si ça avait été moi, je ne l'aurais pas loupé...

Il se dirigea vers sa moto sans plus penser à Matsuno qui grinçait des dents dans son dos.  Les poings serrés, ce dernier se demandait s'il arriverait à le rattraper pour lui en coller une sans se faire prendre par Baji. 

à suivre…


Notes:

NDA : Sanzu et Chifuyu, ça devait être explosif entre ces deux-là !
。゚( ゚^∀^゚)゚。
Art by @KMN0148kyo

Chapter 20: Supplice

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Haruchiyo Sanzu

Supplice


          Le poing de Sanzu s'abattit sur le visage du gars, mais ce dernier persista à afficher un petit sourire en coin.

– Tu frappes comme une fille, ricana-t-il.

Jin Akaishi – Red – le bras droit de Kiyomasa était ligoté sur le sol de l'entrepôt où les hommes de Mucho l'avaient traîné après l'avoir attrapé à la sortie de son petit job dans un cinéma de Shibuya.

C'étaient lui et cinq de ses amis qui avaient aidé Kiyomasa dans sa tentative de meurtre sur Draken et c'étaient aussi eux qui l'avaient aidé à monter son business de paris de combats clandestins. Ils avaient même recruté des collégiens en les tabassant au nom du Toman pour leur servir de combattants.

D'après ce qu'avait dit Mikey, il ne fallait voir aucune pitié pour ces types.

Et je compte bien obéir, songea Sanzu.

Il alla ramasser la batte qu'il avait apportée et, cette fois, le sourire sur le visage de Red se fana.




Lorsque Sanzu eut fini, la sueur ruisselait sur son front et il avait le souffle court. Mais Akaishi ne rigolait plus, il était trop occupé à essayer de se rappeler comment on faisait pour respirer. Recroquevillé sur le sol, les genoux remontés contre la poitrine, il sanglotait, terrifié.

– C'est bon... C'est bon... Je le ferai plus... C'est promis...

Sanzu esquissa une mimique dégoûtée. Il était loin le type qui voulait crever Draken.

Si au moins vous aviez réussi votre coup vous auriez été utiles, mais vous n'êtes même pas foutus de vous venger correctement bande de minables !

C'était ça surtout qui le mettait hors de lui. Cette étincelle d'espoir qui avait été écrasée alors même qu'elle avait commencé à briller. Il lui asséna un dernier coup et Akaishi piailla en se pelotonnant un peu plus.

La porte se rouvrit dans son dos et deux des hommes de la cinquième team entrèrent, tenant entre eux un autre des gars de la bande de Kiyomasa.

– Voilà le suivant, annonça un des garçons.

Lorsque le nouveau venu découvrit Red en sang sur le sol, il voulut prendre la fuite, mais les hommes de Mucho le retinrent.

– Non, non, toi tu restes là, lui dit l'autre gars. Tu as voulu jouer au con, maintenant, notre vice-capitaine va s'occuper de toi.

Ils le balancèrent près de son complice et le garçon essaya aussitôt de ramper à l'écart, les mains liées dans le dos. Le regard qu'il levait vers Sanzu était empli de terreur et Sanzu sourit sous son masque.

En définitive, c’était une bonne journée. Les jours où il pouvait écraser les cafards qui grouillaient autour de Mikey et les regarder se débattre en se tortillant étaient toujours des bonnes journées.





Il lui fallut une partie de la nuit pour en terminer avec les cinq larbins de Kiyomasa que les hommes de Mucho lui amenèrent un à un chaque fois qu'ils les débusquaient et, lorsqu'il eut fini, il sortit sur le pas de la porte prendre l'air.

Derrière lui, les membres de la cinquième division traînaient les traîtres dehors. Ils iraient les balancer dans les poubelles du quartier voisin. C'était les consignes de Mucho.

Mais c'était pas l'envie de les crever qui me manquait...

Mucho lui-même lui avait confié la tâche de s'occuper de ces types.

– Je vais me charger de Kiyomasa, je veux être sûr qu'il n'a pas impliqué le Toman dans d'autres magouilles. Toi, je te confies ses potes, ça te va ? Fais-leur passer l'envie de nous prendre pour des cons. Je te laisse carte blanche, mais ne les bute pas.

– Ok chef !

Cette dernière phrase avait fait courir un frisson de plaisir le long de l'échine de Sanzu. 

Au fil des passages à tabac, une idée lui était venue à l'esprit.

Moi aussi je vais tâcher de savoir s'ils ne nous cachent pas d'autres trucs...!

Les heures suivantes, il s'était appliqué à essayer de faire parler ces garçons. Pour cela, il avait utilisé toutes les méthodes qui lui passaient par la tête. Les coups, les brûlures... Il avait même plongé la tête de l'un d'eux dans un baquet rempli d'eau pour le regarder se débattre. 

Il ne s'était pas autant amusé depuis longtemps.

À la fin de la journée, Sanzu dut reconnaître que même si ces gars n'avaient rien de vraiment intéressant à dire, il avait beaucoup appris. Faire parler une victime, c'était tout un art.

Une fois les victimes hors de vue, Sanzu apostropha un des hommes de la cinquième team.

– Le chef a fini ?

Mucho était dans une autre pièce, à l'arrière du bâtiment, avec Kiyomasa que ses hommes lui avaient ramené quelques heures plus tôt.

– Je crois pas, lui répondit l'autre. Un gars m'a dit qu'il pensait en avoir encore pour un moment.

Sanzu souffla. Mucho était un perfectionniste, il aimait le travail bien fait, Kiyomasa n'allait pas s'en sortir avec quelques aveux lancés au hasard.

– Ok, dit-il en tournant les talons. Si on me cherche, je suis avec lui.





De l'autre côté de la porte monta l'écho d'une série de coups ponctués d'exclamations étouffées. Sanzu entra tandis que Mucho se redressait en essuyant ses poings dans un mouchoir. Il avait les phalanges rouges de sang et, au milieu de la pièce, le visage de Kiyomasa était en bouilli.

– Sanzu, dit Mucho. Tu as fini ?

– Oui, chef. Les gars sont en train de nous débarrasser de ces types. Aucun d'eux n'avait rien d'intéressant à raconter.

Mucho leva un sourcil. Il ne lui avait pas demandé de les interroger, mais Sanzu l'avait fait de lui-même.

Un bon second...

– Très bien. Bonne initiative.

Il ramena les yeux sur Kiyomasa.

– Il ne reste plus que toi, connard. Finissons-en.

Sanzu se rangea dos à la porte pour assister à la fin de l'interrogatoire. Mucho était un adepte des vieilles méthodes, il préférait utiliser ses poings pour faire parler ses victimes. Sa corpulence et sa force faisaient de lui un tortionnaire redouté, d'autant qu'il savait parfaitement doser ses coups, ses victimes le comprenaient très vite. Si Kiyomasa n'était pas encore passé aux aveux, il le ferait bientôt.

Tout en attendant, Sanzu laissa son imagination partir à la dérive. Quelles méthodes pourrait-il essayer la prochaine fois que le capitaine l'enverrait faire parler quelqu'un ?

Il faudra que je sois plus rapide... plus efficace... Je dois obtenir mes infos sans traîner, ça peut être crucial... La vie de Mikey peut en dépendre...

Tout à ces pensées, il sourit d'impatience sous son masque sans se soucier des coups qui retentissaient dans la pièce.

à suivre…


Chapter 21: Le plan de Baji

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Haruchiyo Sanzu

Le plan de Baji


          Baji attrapa le garçon portant l'uniforme du Tokyo Manji qui passa à son niveau par le col et il lui écrasa son poing dans la figure sans préavis. L'autre tomba, les mains pressées contre son nez, et un flot de sang jaillit sur le devant de sa chemise.

– BAJI ! Gueula Mikey plus loin. QU'EST-CE QUE TU FOUS ?

Draken, Mitsuya, Hakkai et lui venaient de se garer sur le parking, au pied du sanctuaire Musashi, là où le Toman tenait ses rassemblements. Les capitaines et vice-capitaines avaient prévu de se retrouver ici avant la réunion du gang pour discuter de ce clan dont Hanma avait parlé à Mikey à la fin de la baston contre le Moebius, celui qui avait été créé dans le but de détruire le Toman : Le Valhalla.

Draken et Mitsuya mirent pied à terre, comme Hakkai, assis derrière Mitsuya.

Baji vint vers eux, un air fanfaron plaqué sur le visage.

– Ah merde, tu étais dans le coin Mikey ?

Il ne semblait pas du tout gêné d'avoir été surpris à frapper un de leurs gars.

Mikey le rejoignit, furieux.

– Tu te fous de ma gueule ou quoi ? Je croyais que tu avais dit que tu arrêtais les conneries ? Comment je peux dire aux autres membres qu'il ne faut pas qu'ils se battent entre eux si toi tu cognes tous ceux qui passent ? 

Baji afficha un sourire insolent. Plus loin, les frères Kawata, Mucho et Sanzu apparurent à leur tour et Chifuyu et Peyan furent de retour de la supérette voisine où ils étaient allés chercher à boire.

– Baji ? Dit Chifuyu. Qu'est-ce qui se passe ? Il y a un problème ? Tu veux de l'aide ?

Baji l'ignora comme il avait ignoré le garçon qu'il avait frappé. Les mains dans les poches, il toisa Mikey et lâcha :

– T'as plus qu'à me virer du gang, Mikey, je vois que ça...

Tous soufflèrent. C'était sa nouvelle lubie du moment, pousser Mikey à bout et lui demander de le virer, un peu comme s'il le mettait au défi de le faire.

Mikey le dépassa à grands pas.

– Sale con... 

Chifuyu rejoignit Keisuke.

– Baji ? Ce type a fait quoi ? Il faut que je le cogne aussi ?

Peyan vint aider le gamin au nez en sang à se relever. C'était le membre de la troisième division qui lui tenait lieu de bras droit en l'absence de Pachin, condamné à un an de maison de correction.

– Ça va mec ? Putain, ton nez est devenu énorme ! Baji frappe vraiment comme un bourrin !

L'autre épongeait le sang qui continuait à couler sur le devant de son uniforme.

– Ouais... C'est bon... Répondit-il. C'est ma faute... J'étais sur le chemin d'un capitaine...

Baji lui jeta un regard.

– Tch ! Cracha-t-il en se détournant.

 



~⊱🜲⊰~



 

La réunion du Toman prit fin à une heure tardive et ses membres commencèrent à se disperser au milieu des grondements de motos. À l'ombre des grands arbres, Baji avait le visage sombre. Aucune décision n'avait été prise ce soir. Il n'en attendait pas. Ils avaient trop peu d'informations sur le Valhalla pour ça. Si Mikey et les autres voulaient vraiment agir, ils devraient en apprendre plus sur ce gang. Mais pour ça...

Il souffla.

Tandis que l'esplanade se vidait, il dévisagea quelques types en se demandant s'il pourrait en attraper un pour le cogner comme il avait fait avec le pote de Peyan. Mais tout le monde était désormais au courant de ses sautes d'humeurs de ces dernières semaines et tous faisaient prudemment un crochet pour éviter de passer à sa portée.

Seul Chifuyu l'approchait comme d'habitude.

Ce gamin ne semblait pas se rendre compte de l'atmosphère qui régnait autour de son capitaine.

– Baji ! Dit-il en le rejoignant. Elle était longue cette réunion, hein ! Tu as soif ? Tu veux que j'aille te chercher quelque chose à boire ?

Baji tourna les talons comme s'il n'existait pas et il se dirigea vers sa Suzuki. Loin de s'en offusquer, Chifuyu lui emboîta le pas en continuant à parler tout seul.

– Tu veux rentrer tout de suite ? Ou bien tu veux qu'on aille faire un tour ? Si on traîne un peu dans le centre-ville, on pourrait arriver à choper des informations sur le Valhalla, tu ne crois pas ? Je suis sûr qu’on peut trouver des gars à eux…

– Non, aucune chance, lui répondit Baji.

Les types qui avaient créé ce gang étaient bien trop malins pour se faire prendre de façon aussi stupide. Il en était certain. Non. Le seul moyen d'en apprendre plus sur ce clan, c'était de les infiltrer. Il n'avait pas le moindre doute.

– Et si on allait manger un truc ? Poursuivit Chifuyu sans paraître se demander si Baji l'écoutait. J'ai faim, moi...

Devant lui, Baji s'immobilisa et Chifuyu faillit lui rentrer dedans.

– En fait, t'as raison, dit-il, j'ai la dalle...

Chifuyu se redressa aussitôt.

– Je vais te chercher quelque chose au konbini ! Ne bouge pas !

Puis il disparut en courant. Keisuke Baji était connu pour être d'une humeur massacrante quand il avait faim. Vu son état d'esprit actuel, mieux valait éviter de le laisser l'estomac vide.

À quelques distances de là, Mucho regardait Baji lui aussi.

– C'est moi, dit-il à Sanzu, ou ce connard est encore plus incontrôlable que d'habitude ?

Sanzu ne répondit pas. La même pensée l'avait traversée plus tôt même s'il n'avait pas la moindre explication à son comportement.

Peut-être qu'il est vraiment con...

– Tu veux que j'aille lui parler chef ? Demanda-t-il finalement. On se connaît depuis un moment lui et moi. Peut-être que j'arriverai à en tirer quelque chose ?

Mucho réfléchit.

– Ok, dit-il enfin. Mais s'il te cogne, je le démonte, c'est clair ?

Sanzu sourit sous son masque. Ce n'était pas Takeomi qui aurait dit cela.

– T'inquiète chef, ça ira.





Haru rejoignit Baji, appuyé contre sa Suzuki GSX. Cette moto, c'était sa fierté. Un deux roues aux chromes rutilants qu'il avait retapé avant la création du gang et qu'il entretenait depuis avec soin.

– Hey, dit-il une fois à proximité, ça va espèce de con ?

Baji leva la tête, puis il esquissa ce sourire qui dévoilait ses canines.

– Oh Haru... 

Haruchiyo s'appuya contre la selle de la moto à côté de lui et il croisa les bras sur la poitrine. Baji ricana.

– Tu me traites de con ? Tu crois que c'est parce qu'on est des vieux potes que j'oserai pas t'en foutre une ?

– Non, je crois c'est parce que tu sais que je te démonterais la face en un contre un.

Keisuke aboya un rire rauque.

– Rêve pas trop quand même ! Je te mets la misère quand je veux !

– C'est toi qui rêve ! 

–  Nan, mais regardez qui parle ? Un mec tout maigrichon ! Tu fais peur à qui ?

Lorsqu'ils furent calmés, Baji reprit.

– Mais c'est vrai que t'es devenu sacrément balèze... J'entends tout le monde le dire dans le gang. Les gars ont plus peur de toi que de ton grand pote au crâne rasé maintenant, tu le savais...?

Il désigna Mucho du menton et Sanzu suivit son regard. Il était flatté, ce n'était pas rien ce genre de compliments de la part de Baji.

– Ouais, il paraît... Dit-il en ramenant les yeux devant lui. Bon et toi alors ? C'est quoi ton putain problème ? Tu veux te faire exploser par Mikey à cogner des gars au hasard comme ça ?

Baji ne répondit pas. Au lieu de ça, il sortit un élastique de sa poche, celui avec lequel il s'attachait les cheveux pendant les bastons, et il se mit à jouer avec.

– Dis Haru, je peux te poser une question ? 

– Ouais, vas-y.

– Pourquoi t'as pas voulu fonder le Toman avec nous à l'époque ? T'aurais pu nous accompagner, tu serais chef de division aujourd'hui...

– Parce que vous n'étiez qu'une bande de petits cons qui voulaient jouer aux grands.

Baji esquissa un sourire.

– Ça veut dire que maintenant tu nous prends au sérieux ?

Haru renifla.

– Non, vous êtes toujours une bande de petits cons, mais je me suis promis de suivre Mikey...

Il n'en dit pas plus, mais Baji semblait n'en avoir pas besoin. Il se redressa et fit quelques pas.

– Ouais, je vois ce que tu veux dire. Moi aussi je me suis promis de veiller sur ces mecs-là. À n'importe quel prix.

Le ton sur lequel il avait dit ces mots fit lever les yeux à Haru, mais Baji regardait droit devant lui et Haru ne put voir son visage.

– Hmm, répondit-il seulement.

Puis il se redressa à son tour. Il était rassuré. Baji n'avait pas perdu la tête.

Il est juste toujours aussi con...

Il se planta à côté de lui et tous les deux regardèrent Chifuyu revenir vers eux au pas de course, un sac en plastique à la main.

Sanzu profita que le vice-capitaine de Keisuke soit encore loin pour se tourner vers Baji.

– Au fait, je voulais te demander, comment ça se fait que tes cheveux soient plus longs que les miens maintenant ? Tu as un truc ? Tu les laves avec quelque chose de spécial ?

La question le taraudait depuis quelques jours. Les cheveux de Baji n'étaient pas seulement devenus plus longs, ils étaient aussi plus épais et brillants que Haru ne les avait jamais vus.

–  Non, juste du savon...

–  Du savon, hein ?

à suivre…


Chapter 22: Halloween

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Haruchiyo Sanzu

Halloween


          Trois semaines plus tard, Baji quitta le Tokyo Manji Gang après avoir frappé le nouveau pote de Mikey au beau milieu de la réunion d'intronisation du nouveau chef de la troisième division, Tetta Kisaki.

– Le capitaine de la première brigade du Toman, Baji Keisuke, rejoint officiellement le Valhalla ! Avait-il gueulé devant tout le monde avant de tourner les talons et de les planter là.

Mikey avait bien tenté de le rappeler, mais Baji n'avait pas écouté.

Depuis, il avait disparu et la rumeur disait qu'il avait réellement rallié les rangs du gang ennemi. 

La bataille contre le Valhalla approchait et le Toman était complètement désorganisé avec deux chefs de division en moins – Pachin et Baji. 

– Il paraît que le Valhalla recrute des nouveaux membres tous les jours... Souffla un des gars de la cinquième brigade un soir.

– Ouais, dit un autre, j'ai entendu ça. On dit que ce gang se fait appeler Les Anges sans tête parce qu'ils n'ont pas de chef. Mais pas besoin de boss quand leur second, Hanma, est aussi monstrueux ! 

– Il a tenu tête à Mikey pendant la bataille contre le Moebius, rappela un troisième, c'est vrai que c'est flippant ! Si les autres sont aussi forts, on est dans la merde...

– Vous allez fermer un peu vos gueules ? Les interrompit Mucho.

Il était en pleine partie de Shōgi avec Sanzu. Les trois hommes se raidirent et Mucho ramena les yeux sur le shōgiban.

Il ne pouvait pas leur reprocher d'avoir peur. En plus de Hanma, le Valhalla comptait aussi dans ses rangs Kazutora Hanemiya, un autre membre fondateur du Toman avait-il appris, et ses informateurs lui avaient rapporté que Baji avait bien rejoint le gang ennemi. Il avait même passé un test de foi en tabassant son ancien second, Matsuno, pour prouver sa loyauté.

C'est sûrement pour Kazutora que ce connard de Baji nous a trahis, se dit le capitaine. J'aurais dû lui défoncer la gueule quand je le pouvais.

Il se doutait cependant que Mikey ne l'aurait jamais laissé faire. Le boss était particulièrement sentimental quand il était question de ses amis.

– Enfin, dit-il tout haut faisant lever la tête à Sanzu, c'est comme ça on n'y peut rien. Ça nous empêchera pas de les démolir quand il le faudra.

Sanzu ne répondit rien.

Lui n'était pas aussi inquiet que les autres au sujet de Baji. Ce dernier ne lui avait pas semblé être sur le point de les trahir le soir où il lui avait parlé, loin de là même.

Je te parie que cet espèce de con a un plan débile, un truc du style « je vais les infiltrer pour les frapper de l'intérieur » ou quelque chose comme ça... Ce serait bien son genre.

Il ricana. Baji avait toujours des plans foireux.

Quoi qu'il en soit, pour lui il n'y avait aucun doute : Baji n'avait pas trahi Mikey et le jour de l'affrontement, Keisuke serait à l'origine d'un retournement de situation qui placerait le Toman en tête des gangs de la capitale.

N'empêche, il faut avoir des couilles pour faire ça…

Lui, il n'aurait jamais été capable de tourner ainsi le dos à Mikey devant tout le monde. Sanzu jeta un œil à Mucho par-dessus le shōgiban. Il lui aurait bien fait part de son avis, mais Haru n'avait aucune preuve de ce qu'il avançait, dans ces conditions mieux valait se taire.



~⊱🜲⊰~



L'affrontement aurait lieu le jour de Halloween.  

Ce matin-là, dès que le soleil fut haut, les bōsōzokus de tous les coins de la capitale se rassemblèrent dans la casse auto de Shinsen, dans le sud de Shibuya. Il y avait là Gariman, un type aussi large que haut qui régnait sur le quartier d'Ueno. Les frères Haitani, Ran et Rindō, deux garçons qui avaient mis Roppongi en coupe réglée. Mais aussi tout ce que Tokyo comptait de racailles qui voulaient savoir qui du Toman ou du Valhalla allait contrôler Shibuya après ce jour.

Hansen, le boss de l'ICBM – l'Ikebukuro Criminal Black Members – avait proposé de servir de commissaire – une sorte d'arbitre –, et il attendait les combattants au milieu de l'arène.

Lorsque le public fut chaud, les deux gangs firent leur entrée.

– LE TOKYO MANJI KAIIII ! Gueula Hansen. ET LE VALHALLAAAAA !

Dans la casse, l'atmosphère était électrique et l'air était empli du brouhaha des conversations et des provocations lancées de part et d'autre.

Draken pour le Toman et Kazutora pour le Valhalla s'avancèrent jusqu'au milieu du terrain.

– Vous préférez un cinq contre cinq, leur demanda Hansen, ou une mêlée générale ?

– Peu importe, répondit Draken. C'est pas nous qui avons voulu cette baston, c'est le Valhalla. Par contre on a une exigence : si on gagne, on récupère Baji.

Mikey l'avait annoncé lors de la dernière réunion. S'il se battait aujourd'hui, c'était uniquement pour récupérer Keisuke.

La réponse de Draken poussa Kazutora à bout.

– Vous vous croyez où putain ? S'exclama-t-il. Baji il est ici parce qu'il l'a choisi ! Allez vous faire foutre avec vos conditions et vos règles à la con ! Vous croyez qu'on est venu pour s'amuser ? Nous on est là pour tous vous crever !

Hansen tenta de le calmer, mais Kazutora lui décocha une droite qui le mit KO. Il n'avait pas volé sa place parmi les membres fondateurs du Toman.

Échauffés par la réaction de Kazutora, les insultes fusèrent de part et d'autre et les deux gangs se jetèrent l'un contre l'autre. La bataille avait commencé.

Comme à son habitude, Sanzu se battit d'abord aux côtés de Mucho. Mais cette fois, leurs adversaires étaient en très large supériorité numérique et leur tactique habituelle ne fonctionna pas longtemps. Sanzu se retrouva rapidement isolé, cerné par plusieurs gars du Valhalla.

– Regardez-moi ça, dit l'un, il y a de jolies petites nanas dans le Toman !

– C'est pas une gonzesse, c'est un mec je crois, dit un de ses camarades.

– T'es sûr ? Dit un autre. Il est tout keus, on dirait une fille !

Haru ne les écoutait pas. Tout ce qui lui importait, c'était de trouver le moyen de venir à bout de ses adversaires.

De l'autre côté de la casse, Mikey était au prise avec Kazutora et deux de ses sbires. Sanzu n'avait pas le temps de s'en préoccuper. Il évita le coup du gars le plus proche et envoya son poing dans la mâchoire de celui qui se trouvait derrière. Il ne frappait peut-être pas aussi fort que Mucho, Baji ou Mikey, mais il n'était pas membre du Toman pour rien. L'autre recula avec un Humph ! et ses compagnons passèrent à leur tour à l'attaque.

Sanzu aurait donné n'importe quoi pour avoir une arme, mais il avait perdu celle qu'il avait apportée quand Mucho et lui avaient été séparés.

Bordel, je suis dans la merde.

Il n'allait cependant pas lâcher l'affaire si facilement. Il représentait le Toman et la cinquième division. Il ne serait pas dit qu'un vice-capitaine du Tokyo Manji avait eu le dessous face à ces figurants.

Il donna et rendit coup pour coup pendant un moment, le souffle court et la vision embuée par la sueur qui lui coulait dans les yeux, lorsqu'un cri lui fit lever les yeux.

Au sommet de la pile de carcasses de voitures sur laquelle il se battait plus tôt, Mikey était à présent maintenu par les deux gars de Kazutora tandis que ce dernier le frappait avec une barre de fer.

– MIKEY ! Hurla Sanzu, effaré.

Il n'était pas le seul. Plusieurs membres du Toman tentèrent de se porter au secours du boss, mais ils furent repoussés par les troupes du Valhalla bien plus nombreuses qu'eux.

Contre toute attente, Mikey reprit ses esprits et il réussit à placer son coup de pied légendaire. Mais ensuite, épuisé, il tomba à genoux sur le capot d'une voiture.

Les hommes du Valhalla se ruèrent sur lui. Le boss du Tokyo Manji Gang était à portée de main. Mais c'était sans compter le nouveau capitaine de la troisième brigade qui s'interposa pour le protéger. Tetta Kisaki et ses hommes firent barrage et, soulagé, Sanzu put revenir à ses adversaires. Il devait trouver le moyen de s'en débarrasser au plus vite. Mikey avait besoin de lui.

Alors qu'il repoussait un énième assaut, il vit du coin de l'œil Baji cogner Chifuyu pour le dégager du passage.

Mais qu'est-ce qu'il fait ce con... ?

Pendant une seconde, Baji disparut de son champ de vision, puis il le retrouva en train de gravir le tas de carcasses, se frayant un passage au milieu de tous les gars de la division de Kisaki.

Parvenu au niveau de Kisaki, il leva son arme, avant de s'immobiliser puis de tomber à genoux, comme Mikey plus tôt.

Sanzu n'y comprenait plus rien. Pourquoi Baji ne frappait-il pas ?

Dans la casse, tout le monde avait les yeux levés. Le silence s'était fait et tous s'étaient de nouveau immobilisés pour suivre le combat qui se déroulait au-dessus d'eux. 

Sanzu vit Chifuyu escalader les carcasses à toutes jambes pour rejoindre Baji toujours inconscient et l'instant suivant, quand il se mit à hurler, Haru le regarda sans comprendre.

Qu'est-ce qui se passe ?

Mikey, lui, était de nouveau sur pied et il descendait de la montagne de tôles d'un pas de zombies.

– ...puisque tout ce que tu sais faire Kazutora, disait-il, c'est détruire tout ce à quoi je tiens, je vais te crever comme un chien ici et maintenant...

Hanma tenta de se mettre sur son passage.

– Holà Mikey ! Dit-il. Tu crois quoi ? C'est par ici que ça se passe !

– Ça suffit Hanma, répondit Mikey, la baston est terminée.

– Terminée ? Je crois pas non, c'est pas toi qui décid... 

Mikey lui décocha son coup de pied et Hanma tomba, hors combat.

– Là, tu vois ? Le combat est terminé.

Aussitôt, les hommes du Valhalla prirent la fuite, épouvantés. Sanzu, lui, s'était figé. Il avait reconnu dans les prunelles de Mikey cette lueur qu'il avait aperçue des années plus tôt, le jour où il l'avait défiguré.

Mikey attrapa Kazutora par le col et commença à le frapper. Personne n'osait intervenir. Takemichi finit par essayer de s'interposer, mais Mikey le cogna pour le faire dégager.

Autour d'eux, tout le monde était tétanisé. 

C'était alors qu'un cri monta du sommet de la pile de voitures. Sanzu leva les yeux comme les autres. Il vit Baji descendre en vacillant.

– Tu te mets en colère pour moi mec ? Dit-il à Mikey. Ça me fait plaisir...

Stupéfait, Mikey parut reprendre ses sens.

Lorsque Baji arriva à proximité, il tira un couteau de sa poche.

– Kazutora, je te laisserai pas avoir ma mort sur la conscience.

Puis, il se le planta dans le ventre avant que quiconque ait fait un geste.

à suivre…


Chapter 23: Derniers honneurs

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Derniers honneurs


          Sanzu regarda Baji tomber sans arriver à croire à ce qui venait d'arriver. Baji s'était... planté ? Chifuyu dévala la pile de carcasses de voitures et ce fut son cri qui le ramena à lui.

– BAJIIII ! Hurla-t-il.

Arrivé à son niveau, Chifuyu le prit dans ses bras. Les larmes dévalaient ses joues.

– Baji... Non... Pourquoi tu as fait ça ? Dit-il.

Autour d'eux, tous étaient pétrifiés. Les rares membres du Valhalla encore présent prirent la fuite à toutes jambes pour ne pas se retrouver face à la police tandis que ceux du Toman se rapprochaient, abasourdis.

Mikey se tourna à nouveau vers Kazutora. La lueur de folie était de retour dans son regard.

– Je vais te désosser à mains nues, dit-il.

Haru, lui, ne parvenait pas à détacher les yeux de Baji.

Baji... Baji s'est poignardé.

Ça devait être un mauvais rêve. C'était impossible autrement.

De là où il se trouvait, il voyait bouger les lèvres de Keisuke, mais tout ce qu'il entendait, c'était les coups redoublés que Mikey assénait à Kazutora. Il aurait voulu faire un pas. Avancer. Se porter lui aussi au chevet de Baji. Mais il avait l'impression que s'il faisait cela, la pensée que tout cela n'était qu'un rêve volerait en éclats et qu'il serait obligé de regarder la réalité en face.

Du coin de l'œil, il vit Takemichi s'interposer à nouveau entre Mikey et Kazutora en balançant sa veste sur le côté, mais il n'avait d'yeux que pour Baji. L'expression sur le visage de Chifuyu lui disait que tout cela n'était pas un rêve.

Baji... est en train de mourir.

Il réussit enfin à faire un pas en avant et il ne fut pas le seul. Tous les membres fondateurs s'approchèrent eux aussi, certains en détournant le visage pour cacher leurs larmes.

– Baji je...

Mais avant qu'il ait fini sa phrase, Chifuyu se mit à hurler.

– BAJIIIII !

C'était fini, Keisuke était parti.







Haru se mit à trembler.

Ça n'était pas possible. Keisuke ne pouvait pas être mort. Pas lui. Il était une force de la nature. Personne en dehors de Mikey ne lui arrivait à la cheville. Il ne pouvait pas mourir.

Au loin, les sirènes des voitures de police se rapprochaient et plusieurs membres du Toman prirent la fuite à leur tour pour ne pas être arrêtés.

Les frères Haitani ou Gariman avaient eux disparu depuis longtemps.

Autour du corps de Keisuke, Mikey, Draken, Mitsuya, Chifuyu, Takemichi et même Kazutora, étaient immobiles. On se serait cru à une veillée funèbre.

Kazutora avait repris ses esprits – comme Mikey – et il contemplait le cadavre de Baji d'un air effaré. C'était son œuvre après tout.

Enfin, les fondateurs du Toman tournèrent les talons eux aussi et seul Hanemiya resta en arrière.

– Je reste avec Baji... Leur dit-il d'une voix sourde. J'ai provoqué tout ce bordel, c'est normal que j'en paie le prix.

Mikey s'immobilisa une seconde. Il ne se tourna pas vers lui, mais il l'avait entendu. Haru vit Hanemiya s'incliner, mais tout ce qui l'intéressait, c'était Baji. Il avança en décrochant ses pieds du sol un à un comme s'ils y avaient été soudés, puis arrivé au niveau de Keisuke, il se pencha.

Son visage était pâle, vit-il, pourtant on aurait dit qu'un reste de vie s'y attardait, comme s'il allait ouvrir les yeux.

Haru toucha sa joue.

– Baji... 

Le contact froid de sa peau lui tira un frisson. À ce moment-là, Mucho lui attrapa le bras et il le remit sur pied.

– Viens, il faut se tirer. Les flics arrivent.

Sanzu le suivit à contrecœur et parvenu à l'entrée de la casse, il jeta un dernier regard en arrière.

– Et lui ? 

Il désigna Kazutora qui s'était accroupi auprès du corps de Baji. Mucho suivit la direction de son regard.

– Il reste, il veut se rendre. C'est ce qu'il a de mieux à faire si tu veux mon avis.



 

~⊱🜲⊰~

 

 

Assis sur le canapé de son salon, Haruchiyo avait le regard dans le vide. La veille avaient eu lieu les obsèques de Baji. Sa mère avait passé toute la cérémonie à sangloter, inconsolable, et plusieurs de ses amis eux aussi avaient pleuré sans retenue.

Haru, lui, n'arrivait toujours pas à se rendre compte que Baji ne reviendrait plus. que c'était terminé.

Impossible... !

Tout cela lui paraissait trop invraisemblable. Baji ne pouvait pas être mort.

La porte d'entrée s'ouvrit, mais Haru ne leva pas la tête. Derrière lui, Senju venait d'arriver.

– Haru Nii... Dit-elle en approchant.

Elle aussi était aux funérailles, elle faisait partie des amis d'enfance de Baji après tout, mais Haru ne s'était pas préoccupé de sa présence, ni de celle de personne d'autre d'ailleurs, toute son attention était focalisée sur le cercueil blanc.

Senju fit un nouveau pas en avant comme son frère ne répondait pas.

– Haru Nii... 

Sanzu se leva avant qu'elle l'ait rejoint et il se dirigea vers sa chambre sans lui adresser la parole. Il s'y enferma et appuya son dos contre le battant.

Les poings serrés, il laissa les idées tourbillonner dans sa tête.

Comment tout cela avait-il pu se produire ? Baji n'était pas censé être un des gars les plus forts du Toman ? Et puis, pourquoi avait-il fait cela ? Pourquoi s'était-il poignardé ?

Haru avait beau retourner ces questions dans sa tête, il ne trouvait aucune réponse. Plus grave. Elles faisaient naître une autre pensée dans son esprit, une pensée qui le terrifiait. Ses amis pouvaient mourir. Tous ses amis pouvaient mourir y compris Mikey.

Une bile amère lui monta aux lèvres et il abandonna la porte pour aller s'asseoir sur le bord de son lit.

La tête dans les mains, il réfléchit.

Non, je ne le permettrai pas... je ne le permettrai jamais ! Je ferai n'importe quoi pour éviter ça !

Les images de la timeline où Mikey avait fini dans un état végétatif, celle où il avait passé quatre ans dans dans un fauteuil, comme une marionnette dénuée de vie, avant de mourir, lui revinrent en mémoire et il les chassa avec brusquerie.

Ça n'arrivera pas !

Peu à peu, il en vint à reconsidérer ce qu'il avait qualifié de folie, le plan de Baji d'infiltrer le gang ennemi.

Oui... Je comprends maintenant... Pour protéger Mikey je serai prêt à ça moi aussi...

Il en était sûr désormais, pour Mikey, lui aussi serait prêt à tout et même à feindre de tourner le dos à celui qu'il admirait.

à suivre…


Notes:

NDA : On l'oublie souvent, mais Sanzu a vu l'un de ses meilleurs amis se donner la mort le jour de Halloween, le trauma que ça doit être...
(。╯︵╰。)

Chapter 24: Black Dragon

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Black Dragon


          Durant les semaines qui suivirent, cette idée tourna et retourna dans l'esprit de Sanzu : Mettre sa vie en danger pour protéger celle de Mikey, cela lui semblait être la plus belle preuve de fidélité qui puisse exister.

Moi aussi, je peux faire ça... Si l'occasion se présente, je le ferai !

Toutefois, aucune opportunité de montrer sa loyauté ne semblait devoir se profiler et le seul gang avec qui le Tokyo Manji entra en conflit après sa victoire sur le Valhalla, ce fut le Black Dragon.

La nouvelle génération de ce clan, créé autrefois par Shin'ichirō Sano, n'avait plus rien à voir avec ce qu'elle était jadis. Voleurs, trafiquants, escrocs, maîtres-chanteurs... aujourd'hui elle regroupait ce qui se faisait de pire parmi les délinquants de la capitale et il se racontait que ses membres se faisaient payer pour assurer la protection de mafieux prêt à débourser des sommes folles pour voir leur sécurité garantie par les hommes de Taiju Shiba, le nouveau boss du gang, une véritable force de la nature.

Ce fut lors d'une réunion des capitaines et vice-capitaines du Toman que Sanzu apprit, comme les autres, que Hakkai – le second de Mitsuya – était en réalité le petit frère de Taiju.

Tch ! Un traître !

À côté de lui, Mucho semblait être du même avis. Il vint se planter devant Hakkai.

– Oh ! Connard ! Lui aboya-t-il au visage. On te parle ! T'es une taupe du Black Dragon, c'est ça ?

Hakkai garda un silence obstiné, les yeux rivés droit devant lui.

Takemichi tenta de s'interposer.

– Non, vous ne comprenez pas...

– Toi ta gueule ! Lui asséna Mucho.

Il était furieux. Être au courant de ce genre de choses, c'était le travail de la cinquième division, c'était pour ça que Mikey l'avait recruté.

Hakkai ne se laissa pas démonter. Il ignora Mucho pour s'agenouiller devant Mikey.

– Je vais pas essayer de me justifier, dit-il, je savais que ça pouvait arriver. Je m'y suis préparé, alors... moi Hakkai Shiba, je demande la permission de quitter le Tokyo Manji !

Mitsuya se leva et il le rejoignit au centre de la salle. En tant que capitaine de la deuxième brigade, c'était à lui de prendre la décision.

– T'enflamme pas, lui dit-il, j'ai pas dit que j'étais d'accord. Avant, je veux que tu m'arranges une rencontre avec Taiju.

Hakkai lui jeta un regard surpris.

– Une rencontre avec mon frère ? 

– C'est ça, je veux lui parler.

Quelques jours plus tard, le Toman et le Black Dragon parvinrent un accord. En échange de la démission de Hakkai, Mitsuya obtint de Taiju qu'il ne mêle plus leur sœur Yuzuha aux affaires du Black Dragon.

À ses yeux, c'était une victoire avait-il expliqué à Mikey.

– Taiju est une brute, mais c'est aussi un chef, il sait où est son intérêt, et je fais confiance à Hakkai pour protéger sa sœur une fois qu'il sera là-bas.

Il se trompait, mais cela, il ne le saurait que plus tard.

Sanzu avait appris tout cela de la bouche de Mucho que Mikey avait tenu informé de la situation en même temps que les autres capitaines.

– Mais moi ce fumier de Hakkai, ajouta Mucho, je lui aurais bien démonter la tête avant de le laisser partir. Maintenant, il va croire qu'il s'en est sorti sans problème.

Assis sur une caisse, dans l'entrepôt qui leur servait de QG, Sanzu ramena vers lui l'échiquier qu'ils gardaient dans un coin.

– Tu veux faire une partie pour te changer les idées, chef ?

Mucho se redressa.

– J'aimerais bien, mais ce soir je peux pas, j'ai quelqu'un à voir.

– Tu veux que je vienne avec toi ?

– Non, reste ici. Je te confie la brigade, tu me feras un rapport demain.

– Ok, chef ! 

Lorsque Mucho fut loin, le sourire de Sanzu s'évanouit. Depuis quelque temps, Mucho partait régulièrement ainsi sans dire où il allait. Sanzu avait le sentiment que quelque chose se préparait, mais il n'avait pas encore réussi à savoir quoi.

Il contempla un long moment le coin de la rue où il avait disparu.

Je finirai bien par apprendre ce que tu trafiques, connard...

En attendant, il continuerait à jouer son rôle de parfait second.

Il tourna les talons et rentra dans l'entrepôt. 




 

Deux semaines plus tard, le jour de Noël, le fragile équilibre entre le Toman et le Black Dragon vola en éclat. Mais ce ne fut que lors de la réunion du Toman qui suivit, que tous découvrirent ce qui s'était passé.

Hakkai, honteux, leur révéla l'étendue de son mensonge. Jamais il n'avait essayé de protéger sa sœur. C'était tout l'inverse. C'était elle qui l'avait toujours protégé.

– Tout ça, dit-il, c'est de ma faute... parce que j'ai été un lâche incapable de protéger ceux que j'aime...

Il garda longtemps le front baissé, jusqu'à ce que Mucho intervienne. Il semblait avoir été touché par son témoignage.

– On fait tous des conneries, t'en fais pas, et puis un clash ça commence toujours par un truc débile à la base.

Il était plus compréhensif que Sanzu l'aurait cru possible quelques semaines seulement plus tôt et cela éveilla ses soupçons.

– On a battu le Black Dragon au final ! Ajouta Smiley le capitaine de la quatrième division. C'est tout bénéf' !

Hakkai fut réintégré dans les rangs du Toman sous les acclamations de la deuxième brigade puis deux anciens Black Dragon se présentèrent devant le gang.

– Inui Seishu et Kokonoi Hajime, se présentèrent-ils. Nous sommes ici parce que le Black Dragon a été vaincu par le Toman et que notre boss s'est retiré. Après discussion, nous avons décidé de prêter allégeance à votre gang...

À nouveau, les vivats fusèrent.

– Sérieux ? Dit un gars derrière Sanzu. Le Black Dragon passe sous les ordres du Toman ? C'est dingue !

– Ouais ! Dit un autre. Le Toman est en train de devenir le gang le plus fort de Tokyo ! Plus personne sera de taille à nous battre maintenant !

– TOMAN ! TOMAN ! Scandèrent-ils tous en chœur.

Mikey ramena le silence.

– Les anciens Black Dragon ont toutefois une condition, dit-il, ils veulent être placés sous le commandement du chef de la première brigade !

– Hein ? S'exclama Takemichi. Comment ça ?

– T'as parfaitement compris Takemicchou, répondit Mikey, les Black Dragon sont à toi, ça te va ?

À côté de Mucho, Sanzu laissa échapper un Tch ! qui fit tourner les yeux à son capitaine.

– Ça ne te convient pas ? Lui souffla Mucho. Tu sais quelque chose sur ce type ?

– Non, c'est juste que... je peux pas le sentir.

– Pourquoi ça ? Reprit Mucho en fronçant les sourcils. Il a fait un truc ?

– Non, je veux dire que je peux pas le sentir. Littéralement. Il pue ! C'est une infection !

Mucho était en train de masquer un rire lorsque Mikey interpella Kisaki Tetta, le nouveau chef de la troisième brigade qu'il avait lui-même nommé.

– Kisaki, tu es viré.

Un silence de plomb tomba cette fois sur l'assistance. Même l'intéressé était abasourdi.

– Quoi ? Comment ça... ? 

– Chifuyu m'a tout raconté, dit Mikey. C'est toi qui a monté les gars les uns contre les autres pour provoquer la bataille de Noël. Tu as menti à Takemicchou, tu as menti à Chifuyu, tu as donné un couteau Yuzuha pour qu'elle poignarde son frère... J'ai pas besoin d'une ordure comme toi dans le Toman.

Des murmures montèrent dans les rangs, en contrebas.

– Il a fait ça ?

– Putain, c'est un bâtard en fait...

Kisaki tenta de grimper au niveau de Mikey, mais Draken s'interposa.

– Hey ! Reste où tu es, toi !

Hanma intervint et lui et Draken en vinrent aux mains. Kisaki en profita pour rejoindre le boss et il se traîna à ses pieds.

– Tu peux pas faire ça Mikey ! Tu te souviens ? Tu m'as chargé de cette part d'ombre que tu portes ! Ça passe par là ! Tu le sais aussi bien que moi !

– T'es juste en train de détruire mes rêves, rien de plus. Je veux plus de toi dans mon gang. Casse-toi.

– Hoy ! Dit Hanma depuis le bas des marches. Si Kisaki part, les anciens Moebius partiront aussi, tu le sais, non ? C'est ça que tu veux, Mikey ?

– J'en ai rien à foutre. Tirez-vous. De toute façon, le Toman était devenu trop grand.

à suivre…


Chapter 25: Embuscades

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Embuscades


          Le départ des anciens du Moebius fut comme un coup de tonnerre au sein du Toman. La troisième brigade, un temps sous les ordres de Kisaki, retomba entre les mains de Peyan, l'ami d'enfance de Pachin, et la première division, à présent renforcée par les effectifs du Black Dragon, redevint la plus forte du clan, comme au temps de Baji.

– C'est le fait que Hanagaki soit à présent à la tête de la plus puissante brigade du Toman qui te fait tirer cette tronche ? Fit remarquer un jour Mucho à Sanzu pendant une de leurs parties de shōgi.

Il n'avait pas oublié la remarque de celui-ci, le soir de la réunion.

– Hmmf, lâcha Sanzu.

Plutôt que de répondre, il avança la pièce de son chariot, captura son fou et Mucho répliqua en transformant son cavalier en cavalier d'or. Puis il reprit.

– Ça n'a pas l'air d'être un mauvais gars... Murmura-t-il, pensif. Un peu simplet peut-être, mais le boss l'aime bien, ses hommes le suivent, il a des valeurs...

Sanzu ne dit toujours rien et Mucho souffla :

– ... mais évidemment c'est pas suffisant dans notre monde.

Cette fois, Sanzu leva les yeux.

– Qu'est-ce que tu veux dire par là, chef ? 

Mucho secoua la tête.

– Rien, t'occupe.

Sanzu attendit qu'il lui en dise plus, mais Mucho se contenta de s'emparer de son roi et de le mettre échec et mat.

– Tu n'es pas concentré aujourd'hui.

Sanzu bougonna et Mucho continua.

– J'ai une mission aujourd'hui pour toi, Sanzu, dit-il, une mission spéciale, elle concerne Hanagaki justement...

– Laquelle ? S'enquit Sanzu.

– J'ai besoin que tu me trouves son adresse, mais aussi les noms de ses potes. Je voudrais que tu me dises s'il y en a parmi eux qui sont balèzes et qui peuvent nous poser problème en dehors de Matsuno.

– Pourquoi ? Hanagaki a fait un truc pas net ?

Mucho hésita.

– Pour le moment, on va dire que je ne fais que vérifier un truc, dit-il enfin, alors n'en parle à personne, d'accord ?

– Bien sûr, chef.





La mission confiée par Mucho avait un avantage de taille aux yeux de Sanzu : elle pouvait être expédiée en quelques heures. Tout ce qu'il eut à faire, ce fut de récupérer les informations auprès de jeunes membres de la première division trop impressionnés par la présence d'un vice-capitaine pour oser refuser de répondre à ses questions et il eut ensuite le reste de la journée à lui. 

Il décida d'en profiter pour s'adonner à son activité favorite : assurer la protection de Mikey.

Certains auraient appelé cela le suivre en douce, mais pas Haruchiyo. Pour lui, il n'y avait rien de plus normal que de veiller sur Mikey sans se faire remarquer. Cela faisait des années qu'il faisait cela, il avait commencé bien avant d'être entré dans le Toman, et aujourd'hui il était passé maître dans l'art de se faufiler dans les ruelles les plus étroites et de se cacher dans l'ombre des bâtiments pour que Mikey ne le repère pas.

Dissimulé non loin de la sortie du petit restaurant de quartier où le boss était venu manger avec Draken, Sanzu se renfonça dans la pénombre au moment où il les vit sortir.

Son téléphone à la main, il profita de ce que Mikey passait à sa portée pour prendre plusieurs photos de lui au milieu du brouhaha de la rue qui masquait le déclic de l'appareil[1].

Haru s'était confié à lui-même une mission autrement plus importante que de dénicher l'adresse d'un loser comme Hanagaki. Découvrir quel était le meilleur profil de Mikey. C'était pour cela qu'il le mitraillait chaque fois qu'une occasion se présentait. Sa galerie était désormais remplie de photos de Mikey dans la rue, au restaurant, sur sa moto, au café du coin, accompagnant sa sœur dans une pâtisserie ou encore faisant la sieste sur le dos de Draken. Mais rien à faire. Sanzu n'arrivait pas à déterminer quel était l'angle qui avantageait le plus son boss.

Ce jour-là, il recommença donc à faire le plein de photos en se disant que, peut-être, un éclairage différent apporterait la réponse à sa question.

Mikey et Draken, pour leur part, retrouvèrent Emma un peu plus loin et la petite sœur de Mikey se plaça aussitôt du côté de Draken. Elle essayait toujours d'attirer son attention par tout un tas de mimiques mignonnes. C'était tellement évident qu'il lui plaisait qu'il n'y avait que Draken pour ne pas le voir. Prisonnier entre les deux Sano, le vice-leader n'en menait pas large. Sanzu en profita pour s'approcher un peu plus. Tous les trois étaient trop occupés pour le remarquer.

Le soir venu malheureusement, lorsque de retour chez lui il examina les clichés qu'il avait pris, il dut se rendre à l'évidence, aucun n'était plus parfait qu'un autre.

Désespéré, Sanzu se laissa retomber dans le canapé, les yeux au plafond. Peut-être devait-il envisager le problème autrement. Il cherchait le meilleur profil de Mikey, mais qui disait meilleur profil disait aussi mauvais profil. Hors comment un roi comme Mikey pouvait-il avoir un mauvais profil ? 

Sanzu se redressa.

– Mais c'est ça ! Dit-il tout haut.

Il ne pouvait pas trouver le meilleur profil de Mikey parce que Mikey était parfait sous tous les angles ! C'était tellement évident qu'il ne comprenait pas comment il avait pu ne pas s'en apercevoir avant !

Ravi d'avoir enfin résolu le dilemme qui lui avait occupé l'esprit durant des mois, il envoya un SMS à Mucho pour récapituler les informations qu'il avait rassemblées avant de refermer son téléphone à clapet d'un geste pour aller se doucher.

En définitive, il avait passé une bonne journée.

 

 

~⊱🜲⊰~

 

 

Quelques semaines plus tard, dans le courant du mois de février, la cinquième division passa enfin à l'attaque.

Mucho réunit quelques-uns de ses hommes de confiance ainsi que Sanzu pour se rendre chez Takemichi, l'ami de Mikey. D'après les informations que son second avait rassemblées, Hanagaki se trouvait là-bas en compagnie de Matsuno et de ces garçons qui se faisaient appeler les cinq de Mizo.

Une fois en bas de chez lui, Sanzu sortit de la voiture. La cinquième brigade était la seule à disposer d'un véhicule et d'un chauffeur, un garçon d'une vingtaine d'années recruté par Mucho en personne. Son capitaine était le plus âgé du gang et il préférait le confort.

– Il est là le capitaine de la première brigade ? Gueula Sanzu.

Plusieurs têtes apparurent à la fenêtre du premier étage. Parmi elles, Sanzu reconnut Hanagaki.

– Descends, dit-il.

Mucho n'était pas entré dans les détails quand il lui avait expliqué pourquoi ils venaient là, il lui avait juste dit qu'eux et leurs hommes devaient mettre la main sur Hanagaki et qu'une autre troupe serait chargée de s'emparer les deux anciens Black Dragon, Inui Seishu et Kokonoi Hajime. Tous devaient se retrouver ensuite à la planque de la cinquième team.

Ce bâtard a dû faire un truc pas net, se dit Sanzu en regardant Takemichi. Je vais pas me plaindre s'il se fait tabasser.

Une fois que Hanagaki l'eut rejoint, Sanzu se pencha pour toquer à la vitre de la voiture. 

– Il est là, dit-il.

Mucho baissa la vitre.

Matsuno et les quatre autres apparurent aussitôt dans le dos de Takemichi, mais le capitaine ne s'en inquiéta pas. Sanzu s'était renseigné sur eux et aucun de ces gars ne faisait le poids face à lui, sans compter qu'ils avaient une partie de la cinquième brigade avec eux.

Le capitaine sortit de la voiture en faisant signe à ses hommes de maîtriser les amis de Takemichi, puis profitant que ce dernier regardait ailleurs, il lui écrasa son poing dans la figure sans prévenir.

Plus loin, Matsuno se mit à hurler :

– MUCHO ! POURQUOI TU FAIS ÇA ? LÂCHE-LE !

Les autres se débattaient aussi, en vain.

Mucho se mit à rouer de coups Hanagaki et, derrière lui, Sanzu attendait patiemment qu'il ait fini.

Lorsque Takemichi fut KO, Mucho le tint à bout de bras et il l'examina une seconde pour voir si c'était suffisant.

– Putain... Souffla-t-il pour lui-même. Ce connard de Izana m'a encore refilé une corvée.

Il laissa ensuite tomber sa victime par terre et se tourna vers Sanzu.

– Fous-moi cette baltringue dans le coffre.

– Bien, chef.

à suivre…


Notes:

1Funfact : Au Japon, il est impossible de désactiver le déclic de l'appareil photo sur les téléphones pour empêcher les voyeurs de prendre des photos sous les jupes des filles.[retour]

 

Juste pour le plaisir .·°՞(≧ᗜ≦)՞°·.
Art by niwaba_288

Chapter 26: Trahison

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Trahison


          Lorsque Takemichi reprit ses esprits, il était ligoté sur le sol de l'entrepôt, là où quantité de traîtres du Toman avaient été torturés par Mucho et Sanzu.

Mucho était assis sur une chaise pliante à deux pas de lui et Sanzu montait la garde devant la porte. En dehors de ces deux-là, les membres de la cinquième division avaient disparu.

Takemichi se contorsionna pour regarder autour de lui.

– Tous les acteurs sont là, dit Mucho en se redressant. La pièce peut commencer.

Takemichi se rendit alors compte que Inui et Kokonoi étaient présents eux aussi. Attachés sur des chaises, ils semblaient avoir été passés à tabac.

Avant que Mucho ne l'embarque, Chifuyu avait essayé d'expliquer à Takemichi à quoi servait la cinquième brigade du Toman et pourquoi il fallait s'en méfier, mais, à voir sa tête, Takemichi ne faisait pas le lien avec sa situation.

– Tch... Murmura Kokonoi. T'as même kidnappé Takemichi, sale résidu de la S62[1]...

– La S62 ? Bredouilla Takemichi en les regardant tour à tour. Qu'est-ce que ça veut dire ?

Ce fut Inui qui répondit.

– Ça veut dire que ce bâtard est un pote de Izana Kurokawa, le boss du gang de Yokohama qui attaque nos gars depuis quelque temps.

Depuis une semaine environ, des hommes en uniforme rouge déferlaient sur la capitale et tabassaient tous les membres du Toman qu'ils trouvaient. Takemichi et ses amis en avaient fait les frais, comme beaucoup d'autres. Seule la cinquième division y avait échappé.

Sanzu comprenait maintenant pourquoi.

Mucho rapprocha la chaise de Hanagaki et il se rassit, les coudes sur les genoux.

– Qu'est-ce que tu sais de la cinquième division, Hanagaki ? 

Takemichi s'efforça de rassembler les souvenirs de ce que lui avait dit Chifuyu, mais avant qu'il ait répondu, Mucho lui reprit.

– La cinquième a un statut particulier au sein du gang, on est les seuls à pouvoir nous en prendre aux autres membres. Mikey nous a chargé de faire régner la discipline et de débusquer les traîtres.

– Débusquer les traîtres... Répéta Takemichi.

Il se redressa à demi et s'exclama :

– Mais je ne suis pas un traître ! De quoi est-ce qu'on m'accuse ?

Ce fut à nouveau Inui qui intervint.

– J'imagine que c'est à cause de nous. J'étais l'ancien bras droit de Izana, le boss du Tenjiku, quand il dirigeait le Black Dragon. Mucho pense sûrement qu'on est les chiens du Tenjiku et que l'instigateur de tout ça, celui qui nous a fait rentrer dans le gang, c'est toi, Hanagaki.

– Quoi ? S'écria Takemichi, stupéfait.

Kokonoi ricana.

– Si c'est ce que tu croies, Mucho, tu te plantes sur toute la ligne. Hanagaki n'est pas un traître.

– Prépare-toi à lui présenter tes excuses espèce de connard, ajouta Inui.

Mucho se leva à nouveau.

– Ma devise, dit-il, c'est coupable jusqu'à preuve du contraire. Mais cela dit, vous êtes complètement à côté de la plaque bande de cons. Pour vous dire la vérité, Izana, je le connais depuis la maison de correction. C'est là-bas qu'on s'est rencontré avec le reste de la S62...

Il toisa Takemichi et ajouta :

– Tu comprends enfin Hanagaki ? Je suis un membre fondateur du Tenjiku.




 

Takemichi, Koko et Inui demeurèrent muets, comme frappés par la foudre. Ils ne s'attendaient pas à ça. Mucho était un membre du Tenjiku. Le traître, c'était lui.

Près de la porte, Sanzu s'était raidi lui aussi, mais il ne laissa rien voir. 

Alors c'était cela le secret du capitaine. Sa fidélité n'avait jamais été à Mikey, mais à ce type, Izana Kurokawa !

Les mains dans le dos, il serra les poings pour contenir son émotion.

J'avais raison ! S'écria-t-il en silence. J'avais raison depuis le début ! Ce type est un traître ! Un salopard d'espion !

Plus loin, Mucho continuait ses explications, mais Sanzu ne l'écoutait plus. Deux options s'offraient à lui. La première : aller trouver Mikey  dès qu'il sortirait d'ici et tout lui raconter.

Mais est-ce qu'il va me croire ? Je n'ai aucune preuve et il risque de se dire que c'est juste une excuse pour faire tomber Mucho et prendre sa place...

La seconde... C'était de faire comme Baji.

Sanzu étrécit les paupières.

Continuer à le suivre, lui faire croire que je suis de son côté pour en apprendre le plus possible et quand l'occasion se présentera, frapper !

Cette idée lui plaisait, elle lui permettrait de rassembler les preuves que Mikey voudrait et, en plus, de se venger en personne de ce type.

Je vais lui apprendre à trahir la confiance de Mikey... et la mienne !

Une pointe de fureur incontrôlable s'était allumée dans sa poitrine. 

Plus loin, Takemichi s'efforça de rassembler ses esprits.

– Je comprends pas... Qu'est-ce qu'on a à voir avec cette histoire ?

– Tu comprends pas ? Lui répliqua Mucho. Espèce de boloss... Laisse-moi t'expliquer deux trois trucs... Izana veut Kokonoi, parce que c'est un génie pour faire de l'argent. Le problème, c'est que ce connard ne suit que Inui et que Inui ne suit que toi. Alors je vais vous buter tous les deux, toi et Inupi, comme ça, Koko n'aura plus personne à qui se raccrocher.

Il écrasa le visage de Takemichi sous sa botte et leva les yeux.

– Alors Koko ? Tu veux crever avec ces deux bâtards ou bien tu rejoins le Tenjiku ?





 

Takemichi tenta bien de résister, mais il ne réussit qu'à se faire rouer de coups une fois de plus. Mucho était plus fort que lui déjà en temps normal, mais ligoté et blessé comme il l'était, il ne risquait pas de faire le poids. Même avec l'appui de Inui qui s'était jeté dans la bagarre lorsqu'il avait compris les intentions de Takemichi, ils ne réussirent qu'à se faire tabasser tous les deux. Quand Koko leur hurla d'arrêter, qu'il acceptait de rejoindre le Tenjiku, Takemichi avait déjà perdu connaissance.

– Il t'aura fallu le temps enfoiré, lui répondit Mucho.

Puis il se tourna vers la porte.

– Sanzu, va chercher les gars, qu'ils nous débarrassent de ces deux tocards – il montra Inui et Takemichi – , on n'a plus besoin d'eux.

Sanzu sortit sans un mot.

Une fois dehors, il recommença à réfléchir. Aujourd'hui, Mucho n'avait pas un instant essayé de lui cacher qu'il était un membre du Tenjiku. Ce qui voulait dire que c'était terminé : il abandonnait le Toman.

À présent, c'était à lui de décider de ce qu'il allait faire, allait-il rejoindre le Tenjiku avec le capitaine ou bien laisser tomber son plan et aller trouver Mikey ?

Sa décision était déjà prise et il le savait.

Je suivrai ce bâtard jusqu'en enfer ! Fulmina-t-il. Je ferai n'importe quoi du moment que ça me donne l'occasion de le buter de mes mains ! Je vais lui apprendre ce qu'il en coûte de se servir de moi !

L'étincelle de fureur qui s'était allumée en lui un peu plus tôt était devenue un véritable brasier.

Sanzu fit signe aux hommes qui montaient la garde à l'entrée de l'entrepôt et ces derniers allèrent prendre leurs ordres de Mucho au pas de course.

Lui resta sur le seuil.

Les battements de son cœur continuaient à résonner avec force. 

Ce putain de bâtard a trahi Mikey.... IL A TRAHI MON ROI !

Au fond de lui cependant, il savait bien d'où venait réellement cette amertume. C'était l'impression d'avoir été manipulé, comme autrefois avec son frère.

Les poings serrés, Sanzu se répéta en boucle :

Je le buterai... Je le buterai moi-même... Il va payer...

Peu à peu, ces mots apaisèrent sa fureur.




 

Lorsque les hommes eurent disparu en traînant Inui et Takemichi derrière eux, Mucho et Sanzu se retrouvèrent seuls devant l'entrée. 

– Je vais y aller maintenant, reprit Mucho. Sanzu, je sais que tu dois m'en vouloir et que tu dois te sentir trahi. C'est normal. Mais je voulais te dire que je n'ai jamais voulu ça, ok ?

Quelques pas plus loin, il s'immobilisa.

– À partir de maintenant, reprit-il, c'est toi qui choisis ta voie.

Sanzu le rejoignit sans attendre.

– C'est tout réfléchi chef ! Je viens avec toi évidemment ! Ma place est à tes côtés !

Mucho lui lança un regard surpris. Puis il sourit.

– Merci, Sanzu...

à suivre…


Notes:

1Le S de S62 désigne l'ère Showa qui s'étend de 1926 à 1989. La génération S62 désigne les garçons nés entre 1987 et 1988, soit la 62ème année de l'ère Showa.[retour]

Chapter 27: Izana

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Izana


          Le trajet jusqu'à Yokohama, là où se trouvait la planque du Tenjiku, leur prit moins d'une heure.

Assis à l'arrière de la voiture, Kokonoi demeurait silencieux. Son visage portait encore la trace des coups qu'il avait reçus et il couvait Mucho, qui se trouvait au volant, d'un œil noir.

– Quoi ? Lui dit ce dernier en lui jetant un regard dans le rétroviseur. Tu as un truc à me dire ?

Koko détourna prudemment les yeux. Il n'avait pas envie de se faire tabasser à nouveau.

Mucho ramena son attention sur la route et il reprit.

– Je sais que tu nous en veux pour le moment, mais crois-moi, tu as fait le bon choix. Le Tenjiku t'ouvrira bien plus de portes que le Toman. Izana voit grand, très grand même. Ce qu'il veut, c'est mettre la main sur la pègre. Les balades en motos entre potes, c'est pas pour lui....

Il lui jeta un nouveau coup d'œil.

– Tôt ou tard, reprit-il, un gars comme toi l'aurait compris et nous aurait rejoint. Tu le sais aussi bien que moi. En plus, je peux bien te le dire maintenant, mais pas mal de gars du Toman vont venir grossir nos rangs après la défaite de leur gang. Izana projette de faire de Mikey son bras droit. Toi, tu n'auras qu'à recruter ton pote si ça te chante.

Koko ne dit toujours rien. On pouvait presque voir l'aura de colère qui flottait autour de lui. Il ne leur avait toujours pas pardonné le traitement réservé à Inupi et Takemichi.

Sur le siège passager, Sanzu n'était pas plus bavard. Pour la première fois, il allait rencontrer le boss de Mucho, l'homme qui l'avait détourné de Mikey. Izana Kurokawa.

Jusqu'à ce jour, tout ce qu'il avait entendu dire, c'est que c'était un véritable monstre au combat, un peu comme Mikey.

Non, pas comme Mikey... personne n'est à la hauteur de Mikey.

Mais en tout cas quelqu'un de suffisamment fort pour inspirer la crainte à tous les membres de gangs, depuis Yokohama jusqu'à Tokyo.

Mais aussi à Mucho...

Plus tôt, Mucho avait avoué à Sanzu qu'il ne ferait pas le poids en un contre un face à Kurokawa. Sanzu avait été surpris. Il connaissait la force de son capitaine. Le fait qu'il dise cela en disait long sur l'étendue de la puissance de Kurokawa.

Pour Sanzu cependant, cela ne changeait rien. Le Toman allait écraser le Yokohama Tenjiku. Ça ne faisait aucun doute. Mikey ne pouvait pas perdre et Kurokawa et toute sa bande allaient connaître la défaite.

Restait à savoir quand est-ce que lui allait frapper.

Je veux qu'il souffre, se dit-il en jetant un regard en coin à Mucho. Je veux voir cette lueur dans son regard quand il comprendra que je l'ai trahi comme il m'a trahi moi...

Il grinça des dents sous son masque.

Mais pour cela, il fallait attendre le bon moment et faire preuve de patience.  En attendant, il allait continuer à jouer le rôle du parfait adjoint.



~⊱🜲⊰~

 

 

Izana leur avait donné rendez-vous au sommet du Minatomirai Center Building, ce gratte-ciel situé face au Yokohama Cosmo World et son emblématique grande roue. 

Mucho et Sanzu avaient revêtu l'uniforme rouge du Tenjiku avant de monter. 

Sanzu se sentait mal à l'aise dans cette tenue. Il la trouvait inadaptée pour un gang. En comparaison, l'uniforme noir et sobre du Toman en imposait plus à ses yeux.

On a l'air de clowns...

Mais tout cela, il le savait, ce n'était que temporaire. Bientôt, il retournerait aux côtés de Mikey, et Izana, comme Mucho, ne serait plus qu'un mauvais souvenir.

La nuit était tombée lorsqu'ils poussèrent la porte du toit et Mucho s'avança jusqu'au bord où se tenait Kurokawa.

Accroupi sur la margelle, ce dernier regardait la ville, les pans de son manteau étalés autour de lui. Il leva la tête et leur jeta un regard par-dessus son épaule.

– Alors Mucho ? Dit-il. Tout s'est bien passé ?

Il se redressa et Sanzu l'examina tandis qu'il se retournait. Izana Kurokawa avait le visage fin et le teint hâlé, une taille modeste, une attitude débordant d'assurance, mais surtout une lueur de folie dans le regard.

– Il n'y a eu aucun problème, répondit Mucho – il tirait sur son col, lui non plus n'était pas à l'aise dans ces vêtements. Koko est avec tes gars en ce moment, ils lui ont sorti les livres de compte et il s'est mis au travail.

– Parfait ! S'exclama Izana. Mon petit frère ne t'a pas causé de soucis j'espère ?

Son petit frère ? Se demanda Sanzu. De qui est-ce qu'il parle ?

– Aucun non, reprit Mucho. À l'heure qu'il est, il doit savoir qu'on est parti, mais ça n'a plus d'importance.

Izana ramena les yeux sur la ville en contrebas.

– Bientôt, dit-il, tout cela m'appartiendra ! Ce n'est plus qu'une question de jours ! Lorsque toutes les pions seront entre mes mains, rien ne pourra plus m'arrêter et mon rêve deviendra enfin réalité !

Derrière lui, Mucho tira de nouveau sur l'encolure de son uniforme et Izana le remarqua.

– L'uniforme du Tenjiku te convient ? Lui dit-il.

– Oui, je n'ai pas l'habitude, c'est tout.

Izana avisa alors la présence de Sanzu, à quelques pas derrière l'ancien capitaine du Toman.

– Qui est-ce ? 

Mucho jeta un regard en arrière.

– Sanzu, mon bras droit. Un garçon plein de talents et à qui je confierai ma vie sans hésiter.

– Hmm, je vois.

Ça ne semblait déjà plus l'intéresser. Il revint à la vue.

– Mucho, prépare tes hommes. Le jour de la bataille approche. Il ne manque plus qu'une dernière pierre à mon édifice, mais Kisaki va s'en charger. Ensuite, le Toman tombera et Mikey sera à moi.

Il tendit la main dans le vide, comme si ses doigts pouvaient se refermer sur son ennemi et un sourire qui faisait froid dans le dos lui barra le visage.



~⊱🜲⊰~



Lorsqu'ils redescendirent vers les étages inférieurs, Mucho était silencieux. Il se tourna vers Sanzu. 

– Alors, ton impression ?

Sanzu hésita.

– Il est fou à lier, répondit-il enfin.

Il préférait faire preuve d'honnêteté. Mucho n'attendait sûrement rien d'autre de lui. Sa réponse le fit justement sourire.

– Ouais, tu as raison. Il faut être fou pour entreprendre ce qu'il a en tête. Mais aussi ce qui fait sa force. Quand j'ai rencontré Izana, je ne croyais plus en rien. J'étais en taule, j'avais déjà compris que la force ne résout pas tout et je savais que mon avenir ne serait fait que d'aller-retour en prison et de petits boulots au service de malfrats plus ou moins puissants.

Il garda une seconde le silence, avant de poursuivre.

– Puis il est apparu. Avec lui, tout paraît plus simple. Ce qu'il veut, il le prend. Peu importe le prix à payer ou les moyens à employer. Il ne recule devant rien. Quelque part, je l'admire. Il m'effraie et me fascine en même temps. J'imagine que c'est pour ça que j'ai commencé à le suivre. Izana, il a rouvert devant moi des portes que je croyais fermées.

Derrière lui, Sanzu le regardait sans rien dire et Mucho conclut.

–  Alors ne me juge pas trop durement Sanzu. Tu sais, si j'avais rencontré Mikey plus tôt, tout aurait été différent. Je le sais. Mais je n'y peux plus rien maintenant.

à suivre…


Notes:

Team Mikey ou team Izana ??
(⌐■_■)

Chapter 28: Tenjiku

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Tenjiku


          Le Tenjiku comptait presque quatre-cents membres et il grossissait tous les jours, apprit Sanzu. Quatre garçons portaient le titre de Rois Célestes. Ils occupaient la place des capitaines de division du Toman et commandaient chacun leurs propres troupes. Le premier et le plus proche de Kurokawa, c'était Kakucho. Apparemment Izana et lui étaient des amis d'enfance. Malgré ses efforts, Sanzu ne réussit pas à découvrir son nom de famille. Quelques hommes lui avaient même dit qu'il n'en avait pas.

Comment peut-on ne pas avoir de nom ?

Les autres étaient tous des anciens de la S62. Ran Haitani – son frère Rindō lui tenait lieu de second –, Shion Madarame – le Mad Dog du Tenjiku – et Kanji Mochizuki – un obscur chef de gang de Tokyo, le Jugem, d'après ce qu'avait entendu Sanzu.

Kisaki Tetta était là lui aussi.

Grâce aux témoignages des membres du Tenjiku, Sanzu avait pu reconstituer son arrivée dans le gang. Après avoir été viré du Toman, il s'était présenté à Izana avec des informations sur Mikey. Cette manœuvre lui avait permis d'entrer dans le Tenjiku directement au rang d'Officier d'état-major Général et de se gagner le respect du boss en personne.

Un bâtard sur toute la ligne...

Haru se souvint que Baji ne l'aimait pas non plus. Finalement, Keisuke avait eu de l'instinct.

Je me demande comment il avait su que c'était un sale type... ?

En découvrant Kisaki, Sanzu n'avait pas pu s'empêcher de jeter un œil du côté de Mucho. Il n'y a pas si longtemps, le capitaine aurait passé ce type à tabac pour lui apprendre à trahir. Mais ça, c'était avant. À présent, tous les deux étaient membres du Tenjiku et le Toman n'avait plus personne pour démasquer les traîtres.

De toute façon, les traîtres sont tous ici... Songea Sanzu.

Durant les jours qui suivirent, le Tenjiku se prépara à l'affrontement. 

Plutôt que de faire tomber un à un les gangs de la capitale, Izana avait décidé de tous les frapper d'un coup.

– Le vingt-deux février, dit-il un soir de réunion, nous nous emparerons de la ville toute entière et nous entrerons dans la légende !

La clameur qui les entoura fit trembler les murs de l'entrepôt devant lequel le gang se tenait et Izana leva les bras, à la manière d'un chef d'orchestre, pour accompagner le vacarme. Lorsque les hommes se turent, il leva les yeux. Au premier rang, un petit groupe avait marmonné que c'était tout de même risqué, qu'il vaudrait peut-être mieux ne pas tous les affronter le même jour et une lueur de folie s'alluma dans le regard de Izana. Il se pencha vers eux depuis l'estrade où il s'était juché.

– Parce que vous croyez peut-être que ces enfoirés sont de taille face à nous ? Vous croyez qu'ils ont la moindre chance face à moi ?

Il se redressa, éclata de rire et ajouta :

– Je les prends tous à moi tout seul s'il le faut ! Qu'est-ce que vous vous imaginez ? Je n'ai pas besoin de vous bande de larves !

Autour de lui, les rois célestes ne bronchèrent pas et quelques types vinrent encadrer les garçons qui avaient remis en question le plan de Izana. 

La réunion s'acheva sur ces mots.

Le jour de la bataille était donc arrêté. Des batailles en réalité puisque le Tenjiku allait affronter dans la même soirée le Onsoku Kizoku de Shinjuku, le SS de Kichijōji, mais aussi l'ICBM d'Ikebukuro et le Night dust d'Ueno avant de finir par le Toman.

Ce type est cinglé... Se dit Sanzu en quittant les lieux en compagnie de Mucho.

Ce sera presque trop facile pour le Toman. Une fois Izana et ses hommes épuisés par les affrontements, Mikey n'aura plus qu'à les écraser. Ça allait être un jeu d'enfant.

Ce ne sera même pas une bataille digne de ce nom...

L'écart de forces en présence ne l'inquiétait pas. De la même façon que Izana pensait pouvoir affronter tous les gangs de Tokyo à lui tout seul, Sanzu était persuadé que Mikey pourrait venir à bout du Tenjiku sans aide.

C'est lui le véritable Roi après tout...

Le lendemain, Sanzu apprit que les garçons qui avaient contesté publiquement le plan du boss durant la réunion avaient été passés à tabac et jetés hors du gang. Deux d'entre eux étaient à l'hôpital. La correction avait été brutale.

Si Sanzu n'aimait pas Izana – à ses yeux il n'était qu'une pâle contrefaçon de Mikey – il reconnaissait que ses méthodes étaient les bonnes.

C'est comme ça qu'il faut traiter les lâches et les traîtres, il ne faut leur accorder aucun pardon ! Il faut les massacrer et les dégager !

Haru avait toujours trouvé Mikey trop gentil avec les membres du Toman, considérant même certains comme des amis, alors que tous ces gars n'étaient que des rouages destinés à faire grandir son rêve.

Si j'étais son second, ça ne se passerait pas comme ça ! Personne ne manquerait de respect au boss et Mikey n'aurait pas besoin de se salir les mains, je ferais le ménage moi-même !

Son passage au Tenjiku lui avait au moins enseigné comment un roi devait être traité.

Sous son masque, Sanzu ricana.

Attends de croiser la route du véritable Roi, tu vas vite comprendre la différence.

Enfin, le vingt-deux février arriva.



 

~⊱🜲⊰~



 

Ce matin-là, Izana partit à l'aube pour Tokyo. D'après ses hommes, il avait une dernière affaire à régler sur la capitale avant les affrontements de la soirée.

Toute la journée, les membres du Tenjiku tuèrent le temps comme ils le purent. Certains s'amusèrent à traquer les petits délinquants de Yokohama pour les cogner et s'échauffer avant la baston, d'autres se contentèrent de traîner ensemble ou de se regrouper aux abords du port où auraient lieu les combats.

Sanzu resta aux côtés de Mucho. Tous les deux jouèrent au shōgi une bonne partie de l'après-midi.

– Tu es sûr que ça te convient ? demanda Mucho après être resté longtemps silencieux. Affronter tes anciens compagnons et Mikey ce soir ?

Sanzu ne leva même pas la tête.

– Le seul qui compte c'est toi chef. Je te l'ai dit, aujourd'hui, ma place est à tes côtés.

– Hmm.

Mucho ne chercha pas à cacher son sourire.

– Ok, mais ce soir, reste en arrière si tu le peux. Je n'aime pas l'idée de te voir combattre tes amis.

Sanzu lui jeta un regard, mais il ne dit rien.

Le soir venu, les uniformes rouges du Tenjiku envahirent l'esplanade au milieu du quai numéro sept libéré pour la nuit. Izana était revenu un peu plus tôt, un sourire satisfait sur le visage. Sanzu n'avait aucune idée de ce que pouvait être la tâche qu'il voulait accomplir, mais tout semblait s'être passé selon ses plans. Kisaki et son acolyte Hanma reparurent eux aussi peu après et, lorsque la nuit tomba, les premiers grondements de motos déchirèrent l'obscurité.

– Les voilà, dit le plus jeune des frères Haitani, installé au sommet d'un container, un genou replié devant lui. Ils en font du boucan, je croyais que le Onsoku Kizoku ne comptait que cent-cinquante membres ?

Au-dessus de lui, son frère sourit.

– Ça, c'est parce que tu es naïf, Rindō.

Son cadet le regarda sans comprendre tandis que, au loin, plusieurs centaines de phares apparaissaient.

Izana ne paraissait pas surpris, pas plus que Kisaki ou le reste des cadres du Tenjiku

– Évidemment... Murmura Izana avec un sourire.

– Quel bande de lâches, ajouta Kakucho.

Rindō comprit enfin. Les quatre gangs qu'ils avaient prévu d'affronter avaient formé une coalition pour faire tomber le Tenjiku.

à suivre…


Chapter 29: Le désastre du Kanto (partie 1)

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

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Haruchiyo Sanzu

Le désastre du Kanto (partie 1)


          En dépit du nombre d'adversaires, l'affrontement se termina rapidement.

Les quatre gangs tokyoïtes qui s'étaient ligués pour rassembler autant d'hommes que le Tenjiku, ne réussirent pas à décrocher la victoire. Les différends qui les avaient toujours opposés, ajoutés à la terreur que Izana inspirait à ses propres hommes, eurent raison du résultat de la bataille.

En moins d'une heure, les quatre boss adverses se retrouvèrent à genoux devant le vainqueur qui ne se priva pas de savourer son triomphe.

Izana parcourait l'esplanade de long en large devant les perdants.

– Le Onsoku Kizoku... Le SS de Kichijōji... L'ICBM et même les Night Dust... Tous les gangs qui pèsent dans le game... C'est tout ce que vous valez ? Sérieusement, vous êtes pitoyables !

Les quatre hommes n'osèrent pas lever la tête. Ils avaient perdu, inutile de se mentir. Le Tenjiku les avait écrasés avec une facilité déconcertante. C'en était fini de leur réputation. Leurs membres l'avaient d'ailleurs bien compris, la plupart avaient pris la fuite laissant leurs boss derrière eux.

Kurokawa... Songea Hansen, le boss de l'ICBM qui avait arbitré autrefois la rencontre de Halloween. Ce type est monstrueux.

Derrière Izana, les quatre Rois Célestes, mais aussi Kisaki, Mucho, Hanma et Kokonoi contemplaient la scène en silence. Finalement, Kakucho s'avança.

– Izana, il est tard, le Toman ne viendra plus maintenant.

Sanzu le regarda sans comprendre. Comment ça le Toman ne viendra pas ? Est-ce qu'ils s'imaginaient tous que Mikey allait jeter l'éponge devant un type comme Izana ? Ils rêvaient tout éveillés.

Shion Madarame hocha la tête avec un sourire en coin.

– Rindō et moi on s'est occupé de Mitsuya et de Smiley, Mucho a défoncé le capitaine de la première division et Kisaki a explosé Mikey et Draken...

– À l'heure actuelle, le Toman est en miette ♡, confirma Hanma.

– J'aime pas cette façon de procéder, dit Mochi, mais c'est efficace.

Au sommet de la pile de containers, Kisaki mit tout à coup le doigt sur la bouche.

– Chht... Écoutez... Il arrive...

– Quoi ? Dit Kakucho. Mais de qui tu parles ?

Avant que Kisaki ait répondu, un grondement de motos envahit de nouveau le port de Yokohama.





Ils n'étaient qu'une poignée vit Sanzu. Une cinquantaine tout au plus. Et Mikey n'était pas parmi eux.

Qu'est-ce qui se passe ?

Il n'y comprenait plus rien. Mikey renonçait à affronter ce bâtard de Kurokawa ? Ça ne lui ressemblait pas.




Les deux gangs se firent face avant qu'il ait poussé plus loin sa réflexion et les cadres du Tenjiku – en dehors de Kisaki – rejoignirent leurs troupes en contrebas. Le véritable affrontement du jour allait commencer. Les quatre-cents hommes du Tenjiku contre les cinquante du Toman.

La bataille à proprement parler fut précédée par un duel que le vice-capitaine de la troisième division du Toman, Peyan, remporta aisément face à Madarame.

Sous son masque, Sanzu sourit. Évidemment. Qu'est-ce qu'ils pensaient tous ces enfoirés du Tenjiku ? Que Mikey avait monté un gang de faibles ?

Shion Madarame, un des quatre Rois Célestes, fut mis à terre devant tous les hommes du Tenjiku, effarés et, un instant plus tard, les deux clans se jetèrent l'un contre l'autre.

Le déséquilibre des forces était énorme. Chaque membre du Toman devait affronter une dizaine d'adversaires à lui tout seul. Mais la victoire de Peyan leur avait donné des ailes et ils résistèrent bien mieux que les gangs qui les avaient précédés. Peyan, Hakkai – le second de la deuxième division –, Angry – le second de la quatrième team – et Chifuyu réussirent même à faire un temps la différence en repoussant les rangs ennemis à eux quatre.

Depuis l'arrière-garde, Sanzu suivait la baston des yeux sans un mot. Il ne comprenait pas pourquoi Mikey n'était pas là. Est-ce que cela avait quelque chose à voir avec la mission que Izana avait accomplie à Tokyo aujourd'hui ? Et qu'est-ce que Madarame avait voulu dire par Kisaki a explosé Mikey et Draken ? Ce gringalet ne risquait pas d'être venu à bout du boss et de son bras droit, c'était impossible, alors quoi ?

Finalement, Izana lui-même entra dans la bataille, fatigué de voir ses hommes mit en déroute par quatre adolescents, et il mit hors de course un des meneurs du Toman, Peyan, d'un seul coup de pied.

Takemichi, Chifuyu, Angry et Hakkai se retournèrent, stupéfaits.

Les membres de la S62 rejoignirent leur chef et le cours de l'affrontement se renversa à nouveau. Mochi se retrouva face à Chifuyu, l'ancien second de Baji. Hakkai et Angry firent front commun devant les frères Haitani et Kakucho arrêta Takemichi qui cherchait à atteindre Kisaki, toujours perché au sommet des containers. Mucho, resté un temps à l'arrière avec Sanzu, se dressa sur le chemin de Inupi, l'ancien comparse de Kokonoi, et lorsque Inui le reconnut, il s'exclama :

– Je vais pulvériser ta sale gueule de traître et récupérer Koko !

Avant qu'il ait fini de dire ces mots, un poing s'écrasa sur son visage et Inui découvrit Koko.

–  Koko ? Mais... pourquoi ?

Mucho recula pour les laisser en découdre.

– On dirait que je ne vais pas avoir besoin de m'en mêler en définitive.

Autour d'eux, peu à peu, le Toman perdait du terrain. Peu habitués à se battre sans leurs capitaines, Hakkai et Angry se firent dominer par Ran et Rindō et Takemichi ne faisait absolument pas le poids face à Kakucho même s'il persistait à se relever.

Izana retourna s'asseoir à l'arrière pour assister à l'affrontement, persuadé que la victoire était à portée de main.

Pendant un instant, les hommes du Toman crurent que le vent avait tourné en leur faveur lorsque Angry, le petit frère de Smiley, vint à bout à lui tout seul non seulement des frères Haitani, mais aussi de Mochi puis de Mucho venus en renfort. Mais ce fut avant que Mucho ne se redresse, un couteau à la main.

Sanzu était surpris. C'était la première fois qu'il voyait le capitaine perdre ainsi son calme et sortir une arme. Qu'est-ce qui lui prenait ? Avant qu'il ait pu l'utiliser cependant, Kakucho l'avait désarmé et mit hors de combat.

– Ne salis pas l'image du Tenjiku ! 

Autour d'eux, tous avaient suivi la scène, abasourdis. Izana sauta souplement de son perchoir et il rejoignit le centre de l'esplanade tandis que Kakucho mettait méthodiquement hors de combat tous les membres du Toman encore debout pour lui prouver sa loyauté.

Vint enfin le moment où Takemichi demeura le seul sur pied.

C'était fini pour le Toman.

Sanzu, lui, était toujours perdu. Cette bataille ne se déroulait absolument pas comme il l'avait prévu. Pourquoi Mikey n'était pas là ? Où était le reste des membres du Toman ? Et lui, que devait-il faire à présent ? Est-ce qu'il devait continuer à jouer l'agent double ou bien rejoindre les rangs défaits du Toman ?

De toute façon, même si je me joignais à eux, ça ne changerait rien à leur défaite...

Mieux valait ne pas bouger pour l'instant.

Ce fut à ce moment-là que Kisaki, furieux que les choses n'avancent pas aussi vite qu'il le voulait, décida de sortir un révolver.

Il colla le canon sur le front de Hanagaki et des hoquets stupéfaits montèrent de la foule autour d'eux.

– Hey... C'est une baston de gamins ! Dit l'un.

– Ça se fait pas, ça !

Takemichi, pourtant, ne semblait pas effrayé. Au contraire, son expression était déterminée.

– Vas-y ! Cria-t-il à Kisaki. Qu'est-ce que tu attends ? C'est aussi facile qu'avec Emma alors vas-y !

Sanzu le regarda sans comprendre.

Aussi facile qu'avec Emma ? De quoi est-ce qu'il parle ?

Avant qu'il ait trouvé la réponse, Izana vint mettre lui-même Hanagaki hors de combat d'un coup de pied.

– Tu me fatigues toi, tu vas crever à la fin ?

Lorsque Takemichi se redressa, une lueur s'alluma brusquement dans son regard et il brandit le poing en hurlant :

– J'ai pas perdu, boss !

à suivre…


Notes:

NDA : Cette partie, mais du point de vue de Sanzu... Ce devait être quelque chose les questions qui tournaient dans sa tête.

Chapter 30: Le désastre du Kanto (partie 2)

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Haruchiyo Sanzu

Le désastre du Kanto (partie 2)


          – J'ai pas perdu, boss ! Hurla Takemichi.

Au pied des containers, Sanzu se redressa les yeux brillants. Mikey... Mikey était enfin là ! Il était juste en retard en fin de compte ! Ces losers avaient été chargés de gagner du temps en attendant l'arrivée du Roi !

La bataille va pouvoir commencer pour de bon à présent !

Dans le dos de Hanagaki, Mikey, mais aussi Draken descendirent de moto. Une fille les accompagnait vit Sanzu. La petite amie de Hanagaki si sa mémoire était bonne.

Mikey laissa Draken et Hina derrière lui et il traversa la foule des membres du Tenjiku sans les regarder avant de passer devant Izana et Kisaki comme s'ils n'existaient pas. Takemichi, lui, avait toujours le poing levé et les larmes aux yeux.

– Tu es venu... Dit-il. Mais comment... ?

À cette distance, Sanzu n'entendit pas ce que Mikey répondit. En réalité, ça n'avait aucune importance. Le boss était là. Il était enfin arrivé. C'en était fini de Izana et du Tenjiku !

Il va les écraser en un instant !

Contenant avec peine son excitation, Sanzu regarda Mikey rejoindre la tête de ses hommes, Draken derrière son épaule.

– Il en reste encore une bonne moitié, remarqua ce dernier en parcourant des yeux la foule des hommes du Tenjiku encore debout. Comment tu veux faire, Mikey ?

– Deux-cents mecs contre nous deux, hein... Répondit Mikey. On devrait peut-être leur accorder un handicap ?

Les hommes du Tenjiku, un instant surpris, se mirent à hurler.

– Putain mais pour qui il se prend ce bâtard ?

– Tu te fous de notre gueule toi ?

– On va t'apprendre la vie !

– Pour qui je me prends ? Répondit Mikey. Mais c'est vous qui n'avez pas bien compris en fait... deux-cents gars ? RAMENEZ-EN VINGT-MILLE SI VOUS VOULEZ FAIRE LE POIDS !

Sanzu sentit un frisson lui parcourir l'échine. C'était bien le Mikey qu'il connaissait. Il n'y avait pas le moindre doute.

Izana se redressa avec un soupir.

– Ah ça y est, il me les brise... 

Il jeta un œil du côté de Kisaki et ajouta :

– Ça veut dire que ton plan est tombé à l'eau, pas vrai ?

Sans attendre de réponse, il partit en direction de Mikey, s'élança et lui asséna un coup de pied qui l'envoya voler à plusieurs pas de là. La lueur de folie était de retour dans son regard.

– Alors Mikey ? S'exclama Izana. Qu'est-ce que ça fait ? Shin'ichirō est mort... Emma est morte aussi maintenant... Comment tu te sens ?

À l'arrière, Sanzu ouvrit des yeux abasourdis. 

De quoi est-ce qu'il parle ? Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? Emma... est morte ?

Mikey ne répondit pas. Au lieu de ça, il passa à l'attaque et l'affrontement entre les chefs de gangs débuta.

Dans l'esprit de Sanzu pendant ce temps, les pièces du puzzle commençaient lentement à se mettre en place.

Kisaki a explosé Mikey et Draken... Avait-il entendu. Le Toman est fini... Emma est morte aussi maintenant...

Il serra les poings. Alors c'était ça, le plan de Kisaki et de Izana. Briser Mikey en lui arrachant sa sœur ?

– Bande de fumiers.... Gronda-t-il sous son masque. Bande de fumiers, vous avez fait quoi ?

Mucho lui jeta un regard en l'entendant marmonner, mais Sanzu l'ignora. Plus loin, le combat des chefs faisait rage. Contrairement à d'habitude, Mikey n'écrasa pas Izana d'un seul coup. En fait, il rencontrait même des difficultés. Le boss du Tenjiku semblait arriver à lire ses mouvements et il évitait chacun de ses coups comme s'il savait à l'avance où il allait frapper.

– Dis-moi, Mikey, comment tu te sens là ? Tu es vide, pas vrai ? Ça fait mal ? Tu n'as plus personne à qui te raccrocher toi non plus maintenant !

Mikey s'efforçait de faire abstraction de ses remarques et de se concentrer sur le combat, mais on voyait bien qu'il n'était pas au mieux. Il ne baissait pas les bras cependant et revenait encore et encore à la charge jusqu'à ce que, enfin, il bloque un des coups de Izana.

– Espèce de connard... Souffla-t-il. Arrête de faire comme si t'étais tout seul... Il me reste un grand frère. Ils nous restent un frère à tous les deux.

Izana frémit.

– TA GUEULE ! FERME TA GUEULE !

Il se remit à frapper comme un forcené, mais ses coups, désormais brouillons, montraient bien que Mikey avait réussi à le déstabiliser.

– Je vais te sauver, Izana, lâcha Mikey.

Ce fut la goutte de trop. Izana était fou de rage. Il voulait le cogner, l'achever, en finir avec ce duel. Mais ses poings ne rencontraient plus que le vide. Ceux de Mikey en revanche touchaient leur cible à chaque fois à présent.

Lorsque Izana se prit un high kick en pleine tête, il tomba et Kakucho se redressa, horrifié.

– IZANA ! 

Izana se releva en titubant. Il jeta un regard autour de lui, se précipita vers Kisaki pour lui arracher l'arme des mains et mit Mikey en joue. Sur l'esplanade, tout le monde s'était figé.  Sanzu, lui, était au bord de la panique.

Qu'est-ce qu'il devait faire ? Se précipiter au devant de l'arme ? Mais si jamais Izana avait le réflexe de tirer en voyant quelqu'un bouger ?

Izana bafouillait, le visage en sang :

– Si je perds ce combat... il ne... il ne me restera plus rien... alors crève Mikey...

– Tire si ça peut te soulager, Izana.

Mikey ne semblait pas effrayé.

Mikey ! Non ! Tu fais quoi là ? Se dit Sanzu.

Il était tiraillé entre l'envie de se ruer à sa rescousse et la peur de faire une erreur. Finalement, ce fut Kakucho qui intervint. Il se dressa entre Izana et Mikey et envoya voler l'arme d'un revers de la main.

– Ça suffit Izana, ne te donne pas en spectacle. Pas toi. Le Tenjiku a perdu, c'est comme ça. Restons-en là.

Izana se tourna vers les membres de la S62, le regard fou.

– Qu'est-ce que vous attendez vous autres ? Il faut tout vous dire ou quoi ? Butez-moi ce traître de Kakucho !

Personne ne bougea. Tous regardaient la scène, abasourdis. Ils ne s'attendaient pas à la tournure prise par les événements. Izana avait perdu et Kakucho, le plus fidèle d'entre eux, se rebellait ?

De son côté, Sanzu avait recommencé à respirer normalement à l'instant où le révolver avait touché le sol. Un peu plus et il avait failli perdre son Roi. Encore une fois.

Je ne suis qu'un incapable ! Je ne suis qu'un minable même pas foutu de prendre les décisions qu'il faut quand il faut !

Il se jura que la prochaine fois, il n'hésiterait pas. C'est alors qu'un coup de feu déchira le silence du quai. Tous virent le sang jaillir de la bouche de Kakucho. Kisaki avait tiré.

– Fais pas chier, Kakucho, et tire-toi de mon chemin ! 

Au lieu de tomber, Kakucho pivota et il se rua vers lui pour tenter de le désarmer. Kisaki paniqua, il fit feu à nouveau, mais les trois balles traversèrent la poitrine de Izana qui s'était jeté entre Kakucho et l'arme. 

Sous le choc, Kisaki tomba sur le bitume.

– Izana ! Mais qu'est-ce que tu fais ? C'est un serviteur !

Izana ne l'entendait plus. Étendu sur le sol, il regardait les flocons de neige voltiger dans l'air, au-dessus d'eux.

Plus un bruit ne montait sur le quai.

C'était terminé. Le Tenjiku avait perdu.

à suivre…


Chapter 31: L'après-guerre

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

L'après-guerre


          Les hommes du Tenjiku commencèrent à prendre la fuite aussitôt que Izana rendit l'âme. Discrètement d'abord, puis par groupe de plus en plus nombreux. Ne restèrent en arrière que les cadres du clan, les anciens proches alliés de Izana.

Kisaki disparut le premier emmené par Hanma qui était allé chercher sa moto quand tout le monde regardait ailleurs. Takemichi et Draken se lancèrent à sa poursuite, bientôt imité par Mikey et Hinata, la petite amie de Takemichi.

Avant de partir, Mikey exhorta tout le monde à battre en retraite avant l'arrivée de la police.

– Je me chargerai de calmer les flics ! Vous tous, allez-vous-en avant qu'ils soient là !

Mochi et Mucho intervinrent.

– Non Mikey, c'est nous qui devons rester, dit Mochi.

– C'est notre responsabilité, confirma Mucho. Toi, tu devrais partir avec les autres.

Plus loin, Ran s'était accroupi auprès des corps de Izana et Kakucho. Tous les deux reposaient à présent sur une fine couche de neige aussi blanche qu'un linceul.

– Boss... Kakucho... Je vous admirais tellement...

Il tendit la main et leur ferma les yeux.

Les sirènes des voitures de police cernèrent le quartier et les derniers membres des deux gangs détalèrent.

Mucho se rapprocha de Sanzu.

– Sanzu, va-t'en toi aussi.

– Chef...?

– Toute cette merde, c'est nous qui l'avons provoquée. C'est normal que nous en payons le prix. Mais toi, tu n'as rien fait. Tu n'as pas à finir en taule. Alors va-t'en.

– Mais...

– Ne t'inquiète pas, ajouta Mucho sans le laisser finir, la prison je connais et puis c'est pas comme si on n'allait plus jamais se revoir. Allez, file maintenant. Ils arrivent.

Sanzu hésita une seconde, avant de disparaître à la suite des autres.

Quelques instants plus tard, les voitures de police les encerclèrent.

– Tout le monde les mains sur la tête ! Gueula un policier à l'abri derrière la portière de sa voiture.




 

Les cadres du Tenjiku se laissèrent passer les menottes sans résister. C'était terminé pour eux. Ils le savaient. Deux civières emportèrent les corps de Izana et Kakucho et Ran interpella le sauveteur qui avait laissé à découvert le visage de Kakucho.

–  Vous devriez le couvrir lui aussi. Ça se fait pas de laisser un mort comme ça.

L'ambulancier le regarda, surpris.

– Lui ? Non, non, il est bien vivant.

Ce fut à ce moment-là que Kakucho laissa échapper une toux rauque.





~⊱🜲⊰~



 

Sanzu errait sans but dans les rues enneigées de Tokyo, les mains dans les poches. 

Il ne savait pas quoi faire.

Depuis la défaite du Tenjiku, il traînait ainsi en évitant les coins où il risquait de rencontrer des membres du Toman.

Impossible de rejoindre Mikey à présent : pour le Toman, il était désormais un traître à abattre. Mais il ne pouvait plus non plus s'occuper de Mucho comme il l'avait prévu : ce dernier avait été arrêté et condamné à six mois de prison, comme le reste de la S62.

J'aurais dû le buter quand je le pouvais...

Il regrettait de ne pas avoir saisi l'occasion de lui faire payer sa trahison. Il avait laissé traîner la situation en se disant qu'il rassemblait des informations et maintenant, il était trop tard.

On se reverra quand je sortirai... Lui avait dit Mucho avant d'être emmené par les flics.

Et Sanzu comptait bien le prendre au mot.

Ce n'est que partie remise espèce de salopard... Tu vas payer, je te le jure... Dès que je te mettrai la main dessus tu vas le sentir passer, je ne perdrai pas de temps cette fois...

Mais en attendant, cela ne résolvait pas son problème. Qu'est-ce qu'il devait faire ?

Je pourrais aller expliquer la situation à Mikey... Je suis sûr qu'il m'écouterait.

Mais le problème, c'étaient les autres. Eux, risquaient de souffler au boss qu'un homme qui les avait trahis – en tout cas en apparence – ne méritait aucune confiance et que le laisser réintégrer le Toman serait une mauvaise idée.

Je suis le plus fiable d'entre vous bandes de minables ! Moi je n'ai pas hésité à me salir les mains pour rassembler des informations ! J'ai suivi le traître jusqu'à Yokohama pendant que vous vous tourniez les pouces !

Mais bien sûr, tout cela, il n'avait plus aucun moyen de le prouver.

Baji aurait fait quoi s'il avait été à ma place ? Se demanda-t-il. Comment est-ce qu'il avait prévu de revenir auprès de Mikey ?

La vérité, c'est que ce dernier n'avait sûrement pas réfléchi jusque-là. Sanzu en était persuadé.

Réfléchir, c'était pas son genre... Je suis sûr qu'il a juste cherché un moyen de cogner Kisaki sans se faire emmerder par Mikey, rien de plus...

Ça lui ressemblait bien.

Un fin nuage de buée pâle franchit ses lèvres et Sanzu leva les yeux pour regarder le soleil descendre derrière les bâtiments. Il était encore tôt. Il n'avait pas envie de rentrer tout de suite.

Il soupira et se remit en marche, plus pour s'occuper l'esprit que par réelle envie par ce froid.

Cela faisait des jours maintenant qu'il retournait ces pensées dans sa tête sans trouver de solution. Il avait même renoncé à assister aux funérailles d'Emma par peur de se retrouver au milieu des autres et de devoir s'expliquer.

Putain... Fais chier... Si seulement j'avais éliminé ce connard de Mucho j'en serai pas là...

Emma... Il n'arrivait pas à croire que ce salaud de Kisaki l'avait tuée.

Ce type n'avait aucune limite...

Au moins, il avait été puni. Les journaux télévisés qui parlaient en boucle du Désastre du Kanto – la bataille qui avait eu lieu au port – ne manquaient jamais une occasion de rappeler la liste des personnes qui avaient perdu la vie ce jour-là.

Emma, Kisaki et Izana... ça veut dire que Kakucho est toujours en vie ? Il s'est pris une balle pourtant... Il faut croire que c'était pas si grave...

D'après ce qu'avait compris Sanzu, Kisaki avait été heurté par un camion alors qu'il tentait de fuir. Une mort appropriée si on voulait son avis.

Faudra que j'aille sur la tombe d'Emma... C'était une gentille fille, elle méritait pas ça.

Mais ça ne serait pas avant un moment[1].

Lorsqu'il leva les yeux, il s'aperçut que ses pas l'avaient ramenés au pied de l'immeuble de standing où il vivait avec sa sœur. Il soupira. Il jeta un œil autour de lui afin d'être sûr que personne ne l'avait vu et rejoignit la porte.

Tant pis, autant se mettre au chaud.







Senju était là quand il poussa la porte d'entrée. Elle se leva du canapé d'un bond et vint vers lui.

– Nii Chan ! Dit-elle. Enfin tu es là !

Elle semblait fébrile et inquiète. Il faut dire que cela faisait un moment qu'ils ne s'étaient pas croisés tous les deux. Tant qu'il faisait partie du Tenjiku, Sanzu avait dormi là-bas, squattant à gauche et à droite, le plus souvent chez Mucho. Maintenant que le clan avait disparu, il faisait profil bas à longueur de journées pour éviter les membres du Toman, partant tôt et rentrant tard, passant même parfois la nuit dans des mangas café où on vous laissait squatter pour une poignée de yens.

Mais ça ne résout pas mon problème... Il faut que je trouve une solution ...

Senju le rejoignit en deux pas.

– Haru Nii, comment tu vas ? C'est terrible ce qui est arrivé à Emma ! Mikey est dévasté ! Pourquoi tu ne vas pas le voir ? Pourquoi tu n'es pas venu aux funérailles ? Tout le monde t'attendait ! Il faut qu'on trouve le moyen de les aider son grand-père et lui, peut-être qu'on pourrai...

– Fous-moi la paix, grogna-t-il en la dépassant.

Sanzu alla s'enfermer dans sa chambre et Senju resta plantée derrière lui, stupéfaite.

Elle se tordit les mains d'angoisse.

Ses frères et elle s'éloignaient de plus en plus et cela l'effrayait. Takeomi ne revenait plus à la maison désormais, elle ne savait même pas où il vivait, et voilà que Haru prenait ses distances à son tour.

– Mais... Murmura-t-elle.

Elle se ressaisit, serra les poings et tourna les talons. Elle ne baisserait pas les bras. Si ses frères ne comprenaient pas ce qu'était une famille, elle le leur rentrerait dans le crâne de force et cela prendrait le temps qu'il faudrait. Elle n'était plus une petite fille après tout.

Mais il faut que je devienne plus forte... Beaucoup plus forte...

Elle retourna s'asseoir sur le canapé et reprit la liste de course qu'elle avait commencé à rédiger. Demain, comme les jours précédents, elle irait faire des courses pour le grand-père de Mikey et elle l'aiderait à s'occuper de la maison.

– Parce qu'il est hors de question que je les laisse tomber, Mikey et lui !

à suivre…


Notes:

1Après la crémation, les japonais gardent généralement l'urne contenant les cendres du défunt entre deux mois et un an chez eux avant de procéder à la mise en terre dans le tombeau familial.[retour]

~⊱🜲⊰~

NDA : On oublie des fois que Emma était aussi l'amie d'enfance de Haruchiyo et Senju... Ça n'a pas dû être facile pour eux.
Je me demande à quel point on doit se sentir mal quand, comme Sanzu on a bâti des plans pour aider quelqu'un, et que tout se casse la figure sans qu'on ait la possibilité de s'expliquer...
(╥_╥)

Chapter 32: Révélations

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Révélations


          Sanzu avait pris sa décision, il irait trouver Mikey, quoi qu'il puisse arriver.

Parce que ma place est à ses côtés... et s'il veut me punir pour ce que j'ai fait,  je l'aurais mérité. Après tout, je n'ai pas réussi à mettre Mucho et Kurokawa hors d'état de nuire. Si je m'étais bougé plus vite, peut-être que les choses se seraient passées autrement... peut-être qu'Emma serait toujours en vie...

Il n'arrivait pas s'ôter de la tête l'idée qu'il était responsable de la façon dont la guerre avec le Tenjiku avait tourné.

Je me suis montré beaucoup trop indulgent avec ces salopards. J'aurais dû agir tout de suite, je serais de retour auprès de Mikey aujourd'hui !

Mais tout était tombé à l'eau parce qu'il avait trop attendu.

On ne m'y reprendra plus !

Dès le lendemain, Sanzu décida de recommencer à surveiller les allées et venues de Mikey. Il devait trouver le meilleur moment pour aller lui parler sans être dérangé.

Parce que lui, il m'écoutera. Il se mettra peut-être en colère, peut-être même qu'il me cognera, mais je sais qu'il m'écoutera, lui et moi on se connaît depuis qu'on est gosses.

Malheureusement, la tâche s'avéra plus compliquée que Sanzu l'avait prévu.

À la différence d'autrefois, Mikey n'arpentait plus les rues de la capitale, un taiyaki à la main et Draken dans son sillage, traînant sans véritable but, juste à la recherche d'une bonne baston. Au contraire, aujourd'hui, Mikey semblait tout faire pour fuir les membres du Toman. Il ne sortait plus qu'à la nuit tombée et il évitait les rues peuplées et les coins où ses amis se rassemblaient. En plus de ça, il se retournait constamment en chemin, comme pour s'assurer qu'il n'était pas suivi, et il multipliait les détours, ce qui compliquait la tâche de Sanzu qui avait toutes les peines du monde à le suivre.

Mais qu'est-ce qui lui prend ?

Mikey était étrange. Qu'est-ce qui s'était passé pendant qu'il n'était pas là ? 

Sanzu finit par le perdre au fond d'une venelle et il eut beau tourner sur lui-même, impossible de découvrir par où il avait disparu.

Tant pis, c'est pas grave, si Mikey préfère qu'on le laisse tranquille aujourd'hui, je ne vais pas insister. Je reprendrai demain.

Le jour suivant cependant, Mikey ne reparut pas. Pas plus que le surlendemain ou les jours d'après.

Durant une semaine, Sanzu eut beau faire le guet à deux pas de la demeure des Sano, il dut se rendre à l'évidence, Mikey avait disparu.



~⊱🜲⊰~

 

 

Avril avait commencé à prendre ses marques sur la capitale et l'hiver avait cédé la place au printemps. Debout à l'angle de la rue, Sanzu jetait de temps en temps un œil à la boutique de motos sans pour autant faire un pas. 

S'il n'y allait pas maintenant, il n'irait jamais, se répétait-il.

Pourtant il ne bougeait pas.

Ce magasin, c'était là que travaillait Draken quand il n'était pas occupé avec les affaires du gang. Lui, il saurait sûrement lui dire où était passé Mikey. Il était son lieutenant après tout.

Cependant...

Sanzu ne pouvait pas ignorer qu'il était un traître pour lui comme pour les autres. Dans ces conditions, comment l'aborder ?

La porte s'ouvrit et Draken apparut.

- Je fais une pause ! Lança-t-il par-dessus son épaule. À plus !

Sanzu se renfonça aussitôt dans l'ombre pour ne pas qu'il le voit.

Allez... Vas-y maintenant ! S'intima-t-il.

Prenant son courage à deux mains, il sortit de sa cachette et se dirigea vers Draken, le front bas et les mains dans les poches. Jamais il n'avait été aussi content de pouvoir se cacher derrière un masque.

- Draken... Dit-il arrivé à son niveau.

Ce dernier se retourna.

- Oh Sanzu, ça fait un bail, qu'est-ce que tu devenais ?

Il ne semblait pas hostile. Sanzu était surpris.

- Tu as un peu de temps, là, pour discuter ?





 

Tous les deux s'installèrent au comptoir du petit restaurant de quartier vers lequel Draken se dirigeait quand Sanzu l'avait interpellé. Draken commanda un sandwich pour lui-même et Sanzu se contenta d'un soda.

Le serveur déposa devant eux des chips au wasabi et Sanzu les repoussa loin de lui à l'aide d'un mouchoir en papier. C'était tout à fait le genre de coupelles dans lesquelles tout le monde fourrait ses doigts, elle devait être pleine de microbes.

Draken sourit. Sanzu avait toujours ses petites manies de propreté. Il planta les dents dans son casse-croûte et reprit.

- Tu vas bien ? Ça fait un moment qu'on ne t'a plus vu dans le coin...

Sanzu posa son masque à côté de lui et sortit sa paille de son emballage.

- Oui, ça va.

Puis il hésita et ajouta :

- Tu n'as pas l'air en colère...

Il était surpris par la réaction de Draken. Avant cet instant, il était sûr que ce dernier lui reprocherait sa trahison.

- Hum ? Pour cette histoire avec le Tenjiku ? Non. Tu jouais les agents doubles, pas vrai ?

Sanzu était abasourdi.

- Tu le savais ? 

- On s'en doutait ouais, avec Mikey on se disait que tu avais suivi Mucho pour savoir ce qu'ils trafiquaient là-bas, c'était ça ?

Sanzu hocha la tête.

- Comment vous avez su ? 

- Baji a fait la même chose il n'y a pas six mois et toi et lui, vous étiez amis d'enfance, alors ça nous a pas surpris. En plus, on a bien vu pendant la bataille que tu ne prenais pas part aux combats. C'est là qu'on a compris. Pourquoi t'es pas revenu plus tôt ? Il y a eu un problème ?

- Non... rien de spécial.

Sanzu se serait mis des claques.

Si j'avais su, je n'aurais pas perdu du temps comme ça.

- Tu voulais me voir pour quoi ? reprit Draken. Tu as besoin d'un truc ?

Sanzu décida de jouer franc-jeu.

- Est-ce que tu sais où est Mikey ? Ça fait des jours qu'il n'est pas rentré chez lui, pas moyen de lui mettre la main dessus...

Draken se rembrunit.

- Non, je ne sais pas et je n'ai aucune envie de savoir...

Sanzu l'interrogea du regard et Draken poursuivit.

- C'est vrai que tu n'es pas au courant. Après la défaite du Tenjiku, Mikey a dissous le Toman...

- Quoi ? S'exclama Sanzu en se levant à demi.

Il ne s'attendait pas à cela. Ce gang, c'était tout pour Mikey. Pourquoi le faire disparaître maintenant ? Justement quand il était devenu le numéro un ? Au moment où toutes les racailles de Tokyo le reconnaissaient comme leur leader ? C'était à n'y rien comprendre...!

- Oui, il a dit que c'était le mieux à faire maintenant qu'on avait atteint le sommet. Nous, ça nous plaisait pas plus que ça, mais on n'a rien dit. Tu connais Mikey, on discute pas avec lui.

Sanzu se rassit.

- Oui... 

- Après, il a continué à se comporter comme d'habitude, enfin au début, et je me suis dit que ça changerait rien entre nous. On traînait ensemble, tout ça, mais petit à petit il a commencé à devenir de plus en plus distant. Et puis un jour, il y a à peu près deux semaines, il a disparu. Nous, on s'est inquiété, tu imagines, et on l'a cherché. Mais quand on l'a retrouvé, il nous a juste pété la gueule et il nous a dit de ne plus jamais revenir.

À côté de lui, Sanzu demeurait silencieux. Cela correspondait avec ses propres observations.

- Je vois, dit-il enfin.

Draken reprit.

- Je sais que toi et lui, vous êtes super proches, mais si j'ai un conseil à te donner, c'est de laisser tomber. Mikey était différent ce jour-là. C'était plus le type que je connaissais.

à suivre…


Chapter 33: Retrouvailles

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Retrouvailles


         Bien évidemment, Sanzu n'avait aucune intention de suivre le conseil de Draken.

Mon Roi a besoin de moi. Je dois être à ses côtés. Surtout maintenant.

Fort de cette conviction, il se remit à le chercher avec acharnement.

Où Mikey pouvait-il bien se cacher ? Où avait-il trouvé refuge ? Il n'était pas riche et il n'avait aucune autre famille désormais en dehors de son grand-père. Si l'on ajoutait à cela qu'il avait un véritable talent comme meneur d'hommes, il n'y avait qu'une seule réponse possible. Mikey était en train de monter un nouveau gang, Sanzu en était sûr. Par conséquent, c'était dans les bas-fonds de la ville qu'il fallait chercher.

Dès le lendemain, il se mit à écumer les coins les plus louches de la capitale. Il se rendit dans tous les bars, restaurants miteux et autres bouges qu'il connaissait, l'oreille aux aguets. Son objectif était de récolter le plus d'informations possible sur le milieu et d'apprendre tout ce qui se disait à propos des nouveaux venus et de ceux qui faisaient parler d'eux. Un homme de la trempe de Mikey ne passerait pas inaperçu, il en était convaincu.

Et il avait raison.

Deux semaines plus tard, Sanzu trouva une piste.

Il était alors attablé dans le fond d'une gargote qui abritait plus de cafards que de clients, devant un hamburger qu'il n'avait aucune intention de toucher. Deux types non loin, des yakuzas au vu de leurs tatouages, évoquèrent à mi-voix la guerre que se livraient les hangures[1] des quartiers de Roppongi et Omotesandō.

– Les Abyss se sont faits démonter, murmura l'un en sirotant sa bière. Et le gang fondé par Kuwamoto, le petit fils du vieux Nakano, a mordu la poussière lui aussi.

– J'en ai entendu parler, dit l'autre. Il paraît qu'une bande de petits nouveaux a fait son apparition et que leur chef est invincible.

Sanzu frémit. Il avait enfin trouvé ce qu'il cherchait.

Les jours suivants, il s'efforça d'en apprendre davantage sur ce nouveau gang. Ce fut plus facile qu'il le pensait. Ce dernier avait en effet entrepris de nettoyer méthodiquement tout le sud de la ville, chassant un à un tous les malfrats de leur territoire.

Lorsque Sanzu entendit son nom pour la première fois, il eut du mal à réfréner son excitation.

Le Kanto Manji Kai.

C'était Mikey, c'était bien lui ! Il n'y avait aucun doute !

Il ne restait plus maintenant qu'à trouver le moyen d'entrer en contact avec lui.

Après avoir passé une dizaine de jours à sillonner le quartier de Shinsen à l'ouest de Shibuya, le dernier endroit où on les avait vus, Sanzu se posta non loin de la planque d'un des derniers gangs qui n'avait pas encore été écrasé.

Tôt ou tard, il en était certain, Mikey et son nouveau gang feraient leur apparition. Il n'avait plus qu'à attendre.

Une semaine plus tard, une moto dont le bruit lui était familier fit son apparition et la Babu de Mikey se profila à l'angle de la rue.

 

 

~⊱🜲⊰~

 

 

Mikey était venu seul, vit Sanzu, et quand il franchit le seuil de la zone de stockage désaffectée sous la bretelle d'autoroute, tous les types qui se trouvaient là se levèrent comme un seul homme.

L'affrontement débuta, mais ce ne fut pas vraiment un combat, ce fut clairement une exécution.

Mikey ne fit pas de quartier, ses coups touchaient leur cible à chaque fois et, peu après qu'il ait posé le pied à l'intérieur, tous ses adversaires étaient au sol.

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Sanzu était éberlué. Mikey était encore plus fort qu'avant ?

Ou bien est-ce que ce sont ses pulsions qui ont fait ça ? Comme le jour où il m'a frappé ?

À ce souvenir, il effleura ses cicatrices sous son masque.

Impossible de le savoir à cette distance. Il allait devoir s'approcher. De toute façon, s'il voulait lui parler, il n'avait pas le choix.

Une partie de lui était effrayée à l'idée de se retrouver de nouveau face à cet autre. Mais une autre, elle, bouillonnait d'impatience à la pensée de revoir ce Mikey impitoyable et tout puissant.

Mikey retourna vers sa Babu qu'il avait laissée le long du trottoir et son manteau blanc, frappé du logo du Kanto Manji, vola derrière lui. Il n'était même pas essoufflé.

Lorsqu'il passa à sa portée, Sanzu sortit de l'ombre et il s'immobilisa.

Un instant, tous les deux se firent face.

– Sanzu... Murmura Mikey.

Il n'y avait aucune trace de sourire sur son visage, mais il n'y avait pas non plus cet éclat malsain et dangereux dans son regard. C'était Mikey. Pas l'autre.

– Mikey, répondit Sanzu en faisant un pas en avant, si tu savais comme je suis content de te voir !

Il était sincère. Jusqu'à cet instant, il ne s'était pas rendu compte à quel point la présence de celui à qui il avait dédié sa vie lui manquait.

Mikey l'ignora. Il le dépassa pour rejoindre sa moto.

Sanzu vint se remettre sur son chemin.

– Attends ! Laisse-moi juste te parler !

– Tu veux quoi ? Lui demanda Mikey. Tu n'as pas vu les autres ? Tire-toi si tu ne veux pas subir le même sort !

– Oui... j'ai vu Draken, avoua Sanzu, et il m'a expliqué ce que tu leur as dit. Mais je m'en fous, cognes-moi si tu veux mai...

Avant qu'il ait fini sa phrase, le pied de Mikey l'atteignit à la tempe et il se sentit partir en vol plané.

L'impact contre le mur du bâtiment lui coupa le souffle et il glissa jusque sur le sol sans réussir à tenir sur ses jambes.

Durant une seconde, il fut incapable de parler, comme si l'air refusait d'entrer dans ses poumons. Les yeux écarquillés et la tête douloureuse, il vit approcher les bottes de Mikey.

– Tu veux que je te cognes ? D'accord, s'il faut ça pour que tu partes, je vais te frapper jusqu'à ce que tu dégages.

Un rire franchit les lèvres de Sanzu.

– Tu ne pourras jamais me frapper assez fort pour ça, Mikey.

Le poing de Mikey s'écrasa dans sa poitrine et Sanzu sentit une douleur sourde irradier dans tout son torse. Plié en deux sur le sol, il toussa et cracha pour essayer de reprendre sa respiration.

– Alors là, dit Mikey, laisse-moi en douter.






Sanzu se fit passer à tabac. Chacun des coups de Mikey avait la puissance nécessaire pour le mettre KO. Pourtant Sanzu résistait. Il ne se relevait pas – il en aurait été incapable –, mais son regard disait clairement qu'il n'avait pas abandonné.

Finalement, Mikey le laissa tomber sur le sol et il tourna les talons, le laissant étendu sur le sol au coin de la rue déserte.

Un nouveau rire monta de la gorge de Sanzu.

– C'est tout ? Dit-il, couché sur le dos et les bras en croix. Tu fais les choses à moitié maintenant Mikey ? Je suis toujours en vie je te signale...

Il prit appui sur le sol et réussit à se redresser à genoux. Il n'était pas une parcelle de son corps qui ne le fit pas souffrir, pourtant il se sentait mieux que jamais.

– Si tu veux te débarrasser de moi, souffla-t-il une lueur hallucinée dans le regard, il va falloir me tuer.

Mikey revint sur ses pas. Il l'attrapa par le col et l'écrasa par terre. 

À cheval sur son torse, il se mit à le cogner comme il l'avait fait autrefois avec Kazutora.

Autour d'eux, les bâtiments, pour la plupart d'anciens commerces désormais fermés, semblaient assister à la scène de leurs vitrines comme des yeux aveugles.

Lorsque Mikey se redressa, cette fois Sanzu ne riait plus.

Pendant un instant, Mikey contempla le corps de son ami d'enfance, allongé là, puis il lâcha :

– C'est mieux comme ça, Sanzu. Le Mikey que tu connaissais n'existe plus. Il est mort. Oublie-moi.

Il alla ramasser son manteau qui était tombé durant la correction, mais contre toute attente, derrière lui, Sanzu reprit.

– Il n'y a rien à faire... je ne peux pas... alors tue-moi...

Mikey se figea. Les poings serrés sur son manteau, il sentit son cœur battre à la volée.

– MAIS QU'EST-CE QUI NE VA PAS AVEC TOI ? Cria-t-il sans se retourner. POURQUOI TU NE PEUX PAS PARTIR COMME LES AUTRES ? PUTAIN LÂCHE L'AFFAIRE ! TU AS DÉJÀ OUBLIÉ LES CICATRICES QUE JE T'AI FAITES ?

Rassemblant ses forces, Sanzu se releva à nouveau. Il chancela jusqu'à Mikey et laissa tomber son front sur son épaule.

– Non... j'ai pas oublié... je n'ai rien oublié...

Devant ses yeux toutefois, c'était l'image d'un Mikey émacié étendu dans un lit d'hôpital qui s'était imposée. Ce Mikey qu'il avait vu mourir sans pouvoir rien y faire.

– ... rien du tout, continua-t-il. Mais tu sais, Baji et moi, on est pareil... on est deux idiots qui resteront tes alliés jusqu'à la fin. C'est comme ça, on peut rien y faire.

Il sentit le frémissement qui traversa Mikey.

à suivre…


Notes:

1Hangures, délinquants qui ne sont plus des bōsōzokus – ces motards en uniformes de gangs et aux engins tunés – mais pas encore des yakuzas. Hangure, 半グレ, cela signifie littéralement half grey, demi gris.[retour]

~⊱🜲⊰~

NDA : Si on y réfléchit bien, Sanzu vit avec le souvenir d'avoir vu Mikey mourir après sa chute. Ce doit être le genre de choses qui peut te rendre dingue je pense...
(・_・ )ゝ

Chapter 34: Vengeance

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Vengeance


          Lorsque Sanzu les rejoignit, les tentacules du Kanto Manji avaient déjà commencé à s'étendre dans le sud de Shibuya et à progresser vers le nord et Shinjuku. L'objectif de Mikey était clair : mettre la main sur la capitale puis sur le Kanto tout entier.

Dans ce but, il s'était adjoint un collaborateur : Kokonoi Hajime, l'ancien Black Dragon recruté d'abord par Taiju Shiba puis par Izana Kurokawa pour ses capacités financières.

Kokonoi avait un don pour faire de l'argent. Il avait commencé à monter des escroqueries alors qu'il était encore au collège et aujourd'hui son talent était reconnu par tous. Au fil des années, il s'était en plus constitué un réseau de connaissances au sein de la pègre qui faisait désormais de lui un élément indispensable pour un gang.

– Nous allons mettre la main sur le crime organisé de ce pays, lui avait expliqué Mikey, et nous allons régner sur le milieu. Je n'ai aucune envie d'attendre qu'un autre le fasse. Ce que je veux, je le prends.

Koko avait ricané.

– Tu parles comme Izana, lui avait-il répliqué.

La remarque avait surpris Mikey.

– Oui, tu as raison. Il faut croire qu'il avait vu juste dans ce domaine. Pour des gens comme nous, il n'y a qu'un seul moyen de vivre en paix, s'emparer du pouvoir.

Koko avait décidé de le suivre.

– Ok, Boss. Après tout, on dit que rien ne t'est impossible !

Un mois plus tard, leur clan commençait à être connu du milieu et Mikey disparut de la circulation.

L'arrivée de Sanzu coïncida avec une nouvelle vague d'expansion du Kanto Manji. Un à un, il écrasa et absorba tous les petits gangs qu'il rencontrait sur son passage jusqu'à ce qu'il ne reste plus personne pour leur tenir tête dans Shibuya. 

Le plus souvent, Mikey les affrontait seul et cet exploit contribua à forger sa légende. Le leader invincible était de retour.

L'été touchait à sa fin lorsque Sanzu put enfin mettre à exécution un plan qu'il préparait de longue date. Celui de se venger de Mucho.

Ce jour-là, l'ancien capitaine du Toman sortait de prison après avoir purgé sa peine. Sanzu l'attendait à la porte du centre de détention, appuyé contre la voiture que Koko lui avait prêtée.

– Chef.

– Sanzu ?

Ce dernier lui adressa un sourire faux sous son masque.

– Ça fait du bien de te voir, chef.

 

 

 

 

Tous les deux montèrent à bord de la voiture et Sanzu prit le volant.

– Ça fait longtemps que tu attendais ? Lui demanda Mucho.

– J'aurais attendu le temps qu'il fallait, chef.

Sa réponse fit sourire Mucho.

– Ça me fait plaisir de te voir, comment tu vas ? C'est un nouveau look ?

Il désigna le costume trois pièces que Sanzu avait enfilé pour l'occasion, laissant la veste pliée sur le siège arrière.

– Oui... Un nouveau look, dit-il, pour une occasion spéciale.

Sanzu avait laissé tomber les uniformes de gangs quand il avait compris la portée du projet de Mikey. Les malfrats, les vrais, ne s'habillent pas comme des gamins qui traînent dans la rue.

Tous les deux roulèrent en silence et Sanzu arrêta la voiture au bout du quai numéro sept, au port de Yokohama, à l'endroit où s'était déroulée la bataille contre le Tenjiku. Ce lieu représentait à ses yeux toute la trahison de Mucho.

C'est ici que Mikey a été obligé de se battre alors qu'il venait de perdre sa sœur... Ici qu'il a décidé de dissoudre le Toman et de mettre fin à ses rêves... C'est ici qu'il a abandonné tout espoir... C'est un endroit que tu n'aurais jamais dû quitter, sale traître !

Sanzu coupa le contact et il sortit de la voiture. Mucho l'imita et il rejoignit le bord des flots, intrigué. La nuit était en train de tomber sur le port et les reflets de la lune sur la mer étaient magnifiques, surtout pour lui après tout ce temps passé en prison.

Derrière lui, Sanzu fourrageait dans le coffre de la voiture. Durant des mois, il avait réfléchi au meilleur moyen d'en finir avec Mucho. La première pensée qui lui était venue, c'était un couteau, comme cette fois-là, avec Takeomi. Avec un couteau, il pourrait sentir sa lame s'enfoncer dans son bide et il aurait le temps de lire la surprise et peut-être même la peur sur son visage.

En plus, si je m'y prends bien, il souffrira avant de crever.

Mais il avait rapidement écarté cette idée.

C'est pas assez... spectaculaire ! Je veux quelque chose de plus impressionnant ! Quelque chose qui marque ! Un flingue peut-être ?

Il n'avait aucun doute que Koko pourrait lui en procurer un sans problème. Mais est-ce que c'était vraiment ce qu'il voulait ?

Un flingue... Ça me rappellerait trop ce bâtard de Kisaki. Non, il faut autre chose...

Son regard était tombé sur le sabre accroché au mur de leur salon, une arme qu'il adorait manier quand il était plus jeune. Leur père était un homme féru d'histoire qui aimait collectionner les objets d'art. La plupart n'intéressaient pas Sanzu, mais ce sabre – que leur père disait avoir appartenu à un samouraï – l'avait toujours fasciné.

C'est ça qu'il me faut ! L'outil idéal pour une exécution dans les règles de l'art !

Il s'était alors emparé de l'arme, avant de disparaître.

Les jours suivants, il s'était entraîné. Pas question de trembler ou de rater son coup le moment venu, puis il l'avait soigneusement rangé en attendant ce jour.

Lorsque Mucho se tourna vers lui, Sanzu frappa.

– CRÈVE SALE TRAÎTRE ! 

L'expression surprise qui se peignit sur le visage de Mucho était exactement ce qu'il voulait voir.  La stupeur. La confusion. La peur. Mucho tomba à genoux sur le quai et, au-dessus de lui, Sanzu retira son masque pour le balancer de côté. Il voulait que ce traître le voit sourire, qu'il comprenne qu'il n'avait jamais été dupe.

– Sanzu... 

– Je t'avais prévenu le vieux, répondit Sanzu, le Roi est plus important que tout le reste. Je te l'avais dit pourtant.

Puis il frappa à nouveau. 

Des larmes de douleur coulèrent sur le visage de Mucho et il tomba face contre terre.

Alors c'est ça... le prix de ma trahison ? Songea-t-il.

Sa main tenait sa plaie, comme pour empêcher la vie de s'en échapper. Mais il était trop tard, la blessure était profonde et il n'y survivrait pas.

Étendu, là, il rassembla ses dernières forces.

– Sanzu... Murmura-t-il. C'est toi qui a raison... Je n'aurais jamais dû faire ce que j'ai fait... Alors je suis content... que tu aies fait le nécessaire... que ce soit toi qui l'aies fait... Ne t'en veux pas, ok ? Ne te le reproche jamais...

Sanzu le regarda, surpris. Mais il n'eut pas le temps de répondre. La vie avait quitté les yeux du capitaine.

 

 

 

 

Durant un long moment, Sanzu resta là, à contempler le cadavre.

À l'origine, il comptait le laisser pourrir là pour que les flics le découvrent. Ça ferait un exemple pour tous les ennemis de Mikey. En plus, il était bien placé pour savoir qu'il n'était pas si facile de remonter jusqu'à un coupable lorsqu'on avait si peu de preuves et aucune piste.

Mais tout à coup, il n'en avait plus envie.

Il voulait le voir disparaître, s'effacer de sa vie. Lui. Et ses dernières paroles.

Qui t'a dit de me pardonner, bâtard ? J'ai pas besoin que tu me réconfortes !

Il retourna fouiller dans le coffre et dénicha une sangle et un cric de levage qui pesait son poids et ferait office de lest. Après lui avoir lié les pieds, il le traîna jusqu'au bord de la jetée et il le poussa dans l'eau.

Lorsque les bulles cessèrent de remonter à la surface, il se remit au volant et quitta les lieux, satisfait.

à suivre…


Chapter 35: Brahman

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Brahman


          L'expansion du Kanto Manji fut stoppée net par la montée en puissance de deux autres gangs. Le Brahman, qui s'était adjugé le quartier de Shinjuku, et le Rokuhara Tandai qui avait pris ses marques dans la zone portuaire. Tous les deux enserraient le territoire du Kanto Manji situé sur Shibuya et la situation, un temps chaotique, entra dans ce que l'on appela l'Ère des Trois Cieux.

Installé dans le bureau de Koko, Sanzu nettoyait son sabre pour la quatrième fois de la journée.

Koko lui jeta un coup d’œil, mais il préféra ne pas faire de remarque. Sanzu n'était pas ce qu'on pouvait appeler un garçon équilibré. Après tout, il n'avait pas hésité à se laisser cogner quasiment à mort par Mikey pour rejoindre leurs rangs.

Sanzu leva sa lame et fit des moulinets avec.

– Tu as vu ? Il est vraiment parfait ! 

– Du moment que tu le gardes loin de moi, répliqua Koko, je veux bien l'admirer aussi.

Depuis quelque temps, Sanzu ne se séparait plus de ce sabre. Il le traînait partout, l'astiquait à longueur de journée et l'admirait à tout bout de champ, comme un doudou.

Sanzu lui fit un clin d'œil.

– Si tu n'es pas un traître, tu n'as rien à craindre ! Je ne découpe que les traîtres !

L'exécution de Mucho l'exaltait encore.

– À la bonne heure, fais des sushis de traîtres si ça te chante, mais à distance.

Sur le canapé, Sanzu éclata de rire.

– Des sushis de traîtres ! Excellent ! C'est bien trouvé ! Je fais des sushis de traîtres pour Mikey !

Ça aussi, ça mettait Koko mal à l'aise, cette espèce d'obsession malsaine de Sanzu pour Mikey.

Contrairement aux autres membres du gang, Sanzu ne voyait pas Mikey comme un chef, mais plutôt comme une sorte de dieu tout puissant qui avait droit de vie et de mort sur lui.

Pas net le gars...

Par le passé, il n'avait jamais vraiment fréquenté Sanzu. Pour lui, il n'était que le second de Mucho. Un type un peu effacé et sans substance qui se contentait d'obéir aux ordres.

Mais je me suis bien planté... C'est un barjo sur toute la ligne.

Finalement Sanzu se leva, non sans faire pirouetter une nouvelle fois son sabre pour l'admirer.

– J'y vais, j'ai un truc à faire, ne m'attends pas !

Koko le regarda sortir.

– Comme si j'allais t'attendre, espèce de cinglé... Dit-il une fois la porte fermée.

Il avait autre chose à faire que de s'occuper des dernières lubies du bras droit de Mikey.

Depuis quelques semaines en effet, les deux gangs qui étaient au niveau du Kanto Manji avaient commencé à accentuer leur pression sur Shibuya en profitant de leurs positions. Le Brahman surtout l'inquiétait parce qu'on ne savait quasiment rien de cette organisation.

Apparu six mois plus tôt, il avait bâti son fond de commerce sur des combats clandestins. Ces derniers lui procuraient des revenus conséquents et en plus, ils leur permettaient de tester leurs hommes avant de les recruter. Un système qui leur permettait de faire d'une pierre deux coups.

Celui qui a mis ça au point est loin d'être un novice dans le monde des gangs... 

Il n'en savait pas plus toutefois et c'était cela qui le dérangeait.

À côté, le Rokuhara Tandai était un livre ouvert. Mené par Minami Terano – South – il avait entamé son expansion il y a peu après avoir, paraît-il, intégré dans ses rangs les membres de la S62 à peine sortis de prison. Ça restait à vérifier. Selon les rumeurs, Terano avait placé Kakucho à la tête du gang après l'avoir écrasé en un contre un, se réservant pour lui-même la place de représentant. Cela dit, même si c'était vrai, ça ne changeait rien, celui qui donnait les ordres, c'était South, une brute de plus de deux mètres, moitié brésilien, moitié japonais, qui avait fait ses premières armes dans les favelas de Rio.

Autant dire que le monde du crime japonais doit doucement le faire rigoler en comparaison...

Koko ramena les yeux sur les papiers portant les informations sur les deux gangs que ses hommes lui avaient rapporté et il soupira.

– Enfin... Il va bien falloir trouver un moyen de se débarrasser de l'un comme de l'autre.





Sanzu laissa derrière lui le bâtiment qui abritait les locaux du Kanto Manji, un hôtel de luxe en plein cœur de Shibuya, et il jeta un œil vers le ciel. Le soleil était haut et il tapait fort en dépit de l'automne qui avançait. Si ça n'avait tenu qu'à lui, il ne serait pas sorti. Mais il n'avait pas le choix.

Mieux vaut se débarrasser de cette corvée.

Il se dirigea vers la gare et la place située à deux pas de là où il avait rendez-vous.

Depuis plusieurs jours, il ne cessait de recevoir des messages et des appels, toujours de la même ennuyeuse personne.

Au début, il les avait ignorés et avait même pensé à bloquer le numéro. Mais il ne l'avait pas fait.

Faut juste que je sois patient... finira par se lasser...

Cependant les appels et les SMS avaient continué à pleuvoir, devenant même plus nombreux et plus longs de jour en jour. Alors il avait fini par céder et lui donner rendez-vous.

Juste pour en finir une bonne fois pour toutes et avoir la paix.

Lorsqu'il arriva en vue du petit glacier devant lequel ils devaient se retrouver, une silhouette familière se retourna et commença aussitôt à lui faire de grands signes.

– Haru Nii ! Je suis là !

Sanzu soupira.

C'était elle qui le harcelait depuis des jours. Senju. 

Il la rejoignit sans l'ombre d'un sourire et sa petite sœur vint à sa rencontre d'un pas sautillant.

– Haru Nii ! Ça fait longtemps ! Comment tu vas ?

– Qu'est-ce que tu me veux ? 

Rien que sa vue le hérissait. Il n'arrivait pas à oublier toutes les brimades qu'il avait subies par sa faute quand ils étaient petits.

C'était il y a des années, je ne suis plus le même homme maintenant.

– Je voulais te parler d'un truc incroyable ! On va manger une glace pour en discuter ?

Elle lui désigna le petit glacier voisin, mais Sanzu ne tourna même pas la tête.

– Je ne veux pas d'une glace.

– Ah...

Elle baissa la tête et Haru soupira. Il avait beau ne pas la porter dans son cœur, elle restait sa petite sœur. Il lui montra du menton le carrefour, plus loin.

– Il y a un Cozy Corner là-bas, allons-y.





 

Tous les deux s'installèrent en terrasse. Senju s'assit, radieuse, en face de son frère.

– Tu sais quoi ? Dit-elle. Take Nii est rentré ! Enfin je lui ai un peu forcé la main, mais le plus important c'est qu'il est revenu à la maison ! Il ne manque plus que toi et nous serons de nouveau une famille !

– Hmm...

Il avait commandé un cheesecake. Au moins la journée ne serait pas totalement perdue. Senju prit pour elle une part de fraisier et dès que la pâtisserie fut déposée sur la table, elle enfourna une grosse cuillère dans sa bouche. Elle avait toujours ces manières grossières de garçon manqué, remarqua-t-il. Mais ça n'était pas son problème.

– Alors ? Dit-il. De quoi tu voulais me parler ?

Elle avala et reprit.

– J'ai monté une équipe ! J'ai pris tous les types les plus forts que j'ai pu trouver et Take Nii a accepté de m'aider ! Tu en as peut-être entendu parler ? Elle s'appelle le Brahman !

Sanzu tiqua, mais Senju poursuivit sans s'en apercevoir.

– C'est moi le boss ! Dit-elle avec une pointe de fierté. Et la première génération du Black Dragon est avec moi !

– Vraiment ? 

Il feignit l'indifférence, mais en silence il songea :

Voilà une information qui intéressera beaucoup Koko.

Senju hésita avant de reprendre.

– Haru Nii, rejoins-nous... Nous sommes une famille et avec toi à nos côtés, on est sûr de réussir...

Sanzu venait de finir sa part de gâteau. Il se leva et déposa un billet sur la table.

– Ça ne m'intéresse pas. Vous et moi, on est ennemis. N'essaie plus de me recruter à partir de maintenant.

à suivre…


Chapter 36: Une famille

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Une famille


          Sanzu avait vu juste sur un point, les informations que Senju lui avait confiées de façon étourdie n'étaient pas tombées dans l'oreille d'un sourd.

– Et tu sais pourquoi elle a fait ça, créer une team ? Demanda Mikey.

Tous les trois étaient rassemblés dans ce qui leur servait généralement de quartier général et de salle de réunion en même temps, le bureau de Koko.

Sanzu secoua la tête.

– Non, elle m'a juste dit qu'elle avait recruté la première génération du Black Dragon et que Takeomi était avec elle. J'imagine qu'il lui sert de bras droit.

Koko claqua de la langue.

– Quand je disais que ceux qui se trouvaient à la tête du Brahman n'étaient pas des novices, je ne pensais quand même pas à eux ! 

Debout à la fenêtre, les mains dans les poches et le visage vide, Mikey regardait dehors. Il avait beaucoup changé depuis la création du Kanto Manji. C'en était fini désormais du chef désinvolte et enjoué qui ne pensait qu'à s'amuser. À présent, il était sombre et restait le plus souvent plongé dans ses pensées.

– Ça ne change rien à nos plans, dit-il enfin, on les écrasera, eux comme les autres.

Il jeta un œil à Sanzu par-dessus son épaule et ajouta :

– Si ça te pose un problème, Sanzu, il est encore temps de partir.

 

 

 

Une fois dans le couloir, Sanzu fulmina.

– Espèce de sale petite conne ! À cause de tes histoires, Mikey se pose des questions sur ma loyauté maintenant ! Après tout ce que j'ai fait pour en arriver là, il a fallu que tu ramènes ta sale gueule ! Tu passes vraiment ta vie à me pourrir l'existence !

S'il l'avait eu sous la main, il n'aurait pas pu se retenir de lui écraser son poing dans sa figure.

Finalement il s'immobilisa et se mordilla nerveusement l'ongle du pouce tout en faisant les cent pas. Depuis la mort de Mucho, il avait pris l'habitude de laisser ses cicatrices à découvert, de ne plus porter de masque. Rien à foutre que les gens voient en lui un monstre. Au contraire, c'était même parfait. Un monstre, on s'écartait sur son passage.

– Non... Ce n'est peut-être pas si mal que ça en réalité. Grâce à elle, je vais pouvoir prouver à Mikey que ma fidélité ne va qu'à lui et à lui seul. Quel que soit l'adversaire qu'on a en face de moi, je l'écraserai et c'est tout. Comme ça, il verra que même ma sœur ne m'arrêtera pas. Voilà, je vais nous débarrasser de cette punaise et ensuite, plus jamais Mikey ne doutera de moi. C'est ça, c'est ce que je vais faire !



 

 

Les mois suivants se passèrent en escarmouches et affrontements de moindre importance entre les trois clans. Personne, pour l'heure, ne voulait engager toutes ses forces dans la bataille et chacun, de son côté, s'appliquait à renforcer ses effectifs en vue de la guerre qui finirait inévitablement par éclater.

Dans le cas du Rokuhara Tandai, cela signifiait rallier tous les anciens sous-fifres de la génération brutale, la S62. 

Les frères Haitani écumèrent Roppongi à la recherche des hommes qu'ils avaient soumis du temps où ils régnaient sur le quartier tandis que Shion Madarame et Mochi, deux anciens chefs de gangs, rassemblèrent tous ceux qui s'étaient autrefois battus à leurs côtés.

Aucun d'eux ne savait ce qu'il était advenu de Mucho, mais tous se doutaient qu'il n'avait pas disparu par accident.

– Quelqu'un l'a buté, dit un jour Shion. J'en suis sûr.

– Évidemment et alors ? Avait rétorqué Ran. Chacun de nous a des ennemis, tu n'étais pas au courant ?

– On peut mourir demain, avait ajouté son frère en levant son verre – il buvait de plus en plus –, raison de plus pour en profiter !

Durant cette période, seul Kakucho resta en retrait. Il n'avait rejoint le Rokuhara Tandai que parce que South l'y avait contraint. Mais en vérité, il n'avait eu aucune intention de revenir dans le monde des gangs après le désastre du Kanto. À ses yeux, sans Izana, tout cela n'avait plus aucun sens. 

Au fil des mois, il avait commencé à comprendre autre chose : si l'on ne s'emparait pas du pouvoir, un autre le faisait à votre place. Comme South. Ensuite, lorsque vous vous retrouviez enchaîné, il était trop tard pour se plaindre. Kakucho avait voulu renoncer au monde des gangs, mais le monde des gangs ne comptait apparemment pas renoncer à lui.

– Tu comptes faire la gueule comme ça jusqu'à la fin de tes jours ? Lui asséna Ran un soir.

Kakucho lui adressa un regard qui en aurait fait reculer plus d'un, mais pas Ran Haitani. Ce dernier avait beau savoir qu'il n'était pas de taille, cela ne l'empêchait pas d'aimer jouer avec le feu.

– Laisse, grand frère... Rajouta Rindō. Tu vois bien que Kakucho le Bagarreur est tout grognon !

Kakucho préféra ne pas répondre. Il n'y en avait pas un pour rattraper l'autre dans cette famille. Mieux valait s'occuper de ce qui comptait vraiment, trouver un moyen de mettre fin à cette guerre le plus rapidement possible.

L'été était de retour sur la capitale, lorsque Sanzu recommença à recevoir des messages de sa sœur. Comme la fois précédente, elle laissait appel sur appel, saturait sa boîte vocale et insistait pour le voir au point qu'il fut pris de l'envie d'envoyer l'appareil se fracasser contre un mur.

Elle s'imagine que je ne vois pas ses messages pour m'en envoyer autant ou quoi ?

Il finit par céder, non parce qu'il avait envie de la voir, mais parce qu'il se disait qu'il pourrait de nouveau glaner des informations qui pourraient servir la victoire du Kanto Manji.

Elle est tellement stupide que ce sera un jeu d'enfant.

Senju lui donna rendez-vous un soir à Trinity Land, un parc d'attractions situé au cœur de la ville.

Lorsqu'il arriva, elle était déjà attablée à la terrasse d'un glacier, son uniforme du Brahman sur le dos.

– Tu étais obligée de venir habillée comme ça ? Lui dit-il en s'asseyant.

Elle leva la tête, la cuillère dans la bouche et les joues distendues par la glace, on aurait dit un hamster. Sanzu ne put retenir un reniflement amusé.

Elle ne changera jamais...!

Senju baissa les yeux sur sa tenue.

– C'est parce que je me sens plus à l'aise là-dedans.

– Peut-être, mais c'est pas prudent. Imagine que quelqu'un te reconnaisse ? 

Le sourire que Senju lui retourna était lumineux.

– C'est bon ! Je ne risque rien ! Je suis avec mon grand frère !

Puis elle replongea dans sa glace.

– En plus, reprit-elle, je suis devenue vraiment forte tu sais... Même Waka le dit... Je ne suis pas le boss du Brahman pour rien.

Encore cette histoire.

Sanzu ne comprenait pas comment une gamine avait pu se hisser à la tête du Brahman. Dans son esprit, il ne faisait aucun doute que c'était Takeomi qui tirait les ficelles et qu'il se servait de Senju comme marionnette.

Un pli contrarié creusa l'espace entre ses yeux. Rien ne changeait jamais dans cette famille.

– Qu'est-ce que tu me veux cette fois ? Grommela-t-il.

– La même chose que la dernière fois Haru Nii, répondit Senju avec franchise. Rejoins-nous. Toi et moi, on peut encore arrêter tout cela. Il n'est pas trop tard ! Si tu viens au Brahman, Mikey nous écoutera, c'est sûr ! Alors la guerre pourra être évitée et...

Comme la fois précédente, Sanzu se leva sans la laisser finir.

– C'est tout ce que tu avais à me dire ? Tu m'as vraiment fait déplacer juste pour ça ? Tu n'as pas l'air d'avoir saisi qui je suis. Je suis le bras droit de Mikey ! Le second du Kanto Manji ! Pas l'un de tes subalternes ! Je ne vous rejoindrai jamais, combien de fois je dois te le dire ?

Il était furieux que Senju n'arrive pas à se rentrer dans la tête qu'il ne trahirait jamais Mikey. En plus, il imaginait Takeomi manipulant leur sœur dans l'ombre pour le ramener vers le Brahman et se servir de lui pour écraser Mikey et cela l'énervait encore plus.

Il rêve s'il croit qu'il va pouvoir m'utiliser comme elle !

Il tourna les talons, mais, au même moment, il vit du coin de l'œil Senju se redresser à toute vitesse.

Avant d'avoir compris ce qui se passait, elle se jeta entre lui et les fourrés voisins et un claquement, comme un bruit de pétard, fit lever toutes les têtes. Sanzu entendit un homme jurer.

– Merde ! Je l'ai manqué ! On dégage !

Deux types vêtus de noir et portant un masque prirent la fuite et Sanzu remarqua l'éclat métallique dans la main de l'un d'eux. Quelque chose qui ressemblait à un... flingue.

Senju tomba et Sanzu vit une flaque sombre se former autour d'elle. Il ne parvenait pas à comprendre ce qu'il venait de se passer. 

Autour d'eux, la pluie se mit à tomber.

Qu'est-ce que... ?

Il s'accroupit près d'elle, abasourdi.

– Senju... Murmura-t-il. Sen...

– Haru Nii... Tu vas bien... ? Ils ne t'ont pas fait de mal ?

Sa voix était à peine plus qu'un murmure. Sanzu secoua la tête.

– Je n'ai rien... 

– Je t'avais dit... que j'étais devenue vraiment... très forte...

Elle sourit, hoqueta et un filet de sang coula au coin de sa bouche.

La balle l'avait touchée en pleine poitrine.

– Tout ce que je voulais... dit-elle, c'était qu'on soit de nouveau une famille... Je me disais, si je gagne, Haru Nii reviendra et nous serons ensemble... Je voulais juste... ma famille.

Puis son regard s'éteignit. Elle était partie.

à suivre…


Notes:

NDA : Je sais que dans le manga, c'est Takemichi qui se trouve avec Senju à ce moment-là et que c'est pour le sauver lui qu'elle sacrifie sa vie. Mais je suis tombée sur un fanbook où Senju perdait la vie en sauvant son frère et donnant naissance à la timeline du Bonten, je l'ai trouvé tellement bouleversant, que j'ai eu envie d'inclure ce passage...
(˚ ˃̣̣̥⌓˂̣̣̥)

Chapter 37: La guerre des Trois Cieux

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

La guerre des Trois Cieux


          Sanzu resta ainsi, le corps de sa sœur entre les bras, pendant que la pluie tombait autour de lui. Il lui semblait qu'un poids, comme une enclume, venait de se poser sur sa poitrine et refusait d'en partir, l'empêchant de respirer.

Ce furent les secours qui la lui retirèrent. Il reprit alors ses esprits, se leva et se faufila dans la foule qui s'était rapprochée avant qu'un flic ne lui pose des questions.

Ensuite, il marcha longtemps, sans but, dans les rues de Tokyo. La pluie tombait toujours plus fort sur la ville, elle plaquait ses vêtements et ses cheveux sur sa peau, mais il ne la sentait pas.

Senju... est morte ?

Il n'arrivait pas à le réaliser.

Un instant plus tôt, ils parlaient, elle riait, la bouche pleine, comme une gosse, et la minute suivante son corps froid reposait entre ses bras.

Comment...?

Il était incapable d'ordonner ses idées, de décider ce qu'il devait faire.

Puis Mikey lui revint à l'esprit et il tourna les talons pour rejoindre l'hôtel en courant.

Il devait lui dire ! Il devait lui apprendre à Koko et à lui ce qui était arrivé !

Mikey saura quoi faire ! Il sait toujours quoi faire !




 

Ce fut un Koko grimaçant qui lui ouvrit lorsque Sanzu frappa, dégoulinant de pluie.

– Les parapluies, tu connais ? Lui dit-il.

Sanzu le bouscula et il entra sans se soucier de sa remarque.

– Senju est morte ! Deux types l'ont butée !

Mikey était là. Debout devant la baie vitrée, il contemplait la rue pluvieuse, le regard vide. Il se retourna et fixa son bras droit.

– Qu'est-ce que tu racontes, Sanzu ? 

Ce dernier s'efforça de rassembler ses esprits.

– On était à une terrasse... à Trinity Land... j'y étais allé parce qu'elle voulait me voir et que je me suis dit que je pourrais encore lui soutirer des infos... et là, des types sont sortis de nulle part, ils avaient un flingue et ils l'ont tuée !

Il n'arrivait pas à savoir s'il était triste ou en train de devenir fou. Puis la pensée lui vint tout à coup que Senju s'était interposée entre lui et l'arme.

C'est moi qui était visé ? Réalisa-t-il, stupéfait.

Ces gars, c'était pour le tuer lui qu'ils étaient venus. Il voulait abattre le second de Mikey, ils voulaient frapper le Kanto Manji en plein cœur !

Mais ils ont échoué, ce qui veut dire...

Sanzu serra les poings.

– Mikey...

Mikey hocha la tête. Il avait compris lui aussi. La mort de Senju allait bouleverser l'équilibre des forces. Il se tourna vers Koko.

– Rassemble nos hommes, on sort.


 



Le grondement des motos déchira le silence de la nuit, traversant le rideau de pluie qui s'abattait encore et toujours sur la ville. Mikey était en tête, sur sa CB250T, Sanzu à sa droite, un peu en retrait. Ce dernier avait été se changer avant de partir et il portait à présent l'uniforme blanc du Kanto Manji.

Mikey décéléra pour permettre à Sanzu de remonter jusqu'à lui. Il lui jeta un coup d'œil.

– Sanzu, comment est-ce que tu te sens ?

Il le regardait comme s'il s'attendait à le voir craquer, comme lui, le jour où Emma était morte. L'expression sur le visage de Sanzu ne l'aidait pas. Il avait l'air tout à la fois exalté et bouleversé.

– Je sais pas Mikey... J'en ai aucune idée...

Puis, après un silence, il ajouta :

– Mais on va les fumer, hein ? Les types qui ont fait ça ?

Pendant une fugace seconde, Mikey avait vu la lueur de détresse dans son regard. Il hocha la tête.

– C'est le plan, on va les détruire. Il n'en restera rien, je te le promets. Pour Senju.





Les informateurs payés par Koko surveillaient depuis des mois les mouvements de leurs adversaires. C'étaient eux qui les avaient prévenus que le Brahman et le Rokuhara Tandai s'étaient retrouvés sur un parking désert pour en découdre, juste sur la frontière entre Roppongi et Minato.

Mikey s'immobilisa à quelques dizaines de pas de l'affrontement. Terano était là, vit-il. On le reconnaissait facilement à sa taille, il dépassait tous les autres de la tête et du torse.

Les membres de la première génération du Black Dragon – Wakasa, Benkei et Takeomi, le grand frère de Senju et Sanzu – étaient là eux aussi. Waka et Benkei étaient en train d'affronter Terano. Mais ils étaient en train de perdre. Autour d'eux, c'était un massacre. Les hommes du Brahman, déstabilisés par l'annonce de la mort de Senju, se faisaient écraser.

– ALORS BRAHMAM ! Gueula South. C'EST TOUT CE QUE VOUS AVEZ DANS LE VENTRE ?

Takeomi passa à l'attaque à son tour et son poing cueillit Terano à la mâchoire.

Ce dernier recula à peine et sourit. Le coup de Takeomi ne lui avait presque rien fait.

Derrière l'épaule de Mikey, Sanzu se crispa. Son frère ne ferait pas le poids, c'était évident. Il fallait un homme de la trempe de Mikey pour arrêter un monstre comme South Terano.

– Qu'est-ce qu'on fait, boss ? Dit-il, fébrile. On y va ?

– Non, répondit Mikey. On attend.

De l'autre côté de la Babu de Mikey, Koko regardait lui aussi l'affrontement.

On le voyait rarement dans les batailles. Il préférait rester en retrait et, en plus de ça, il ne conduisait pas de moto – d'ailleurs ce soir il était venu avec un de ses hommes. Mais cette fois, il avait bien senti que c'était l'avenir du gang et donc le sien qui se jouait.

Il esquissa un sourire.

– On laisse le Brahman nettoyer le terrain pour nous ? J'aime bien...

Mikey ne répondit pas.

Finalement, plusieurs hommes commencèrent à remarquer la présence du Kanto Manji et Kakucho les apostropha.

– Mikey ! Pourquoi tu restes sans bouger ?

Ce dernier n'esquissa pas un mouvement et Kakucho décida de charger dans leur direction.

– Sanzu, dit Mikey, c'est le moment. Écrasez-les.

Un sourire barra le visage de Sanzu.

– Avec plaisir, boss ! Vous avez entendu le boss vous autres ? Gueula-t-il par-dessus son épaule. En avant !

Les hommes du Kanto Manji se jetèrent dans la mêlée et la situation, déjà confuse, devint chaotique. Sanzu visa Kakucho qui avait foncé sur Mikey et il l'étala d'un coup de barre de fer en pleine face.

– T'es peut-être super fort, mais c'est facile de te défoncer si j'ai une arme !

Il avait à peine fini sa phrase que Ran Haitani lui asséna un revers de sa matraque qui le fit reculer de plusieurs pas.

– Tu as raison, c'est facile en effet ! ♡

Son jeune frère sourit. La S62 était elle aussi entrée dans la bataille. 

Les troupes du Kanto Manji n'étaient pas de taille face à ces poids lourds expérimentés, mais ils n'entendaient pas reculer pour autant.

De son côté, Terano avait repris le combat et il attrapait ses adversaires par poignées entières, se servant des uns pour taper sur les autres.

VIVO ! Criait-il. VOUS LES SENTEZ CES PULSIONS ? VOUS LES SENTEZ VOUS AUSSI ? JE ME SUIS JAMAIS SENTI AUSSI VIVANT !

À l'écart, Mikey murmura :

– Des pulsions, hein... 

Kakucho, à force d'efforts, avait réussi à se frayer un chemin jusqu'à lui.

– Ça fait longtemps que j'ai envie de t'affronter et de voir ce que je vaux contre toi, Mikey ! 

–  Vraiment ? Demanda Mikey.




 

Quelques minutes plus tard, lorsque Terano eut enfin réussi à se débarrasser de tous ses opposants, une silhouette s'écrasa à ses pieds après un vol plané de plusieurs mètres. C'était Kakucho.

–  Kakucho ? 

South se retourna et vit Mikey approcher. 

Son sourire revint sur son visage.

– Tu me comprends toi Mikey, pas vrai ? Tu sais de quoi je parle ? Ces pulsions qui font vibrer !

Mikey s'immobilisa à deux pas. Il faisait presque la moitié de sa taille, pourtant il ne paraissait pas inquiet et pour cause, les ténèbres avaient envahi son regard.

L'affrontement des deux chefs de gangs débuta et le sourire, sur le visage de Terano, s'élargit.

Enfin ! C'était ça que je cherchais ! Un combat sur le fil du rasoir ! C'est le bonheur ! J'en ai la chair de poule !

Autour d'eux, tous s'étaient figés pour assister au duel.

Terano continuait de sourire largement, presque comme un malade mental, sans se rendre compte que ses coups touchaient de moins en moins leur cible. Face à lui, Mikey frappait de plus en plus fort.

Finalement, South tomba sans comprendre pourquoi son corps ne lui obéissait plus. 

Mikey s'assit à cheval sur son torse et il se remit à le frapper. Lorsqu'il se redressa enfin, South Terano ne respirait plus.

à suivre…


Chapter 38: Kakucho

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Kakucho


          Sur le parking, tous avaient les yeux rivés sur la scène. Mikey venait de terrasser Minami Terano.

– Mikey... ? Bredouilla Koko.

Comme les autres, il était sous le choc. Kakucho se traîna jusqu'à South et il l'examina.

– Il est mort...

– Putain tu déconnes... ? Souffla un des hommes.

– Sérieusement ? Répondit un autre.

– Il l'a buté... à mains nues ? Ajouta un troisième.

Koko se ressaisit le premier.

– Écoutez-moi tous ! Le Brahman a perdu son boss ! South vient de perdre contre Mikey ! Le Kanto Manji remporte la victoire ! Cette guerre est terminée ! Dispersez-vous maintenant !

Au loin, résonnaient déjà les sirènes des voitures de police – sans doute appelées par les habitants du quartier. Les flics seraient bientôt là. Ceux qui n'avaient pas encore pris la fuite aidèrent les blessés à se relever et, un à un, les hommes disparurent.

Sanzu lui, ne parvenait à détacher le regard du tableau qu'il avait sous les yeux. Terano était mort. L'homme qui était sans doute responsable du meurtre de sa petite sœur gisait là, le visage en bouilli et un Mikey les poings en sang au-dessus de lui. Il n'aurait jamais pu imaginer de vengeance plus adaptée !

Ce sont les pulsions sombres ! Les mêmes qu'autrefois ! Elles sont de retour !

Il se redressa à demi, le cœur battant à tout rompre et l'esprit bouillonnant d'excitation.

– Mikey... Mikey ! C'était incroyable ! 

Koko le rejoignit.

– Oui, oui, c'était incroyable... Le doucha-t-il, impassible. Maintenant tirons-nous. Les flics arrivent.

Au milieu du parking, Mikey, lui, regardait ses mains comme s'il ne parvenait pas à les reconnaître.

C'est moi qui ai fait ça ?

La lueur de folie meurtrière qui dansait dans son regard un instant plus tôt avait disparu et elle avait laissé la place à une incrédulité stupéfaite.

J'ai... tué ce type ?

L'horreur de son geste s'imposait peu à peu à lui. Il avait pris une vie. Pour la première fois, ses pulsions avaient tué.

Ses mains retombèrent.

Ça veut juste dire que j'avais raison depuis le début... je n'apporterai rien de bon à ceux que j'aime en restant près d'eux.

Sanzu vint jusqu'à lui, surexcité.

– Tu as été fantastique, Mikey ! Vraiment stupéfiant ! J'ai pas les mots pour dire à quel point tu es fort ! Personne ne t'arrive à la cheville !

Son euphorie tranchait tellement sur la stupeur accablée qui s'était emparée de Mikey, que quiconque les aurait regardé en ce moment aurait été surpris.

Koko intervint.

– Boss, il faut se barrer, les flics seront là d'une minute à l'autre.

– Oui, dit Mikey en ramenant les yeux vers lui avec l'impression de se réveiller, allons-y.

 

 

~⊱🜲⊰~

 

Une semaine après la mort de Terano, Kakucho arriva au pied de l'hôtel où le Kanto Manji avait élu domicile et il leva les yeux.

Il avait beaucoup réfléchi après les événements qui avaient conduit à la dissolution du Rokuhara Tandai et il s'était demandé s'il devait abandonner le monde des gangs comme il comptait le faire à l'origine ou bien y retourner et choisir lui-même cette fois qui il allait servir.

Le souvenir de la correction que South lui avait administrée emporta sa décision. Aussi fort soit-il, il trouverait toujours quelqu'un de plus fort que lui. La seule façon de conserver un semblant de liberté et de mener sa vie comme il l'entendait, c'était de choisir lui-même un clan et de le rejoindre.

Et le plus puissant à l'heure actuelle, c'est celui Mikey.

Pour être honnête, il n'était pas sûr de vouloir rejoindre le Kanto Manji. Avant, il voulait lui parler. Mais ce n'était pas non plus la seule raison qui l'avait amené ici.

Mikey... c'est le frère de Izana...

Cette pensée avait quelque chose de réconfortant. Il avait l'impression de revenir auprès de celui qu'il avait toujours admiré.

Mais Mikey n'est pas Izana, se raisonna-t-il, et c'est à moi de décider si je veux vraiment le suivre.

Il jeta un œil à la façade vitrée qui scintillait au-dessus de lui puis il inspira et entra.


 

 

Deux coups furent frappés à la porte de la suite qu'occupait Mikey et ce fut Sanzu qui vint ouvrir. Il reconnut Kakucho, soupira, les yeux levés au ciel, et s'écarta.

– Boss, c'est Kakucho.

Mikey se retourna à demi pour le regarder entrer.

– Kakucho, qu'est-ce qui nous vaut l'honneur de ta visite ?

Il avait l'air d'aller mieux que la semaine passée, après l'affrontement. En tout cas, il semblait avoir repris ses esprits.

Kakucho les regarda tour à tour, Sanzu et lui. On n'aurait pas pu imaginer deux personnes plus différentes. Debout devant la vitre, Mikey était l'image même de la maîtrise de soi. Plus pâle que dans ses souvenirs, il avait les traits tirés et des cernes avaient commencé à dessiner des auréoles noires sous ses yeux.

Il a maigri aussi j'ai l'impression.

Sanzu, lui, semblait fébrile. Les mains agitées de tics nerveux, il regardait autour de lui, comme s'il cherchait quoi faire pour être agréable à Mikey. D'après ce que Kakucho avait compris, ces deux-là – avec Baji aussi – avaient grandi ensemble. Pourtant seul Mikey paraissait brisé.

Ou alors Sanzu l'est aussi, mais d'une autre façon...

Ce dernier alla s'appuyer contre le mur voisin en trépignant, un sourire en coin, excité par la situation. Ce n'était pas à lui que Kakucho était venu parler. Il ramena les yeux vers Mikey. 

– Mikey, je suis venu te voir pour te demander quels sont tes projets pour l'avenir...

Sanzu lui jeta un regard surpris avant de renifler, tandis que Mikey haussait un sourcil. De toute évidence il ne s'attendait pas à cette question.

– Mes projets... Répéta-t-il en ramenant les yeux sur la rue qui s'étendait en contrebas.

Il réfléchit et le silence s'étendit un instant dans la pièce.

– Mettre la main sur la pègre, répondit-il enfin. Diriger le monde du crime du Japon.

Il regarda dehors sans un mot. Dans son dos, Sanzu sourit. C'était bien là une ambition digne de son Roi.

– Je vois, dit Kakucho.

Mikey lui jeta un nouveau regard par-dessus son épaule.

– Pourquoi cette question ? 

Kakucho inspira.

– Lorsque South est venu me chercher pour me faire intégrer le Rokuhara Tandai, répondit-il avec franchise, j'ai compris que j'avais commis une erreur. J'avais déserté ce monde sans me soucier de ce que je laissais derrière moi. Je l'ai payé cher. Je ne ferai pas deux fois la même chose. Je souhaite entrer dans ton organisation pour avoir à l'œil les types comme Terano. Hors de question que je laisse n'importe qui faire n'importe quoi pendant que je regarde ailleurs.

Une expression étonnée traversa le visage de Mikey. Il ne s'attendait pas à cela.

– Et si je refuse ? 

Kakucho ne flancha pas.

– Je trouverai un autre moyen de revenir dans ce monde. Ma décision est prise, je me servirai de ma force pour veiller à ce que mes valeurs soient respectées. Je suis sûr que c'est ce que Izana aurait attendu de moi.

Il n'ajouta pas que Izana lui-même, lui aurait certainement conseillé de mettre ce monde en coupes réglées. Sur ce point, tous les deux avaient toujours été différents.

Mikey reporta son attention sur la vue.

– Très bien, j'accepte. Sois le bienvenue dans le Kanto Manji.


 

 

Sanzu et Kakucho quittèrent la suite de Mikey ensemble pour aller trouver Koko. Ils devaient faire le nécessaire pour préparer l'arrivée de Kakucho dans leurs rangs.

– Ça fait longtemps qu'on ne s'étaient pas vus, commença Kakucho une fois dans le couloir, plus pour faire la conversation qu'autre chose.

– Hmm ? Ouais, c'est vrai.

– Tu as l'air d'aller bien. Tu as des nouvelles de Mucho ? Je me souviens que vous étiez proches toi et lui à l'époque du Tenjiku.

Le sourire que lui retourna Sanzu lui fit courir un frisson désagréable le long de la colonne.

– Aucune non et toi ?

– Moi non plus... 

Il préféra ne pas insister. Le regard que Sanzu lui avait lancé l'avait mis mal à l'aise. Comme s'il savait quelque chose et se délectait des questions qu'on lui posait.

La porte du bureau de Koko se profila et Sanzu entra sans frapper.

– Regardez un peu qui je vous amène la compagnie ! 

De l'autre côté de la porte, Koko, mais aussi Ran, Rindō et Mochi levèrent la tête en même temps.

– Oh ? Lâcha Ran avec un sourire.

– Voilà bien la dernière personne que je m'attendais à voir ici, ajouta son frère.

– Kakucho ? Dit Mochi, étonné. Qu'est-ce que tu viens faire là ?

Ce fut Sanzu qui répondit.

– Mikey vient de l'accepter dans le Kanto Manji ! Comme vous ! Vous voilà de nouveau frères d'armes !

– Voyez-vous cela... Souffla Ran sans se départir de son petit sourire.

–  Pas tant un bon samaritain que ça au final, ricana Rindō.

Mochi rejoignit Kakucho.

– Les écoute pas, moi je suis content que tu sois là, je me voyais pas rester seul avec ces cinglés.

Les frères Haitani prirent l'air outré et Kakucho esquissa un sourire. Mochi était un type qu'il aimait bien. 

La porte se rouvrit avant qu'il ait dit un mot et Mikey entra. 

– Koko, dit-il, à partir d'aujourd'hui, Kakucho sera le numéro trois. Dis-le aux autres, que tout le monde soit au courant.

à suivre…


Chapter 39: Nouvelles recrues

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Nouvelles recrues


          – Koko, Kakucho sera le numéro trois. Dis-le aux autres, que tout le monde soit au courant, dit Mikey.

Sanzu se récria :

– Quoi ? Mais pourquoi Mikey ? Pourquoi ce type ?

À ses yeux, Kakucho était parfaitement inutile. Il n'avait pas plus réussi à arrêter Izana que South Terano. Alors pourquoi lui offrir un poste si haut placé dès son arrivée ?

– Ça marche boss, répondit Koko sans se préoccuper de l'éclat de Sanzu.

Une autre personne était encore plus surprise que Sanzu : Kakucho lui-même.

– Mikey, mais pourquoi ?

– Peu importe, faites ce que je dis, c'est tout.

Il tourna les talons, sortit et tous les regards revinrent se poser sur Kakucho.

– Et bien... Souffla Ran Haitani, si je m'attendais à ça...

– Tu aurais dû partager l'astuce pour être dans les petits papiers du boss, lui dit Rindō, faut penser aux copains un peu, après tout on est de nouveau frères d'armes...

Le seul qui ne semblait pas étonné, c'était Mochi.

– Moi je comprends tout à fait le boss. Kakucho est un gars bien. Un type honnête. Et Mikey l'a remarqué.

– Oui, bon, les coupa Koko, c'est bien gentil tout ça, mais je vous rappelle que ici c'est mon bureau, alors vous me ferez le plaisir de me donner les infos dont j'ai besoin et puis de déguerpir ! J'ai pas que ça à faire, moi !

 

 

 

Ils quittèrent les lieux et Rindō remonta jusqu'au niveau de Kakucho avec un sourire qui n'aurait pas été déplacé sur le visage de son frère.

– Alors ? Raconte ? Pourquoi tu es là en vrai ?

Sa question surprit Kakucho.

– Parce que je préfère choisir un gang plutôt que d'attendre qu'on vienne me casser la gueule pour me recruter.

– Ça, avoua Ran, je peux le comprendre.

Rindō opina puis il ramena les yeux sur Kakucho.

– Mais... c'est vraiment tout ?

– Bien sûr, dit Kakucho sans comprendre où il voulait en venir. Quoi d'autre ?

Ce fut Mochi qui lui expliqua.

– Il aimerait t'entendre dire que c'est pour le pouvoir ou encore pour les filles ou l'argent...

Kakucho ouvrit des yeux stupéfaits.

– Ah... Dit-il simplement.

– Mais notre petit Kakucho est encore trop jeune et innocent pour avoir ce genre de pensées, intervint Ran.

– Il est trop pur, confirma son frère.

Mochi renifla.

– Pas comme vous deux.

– Exactement ! Confirma Ran. Nous, nous sommes la quintessence de la perversité !

– Et il est fier de lui en plus... Souffla Mochi.

Lui et Kakucho étouffèrent un rire.

Plus loin devant eux, Sanzu marchait toujours d'un pas furibond. Il ne comprenait pas la décision de Mikey, pourquoi faire de cet abruti de Kakucho l'un de ses adjoints ? Est-ce qu'il ne lui suffisait pas ? Et puis qu'est-ce qu'un raté comme Kakucho pourrait apporter au gang ? 

Il avait cependant l'habitude de se plier à ses ordres sans faire d'histoire et cette fois ne ferait pas exception à la règle, même si cela ne l'enchantait pas.

Profitant d'un silence derrière lui, il se retourna et darda sur les nouveaux venus un doigt menaçant.

– En tout cas, n'oubliez pas un truc ! Le bras droit de Mikey, c'est moi ! C'est à moi que vous rendrez des comptes à partir de maintenant ! Même toi le balafré ! C'est clair ?

Le petit sourire insolent de Ran se fit plus large.

– C'est très clair monsieur le vice-leader.

 

 

~⊱🜲⊰~

 

 

Quelques jours plus tard, une autre personne fit son apparition au QG du Kanto Manji, une personne que Sanzu aurait préféré ne pas revoir. 

Ce jour-là, Mikey convoqua son lieutenant dans la suite qui leur servait désormais tout à la fois de salle de réunion et de lieu de décision. 

Depuis l'arrivée de leurs nouveaux membres, il leur avait fallu s'étendre pour loger tout le monde. Aujourd'hui, un étage entier de l'hôtel dans lequel le gang avait pris ses quartiers était consacré au Kanto Manji. Chambres, bureaux, salle de sport... Koko n'avait pas lésiné pour assurer leur confort et leur sécurité. Ran et Rindō s'étaient vus offrir un appartement à l'angle du building, non loin de celui de Mochi, et Kakucho était resté bouche bée devant la suite qu'on lui avait présentée. 

Ce n'était pas encore le luxe qu'ils connaîtraient plus tard, dans la Nihonbashi Mitsui Tower, mais c'était déjà incroyable pour ces garçons habitués à la rue. Mikey ne plaisantait pas quand il disait qu'il avait l'intention de créer une organisation plus moderne et puissante que les vieux clans yakuzas de l'archipel.

– Sanzu, entre, dit-il lorsque ce dernier frappa.

– Tu voulais me voir, Mikey ?

– Pas moi non.

Il s'écarta pour lui montrer Takeomi qui s'était installé dans un des fauteuils. 

Le visage de Sanzu perdit aussitôt toutes couleurs.

– Qu'est-ce qu'il fait ici ? 

Mikey alla se servir à boire avant de revenir vers eux.

– Takeomi a demandé à entrer au Kanto Manji lui aussi. Il se propose de mettre ses connaissances du milieu à notre service. Je lui ai dit que nous devions d'abord en discuter avec toi...

– C'est tout vu ! Il dégage d'ici !

Sanzu se ressaisit, il ne devait pas perdre son calme ainsi en présence de Mikey.

Takeomi se leva.

– Haruchiyo... 

Sanzu lui jeta un regard, avant de pivoter vers Mikey sans le laisser parler.

– Mikey, dit-il, on ne peut pas le garder ici. Ce type n'est pas sûr, je suis bien placé pour le savoir !

Mikey les regarda tour à tour. Il savait mieux que personne que Takeomi n'avait jamais été pour Sanzu le grand frère que Shin avait été pour lui. Mais il ne pouvait pas l'ignorer non plus. Tout simplement parce que ce n'était pas ce que Shin'ichirō aurait voulu.

Il but une longue gorgée pour se donner le temps de la réflexion.

– Je crois que je vais vous laisser discuter, dit-il enfin, c'est le mieux. 

Il tourna les talons et, arrivé à la porte, il ajouta à l'intention de Sanzu :

– Sanzu, c'est toi qui décide dans cette affaire, je te fais confiance parce que je sais que tu seras capable de faire passer l'organisation avant vos histoires personnelles.

Cette dernière remarque musela son bras droit.

Lorsque Mikey fut sorti, il reporta les yeux sur son frère. Takeomi se tenait là, debout, aussi sûr de lui qu'à l'accoutumée. il se comportait déjà comme s'il était chez lui et cela l'excédait.

– Haruchiyo, comment tu vas ? On ne s'est pas vu depuis les funérailles de la petite...

– Elle avait un nom, le coupa Sanzu, acide. Elle s'appelait Senju. Tu as déjà oublié ?

Takeomi baissa les yeux, le front plissé.

– Non, je n'ai pas oublié. Tu as raison. Senju.

Sanzu aurait juré que sa voix avait déraillé. Takeomi se rassit. Là, silencieux et le regard bas, il semblait bouleversé.

– Haruchiyo, tu sais il n'y a pas une seconde où je ne pense pas à elle. À nous et à ce que j'ai fait de notre famille...

Sanzu le regarda sans un mot, de l'hostilité dans les yeux.

– Senju, reprit Takeomi, elle avait un rêve. Elle voulait utiliser son gang pour ramener Mikey et reformer notre famille. Elle me l'avait dit. Mais moi, je ne l'ai pas écoutée. Tout ce que je voyais dans le Brahman, c'est une machine à faire du fric... alors je l'ai abandonnée.

Sanzu ne dit toujours rien. Il ne voyait pas ce qu'il pouvait répondre à cela.

– Depuis sa mort, continua son frère, j'arrête pas de réfléchir... je me demande ce que je peux  faire pour réparer mes erreurs. Mais en vérité, je sais ce que je dois faire. Ce que Senju attendrait de moi. Je dois être auprès de la dernière famille qu'il me reste. Toi, Haruchiyo. Si je veux intégrer le Kanto Manji, c'est pas pour l'argent, le pouvoir ou quoi que ce soit. C'est pour toi.

Un silence traversa la pièce.

– Haruchiyo, conclut Takeomi, je ne suis qu'un être humain, tu sais. C'est pourquoi j'aimerais que tu trouves en toi la force de m'accepter ici. Si tu me laisses vous rejoindre, je ferai tout mon possible pour rendre l'organisation de Mikey plus grande que jamais.

Sanzu se laissa tomber dans un fauteuil et il souffla.

– Tu me fais chier le vieux, tu le sais ça ? Tu peux pas lâcher l'affaire au bout d'un moment ? Personne ne t'a rien demandé.

Pendant un long moment, les deux frères restèrent ainsi, face à face, en silence.

Sanzu aurait été incapable de dire si Takeomi était sincère. Il n'y avait rien sur son visage qui lui aurait permis d'en jurer. Il avait l'air ébranlé par ce qui était arrivé à leur sœur, mais Sanzu était bien placé pour savoir que c'était peut-être du cinéma. Les priorités de Takeomi Akashi n'étaient pas celles de tout le monde.

Cela dit, il savait aussi que ça n'était pas ça l'important.

Si une personne pouvait apporter de l'expérience au gang de Mikey, c'était lui.

Finalement, il se redressa et souffla.

– Très bien, dit-il, tu peux rester, même si ça ne m'enchante pas.

Takeomi se leva à son tour.

– Merci Haruchiyo ! Je savais que tu prendrais la bonne décision ! C'est moi qui t'ai élevé après tout !

Sanzu grimaça. 

–  Tch ! T'y crois pas trop sale con ! 

Il n'était pas des leurs depuis quelques secondes que, déjà, il ne pouvait pas s'empêcher de dire conneries sur conneries.

–  Casse-toi maintenant, reprit Sanzu. J'irai prévenir Mikey moi-même.

Takeomi quitta la suite et Sanzu le regarda s'éloigner dans le couloir. 

Il savait qu'il avait pris la bonne décision. Un homme comme Takeomi, il ne fallait pas lui laisser le champ libre. Si Sanzu avait refusé, il serait aller trouver leurs adversaires et ça aurait été le début des emmerdes.

Je sais que tu seras capable de faire passer l'organisation avant vos histoires... Avait dit Mikey. 

C'était cela, la priorité.

On profite de ses connaissances et, en même temps, on le tient à l'œil.

Voilà son raisonnement.

Puis il se souvint des derniers mots de Senju.

Tout ce que je voulais, c'était ma famille...

– En plus, ajouta-t-il à voix basse, ça devrait te faire plaisir Sen, de nous voir ensemble, non... ?

à suivre…


Chapter 40: Trio

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Trio


           Ran quitta le bâtiment en courant, son frère dans son sillage. Tous les deux riaient comme des possédés.

– Putain Rin ! Cours ! Ça va péter !

Dans leurs dos, une série de déflagrations firent trembler les murs et les deux frères se jetèrent à plat ventre sur le sol, les mains sur la tête pour se protéger des débris qui se mirent à pleuvoir autour d'eux.

Plus loin, appuyé contre la voiture, Sanzu se redressa, surpris.

Rindō fut le premier à se relever pour jeter un œil derrière lui.

– Bordel de merde ! Je t'avais dit d'en mettre moins grand frère !

Ran se releva à son tour en époussetant ses vêtements.

– C'est bon regarde, le travail est fait !

De l'entrepôt qu'ils avaient été envoyés saboter, il ne restait plus qu'un tas de tôle et de gravats fumants.

– Ouais, reprit Rindō, mais Koko avait dit de l'endommager juste assez pour qu'ils ne puissent plus y entreposer les produits qu'ils avaient volé, pas de le pulvériser !

Ran examina les dégâts et il haussa les épaules.

– Ils ne peuvent plus y entreposer leurs trucs. Mission accomplie.

Tous les deux se regardèrent avant de se remettre à pouffer de rire comme deux ados.

– Barrons-nous, dit enfin Ran, j'entends les flics qui arrivent.

– Pas étonnant avec le boucan que t'as fait.

– Que j'ai fait ? Releva Ran tout en se dirigeant vers la voiture. Qui est-ce qui m'a dit que cinq gouttes de nitroglycérine dans le mélange c'était pas assez ?

– Pas assez, mais j'ai pas dit de mettre toute la bouteille ! 

Lorsqu'ils arrivèrent au niveau de Sanzu, ce dernier les apostropha.

– Putain mais qu'est-ce que vous avez foutu bande de cons ? On vous a entendu dans tout le quartier !

– Le travail est fait, répliqua Ran en dépassant son frère, tu vas pas te plaindre quand même.

Derrière lui, Rindō s'était figé.

– Grand frère... 

– Quoi ?

Il pivota vers Rindō et, derrière lui, ce fut au tour de Sanzu d'écarquiller les yeux.

– Wow... 

Ran les regarda tour à tour.

– Quoi ? Il vous arrive quoi ? 

– Grand frère, tes cheveux... Répondit Rindō.

– C'est.... original, souffla Sanzu.

Ran leva la main pour tâter ses tresses. Quand le souffle de l'explosion les avait survolés, il avait bien senti ses cheveux se détacher, mais il ne s'en était pas préoccupé sur le moment. À présent, il se rendait compte que si d'un côté de sa tête sa tresse était toujours là, de l'autre en revanche...

Ran ramena une mèche de cheveux à la hauteur de ses yeux et il la découvrit brûlée. Ses cheveux se terminaient désormais à hauteur de son oreille en frisottis calcinés qui s'effritaient sous ses doigts.

– Merde... 

Il était secoué. Sa chevelure, c'était sa fierté depuis qu'il était petit. Il ne l'avait coupée qu'à deux reprises – les deux fois où il avait été en maison de correction, la justice japonaise était impitoyable à ce sujet – et à chaque fois, il s'était empressé de les laisser repousser en sortant. Il aimait avoir les cheveux longs, chaque jour il en prenait un soin jaloux et il avait même son coiffeur attitré.

Il passa la main dans ses cheveux et fut forcé de se rendre à l'évidence. Il n'y avait rien à sauver.

– Merde... Répéta-t-il.

– Putain... Bredouillait Rindō. Tes cheveux... Grand frère... Tes cheveux...

Il pivota vers le bâtiment en ruine et cria : 

– Viens ! On fait péter tout le quartier pour leur faire payer !

Il semblait plus bouleversé encore que son aîné et cela rendit ses esprits à Ran. Il l'attrapa par le bras.

– C'est bon Rin, c'est rien.

– Mais...

– C'est rien je te dis, c'est que des cheveux.

La réaction de son petit frère avait calmé un peu de sa contrariété et il ajouta :

– C'est l'occasion de changer de style, voilà tout, ça changera rien à mon charisme ! 



~⊱🜲⊰~

 

 

Dans la voiture, sur le chemin du retour, Sanzu jetait des coups d'œil du côté de Ran.

– T'es sûr que ça va ? 

Lui, s'il avait cramé la moitié de ses cheveux, il serait hors de lui à l'heure actuelle.

Ran avait le menton appuyé dans la paume de sa main et le coude sur le bord de la portière.

– Hmm ? Quoi ? Ça ? – Il fit voler d'une chiquenaude le reste de ses cheveux – Pas de problème, je reste un beau gosse, que ce soit avec les cheveux longs ou avec les cheveux courts.

Rindō se pencha entre les sièges.

– Exactement, grand frère ! Ça change rien à ton flow de malade !

Sanzu haussa un sourcil, mais il n'insista pas.

– Si vous le dites... 

Après un instant, il reprit.

– C'est toujours ce soir que vient le tatoueur ? 

Mikey avait décidé d'abandonner les uniformes de gang – trop voyants – au profit d'un tatouage que porteraient tous les cadres du gang.

– Ouais, confirma Ran.

– Et on a déjà décidé où on va le faire avec Ran ! Ajouta son frère qui était toujours penché entre les sièges avant. Si tu nous dis où tu le fais toi, on te dit on on le fait nous !

– Tch, si vous pensez que j'en ai quelque chose à foutre...

– Les tatouages, nous on a l'habitude, reprit Ran, si t'as besoin de conseils, dis-le.

Rindō hocha la tête.

– C'est vrai ! On en a fait un paquet, déjà ! Par contre pour toi, Sanzu, ça risque d'être douloureux, fais attention de pas t'évanouir !

– Si c'est pour dire des conneries, rétorqua Sanzu, il vaut mieux que vous la fermiez.



 

 

De retour au QG, ils allèrent faire leur rapport à Koko. Ran entra sans frapper, les deux autres sur les talons.

– C'est fait ! Du travail rondement mené ! Tu peux nous féliciter !

– Hmm ? Vraiment ? Répondit Koko, puis il ajouta en remarquant la chevelure de Ran : C'est quoi ce look ? Tu lances une mode ?

C'était sans compter leurs vêtements qui étaient couverts de poussière et de cendre.

Sanzu les dépassa.

– Ces deux crétins ont fait péter tout l'entrepôt. Il y en a des petits bouts qui ont volé dans tout le quartier.

– QUOI ? S'écria Koko en se redressant à demi. Mais j'avais dit de l'endommager ! De leur faire comprendre qu'on savait où ils cachaient leurs marchandises, pas de le détruire !

Ran se laissa tomber dans un fauteuil tandis que son frère jouait avec les bibelots posés sur une étagère plus loin.

– Bah là, répondit Ran, ils savent qu'on sait où ils cachent leurs marchandises.

Rindō leva la tête, une sculpture de verre entre les mains.

– Grand frère, c'est pas plutôt, ils savent qu'on sait qu'ils savent où ils cachent leurs marchandises ?

Tous les deux se regardèrent pendant que Koko se passait une main lasse sur le visage.

– Je t'avais prévenu, lui rappela Sanzu, la discrétion et eux, ça fait deux.

– Oui, bon, reprit Koko, est-ce qu'au moins vous êtes sûrs qu'ils ont compris que ça venait de nous ?

Sanzu s'assit sur le canapé, l'air satisfait.

– Je m'en suis occupé pendant que ces deux brêles faisaient tout sauter. J'ai laissé un message bien en évidence : Personne ne se paie de la tête de M.

Tous les trois le regardèrent sans un mot.

– M ? Dit enfin Ran. C'est qui ça, M ?

– Marilyn Monroe ? Répondit Rindō.

– Malcolm X ? Renchérit son frère.

– Mikey, sombre crétin ! Répondit Sanzu en se redressant à demi. Qui veux-tu que ce soit ?

Koko avait de nouveau plongé le visage dans ses mains.

– Vous me fatiguez, dit-il d'une voix étouffée. Vous n'imaginez pas à quel point vous me fatiguez...

Pendant ce temps, Rindō, s'était emparé d'une petite faïence en forme de cheval et il lui faisait parcourir toute l'étagère en imitant le bruit du galop et en lui faisant sauter tous les obstacles qu'il rencontrait.

– Dehors ! S'écria Koko, les faisant tous sursauter. Tout le monde dehors ! Et toi – il pointa un doigt en direction de Rindō –, pose ça avant de le casser ! Est-ce que tu as seulement idée de combien ça coûte ?







Ran, Rindō et Sanzu furent jetés dans le couloir avant d'avoir compris ce qui se passait.

– Bon, je vous laisse, dit Sanzu en s'éloignant. J'ai envie de prendre l'air, on se retrouve ce soir pour la séance de tatouage.

– Moi, je vais aller chez le coiffeur, dit Ran, j'espère qu'il pourra me rattraper ce massacre.

Tandis qu'ils s'éloignaient, Sanzu entendit Rindō dire à son frère :

– Et si je changeais de tête moi aussi ? Qu'est-ce que tu en dis ? On pourrait faire un truc ensemble toi et moi ?

à suivre…


Notes:

NDA : En vrai, je les imagine bien être des boulets tous les trois, genre pas un pour rattraper l'autre !
(o^▽^o)
#CeSontDesPetitesFrappesDeQuartierPasDesStrategesMilitaires

Chapter 41: Bonten 梵天

Notes:

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Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Bonten 梵天


        Sanzu se raidit tandis que l'appareil recommençait à introduire de l'encre sous la peau de son bras. La douleur était délicieuse. Rien à voir avec celle provoquée par les piercings qui disparaissait aussitôt. Là, le tatoueur passait et repassait au même endroit jusqu'à obtenir une couleur homogène et un tracé net.

– Ça va ? Lui demanda le type.

– Ouais, tranquille.

Il inspira et se lécha les lèvres pour savourer ce moment.

C'est mille fois mieux que ce que je pensais... Quel pied ! Et en plus, mon premier tattoo est pour Mikey ! Le rêve !

Il était content d'avoir attendu pour le faire. Il n'aurait pas pu imaginer de moment plus parfait.

À l'autre bout de la pièce, Kakucho était en train de remettre sa chemise. Il était passé juste avant et il avait fait graver le symbole sur sa poitrine, au-dessus du cœur.

Quand il avait vu le dessin choisi par Mikey, Sanzu avait tout de suite compris pourquoi Kaku l'avait fait là.

C'était le motif des boucles d'oreilles de Izana Kurokawa, l'ancien chef du Tenjiku. Une lune noire surplombant une colline obscure sur un fond de ciel blanc. Un motif inspiré des cartes hanafuda[1]. Juste un peu plus long pour ressembler aux sashimono[2], ces bannières des samouraïs d'antan.

Sanzu baissa les yeux sur l'emblème qui prenait lentement forme sur son avant-bras. Il était simple et pourtant chargé de tellement de sens. Il avait l'impression de voir se lever une aube des ténèbres. Le symbole parfait pour une organisation criminelle. Sobre, mais éloquent.

– Je devrais en avoir encore pour vingt minutes, lui dit le tatoueur.

– C'est bon, prenez votre temps.

Il avait les joues rouges et les yeux brillants. Chaque fois que l'aiguille attaquait sa peau, son cœur battait agréablement dans sa poitrine. Pour un peu, il aurait pu passer toute la nuit ici.

Kakucho sortit une fois rhabillé et les Haitani apparurent.

Le tatoueur leva les yeux à leur entrée, comme Sanzu, mais lui, il resta sans voix. Les deux frères avaient radicalement changé de look. Ran avait opté pour une coupe beaucoup courte – il n'avait pas vraiment eu le choix – et Rindō pour un mulet dégagé dans le cou. Mais ce qui lui avait fait ouvrir les yeux, c'était la couleur. Tous les deux avaient choisi une teinte aubergine tirant sur le mauve qu'on remarquait de loin.

– C'est quoi ça ? Dit-il.

– Ça ne te plaît pas ? Lui demanda Rindō. Pourtant, c'est classe !

– Moi j'aurais dit spécial, répondit Sanzu.

– C'est parce que tu n'as aucun goût, lui asséna Ran.

– Ouais, ça doit être ça...

Les deux frères se rapprochèrent pour examiner le motif que Sanzu était en train de se faire tatouer.

– Alors c'est ça ? Dit Rindō.

Tous les deux n'avaient pas pris la peine de venir à la réunion organisée plus tôt par Mikey.

– Oui, dit Sanzu, c'est ça.

– Un hommage à Izana, hein ? Murmura Ran. Pourquoi pas...

– Le chef est un sentimental, ajouta Rindō.

Tous les deux rigolèrent, mais Sanzu renifla. S'ils s'imaginaient que cela faisait de lui un sentimental, ils allaient vite déchanter.

– J'ai un message de sa part pour vous. La prochaine fois que vous faites l'impasse sur une de ses convocations, il vous fait bouffer vos dents.

Ran et Rindō se raidirent et frémirent, pâles tout à coup, et Sanzu sourit. Ça valait le coup d'avoir été chargé de leur transmettre l'info juste pour voir leurs têtes. 

Tout le monde savait que les frères Haitani étaient des éléments incontournables dans le monde des délinquants. Après tout, ils avaient soumis Roppongi alors qu'ils n'avaient que treize et quatorze ans et le réseau de contacts qu'ils s'étaient forgé au fil des années pouvait faire basculer une guerre sur un claquement de doigts. Mais cela ne changeait rien au fait qu'ils étaient aussi deux insupportables crâneurs prétentieux et ingérables. Il n'y avait que des hommes comme Izana ou Mikey qui pouvaient les contrôler et encore, uniquement par la force.

Mais s'ils croient que Mikey va leur passer toutes leurs frasques juste parce qu'ils lui sont utiles, j'en connais qui ne vont pas tarder à se faire casser la gueule.

Et rien ne lui ferait plus plaisir que d'être aux premières loges ce jour-là.

Ran se ressaisit le premier. Il désigna le bras de Sanzu.

– Le bras droit, hein ? Tu as peur d'oublier que tu es le vice-leader, monsieur le vice-leader ?

Son frère laissa échapper un rire moqueur.

– C'est vrai ça ! C'est un pense-bête, Sanzu ? T'as la mémoire qui flanche ? C'est pour ça que tu nous répète à longueur de journée que t'es le bras droit de Mikey ?

– C'est plutôt pour vous le rentrer dans le crâne à vous ! Rétorqua Sanzu, vexé – Ran avait lu en lui comme dans un livre ouvert. Comme ça, la prochaine fois que vous manquez de respect au boss, vous l'aurez directement dans la tronche quand je vous fumerai !

Ouuh~~ j'ai peur ! Répondit Ran.

Sanzu préféra en rester là. Tous les deux lui avaient gâché ce moment. Il préféra changer de sujet.

– Et vous, vous allez le faire où ? 

Ran se redressa avec un clin d'œil.

– C'est une surprise ! On ne peut rien te dire !









Une fois leur tatouage terminé, les cadres du clan se retrouvaient dans la suite qui leur servait de salle de réunion. Mikey les avait prévenus qu'il voulait leur parler.

Sanzu s'était installé sur une des banquettes qui faisaient le tour de la longue table basse, un bras posé sur le dossier – le droit pour que tout le monde voit son tatouage. À quelques pas de là, Kakucho attendait en silence, tandis que Kokonoi avait apporté une pile de papiers pour travailler sans perdre de temps.

Sanzu ne parvenait pas à détacher le regard de son crâne.

– Quoi ? Finit par aboyer ce dernier sans lever les yeux.

– Rien.

Il continua toutefois à le fixer. Koko avait désormais l'emblème du clan gravé sur le côté de sa tête. Là où il avait l'habitude de tracer des lignes horizontales dans ses cheveux.

Le moins qu'on puisse dire, c'est que c'est voyant.

Il se demandait pourquoi il l'avait fait faire là. Mikey n'avait jamais demandé quelque chose d'aussi extrême. Il aurait pu se contenter du bras ou même du cou s'il était d'humeur téméraire.

On dirait qu'il essaie de couper les ponts avec le reste du monde.

À bien y réfléchir, c'était peut-être ça. D'après ce que savait Sanzu, son pote Inui et lui s'étaient séparés après la dissolution du Toman. Inupi avait repris un garage à motos avec Draken et il menait aujourd'hui une vie rangée tandis que Koko avait suivi Mikey. Est-ce qu'ils s'étaient disputés ?

Il n'eut pas le temps de se poser plus de questions, la porte se rouvrit et Mochi apparut, suivi de Takeomi.

Sanzu fronça les sourcils. En dépit de leur rapprochement, il était toujours mal à l'aise en présence de son frère. Quoi qu'il ait pu dire, il n'arrivait pas à s'enlever de la tête l'idée que Takeomi était en train de les manipuler.

Enfin... Nous on se sert bien de lui, alors...

Finalement, ça ne changeait pas beaucoup de la relation qu'ils avaient autrefois.

Sanzu les détailla des pieds à la tête sans voir leur tatouage. L'un comme l'autre l'avaient fait à un endroit caché sous les vêtements.

Ran et Rindō furent enfin de retour et lorsqu'il les vit, Sanzu haussa aussitôt un sourcil.

– Hello, la compagnie ! Lâcha Ran. Nous revoilà !

Les Haitani portaient leurs chemises largement ouvertes à l'encolure pour montrer à tous leur nouveau tatouage. Kakucho, Koko, Mochi et même Takeomi sourcillèrent à leur tour.

– Sur la gorge ? Dit Koko. Pourquoi pas....

Il ne pouvait rien leur dire dans ce domaine.

Ran se laissa tomber sur la banquette, le sourire aux lèvres.

– Nous sommes comme toi, Koko, nous n'avons peur de rien !

– Ou alors, vous n'aviez juste plus de place ailleurs, lâcha Sanzu.

Kakucho et Mochi pouffèrent et même Takeomi esquissa un sourire. Les deux frères étaient connus pour être couverts de tatouages des épaules jusqu'aux chevilles.

Ran et Rindō feignirent de ne pas l'entendre et Mikey les rejoignit.

– Vous êtes tous là, dit-il en jetant un œil à la ronde. C'est bien.

Il dévisagea une seconde les deux frères en prenant place dans le fauteuil en bout de table et les Haitani se gardèrent bien de dire un mot.

– Je vous ai rassemblés, reprit Mikey, pour vous annoncer que ce tatouage n'est pas le seul changement que notre clan va connaître aujourd'hui. J'ai décidé que nous allions aussi changer de nom. À compter de ce jour, le Kanto Manji va devenir le Bonten[3].

à suivre…


Notes:

1-2Hanafuda, 花札, littéralement le jeu des fleurs, jeu de cartes traditionnel japonais. Sashimono, 指物, bannière portée par les samouraïs lors des batailles.[retour]

3Le nom du Bonten, 梵天, est constitué des kanjis du Brahman, 梵 , et du premier kanji du Tenjiku, 天竺.[retour]

Chapter 42: Plus sombre que les ténèbres

Notes:

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Haruchiyo Sanzu

Plus sombre que les ténèbres


        Le type se recroquevilla sur le sol, les bras ramassés autour de la tête pour éviter les coups qui pleuvaient sur lui. En vain. Mikey frappait encore et encore sans reprendre son souffle et l'autre finit par laisser échapper une série de gémissements qui se terminèrent en pleurnichements lorsque le boss se détourna enfin.

Derrière lui, adossé au mur, les bras croisés sur la poitrine, Sanzu assistait à la correction sans un mot.

Quelques jours plus tôt, c'était lui qui avait découvert que ce gars vendait des informations sur le Bonten. Malheureusement en dépit des hommes qu'il avait chargé de le surveiller, il n'avait pas réussi à savoir à qui et depuis combien de temps, mais d'après Koko qui avait examiné son compte en banque, ça faisait un petit moment que son manège durait.

La nouvelle survenait mal. Elle arrivait juste quand ils apprenaient qu'un clan yakuza se renseignait sur les membres du gang et sur leurs proches, certainement pour trouver le moyen de faire pression sur eux.

La décision de Mikey était tombée.

– Amène-le-moi, je le ferai parler moi-même.

Il était furieux, ça se voyait. Sanzu s'était exécuté. Voir Mikey appliquer sa justice était une chose à laquelle il avait hâte d'assister.

Depuis une heure toutefois, Mikey avait cessé de poser des questions au traître. Il se contentait de le cogner avec une expression que Sanzu commençait à bien connaître.

Ses pulsions ne tarderaient plus à prendre le dessus.

Un sourire effrayant sur les lèvres, Mikey se dirigea vers la barre de fer que Sanzu avait laissée contre le mur en arrivant. Il s'en empara et la fit sauter une fois ou deux dans sa main avant de ramener les yeux sur le type.

Sanzu se raidit. À ce rythme, ce gars allait mourir sans avoir parlé.

Mais qu'est-ce que je peux y faire ?

S'il intervenait, c'était lui que Mikey buterait sans hésiter. Cela dit à l'inverse, s'ils n'obtenaient aucune information, c'était aussi sur lui que les reproches tomberaient, il en était certain.

Merde...

Mikey se remit à tabasser le traître et, très vite, ce dernier perdit connaissance. Il ne risquait plus de leur révéler ce qu'ils voulaient savoir.

J'espère qu'il n'est pas mort... Songea Sanzu.

Les poings serrés, il regardait son Roi perdre peu à peu le contrôle et frémit. Qu'est-ce qu'il pouvait faire ? se demanda-t-il à nouveau. Intervenir ? Ce n'était pas à lui à dire à Mikey comment mener son interrogatoire. Son Roi n'avait pas besoin qu'on lui explique comment faire parler un enfoiré. D'ailleurs il était qui pour lui donner des leçons ? À moins que...

Il se redressa, abandonna le mur et fit un pas en avant.

– Mikey...

Le regard que ce dernier tourna vers lui le figea sur place et, pendant une seconde, Sanzu fut incapable de faire un mouvement. Il avait l'impression d'être face à un fauve à l'aura menaçante. Il allait se faire dévorer et il ne pourrait pas bouger.

S'arrachant à la paralysie qui s'était emparé de lui, il leva les mains et réussit à afficher un rictus tendu.

– Tu dois être fatigué maintenant, tu veux que je prenne le relais ? Je ferai les choses bien, je te le promets. Je le ferai parler et il ne s'en tirera pas, tu peux me croire.

Durant un long moment, Mikey ne dit rien et Sanzu et lui se regardèrent en silence. Sur le sol, le traître, lui, ne bougeait plus.

Finalement, Mikey lâcha la barre de fer.

– Très bien, dit-il – l'éclat malsain n'avait toujours pas quitté ses prunelles –, je te le laisse. Mais ne me déçois pas, sinon je te tue.




Mikey sortit et Sanzu alla s'accroupir auprès de leur victime.

Il souffla. Il avait pris la bonne décision, il le savait. Pourtant, pour la première fois, la perspective de ce qui l'attendait ne l'excitait pas.

 Il prit l'homme par le col et le souleva pour estimer son état. Il était toujours en vie. C'était déjà ça. S'il était mort, Sanzu aurait été incapable de tenir sa promesse.

Et là, ce serait moi qui y serait passé...

– Désolé mon gars, dit-il au type à demi inconscient, mais toi et moi, on va devoir en passer par un moment désagréable. On va pas pouvoir faire dans la demi-mesure. Pas le choix. Alors serre les dents et dis tout ce que tu sais.

Il le lâcha pour aller décrocher le tuyau enroulé contre le mur et qui servait d'ordinaire à nettoyer ce qui était autrefois un parking. Il ouvrit le robinet en grand puis arrosa le type qui se réveilla tout à coup en hoquetant et toussant.

– Qu'est-ce que... ? 

Quand Sanzu fut certain qu'il avait repris ses esprits, il rangea le tuyau et ramassa la barre de fer que Mikey avait balancée plus tôt. 

Il revint au niveau du traître, l'arme sur l'épaule.

– Tu vas parler, lui dit-il, et ça va être moche. Très moche. Pas parce que j'en ai particulièrement envie – le sort d'une merde comme toi m'indiffère totalement –, mais parce que c'est Mikey qui le veut et les ordres de mon Roi sont absolus.

Pour lui-même il ajouta : 

Et surtout parce que je ne veux pas que mon Roi ait à faire ça…



~⊱🜲⊰~

 

La nuit était tombée lorsque Sanzu émergea du bâtiment situé à l'écart de la ville où le Bonten traînait ceux qu'ils voulaient interroger. Au-dessus de lui, les étoiles se faisaient rares, cachées derrière les lumières de la capitale. Debout sur le pas de la porte, il examina longuement le ciel. 

Ses vêtements, son visage et ses mains étaient maculés de sang.

Mais il était satisfait.

Dans l'ancien parking derrière lui, le type était mort. Avant, il lui avait dit tout ce qu'il voulait savoir. Les noms, les lieux, les dates, le nombre de transactions et ses contacts. Il lui avait tout révélé. Rien d'étonnant, Sanzu avait tout fait pour ne rien laisser au hasard. Mikey ne le lui aurait pas pardonné. 

L'autre Mikey, se corrigea-t-il, celui des pulsions, ne me l'aurait pas pardonné. Si je me plante, il me bute... Si je ralentis, il me bute... Si je lui déplais, il me bute...

Il savait que c'était la vérité. Désormais, il devait vivre en équilibre sur la corde raide. Vivre en fonçant toujours tout droit, toujours plus vite, dans les ténèbres. Il n'avait plus le choix. S'il ralentissait, c'était la fin.

Il laissa tomber ses bras le long de son corps, ignorant la sensation poisseuse du sang sur sa peau.

Ce soir, une chose était devenue claire à ses yeux. Se tenir aux côté de Mikey, cela voulait dire sombrer avec lui, marcher avec lui dans le noir. Parce que son rôle c'était d'ouvrir la voie à son Roi et ce, à n'importe quel prix. Même au prix de sa raison. C'était cela que l'on attendait de lui.

Pour mon Roi, j'avancerai sans hésiter.

à suivre…


Notes:

NDA : Des fois, je me dis que c'est probablement ça qui a rendu Sanzu complètement fou. Ce garçon, déjà fragile, s'est forcé à aller beaucoup trop loin juste pour obtenir l'approbation d'un type encore plus cinglé que lui.
Pas étonnant que tu tombes dans la drogue ou l'alcool dans ces conditions...
(╥﹏╥)

Chapter 43: Spleen

Notes:

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Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Spleen


          La fille à demi nue s'assit à cheval sur les cuisses de Sanzu et elle commença à caresser son visage avec sa poitrine tout juste ornée de petits triangles de tissus qui lui cachaient à peine les tétons.

Lui, il porta son verre à ses lèvres sans quitter ses seins du regard. L'alcool était fort et il lui brûlait la gorge. Mais il s'en moquait. Ce soir, il avait envie de boire.

Autour d'eux, le club était bruyant, enfumé et obscur et les lasers qui découpaient la pénombre révélaient par instant les couples enlacés sur les banquettes voisines. Ce club était d'un genre particulier, de ceux dans lesquels la police ne devait pas mettre son nez. C'était un de ces endroits où les filles étaient plus que des danseuses et où les clients repartaient fréquemment avec l'une d'entre elles.

Au centre, une piste surmontée de quatre podiums – un à chaque angle – était embrumée par la fumée qui jaillissait d'une machine. Des filles dansaient sur les estrades. L'une faisait son show sur une barre de pole dance, une autre esquissait des mouvements langoureux dans une cage. La troisième portait une tenue en cuir, un masque et faisait claquer un fouet au-dessus de la foule tandis que sur le quatrième podium, les deux dernières s'embrassaient à pleine bouche.

La banquette s'affaissa sous un poids, à côté de Sanzu. Il tourna la tête et découvrit Ran Haitani.

– Alors ? Dit ce dernier. Tu prends du bon temps monsieur le vice-leader ?

Sur les genoux de Sanzu, la fille avait pris son menton dans sa main pour effleurer ses lèvres des siennes. Il la repoussa pour boire de nouveau.

– Ouais, pourquoi ? Ça te regarde ?

– On est de mauvaise humeur à ce que je vois... 

Il fit signe à l'une des filles qui passaient de lui apporter à boire.

– Tu as perdu ton frangin en cours de route ? Demanda Sanzu.

Ran lui désigna le bar, plus loin. Rindō était assis sur un tabouret, un verre dans une main et une fille en costume d'écolière entre les cuisses.

– Ce gamin fantasme sur les uniformes de lycéennes, dit-il. Tu ne le vois pas là, mais en ce moment mon petit frère bande comme un taureau !

Sanzu s'étouffa à moitié avec son verre.

– Vous êtes vraiment à part tous les deux...

Ran lui adressa un sourire.

– Ravi que tu t'en aperçoives enfin !

La serveuse fut de retour avec sa boisson et il lui glissa la main le long de la cuisse avec un regard sans équivoque. Lorsqu'elle eut disparu, Sanzu reprit.

– Qu'est-ce que vous foutez là ? Ne me dites pas que ce club est à vous ?

Il n'avait dit à personne où il allait ce soir. Il voulait être tranquille.

– Pas à nous, non, mais à une de nos connaissances.

– Vos connaissances, hein... 

Il replongea dans son verre. À croire qu'il n'existait aucun endroit sur Tokyo où l'on était à l'abri des Haitani. Il but une longue gorgée et Ran le regarda en silence.

– T'as envie de parler ? Dit-il enfin.

– De quoi ? Lui répliqua Sanzu.

Il n'avait même pas tourné la tête.

– De ce qui t'amène à te bourrer consciencieusement la gueule dans les bras d'une pute.

– Je ne vois pas de quoi tu parles, le rembarra Sanzu.

Il n'avait qu'une envie : qu'il s'en aille.

Et puis me soûler bien comme il faut et ne plus penser... 

Ne plus penser à ces ténèbres dans lesquelles il vivrait désormais aux côté de son roi.

Ran se leva et il rajusta son veston.

– Viens, dit-il, on va faire un tour. Je connais un endroit qui va t'intéresser.

Sanzu ne bougea pas d'un pouce et Ran ajouta :

– Si ça t'ennuie tant que ça de traîner avec moi, tu n'as qu'à te dire que c'est une mission pour le gang. Je voulais vous le montrer de toute façon.




 

Sanzu accepta finalement de le suivre. Plus par curiosité que par intérêt professionnel. Le fait que Ran Haitani veuille lui montrer quelque chose, signifiait qu'il y avait encore des pans du monde de la nuit qui leur étaient inconnus.

Je me demande ce que c'est...

Tous les deux passèrent devant Rindō et Ran s'immobilisa une seconde à côté de son frère.

– Je te laisse rentrer seul, Rin ? Tu es en bonne compagnie ce soir...

Il jeta un œil à la fille.

– Ouais... Répondit Rindō sans lâcher la prostituée des yeux. C'est bon, tu peux y aller grand frère, t'inquiète.

Ran sortit un gros billet et il le fourra dans le décolleté de la fille.

– Je te confie mon petit frère, prends soin de lui, fais-lui tout ce qu'il veut !

Puis il s'éloigna et Sanzu entendit Rindō crier dans leurs dos :

– Merci grand frère ! T'es le meilleur !

Une fois dehors, la fraîcheur de l'air dissipa un peu les effets de l'alcool.

– Tu es spécial comme frère, toi... 

– Hmm ? Tu veux dire comparé au tien ? Ouais, c'est sûr.

Sanzu se rembrunit.

– Me parle pas de lui. On n'est une famille que sur le papier, il n'a jamais été un frère pour moi.

La remarque était sortie toute seule, mais il ne le regrettait pas.

Je m'en fous... C'est un secret pour personne que Takeomi est un zéro pointé.

– Pas comme votre autre frère, alors ? D'après ce que j'ai entendu dire, lui il tenait tellement à toi qu'il a sacrifié sa vie pour te sauver.

Sanzu mit une seconde à comprendre de qui il parlait. Puis il éclata de rire. Un rire nerveux qui fit monter des larmes au coin de ses yeux.

– Tu parles de Senju ? C'était une fille !




 

Ran le regarda, surpris. 

– La demi-portion ? Le gamin qui a fondé le Brahman ? Celui qui se battait super bien, c'était une fille ?

– Ouais ! Répondit Sanzu. Ma petite sœur !

Il y avait de la fierté dans sa voix.

– Je vois, elle était sacrément balèze... et puis elle devait vachement tenir à toi. Elle s'est quand même jetée devant un flingue pour te protéger. J'imagine que tu étais la personne la plus importante à tes yeux.

Sanzu le regarda en silence. Il n'avait jamais envisagé les choses sous cet angle.

– Peut-être... Dit-il enfin.

Une chose était vraie en tout cas, même s'il n'aimait pas cela, quand ils étaient petits il était le seul à s'occuper d'elle. Takeomi, comme leur père, avaient toujours été aux abonnés absents, laissant la responsabilité de la fillette retomber sur Haruchiyo. Mais jamais jusqu'à présent, Sanzu ne s'était jamais demandé ce qu'en pensait Senju.

C'est vrai, Senju...? J'étais la personne la plus importante pour toi ?

Ran avait sans doute vu juste. On ne se sacrifie pas pour une personne à qui l'on ne tient pas. 

Le visage de Mikey flotta une seconde devant ses yeux, puis ils furent devant la voiture de Ran, un coupé flambant neuf qu'il avait acheté quelques mois plus tôt. 

Ran déverrouilla la portière et Sanzu s'installa sur le siège passager.

– Où est-ce qu'on va ? 

– Tu verras bien, répondit Ran.

Il avait l'air un peu trop content de lui, ça n'était jamais bon signe.




 

La voiture fila sur l'autoroute presque déserte à cette heure et, moins de trois quarts d'heure plus tard, ils arrivèrent en vue du port de Tokyo.

Un imposant navire, à mi-chemin entre le bateau cargo et le paquebot de croisière, était amarré devant un parking plein de voitures de luxe. Ran sortit le premier.

– Où est-ce qu'on est ? Lui demanda Sanzu.

– Tu verras je t'ai dit... Répondit Ran.

à suivre…


Notes:

NDA : Nous sommes presque à la fin de cette histoire ! Il ne reste que 3 chapitres !
N'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez !
٩(๑・ิᴗ・ิ)۶

Chapter 44: Les profondeurs du mal

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Les profondeurs du mal


          Ran précéda Sanzu sur la passerelle du navire et, arrivé au niveau du vigile, il sortit une carte de visite.

– Il est avec moi, dit-il en désignant Sanzu du pouce.

L'homme s'écarta et ils purent monter à bord.

Sur le pont, Sanzu découvrit une multitude de passagers. Hommes et femmes, certains en tenue de soirée. Beaucoup de femmes portaient des manteaux de fourrure et des bijoux hors de prix et tous discutaient, riaient et plaisantaient, un verre à la main, comme s'ils étaient dans une réunion de la bonne société.

Ran attrapa deux coupes de champagne sur le plateau d'un serveur qui passait par là et il en tendit une à Sanzu.

– C'est quoi cet endroit ? Demanda ce dernier.

Le bateau ne ressemblait pas à un navire de croisière. En fait, on aurait plutôt dit un vieux cargo aménagé pour l'occasion.

– Une vente aux enchères... d'un genre particulier, répondit Ran.

Plus bas sur le quai, les invités continuaient à arriver, beaucoup descendaient de voitures de luxe avec chauffeur. Tous présentaient la même carte de visite à l'entrée. Sanzu se demanda de quoi il s'agissait et où Ran avait obtenu la sienne.

– Encore des connaissances à vous ? Le questionna-t-il.

Ran grimaça.

– En quelque sorte...

Sanzu jeta un œil autour de lui. Rien de tout cela n'était légal, il l'avait bien compris.

– On ne risque rien ? On est quand même à Tokyo... la police maritime pourrait débarquer.

– Ne t'en fais pas, la fête sera finie et le bateau sera loin bien avant que les flics aient vent de ce qui se passe ici.






L'un et l'autre déambulèrent sur le pont au milieu des invités. Il n'y avait que du beau monde. Japonais, américains, russes, européens... Tout ce que la pègre comptait de gratin se trouvait là.

– Ici, expliqua Ran, tu peux acheter et vendre n'importe quoi et surtout ce qui est illégal.

– Comme quoi ?

Ran haussa les épaules.

– Armes, drogues, œuvres d'art volées... La dernière fois, des trafiquants ont mis aux enchères tout un lot de kalachnikovs qu'ils avaient piqué à un convoi de l'armée russe.

Sanzu jeta un œil autour de lui. Cela signifiait que ces gens faisaient rentrer sur le territoire japonais des armes et de la drogue sans que les autorités n'en sachent rien.

Mikey ne va pas aimer ça...

– Tu as déjà acheté... ou vendu ? Reprit-il.

– Acheté, répondit Ran. C'est l'endroit idéal pour se procurer des flingues... Pour peu que tu aies les moyens, évidemment... Et que ça ne te dérange pas d'acheter en grosses quantités. Ils ne vendent pas ce genre d'articles à l'unité. Mais ce n'est pas pour ça que nous sommes là.

Sanzu s'apprêtait à lui demander pourquoi il l'avait fait venir, lorsque la foule se mit en mouvement vers l'avant du navire.

Ran et lui leur emboîtèrent le pas.

– À partir de maintenant, dit Ran à mi-voix quand ils furent à l'intérieur, plus un mot et quoi que tu vois, ne laisse rien paraître.

Sanzu se demandait ce qui pouvait être pire que des lots entiers de kalachnikovs ou des kilos de cocaïne, mais leur arrivée dans une vaste salle aux allures de théâtre le coupa dans ses réflexions.

Les invités prirent place sur des sièges et Ran et Sanzu s'assirent loin de la scène, près de la porte.

La vente commença. Elle ressemblait à toutes celles que l'on pouvait voir en ville, sauf que là c'était des objets volés qui étaient présentés.

Sanzu vit passer une statuette antique, sans doute dérobée sur un chantier de fouilles archéologiques, deux tableaux de maîtres et même un lot de lingots d'or encore frappé du sigle de la banque centrale japonaise où ils avaient été volés.

Mais arrivé à la moitié de la séance, il se raidit. L'homme chargé d'amener les articles sur scène fit monter une femme aux mains liées et aux yeux bandés.

– Femme de vingt-quatre ans, annonça le commissaire-priseur. Caucasienne, aucun antécédent médical, groupe sanguin AB, cinquante-huit kilos, un mètre soixante. Mise à prix, huit-cent mille yens[1] !

– Neuf-cent mille ! Lança un homme dans la salle.

Sanzu se pencha vers Ran et il murmura du bout des lèvres :

– Qu'est-ce que ça veut dire ?

– Tu as besoin d'explications ? Répondit Ran sur le même ton. Il s'agit de trafic d'êtres humains.

La femme partit pour un millions deux-cent cinquante mille yens et le commissaire présenta ensuite un couple d'orang-outan, la mère et son petit.

– Mise à prix, neuf-cent mille yens ! Qui dit mieux ?

Sanzu grimaça. Les singes valaient plus chers que les êtres humains ici ?

La vente se poursuivit. Tantôt on y présentait des animaux rares volés dans des réserves, tantôt c'était des hommes et des femmes, le plus souvent jeunes, parfois même des enfants.

– Prostitution... ? Reprit Sanzu dans un souffle à l'intention de Ran.

– Et aussi trafic d'organes. Pourquoi crois-tu qu'ils annoncent les antécédents médicaux ? Certains des vieux richards que tu vois là sont en attente de greffes. Plutôt que d'espérer un cœur qui ne viendra jamais, il préfère acheter la marchandise sur pied. Ensuite, ils se servent et, pour rentrer dans leurs frais, ils n'ont plus qu'à revendre leur investissement en pièces détachées.

Sanzu blêmit et Ran ajouta :

– Au marché noir, les organes d'une de ces victimes peuvent rapporter facilement quatre ou cinq fois plus que ce qu'elle aura coûté.

– Bordel de merde...



~⊱🜲⊰~

 

 

À la fin de la soirée, tous les deux quittèrent le navire pour rejoindre le parking. 

Ils restèrent un long moment à côté de la voiture. 

Sanzu avait eu l'impression d'étouffer dans cette salle au plafond bas.

Mais c'est surtout ce qui s'y déroulait qui m'a donné envie de vomir.

Avant ça, il savait pertinemment dans quel monde il avait plongé, ce n'était pas une surprise. Mais c'était autre chose d'assister à ce genre de ventes.

– Pourquoi tu m'as emmené ici ? Demanda-t-il finalement à Ran.

Ce dernier s'était allumé une cigarette et il fumait, adossé à la portière.

– T'avais l'air de ne pas avoir le moral... 

Sanzu ricana.

– Et tu as cru que ça, ça allait me redonner la pêche ?

Il avait désigné d'un mouvement du menton le bateau dont la passerelle avait été relevée lorsque le dernier passager était descendu. On entendait maintenant ses moteurs gronder. Il ne tarderait plus à partir.

Ran souffla un nuage de fumée.

– Tu sais, dit-il, on a beau être des ordures toi et moi, tu as bien vu qu'il existe des monstres d'un tout autre niveau dans ce monde...

Il leva les yeux vers le navire en partance et Sanzu vint s'appuyer à son tour contre la voiture.

– Ouais... C'est vrai.

– Si on devait me demander quelle est la principale différence entre eux et nous, reprit Ran, je crois que je dirais que ce n'est pas ce qu'ils sont prêts à faire, mais pour qui ils sont prêts à le faire.

Sanzu ne répondit pas et Ran ajouta :

– Je suis prêt à n'importe quoi pour mon petit frère, même à devenir la pire des bêtes... pire même que ces gens-là... Pour lui.

Il avait parlé à voix basse, d'un ton presque menaçant, et Sanzu comprit qu'il disait la vérité.

Puis Ran tourna les yeux vers lui.

– Et je suis sûr que tu vois ce que je veux dire, pas vrai ?

Sanzu ne dit toujours rien.

– Toi et moi, murmura Ran, on est les seuls à être taillés pour devenir les monstres qui feront barrage à ces gens-là...

Sanzu se redressa pour faire quelques pas. Finalement, il revint vers la voiture.

– Allez, dit-il, ça suffit avec tes sermons à la con. Il faut rentrer.

– Ouais...

– Et puis il va falloir parler de ça à Mikey, ajouta Sanzu en montrant le bateau. C'est la merde ce truc, il ne va pas aimer du tout, je le sais déjà.

Ran ricana.

– Pourquoi tu crois que je t'en ai parlé à toi ?

à suivre…


Notes:

1Environ cinq mille euros.[retour]

~⊱🜲⊰~

NDA : Même si la scène de la vente aux enchères est inventée de toutes pièces, le trafic d'êtres humains qu'elle décrit est bien réel. Le plus souvent, les trafiquants « achètent » leur victimes auprès de passeurs chargés de conduire leurs clients hors de pays en guerre, mais qui les « revendent » en réalité en chemin. Ou bien encore, ils « achètent » des enfants auprès de parents dans les pays les plus défavorisés. Généralement, ils leur racontent que c'est pour leur proposer un emploi dans un pays riche...
( ꩜ ᯅ ꩜;) 

Chapter 45: Déchéance

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Déchéance


       Quelques années plus tard

La prostituée s'extrait du lit et elle tituba jusqu'à Sanzu qui s'était assis devant une étroite table repoussée contre le mur. Une lampe de chevet était allumée au-dessus de sa tête, laissant le reste de la chambre plongé dans l'ombre, et toutes sortes de petites pilules étaient étalées devant lui.

– Monsieur Sanzu... ? Bredouilla la fille d'une voix pâteuse en lui passant les bras autour du cou. Vous faites quoi... ?

Il l'écarta d'un geste brusque.

– Putain ! Mais fais gaffe espèce de conne ! Tu as une idée de combien ça coûte ça ?

La pute recula, elle trébucha jusqu'au lit et se laissa tomber dessus en pleurnichant.

– Vous êtes méchant... Vous m'avez poussée...

Il souffla, se retourna et tendit la main vers elle.

– Allez viens, arrête de pleurer. Je vais me faire pardonner.

Elle le rejoignit, presque en sautillant cette fois.

– C'est vrai... ? Bafouilla-t-elle, la voix toujours mal assurée. Pour de vrai...?

– Ouais, bien sûr que c'est vrai...

Il la fit asseoir sur ses genoux et reprit.

– Tiens, regarde, choisis et prends celle que tu veux.

Il lui désigna les cachets qu'il avait sorti d'une multitude de petits sachets.

– C'est gentil ! Roucoula-t-elle. Alors... je vais prendre... ça !

Elle saisit une petite pilule rose en forme de cœur, mais Sanzu arrêta sa main.

– Non, pour toi, il vaut mieux celle-ci...

Il prit un autre comprimé, jaune celui-là. Sans attendre de réponse, il le lui mit dans la bouche et l'embrassa pour la faire déglutir. Ensuite il prit la coupe de champagne qui traînait sur la table et au fond de laquelle il restait un peu d'alcool et il la lui tendit.

– Tiens, bois.

Elle s'exécuta en riant.

– Vous m'avez donné quoi ? 

Elle riait sans parvenir à se retenir et sa peau lui semblait de plus en plus chaude. La drogue commençait à faire effet.

– Un truc pour te rendre encore plus docile que tu l'es déjà.

Elle rit de plus belle en tirant sur sa nuisette, comme si elle était en train d'étouffer de chaleur.

– J'ai chaud... Qu'est-ce que j'ai chaud !

Sanzu savait que la fille avait déjà pris tout un tas de saloperies durant la soirée – sans compter l'alcool – et que la dose supplémentaire qu'il venait de lui donner risquait de la tuer. Mais il s'en foutait.

Il se mit à lui picorer le cou de baisers impatients et elle gloussa, les joues de plus en plus rouges.

Puis il se leva et l'entraîna vers le lit, non sans prendre pour lui-même un cachet qu'il balança dans sa bouche d'une pichenette.

– Je vais te baiser comme jamais, tu vas voir, et tu vas aimer ça.

 

~⊱🜲⊰~

 

La sonnerie de son portable le tira de la léthargie où il avait sombré après que la fille et lui se soient envoyés en l'air.

Sanzu farfouilla dans ses vêtements pour le trouver tout en tendant la main vers le cou de la prostituée. Il trouva son pouls. Elle était toujours en vie, c'était déjà ça. Si elle avait crevé, il aurait eu du boulot en plus.

Il s'assit sur le bord du lit et décrocha en attrapant ses fringues.

– Ouais patron ?

Sanzu écouta en silence.

– Ok, je suis là dans cinq minutes.

Puis il se leva et s'habilla rapidement. La fille bougea dans son sommeil, mais il ne lui prêta aucune attention. Il glissa une liasse de billets sous le coin de son oreiller et récupéra les comprimés qu'il avait laissés sur la table.

La nuit était toujours noire dehors, vit-il en sortant, mais elle était loin d'être finie.

Il jeta dans sa bouche un de ses cachets – il allait en avoir besoin – avant de rejoindre sa voiture.




 

Takeomi l'attendait à la porte de l'ancienne usine où Mikey lui avait donné rendez-vous, là où le Bonten entreposait son stock de stupéfiants avant de le vendre. Il était sorti fumer.

– Te voilà, dit-il en voyant Sanzu arriver. Le boss t'attend. Il est de mauvaise humeur.

Il désigna la bâtisse derrière lui et Sanzu le dépassa sans un mot. Takeomi n'avait pas l'intention d'y retourner apparemment. Sanzu comprenait pourquoi. Ce qui se passait là-dedans était généralement moche. Pas toujours, mais souvent.

Merci pour ton soutien « grand frère »....

Il contourna le bâtiment et se dirigea vers le quai de chargement réservé aux camions en tirant une nouvelle pilule de sa poche – une rouge cette fois, celle qu'il réservait pour ce genre d'occasions.

À l'intérieur, derrière la zone autrefois réservée aux bureaux, un escalier s'enfonçait dans les fondations de l'édifice. C'était la seule partie du bâtiment qui était encore utilisable. Le reste de l'usine était en ruine, même le toit avait disparu depuis longtemps.

Sanzu descendit les marches quatre à quatre.

Le comprimé qu'il avait pris commençait à fondre sous sa langue et il sentit la première vague d'euphorie enfler dans sa poitrine. Il se mit à sourire comme un dément.

C'est parti !

Depuis des années maintenant, Sanzu se servait de la drogue comme stimulant. C'était elle qui lui permettait d'être le monstre que tout le monde craignait, le terrible numéro deux du Bonten. Le dernier rempart de Mikey. Aujourd'hui, il n'y avait personne qui voyait autre chose en lui qu'un fou furieux, un type qu'il fallait à tout prix éviter de contrarier et, le moins que l'on puisse dire, c'est que cela fonctionnait à merveille. Désormais, Mikey n'avait quasiment plus besoin de se salir les mains. C'était Sanzu, son bras droit, qui portait le poids de leurs péchés.

Mikey, lui, était à présent presque constamment sous le coup de ses pulsions. Il ne redevenait lui-même que de loin et loin. Mais ces instants étaient les pires. Dans ces moments-là, il se rendait compte de ce qu'il était devenu et l'horreur de sa situation était tout proche de le rendre fou.

Sanzu, pour sa part, devait subir les effets secondaires de la drogue qu'il consommait en trop grande quantité. Il n'arrivait plus à dormir sans une de ses pilules et lorsqu'il restait trop longtemps sans en prendre, ses mains se mettaient à trembler de façon incontrôlable. 

Mais le plus horrible c'était les rêves, à tel point qu'il avait de plus en plus de mal à discerner la réalité de ses cauchemars.

Au sous-sol, Mikey était assis sur une caisse, à l'écart, un taiyaki à la main. Trois de leurs hommes étaient alignés contre le mur et un quatrième gars était ligoté sur le sol.

L'un des types – un des hommes de Koko se souvint Sanzu – vint à sa rencontre, une feuille de papier à la main.

– Monsieur Sanzu, monsieur Kokonoi a trouvé ceci...

Sanzu la prit et il la déplia. C'était la copie d'une page d'un dossier de la police, vit-il. La fiche d'identité professionnelle d'un flic.

– ...Dès qu'on a compris qu'on avait une taupe, reprit l'autre, on a chopé le gars et on l'a amené ici.

Sanzu rejoignit le type par terre en deux pas et il le saisit par les cheveux pour soulever sa tête et voir son visage. Il le compara à la photo qu'il avait sous les yeux, puis un sourire effrayant étira ses cicatrices.

– Oh, oh ? Mais oui ! On dirait bien qu'on a une saloperie de taupe ! Tu n'as peur de rien toi mon gars !

L'homme grimaça, mais il ne répondit pas et Sanzu le laissa retomber. Il se redressa.

– Tu veux qu'on en fasse quoi, Mikey ?

À ses pieds, leur prisonnier se tortilla en essayant de s'asseoir, mais Sanzu le renvoya au sol d'un coup à la mâchoire avant de se pencher vers lui, le doigt sur la bouche.

– Chuuut ! On écoute quand le boss parle !

Plus loin, Mikey jeta le dernier morceau de son taiyaki dans sa bouche.

– Fais-le parler et puis bute-le.

Le sourire de Sanzu s'agrandit encore.

– C'est comme si c'était fait, boss !

Il sortit de sa poche une nouvelle pilule, renversa la tête en arrière et la laissa tomber dans sa bouche.

– QUE LE MARTEAU DU BONTEN S'ABATTE SUR LES TRAÎTRES ! 

Dans sa poitrine, les battements de son cœur s'emballèrent. La fête pouvait commencer.

à suivre…


Chapter 46: Derniers souffles

Notes:

(See the end of the chapter for notes.)

Chapter Text

Haruchiyo Sanzu

Derniers souffles


          Sanzu était assis derrière le volant de la voiture arrêtée dans une ruelle. Ses doigts tapotaient le cuir, un mouvement nerveux qu'il n'arrivait pas à contrôler, et il fixait la rue. Finalement, il entendit la portière s'ouvrir derrière lui et Mikey sortit sans un mot.

– Mikey ?

Sanzu tourna la tête puis il sortit à son tour.

Les mains dans les poches, Mikey était en train de filer un type de petite taille avec un air d'ahuri, vit-il. Sanzu allongea le pas et il rattrapa son boss rapidement.

– C'est lui ? Demanda-t-il à mi-voix.

Il avait sorti un masque de sa poche, un de ceux qu'il portait autrefois, et il l'avait enfilé pour ne pas attirer l'attention. Depuis que la police avait le Bonten dans le viseur, ses cicatrices étaient devenues reconnaissables.

Mikey ne répondit pas, mais il demeura à bonne distance du gars pour ne pas se faire repérer.

Finalement, l'homme arriva au pied d'un vieux bowling – une ancienne planque du gang – et, après avoir hésité un instant devant la porte, il entra.

Sur le parvis, Mikey leva les yeux sur le bâtiment à l'abandon. Cet endroit n'était plus utilisé par le Bonten depuis longtemps. L'enseigne lumineuse était cassée, des lettres étaient de guingois et certaines étaient même tombées. Mikey suivit le type à l'intérieur toujours sans dire un mot et Sanzu l'imita.

Depuis quelques semaines, un homme faisait le tour de toutes les anciennes planques du Bonten, avait appris Sanzu. Un espion minable si on voulait son avis, ce type poussait la débilité jusqu'à poser des questions sur Mikey à tous les malfrats qu'il rencontrait. Sanzu l'avait fait passer à tabac par les employés d'un bar où il était allé enquêter et là-bas les gars lui avaient expliqué qu'on ne posait pas de question sur le Bonten si on voulait rester en vie, mais ça n'avait pas suffi.

Et puis une image de caméra de surveillance leur était tombée entre les mains et, après l'avoir vue, Mikey avait décidé de s'occuper personnellement de cette affaire.

C'était la première fois depuis longtemps. Ces dernières années, Mikey n'intervenait plus dans la vie du gang. Il ne quittait presque plus sa suite et il restait là, debout devant sa fenêtre, à contempler la ville en silence ou alors il s'installait sur le toit, les yeux dans le vide. Il ne dormait quasiment plus non plus – pour cela, Sanzu et lui se ressemblaient –, mais il ne semblait pas vivant pour autant.

Cet intérêt soudain avait d'abord pris son bras droit au dépourvu. Pourquoi Mikey voulait-il s'occuper de ce type ? Puis il s'en était félicité. Si Mikey voulait traquer ce gars, c'était une bonne nouvelle. Tous les deux allaient s'amuser ensemble.

Mais c'est qui ? Je l'ai déjà vu ?

Il avait eu beau examiner la photo, même si l'homme ne lui était pas inconnu, il n'avait pas réussi à mettre un nom sur son visage.

Il s'en moquait en réalité. Tout ce qui comptait, c'était que Mikey allait s'occuper de son cas lui-même.

Une fois à l'intérieur du bâtiment, il lui emboîta le pas en retirant son masque.

– Tu veux qu'on fasse quoi, Mikey ? Reprit-il à mi-voix, fébrile. On le bute ? Tu veux que je le fasse ? Ou tu préfères le faire toi ?

Mikey fronça les sourcils.

– Avant, je veux savoir pourquoi il est là.

Il lui désigna les marches plongées dans l'ombre au-dessus d'eux.

– Passe devant, reprit-il. Mais ne le tue pas.

Si Sanzu avait su à ce moment-là comment cette journée allait finir, il aurait sans doute fait demi-tour.

Non... même si j'avais su, j'aurais suivi mon Roi... Je l'aurais suivi jusqu'au bout... Jusqu'en Enfer... Parce que c'est là qu'est ma place, près de lui.




 

Sanzu était de retour sur son canapé, dans sa suite de la Nihonbashi Mitsui Tower. Les membres engourdis et le regard rendu hagard par le mélange de drogues et d'alcools qu'il avait avalé, il scrutait son plafond sans le voir.

Ce type – Takemichi –, il l'avait reconnu tout de suite une fois arrivé à l'étage. C'était le puant comme il l'appelait. Un ancien de l'époque du Toman, un trouillard qui passait son temps à chialer et qui semblait prendre une douche par semaine, en tout cas à l'odeur.

Une fois là, Sanzu avait bien failli lui coller une balle pendant leur conversation. Ce connard avait osé dire que Mikey semblait malheureux. Il avait de la chance que le boss lui ait dit de ne pas le tuer. Ensuite, ce crétin avait sorti une enveloppe et il leur avait annoncé qu'il voulait inviter Mikey à son mariage.

Sanzu s'était retenu d'éclater de rire.

Mais dans quel monde il vit, ce con ?

Mikey n'avait rien dit, mais tout était parti de travers peu après ça. Mikey avait demandé à rester seul avec lui. Sanzu avait hésité une seconde, avant d'obéir. Il était redescendu tout seul et, arrivé au niveau du hall, il avait entendu le premier coup de feu.

À ce moment-là, il souriait encore comme un débile.

C'était une affaire rondement menée, patron !

Mais Mikey n'avait pas reparu.

Adossé au coin de la rue, Sanzu avait attendu, une minute, puis deux, puis cinq. Mikey ne redescendait pas. Le brouhaha de la foule l'empêchait d'entendre si d'autres coups de feu étaient tirés et il était en train de se demander s'il devait rebrousser chemin - désobéir ouvertement à Mikey –, lorsque un cri lui avait fait lever la tête.

– Regardez ! Disait une femme. Là-haut ! Ce type, il va sauter, non ? Il faudra appeler les secours ?

Sanzu avait d'abord jeté un œil indifférent à la scène – qu'un type se balance du toit en pleine ville, il n'en avait rien à foutre  –, mais quand il avait reconnu Mikey, son sang s'était glacé dans ses veines.

Il avait crié à son tour, mais c'était trop tard, Mikey avait sauté.

Et maintenant, il était là. Seul.

Pourquoi... ? Pourquoi Mikey ?

Cette question tournait en boucle dans sa tête. Il n'arrivait pas à lui trouver de réponse. Son Roi était le plus fort. Il était Mikey l'invincible. Le légendaire boss du Bonten. Personne ne pouvait avoir raison de lui. Même pas ces pulsions avec lesquelles il vivait depuis si longtemps. Alors pourquoi avait-il fait cela ? Pourquoi avait-il sauté ?

Il ne comprenait pas.

Le visage de Mikey flotta un instant devant ses yeux avant de commencer à s'estomper et il voulut tendre la main pour le saisir et l'empêcher de disparaître. Il s'aperçut alors que son corps ne lui répondait plus.

C'est la fin, comprit-il.

Cette idée ne l'effrayait pas. Au contraire. Elle avait quelque chose de réconfortant.

Baji... Shin... Songea-t-il. J'arrive, attendez-moi. Capitaine... On va se revoir on dirait... Je crois que je vous demanderai pardon en définitive... Senju... C'est mon tour... Je viens te rejoindre...

Lorsqu'il ferma les yeux, une dernière pensée le traversa.

Mikey... Attends-moi... Même en Enfer, je te servirai de guide.

END

Notes:

C'est la fin ! Merci à tous ceux qui sont arrivés jusque-là !

Cette histoire, c'est une première pour moi !

D'abord parce qu'il n'y a pas d'OC et c'est un exercice dans lequel je ne suis pas forcément à l'aise... je veux dire, ce n'est pas mon personnage et prêter des pensées et des réactions à un protagoniste que je n'ai pas créé, je trouve que ça fait un peu arrogant ^^. En tout cas, j'ai fait de mon mieux pour respecter le Sanzu créé par Ken Wakui (ce que je croyais en avoir compris au moins) et pour lui offrir un genre de spinoff à lui.

Ensuite, parce que c'est la première véritable sad end que j'écris ! Comme j'avais décidé de coller au manga, je ne me voyais pas faire autrement... Là aussi vous me donnerez votre avis ! Dans cette histoire, j'ai voulu donner l'impression que Sanzu voyait les épisodes importants de sa vie défiler devant ses yeux au moment de sa mort, un peu comme une sorte de film qui s'accélère vers la fin. Vous me direz si c'est réussi !

En tout cas merci à tous ceux qui ont lu, voté, commenté cette histoire. C'est un geste qui me va droit au cœur ! Encore merci et peut-être à bientôt !

ヽ(o^▽^o)ノ

Bye bye !

Notes:

Haruchiyo SANZU by Pouick Pouick