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Language:
Français
Stats:
Published:
2026-01-04
Words:
1,640
Chapters:
1/1
Kudos:
5
Hits:
30

The moon witnessed her nostalgic breath

Summary:

Que faire lorsque la nostalgie nous frappe de plein fouet ? Eh bien, pourquoi ne pas admirer la lune ? Elle est toujours de bons conseils, soyez en certains

Notes:

L’abus d’alcool est dangereux pour la santé, à consommer avec modération ;)

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

L’appartement était plongé dans l’obscurité et n’était que faiblement éclairé, au travers des fenêtres, par les reflets d’une ville endormie.

Le salon se présentait comme le théâtre d’une vie des plus ordinaires : des livres encore ouverts posés sur une table basse, un pull oublié sur le dossier d’un fauteuil en cuir, un tas de feuilles remplies de notes non loin de ces mêmes livres, ainsi que de nombreuses plantes occupant divers recoins de l’appartement. Au-dessus du canapé, les tableaux accrochés reflétaient la pâle lumière orangée venue de dehors, donnant aux cadres une allure mélancolique.

La pièce paraissait figée dans le temps.

Le parquet, marqué par le temps, semblait porter les traces de plusieurs vies, et chaque craquelure racontait une histoire qui lui était propre. Les ombres dessinées par les lumières de la rue se reflétaient sur le bois sombre, traçant des lignes parallèles, qui ondulaient au rythme des voitures passantes.

La cuisine retraçait également cette banalité du quotidien. Près de l’évier, un verre y était déposé à l’envers sur un torchon, juste à côté d’une petite assiette et de couverts. Au fond du plan de travail se trouvaient de nombreuses bouteilles d’alcool alignées comme décoration.

L’une des grandes fenêtres du salon était ouverte, laissant entrer de fins courants d’air. La nuit semblait s’être arrêtée au seuil de l’appartement, incapable de franchir entièrement la chaleur retenue par les murs. Les rideaux ouverts dansaient au souffle du vent qui s’invitait dans la pièce.

Dehors, la ville était suspendue entre le sommeil et l’éveil. Les immeubles se dressaient telles d’imposantes et robustes silhouettes uniquement perceptibles par quelques rectangles lumineux – des fenêtres dont les occupants, pour une raison ou une autre, ne dormaient pas encore malgré l’heure tardive.

Au-dessus, le ciel était vaste et lumineux, sans le moindre nuage. Les reflets de la lune éclairaient la ville d’une lumière douce et naturelle.

Malgré l’heure, malgré le calme régnant dans les rues, quelque chose dans l’air laissait entendre que le monde n’était pas totalement endormi, mais plutôt en attente.

Dans cette atmosphère figée, au beau milieu de la nuit, une femme se trouvait près de la fenêtre, sa fine silhouette se dessinant par la douce lueur de l’astre nocturne.

Son ombre glissait le long du mur et du parquet. Elle avait posé, au rebord de cette même fenêtre, un verre de whisky, où la glace avait presque déjà entièrement fondue. À sa surface, l’alcool captait les reflets ambrés du salon, qui se réfléchissaient sur ses doigts. Juste à droite du verre se trouvait un vieux paquet de cigarettes cabossé, témoin des multiples nuits où la femme était allée chercher ce besoin d’évasion, presque par habitude.

À la fenêtre, elle avait laissé la fine chaleur du salon derrière elle. L’air de la nuit se jetait sur ses bras découverts. Elle ne frissonnait pas, demeurant comme une frontière – fragile certes, mais suffisante – entre un intérieur silencieux et chaleureux et un extérieur suspendu et frais.

Sur le rebord extérieur de la fenêtre se trouvaient de nombreuses traces de cendres noires, faisant penser à un cendrier, vestiges de ces soirées où elle avait cherché dehors ce qu’elle ne parvenait plus à trouver dedans.

De son paquet de cigarettes, elle en prit une qu’elle plaça entre ses lèvres, avant de sortir également son briquet. La flamme éclaira un court instant son visage, révélant dans ses yeux clairs une fatigue qui ne provenait ni d’un manque de sommeil, ni d’une surconsommation d’alcool : plutôt celle qui s’installait au plus profond du cœur et de l’âme – celle qui ne ressort seulement lorsqu’on a trop attendu, sans jamais vraiment parvenir à renoncer.

La première inhalation fut lente, presque imperceptible : la fumée s’éleva immédiatement, d’une finesse fragile, puis s’évapora presque aussi rapidement qu’elle était apparue. Ses doigts fins serraient la cigarette avec une familiarité à la fois tendre et mécanique.

Sa main gauche trembla en tirant son téléphone de sa poche. Elle l’alluma et regarda l’heure : 4h01. Elle soupira tandis qu’elle prenait conscience de l’heure tardive.

Son téléphone portable s’était allumé sur une fiche de contact – toujours la même – avec cette même photo : deux femmes face à face, l’une assise sur une rambarde en bois, l’autre se tenant debout juste devant. Leurs regards amoureux se croisaient, et sur leurs visages on pouvait apercevoir de chaleureux sourires et y lire cette tendresse dans leur amour partagé.

Le genre de photo où la complicité est tant explicite qu’il n’est même pas nécessaire de chercher à comprendre leur histoire.

Son regard s’est longuement posé dessus : non pas par curiosité ou dans le but de l’étudier, mais plutôt comme on regarde ce qui a déjà été observé maintes et maintes fois, dans l’espoir de parvenir à découvrir un nouveau détail – n’importe quoi d’autre.

Le téléphone fut posé non loin de son verre de whisky. L’écran resta allumé quelques instants avant de finalement s’éteindre, emportant avec lui la photo dans un noir profond, où ne se reflétait alors plus que l’éclat de la ville.

Dans un doux mouvement, ses doigts effleurèrent la bague qu’elle portait à son annulaire droit. Il s’agissait d’une Claddagh – une bague traditionnelle composée d’un cœur pour l’amour, d’une couronne pour la loyauté, et deux mains qui symbolisent l’amitié. La pointe du cœur doré, dirigée vers elle, était la preuve que son cœur était toujours pris malgré les années.

Il s’agissait d’une bague que lui avait légué sa mère à sa mort, et elle avait choisi de l’offrir en bague de fiançailles pour sa femme – enfin, ex-femme plutôt, car l’anneau doré lui avait été rendu un matin d’hiver, accompagné d’une sublime rose noire fanée et d’une lettre portant encore ce doux parfum fleuri.

Depuis cela, le petit objet irlandais n’avait plus jamais brillé de la même manière, avec cette même lueur – comme un cœur terni.

Un coup de vent fit soudainement bouger les rideaux derrière elle et le whisky remua doucement dans le verre, faisant osciller les derniers glaçons. La fumée de sa cigarette se dispersa complètement, ne laissant plus aucune trace. En bas, dans la rue, les arbres supportaient également le passage du vent entre leurs branches, avant qu’il ne s’éloigne. La légère tension de ses épaules trahissait l’attention portée à chaque souffle de vent.

Et puis, le silence nocturne reprit sa place.

Sa main gauche saisit le verre d’alcool : le whisky ambré s’étala sur sa langue et dans sa gorge. C’était lent, presque doux. Le liquide froid semblait apaiser la brûlure de la cigarette, mais accentuait celle des souvenirs et des regrets.

Elle ferma doucement les yeux, inspirant profondément, avant d’expirer.

Et puis, soudainement, mais avec toute la douceur du monde, un rire éclata dans la rue. Un air vif et porteur de l’innocence pure d’une tendre jeunesse : deux jeunes filles remplies de joie de vivre sortant d’un bar sans réfléchir au lendemain.  Le son remontait entre les immeubles, se glissant alors jusqu’à sa fenêtre, où elle demeurait, et quelque chose se tendit en elle – dans sa gorge et dans son cœur.

Les souvenirs n’eurent guère la politesse de frapper à la porte avant de débarquer violemment sans prévenir, déstabilisant la femme.

C’était une nuit presque semblable : un ciel découvert, et un amour pur dans l’air. Un rire lumineux et chaleureux, celui de la femme qu’elle aimait – et peut-être encore trop. Son regard se plongeant dans le sien, portant tout l’espoir du monde.

L’écho de ce rire lui traversa la poitrine : une chaleur tout aussi douce qu’amère qui s’écrasa juste sous ses côtes. Les rires des inconnues diminuaient tandis qu’elles s’éloignaient, puis disparurent entièrement en emportant avec elles l’écho d’un bonheur qu’elle ne retrouverait peut-être jamais et laissant derrière un silence encore plus lourd de nostalgie.

Le silence nocturne reprit alors sa place.

La femme ouvrit les yeux. Le verre de whisky se trouvait encore dans sa main gauche. Dans son autre, la cigarette était toujours positionnée entre deux de ses doigts, et s’était alors déjà consumée de la moitié de sa longueur sans même qu’elle y pense. Le téléphone, lui, toujours posé sur le rebord, était parfaitement immobile. En reposant son verre, elle le prit entre ses doigts. Son reflet flou apparut sur l’écran noir. Elle y vit son physique méconnaissable : elle paraissait faible avec son regard fatigué qui trahissait sa douleur, avec la pâleur de sa peau, et ses cheveux courts négligemment coiffés.

Elle tapota doucement avec son pouce : une pression presque tendre et timide. Et puis, l’écran s’alluma : aucune notification, aucun appel, aucun message. Rien. Le silence de l’appareil faisait écho au silence de la nuit.

Elle resta ainsi, immobile, un long moment. L’écran éclairait faiblement son visage alors que son cœur restait serré dans une mélancolie qu’au fil du temps, elle avait réussi à apprivoiser. Cependant, elle n’était jamais parvenue à la faire disparaître. Ce sentiment persistait au fond d’elle, comme une présence silencieuse dont elle avait appris à s’accommoder.

Finalement, elle rangea son téléphone dans la même poche qu’elle l’avait sorti. Elle aspira la fin de sa cigarette – longuement cette fois-ci – avant de l’écraser sur le rebord d’une fenêtre qui avait déjà finit brûlée un bon nombre de fois.

Une légère fumée s’échappa du mégot, alors qu’une nouvelle trace noire trouvait sa place sur la pierre.

Elle termina ensuite son verre de whisky, laissant la chaleur du liquide s’attarder quelques instants dans sa gorge.

Elle se redressa, laissant son regard s’attarder une dernière fois sur la rue vide aux immeubles silencieux, sur le ciel étoilé, et sur la lune brillant au-dessus d’elle. Puis, refermant alors la fenêtre, elle mit un terme à tout cela. Le rideau devint une barrière, la coupant de l’air froid, de la ville sombre et silencieuse, et de ce rire nostalgique.

La nuit avait fini par devenir l’habituelle gardienne de ses pensées qui venaient et revenaient, lorsque cet espoir, même affaibli, refusait de complètement s’en aller.

Et alors, la lune fut témoin de son souffle nostalgique.

Notes:

La lune est belle quand elle brille, non? Elle est également des plus inspirantes, je dois bien l'avouer ;)
Si en lisant cela, vous avez eu une soudaine envie d'admirer la lune et de penser à ceux qui vous manquent, dois-je comprendre que mon histoire est réussie ?