Actions

Work Header

Un chien qui parle

Summary:

Écrit dans le cadre de la bataille navale du sancho

Work Text:

Hawkins, pour une petite ville perdue au milieu de l’Indiana, attire bien du monde ces derniers temps. Entre les colonnes entières de véhicules blindés de l’armée qui font trembler l’asphalte et les cohortes de journalistes armés de micros et de caméras, le bourg n’a plus rien de tranquille. Les rues autrefois désertes à la tombée du jour sont désormais saturées de gyrophares, de rubans de sécurité et de murmures inquiets.

D’accord, d’énormes plaques d’acier recouvrent chacune des failles rougeoyantes qui défigurent la ville comme des cicatrices mal refermées. On a coulé du béton, posé des barrières, installé des postes de contrôle à chaque coin de rue. Mais la situation reste critique. On le sent dans l’air.

Et au plus profond d’elle, Nancy a la conviction que ce qui se joue ici dépasse largement le sort de sa ville. Ce n’est pas juste Hawkins. Ce n’est jamais juste Hawkins. C’est plus grand. Plus vaste.

Comme si la situation n’était pas déjà assez folle, l’un de ses petits amis — parce que oui, apparemment, sa vie sentimentale devait rester compliquée même en pleine quasi-apocalypse — soutient bec et ongles qu’il a croisé un chien qui parle en pleine ville.

Pourtant, aux dernières nouvelles, Steve n’est pas celui qui consomme de la marijuana.

Nancy croise les bras sur sa poitrine, adossée à la carrosserie encore tiède de sa voiture. Le parking derrière le centre commercial est presque vide, barré au loin par des rubans jaunes flottant au vent.

— Donc, si je te suis bien, en revenant du travail, tu as croisé un chien qui parle.

Steve, les mains sur les hanches, hoche la tête avec un sérieux déconcertant.

— Il parlait à un humain. C’est important. Il voulait se rendre de l’autre côté.

Nancy cligne des yeux. Lentement.

— Quoi ! Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ? Les prendre en stop ?

— Déjà leur demander pourquoi ils voulaient aller de l’autre côté. On a dit qu’on limiterait l’implication des civils.

Il a ce ton défensif, légèrement vexé, celui qu’il prend quand il est persuadé d’avoir fait exactement ce qu’il fallait.

— Henderson a dit que c’était probablement pas des civils lambda…

Nancy relève la tête.

— Et pourquoi ça ?

Steve lève un doigt, comme s’il énumérait des preuves irréfutables devant un tribunal invisible.

— Déjà, il y avait un chien qui parle. Oh, et qui mange des hamburgers.

Nancy le dévisage en clignant des yeux, cherchant le moindre signe de second degré sur son visage.

— Qui mange… des hamburgers ?

— Beaucoup d’hamburgers. Et qui marche sur deux pattes.

Le silence qui suit est épais. Presque pesant. Au loin, un hélicoptère militaire fend le ciel dans un grondement sourd.

Génial. Tout simplement génial.

Steve est totalement défoncé.

Elle soupire en se pinçant l’arête du nez, fermant brièvement les yeux comme si ça pouvait faire disparaître cette conversation.

— Où as-tu laissé Dustin ?

— Oh, avec Sam et Scooby.

— Qui sont ?

— Le chien et son meilleur ami.

— Oh.

Bien sûr.

Elle aurait dû s’en douter.

Nancy laisse retomber ses bras le long de son corps, fixant Steve comme s’il venait de lui annoncer qu’il avait adopté un démon domestique (ce qui a déjà eu lieu ce rappel t’elle). Son regard glisse brièvement vers la rue principale où des soldats montent la garde, fusils en bandoulière.

— Steve, dis-moi que tu plaisantes.

— Je plaisante pas. Le type s’appelle Sam. Il porte un t-shirt vert et il avait l’air… affamé. Genre constamment affamé. Et le chien — Scooby — parle vraiment. Avec une voix grave, un peu bizarre.

Il tente même une imitation approximative qui ressemble plus à un gargouillis qu’à autre chose.

Nancy le fixe.

— Tu imites un chien imaginaire au milieu d’un parking surveillé par l’armée.

— Il est pas imaginaire !

— Steve.

Il passe une main dans ses cheveux, visiblement frustré qu’elle ne le prenne pas au sérieux.

— Ils cherchaient un portail. Ils ont dit qu’ils en avaient déjà vu. Que ça ressemblait à… à un truc flippant. Rouge. Qui s’ouvre dans le sol.

Le cœur de Nancy rate un battement.

Ça, pour le coup, c’est moins drôle.

— Ils ont dit ça ?

— Ouais.

Elle déglutit, son esprit déjà en train d’assembler les pièces. Les failles. Les plaques d’acier. Les portails.

— Et tu as pensé que c’était une bonne idée de laisser Dustin avec eux ?

— Dustin les adore ! Enfin… surtout le chien.

Nancy inspire profondément, cherchant le calme au milieu du chaos.

— Steve, on ne sait pas qui ils sont.

— Justement ! C’est peut-être des alliés.

— Ou peut-être des problèmes supplémentaires.

Il la regarde, un peu blessé.

— T’as toujours été celle qui voulait comprendre avant de juger.

Elle détourne brièvement le regard vers l’horizon, où le soleil commence à décliner derrière les bâtiments cabossés.

— Oui. Mais j’aimerais comprendre des choses un peu plus rationnelles, pour changer.

Un silence.

— Il a vraiment commandé des hamburgers ?

Steve hoche la tête.

— Six.

— Six ?

— Minimum.

Malgré elle, un soupir amusé lui échappe.

— Un chien qui parle, qui marche sur deux pattes et qui engloutit des hamburgers… Évidemment que ça arrive ici. Pourquoi ça arriverait ailleurs ?

Steve esquisse un sourire, soulagé qu’elle ne le traite plus complètement de fou.

— Donc tu me crois ?

Nancy hésite. Juste une seconde.

À Hawkins, après tout ce qu’ils ont vu… un chien qui parle n’est peut-être pas la chose la plus improbable.

— Je crois que dans cette ville, plus rien ne m’étonne vraiment.

Elle le fixe à nouveau.

— Mais si Dustin revient possédé, muté ou traumatisé, c’est toi qui expliques ça à sa mère.

Steve blêmit légèrement.

— Ok. Dit comme ça…