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Ces eaux troubles

Summary:

Après la guerre, Fred et George essayent tant bien que mal de retrouver leur vie d'avant. Mais certaines blessures guérissent moins bien que d'autres, et les amènent à questionner certaines choses. Twincest.

Notes:

Hello tout le monde !

Je repose une de mes anciennes fics.

Warning : à l'époque je m'étais donné le défi d'écrire une twincest "réaliste", avec toute la torture émotionnelle et les complications que ça implique.

(See the end of the work for more notes.)

Work Text:

 

 

George essayait vainement de se frayer un passage dans la Grande Salle, trébuchant pour ne pas heurter les corps et les blessés. L'air était rempli de sanglots discrets et de conversations à voix basse, et des nuages noirs oppressants avaient recouvert le plafond magique, reflétant l'atmosphère lourde de deuil et de pertes qui avait envahi les murs du château. Il sentit son cœur rater un battement en remarquant dans la foule l'éclat d'une tignasse rousse, puis de plusieurs autres. Il y eut comme un blanc dans son esprit alors qu'il jouait des coudes, courant presque vers sa famille. Son estomac se tordit à lui en donner la nausée, un poids froid s'abattant sur sa poitrine, l'empêchant de respirer normalement. Il reconnaissait les silhouettes de ses parents, de Percy, Ron et Ginny, et au centre, un corps familier gisait. Son cœur cognait furieusement à présent contre sa cage thoracique, ses poumons lui faisaient mal. Dans un état second, il poussa son père de son chemin, et tomba nez à nez avec les yeux vides de Fred.

 

Un cri strident retentit dans la nuit, si terrible et si rempli de terreur qu'il fit se dresser ses poils avant même d'achever de le réveiller. Le cri se mua en un hurlement lancinant, une plainte d'animal blessé que quelqu'un s'amuserait à torturer, si horrible et si primaire qu'on avait du mal à le croire sorti de la bouche d'un être humain. Quittant précipitamment la chaleur de son lit douillet, il se rua vers la chambre voisine d'où provenait les gémissements, et entra en trombe dans le pièce, allumant la lumière. Il sentit son cœur se serrer d'inquiétude en écoutant les sanglots à présent étouffés qui secouait l'être emmitouflé sous ses couvertures. S'agenouillant à son chevet, il posa une main hésitante sur le torse du jeune homme endormi, et murmura :

"George ? George, réveille toi !"

Il tapota doucement sa joue humide où un mince filet de larmes s'écoulait sans bruit, puis secoua légèrement plus fermement son épaule. George s'éveilla en sursaut, ses yeux s'écarquillant très grand avant de ciller, agressés par la lumière vive que diffusait la lampe. Pendant un court instant, il sembla perdu, puis son regard se posa enfin sur celui qui venait de le tirer de son cauchemar, et un sourire tremblant étira ses lèvres.

"F-Fred ? Tu es vivant ?"

Fred hocha lentement la tête, hésitant quant à comment rassurer son frère. Celui-ci renifla, avant de l'enlacer dans une étreinte brutale qui lui rappelait étrangement leur mère. Fred se laissa faire sans broncher, tapotant le dos de George dans ce qu'il espérait être un geste apaisant. Il ne fit pas attention aux gouttes froides qui tâchaient son t-shirt, ni à ses côtes qui protestaient vainement pour que George relâche un petit peu la pression qu'il exerçait sur elles.

"C'était encore le même cauchemar ?" demanda-t-il après un moment, sentant que son jumeau se calmait progressivement. Ses pleurs avaient cessé, mais il pouvait toujours le sentir trembler contre son torse, et il savait qu'avec le chauffage magique à fond, ça ne pouvait pas être que George avait froid. Il le sentit acquiescer silencieusement dans le creux de son épaule. Son index se mit à cajoler très délicatement le haut de sa nuque, là où naissait ses mèches oranges, et où il savait que George aimait bien qu'on le caresse. Leur mère avait l'habitude de passer son pouce là quand ils étaient plus jeunes et qu'elle les prenait dans ses bras parce que l'un des deux avait un chagrin ou bien s'était fait mal. C'était apaisant, et George se détendit graduellement contre lui.

"C'était juste un Maléfice de Stupéfixion George, et je me suis cogné la tête contre le mur du coup je ne me suis pas réveillé tout de suite. Mais c'est fini maintenant, je vais bien, tout le monde va bien, et la guerre est terminée," murmura Fred dans le creux de son oreille, espérant consoler son frère.

C'était un médicomage soignant les blessés après la bataille qui s'était rendu compte qu'il n'avait pas été touché par un Sortilège Impardonnable. En voulant briser le maléfice, il s'était aperçu qu'il avait un traumatisme crânien, et Fred avait été transporté à Saint Mangouste où on avait pu le guérir rapidement. Le fait est que toute sa famille l'avait cru mort pendant presque douze heures, et que cet épisode avait laissé des séquelles dans leur façon de se comporter avec lui. Sa mère prenait tous les jours de leurs nouvelles via la Poudre de Cheminette, et son jumeau faisait des cauchemars récurrents. Fred mettait cela sur le compte que l'incident était encore récent et trop frais dans leurs mémoires, étant donné que cela faisait à peine deux semaines que le Seigneur des Ténèbres avait été vaincu. Il espérait sincèrement que tout rentrerait rapidement dans l'ordre, même s'il devait avouer que c'était diablement agréable d'entendre Molly Weasley crier sur quelqu'un d'autre que lui ou George.

"Je sais," répondit George d'une voix enrouée.

"Tu veux que je dorme avec toi cette nuit ?" proposa Fred en voyant que son jumeau ne semblait pas encore prêt à le lâcher, et que la fatigue commençait à se faire sentir dans ses membres.

Ils avaient perdu l'habitude de partager le même lit depuis leur première année à Poudlard, et bien que vivant dans le même appartement, possédaient chacun leur chambre. Ce n'était pas que cela le dérangeait spécialement de dormir avec George - que ce soit en partageant un lit ou simplement une chambre -, mais ce n'était pas très confortable pour deux grands gaillards comme eux de dormir côte à côte sans que l'un des deux ne finisse par terre au beau milieu de la nuit, ou ne vole les couvertures. Dormir dans un dortoir pendant sept ans l'avait plus ou moins immunisé contre les ronflements, et Fred comme George auraient pu pioncer malgré le chant d'un clairon, mais c'était tout de même bien agréable de pouvoir prendre toute la place du matelas et s'étaler sans gêne. Fred faisait une exception pour les jolies sorcières, cela allait sans dire, bien que les pieds froids collés à ses mollets ne soient pas sa tasse de thé.

La plupart du temps, habitués à bavarder jusqu'à des heures tardives, l'un des deux finissait par coucher dans la chambre de l'autre, métamorphosant un fauteuil en lit, mais néanmoins avoir deux chambres avait ses avantages. Par exemple, c'était beaucoup plus pratique si l'un d'entre eux ramenait une fille pour la soirée. Mais depuis la fin de la guerre, ni Fred ni George n'avait réellement été d'humeur à profiter des charmes de la gente féminine. Le besoin de retrouver famille et amis s'était fait plus fort, plus pressant, après tant de mois passés dans l'incertitude de les revoir un jour. Fred avait proposé à George de déménager temporairement dans sa chambre le temps que ses cauchemars se calment, mais celui-ci avait refusé, probablement par fierté. Pour un jeune homme de vingt ans, c'était assez gênant d'admettre ce genre de faiblesse, même à son jumeau; ou peut être qu'il ne voulait pas le déranger. Pour une fois, Fred n'était pas trop sûr de ce que ressentait son frère.

Il fut soulagé de l'entendre dire 'oui', et se fit une place sous la couette. George s'était calé contre son épaule, sans doute pour s'assurer inconsciemment de sa présence, et bientôt sa respiration s'apaisa, et la pièce fut remplie par de légers ronflements. Une fois assuré que George dormait pour de bon, Fred s'autorisa à fermer les paupières, et s'endormit comme une masse.

Le week end arriva rapidement, au grand soulagement de Fred. La semaine avait été longue et fatigante, d'autant qu'aucun des deux n'avaient eu leur cotât d'heures de sommeil. Le samedi soir, avisant son frère se changer pour revêtir une tenue décontractée, George demanda :

"Où on va déjà ?"

"Dans les environs de Cardiff. Lee m'a dit qu'il y aurait pas mal d'anciens de Poudlard, mais qu'on risquait de croiser des Moldus," répondit Fred tout en passant un pull à col V par dessus sa chemise.

George hocha la tête. Ça expliquait que Fred n'ait pas opté pour une robe. Fouillant dans la penderie, George enleva son pantalon de travail pour un jean plus ajusté, se sentant plus à l'aise. Lee était passé au magasin tout à l'heure pendant que George s'occupait d'une cliente particulièrement retord. Franchement, il était commerçant, pas baby-sitter. Ce n'était pas à lui de vérifier que chaque môme qui venait dépenser son argent de poche dans sa boutique avait la permission de ses parents pour acheter des pétards, et ce n'était pas sa responsabilité si les pétards en question terminaient dans la soupe du dîner. Il s'était retenu de répondre vertement à la mère indignée - après tout, quel était l'intérêt d'une blague réussie si la victime était au courant à l'avance? -, s'efforçant de garder un sourire professionnel. Il n'avait de ce fait pas eu l'occasion de saluer Lee, et c'était Fred qui l'avait informé de leurs plans de la soirée. Apparemment une grande fête avait lieu quelques part dans un bois du Pays de Galle, dans le but de célébrer la chute du Seigneur des Ténèbres. L'avantage d'être aussi prêt de la capitale, c'était qu'il existait un réseau de Cheminette en libre service, relativement pratique quand après quelques verres de trop le transplanage s'avérait trop délicat.

George avait hâte d'y être. Ça faisait trop longtemps à son goût qu'ils avaient pu profiter d'une vrai fête, et ça lui manquait. C'était tout ce dont il avait besoin pour oublier ses cauchemars, se rassurer définitivement sur la condition parfaitement "vivante" de Fred, et pour retourner enfin à un rythme de vie normale. Fred, ses amis, le magasin, et de jolies filles. Il se regarda rapidement dans le miroir, ébouriffant avec soin ses cheveux pour leur donner un petit côté décoiffé "négligé" - les filles adorent -. Son regard s'attarda quelques secondes de plus que nécessaire sur le trou où s'était autrefois trouvé son oreille, avant qu'il ne secoue la tête et ne force un sourire.

"Prêt George ?" s'enquit Fred en se saisissant de son trousseau de clefs.

"Paré Fred," opina George en revêtant son manteau, espérant qu'après quelques shots de Whisky Pur Feu il ne sentirait plus le froid mordant du mois de décembre.

 

---

 

George se retourna vivement, baguette pointée devant lui. Il n'y avait personne, juste des arbres à perte de vue.

Un deuxième craquement retentit dans le silence de la forêt, plus proche de lui cette fois-ci. George baissa les yeux et aperçut un petit rongeur à quelques mètres, se fustigeant intérieurement d'avoir laissé une vulgaire musaraigne l'effrayer. Il fit quelques pas vers l'arrière, ses chaussure crissant sur le tapis de feuilles mortes. Le périmètre semblait vide d'homme, et il se passa nerveusement la main dans les cheveux, épongeant au passage d'un revers de manche la sueur qui avait coulé sur son front. Où était les autres? Et Fred? Il fallait qu'il les retrouve et vite, il ne faisait pas bon traîner trop longtemps ici. Sa mâchoire se serra, son front se plissant en une moue inquiète. Un frisson lui parcourut l'échine, et il croisa un bras autour de son torse en une vaine tentative de conserver un semblant de chaleur corporelle. Il avait perdu son manteau dans la cohue, et cela faisait longtemps que les effets du Whisky Pur Feu avait cessé d'agir, le laissant la proie de la nuit glaciale.

La fête battait son plein, Fred et lui avaient tout deux trouvé une compagnie charmante pour passer la soirée. Lee dansait un rock effréné un peu plus loin avec Katie Bell, quant à George il avait rencontré une sorcière blonde des plus exquises qui, bénit soit Merlin, semblait savoir exactement ce qu'elle voulait et comment l'obtenir s'il en jugeait pas sa main délicate qui remontait lentement mais surement le long de sa cuisse. Fred pour sa part semblait très occupé avec une jolie brune qui rougissait dès que son frère ouvrait la bouche - George avait une vague idée du genre de propos que son jumeau lui tenait, le coquinou -. George était sur le point de se trouver un coin sombre et reculé pour pouvoir faire plus ample connaissance avec sa cavalière, quand ils avaient surgi de nulle part. Une bande de Mangemorts - ou plutôt d'ex-Mangemorts - qui n'avaient pas encore été attrapés par le Ministère de la Magie. Si les plus dangereux avaient été retrouvés et placés à Azkaban rapidement, il restait une poignée de sous-fifres qui se cachaient et qui n'avaient sans doute pas pu résister à l'appel d'une célébration en l'honneur de la chute de Voldemort.

Tout s'était passé très vite. En quelques secondes, des cris et des maléfices avaient remplacé l'ambiance festive. Les gens transplanaient pour se mettre en lieu sûr, et c'était ce que George avait prévu de faire quand il avait été séparé de son frère et de ses amis par un Feudeymon. Les flammes l'avaient encerclé et poussé à se retrancher vers la forêt, où il errait maintenant depuis ce qui lui paraissait être des heures. Il aurait pu transplaner, mais il refusait de le faire avant de s'assurer que Fred allait bien. Une épaisse fumée recouvrait l'ensemble du bois, lui faisant perdre ses repères. Il ignorait s'il était déjà passé par ce bosquet, s'il s'éloignait ou s'il se rapprochait de l'endroit où il avait été séparé des autres.

Le froid commençait à engourdir ses membres, et à présent qu'il ne faisait plus la fête, George prenait conscience qu'il était réellement fatigué. Peut être qu'il ferait mieux de rejoindre la ville, Fred l'attendait sans doute au poste de Cheminette. Un hululement sinistre brisa le calme presque pesant du couvert des arbres. George recula, et trébucha sur une racine qu'il n'avait pas vu, étouffant un grognement de douleur. Le sol était gelé et dur à cette saison. Il se redressa en grimaçant, se frottant les reins. Sa baguette lui avait échappé des mains, et avec toute cette fumée il arrivait à peine à distinguer ses propres pieds. Il jura dans sa barbe, scrutant le parterre de mousse. Où était-elle, bon sang? Il se mit à quatre pattes, essayant vainement de la chercher au toucher, ses mains et ses genoux s'éraflant sur des gravillons et des bout de bois. Un bruit de voix dans son dos le fit se figer, son cœur ratant un battement. Il y avait des gens tout près, et quelque chose lui disait qu'il ne s'agissait pas de ses amis. Ses ongles raclèrent frénétiquement la terre, mais sa baguette restait introuvable, et les bruits de pas se rapprochaient dangereusement de lui. Une vague de peur s'insinua sournoisement sous sa peau. Il était seul, désarmé, sans défense, face à des ex-Mangemorts qui jetaient des sortilèges Doloris à des enfants Moldus pour s'amuser. Une goutte de sueur dégoulina lentement le long de sa tempe, se mêlant à la crasse sur son visage. Ses oreilles bourdonnaient, il pouvait sentir le sang pulser dans ses veines.

Retenant son souffle, George s'éloigna à pas de loups, priant pour qu'ils ne l'entendent pas. Au bout d'un moment, les voix se firent plus lointaines, comme si les Mangemorts s'en allaient. Quand il fut assuré qu'ils était bien partis, George se laissa mollement glisser le long d'un tronc d'arbre, l'écorce se prenant dans la laine de son pull, et porta des mains tremblantes à son visage. Il laissa échapper une profonde expiration. Il était perdu dans une forêt inconnue, il ignorait comment retrouver le chemin de Cardiff, et pire que tout, il avait égaré sa baguette magique. Une bourrasque d'un vent glacial lui fouetta les joues. Il sentait ses paupières se clore toutes seules, l'appel du sommeil quasiment irrésistible. George ouvrit les yeux, ne s'étant pas rendu compte qu'il les avaient fermés, et se secoua la tête. Il ne fallait surtout pas qu'il s'endorme ici. Fred... Fred devait se faire un sang d'encre! Il se redressa péniblement sur ses jambes, et se mit à marcher, espérant que ce soit la bonne direction.

 

---

 

De retour dans leur appartement du Chemin de Traverse, Fred faisait les cent pas dans la cuisine, une tasse de thé froid oubliée sur le plan de travail.

Qu'est-ce qu'il foutait, bon sang ? Où était George, où était son frère ? Il n'aurait jamais du écouter Lee, il aurait dû retourner dans la forêt et la passer au peigne fin pour trouver son jumeau ! En proie à une angoisse rare - Fred Weasley n'avait certainement pas l'habitude de s'en faire pour quoi que ce soit, mais il s'agissait de George, et il se sentait rapidement céder à la panique - il s'affala sur une chaise, et se prit le visage entre les mains, ses doigts agrippant férocement ses mèches rousses alors qu'il réfléchissait à la meilleure solution envisageable.

Il s'était rendu compte trop tard que George avait été entraîné dans la direction du bois, et quand il avait réalisé avait tout de suite voulu rebrousser chemin. Lee s'était interposé, lui objectant que c'était trop dangereux pour y retourner maintenant, alors que l'endroit grouillait de Mangemorts, et qu'il ferait mieux d'attendre George devant le poste de Cheminette. Fred avait espéré de tout cœur que George ait la présence d'esprit de transplaner, bien que sachant pertinemment que c'était peu probable. Il n'aurait pas du écouter Lee, il aurait du faire confiance à la petite voix dans son esprit qui lui hurlait que jamais George ne partirait sans s'assurer qu'il était en sécurité, tout comme Fred ne serait jamais parti sans être certain que George ne risquait rien. C'était stupide et sans doute que ce que proposait Lee était plus sensé, mais Fred connaissait son jumeau mieux que personne, et regrettait amèrement de ne pas avoir écouté son pressentiment. Arrivé à la station, il n'avait pas vu George. Il était resté pendant des heures à l'attendre, fixant attentivement chaque passant qui s'approchait, dans l'espoir de discerner une frimousse familière, à la tignasse écarlate, en vain. Puis, Fred avait songé que peut être que George l'attendait miraculeusement au magasin, ou même chez eux, et s'était précipité sur place, pour trouver les lieux vides. Entre trois heures et cinq heures du matin, Fred avait effectué de nombreux allers-retours entre Cardiff et le Chemin de Traverse, sans succès. George demeurait introuvable, et au fur et à mesure que l'aube approchait, Fred se sentait prêt à prévenir le reste de la famille, peut être même des collègues de son père travaillant au département des Aurors.

Il préférait ne pas penser à la possibilité de sa mère descendant préparer le petit déjeuner pour voir l'aiguille 'George Weasley' de la grande horloge indiquer 'en danger de mort'. Fred secoua vigoureusement la tête, refusant de songer à cette probabilité morbide. C'était trop horrible à imaginer, George ne pouvait pas...

Fred se leva brusquement de sa chaise, incapable de rester immobile plus longtemps. Il fallait qu'il fasse quelque chose, qu'il s'occupe l'esprit. Ça ne faisait pas avancer les choses de ressasser des pensées sordides. Il se demandait si c'était ce que George avait ressenti en le croyant mort, s'il avait éprouvé la même détresse, le même sentiment d'impuissance terrible, et grimaça. Son cœur se serra douloureusement dans sa poitrine. Fred allait prendre son manteau et ressortir pour continuer ses recherches, quand la sonnette retentit. Son estomac se comprima sous son ventre, et Fred se précipita vers la porte d'entrée, le cœur battant, les yeux grands ouverts.

"George !" s'écria-t-il avant même que la porte ne soit complètement entrebâillée, sa voix trahissant une note d'espoir, espérant profondément que c'était son frère qui venait de sonner. Un grand sourire soulagé étira le coin de ses lèvres en apercevant une tignasse rousse familière, et Fred s'apprêtait à dire quelque chose, quand il prit conscience de l'aspect général de son jumeau. Son sourire se fana en une grimace inquiète en le voyant vaciller sur ses pieds, et Fred ouvrit les bras juste à temps pour l'empêcher de s'effondrer sur le palier. Dans des gestes fébriles, il retourna George, l'allongeant sur les marches du perron pour pouvoir l'examiner, sa tête reposant sur ses cuisses.

"F-Fred ?" murmura-t-il en claquant des dents, ayant visiblement du mal à parler. Un sourire paisible fendit son visage pâle, et Fred sentit son cœur s'arrêter de battre en voyant les yeux de son frère rouler dans leurs orbites. Le corps de George devint tout mou, et Fred posa une main tremblante sur la gorge de son jumeau, hoquetant de soulagement en se rendant compte que le sang pulsait toujours faiblement dans ses veines, et qu'il avait simplement perdu connaissance.

George était dans un sale état. Ses beaux cheveux roux avaient pris une teinte brune, et quelques feuilles s'étaient prises dans ses mèches désordonnées. Sa peau était si pâle que l'on pouvait compter les veines violettes en dessous, des tâches de crasse marrant son visage, et ses ongles étaient noirs de terre. Son pull et son jean étaient déchirés par endroit, et sortant de sa torpeur Fred se rendit compte que George tremblait violemment de froid tout contre lui. Ses yeux se posèrent sur sa bouche entrouverte en un sourire, et il sentit comme un poids gelé s'abattre sur sa poitrine devant la teinte bleutée qu'avaient prises ses lèvres.

Est-ce que George avait passé la nuit dehors, dans cette forêt, sans manteau et par ce froid glacial ? Fred poussa un juron et secoua la tête pour reprendre ses esprits, se saisissant de son frère tant bien que mal en le soulevant par les aisselles, le hissant à l'intérieur du magasin en refermant la porte d'un coup d'épaule. Dans l'état où il était, Fred ne songea même pas à se servir de la magie, et essaya de soutenir le corps inerte de George. Étant donné qu'ils faisaient le même poids et la même taille, sans compter que George était inconscient et de ce fait pesait plus lourd que d'ordinaire, ce ne fut pas facile de le traîner jusqu'à l'escalier qui menait à leur appartement. Fred réussit plus ou moins à le hisser sur son dos, et manqua plusieurs fois de trébucher dans les marches. Il frissonna de déplaisir lorsque la joue glacée de George entra en contact avec sa nuque, une bouffée d'adrénaline soudaine l'aidant à gravir les dernières marches et à porter son jumeau jusqu'à la salle de bain.

Fred ne connaissait pas grand chose sur l'hypothermie - après tout c'était déjà un cas rare chez les Moldus, alors chez les Sorciers c'était carrément une maladie qui relevait de l'inconnu - mais au vu de la température alarmante de George, se doutait qu'il fallait qu'il trouve un moyen de le réchauffer, quel qu'il soit. Il donna un coup de pied dans la porte et déposa avec précaution le corps gelé dans la baignoire, sa baguette magique tremblant légèrement lorsqu'il la tapota contre le robinet d'eau chaude pour en accélérer le flux. Se saisissant d'un gant, Fred le plongea sous le jet, puis s'appliqua à le passer sur le visage crasseux de George. Au fur et à mesure que la couche de terre mêlée de transpiration disparaissait, le gant dévoilait une peau blafarde. Fred avala sa salive avec difficulté, son estomac se crispant violemment sous son ventre. Il réprima un haut le cœur, ses doigts se posant fébrilement sur la joue de son jumeau. Sa peau était si pâle qu'on l'aurait dit violette, sous la lumière vive de la salle de bain. George ressemblait à un cadavre.

Se forçant à ignorer cette pensée, Fred hésita quant à ce qu'il devait faire à présent. Comment faisait-on pour réchauffer quelqu'un avec une température corporelle aussi basse ? Son regard se posa sur le petit placard au dessus du lavabo, et il l'ouvrit d'un geste brusque, renversant au passage une dizaine de flacons colorés, de la gaze magique, et un paquet de mouchoirs. Sa main se referma sur la trousse de secours - un cadeau de leur mère quand ils avaient quitté la maison, bénit soit cette femme - et il se saisit de l'épaisse reliure du livre qu'elle contenait. C'était un manuel assez complet des divers accidents magiques ménagers, mais avec un peu de chance il contenait peut être aussi quelque chose sur des maladies plus rares. Fred priait mentalement alors que ses yeux scannait la lettre H du sommaire, et il poussa un soupir de soulagement en apercevant 'Hypothermie et exposition continue au froid, les sorts utiles' dans la table des matières.

 

A éviter :

- les sortilèges de réchauffement corporels. En effet, ceux-ci ne réchauffent que l'enveloppe charnelle et activent la circulation sanguine dans les extrémités du corps. Or, si le sang froid circule dans les organes vitaux, la victime peut en mourir.

- les frictions, pour les mêmes raisons que ci-dessus. Il faut que la victime se réchauffe d'elle même, pour cela elle doit être placée dans un endroit chaud (lit, bain, chaleur humaine, etc...)

 

Fred expira profondément, soulagé de constater qu'il n'avait pas commis d'erreur pour le moment. Le reste du texte indiquait qu'il fallait déshabiller la victime une fois placée au chaud, et qu'il était utile de connaître sa température afin d'évaluer la gravité de son cas. Retroussant les manches de sa chemise, Fred avisa le corps habillé de son frère, songeant qu'il n'aurait jamais pensé que quelqu'un devait être nu pour se réchauffer. Avec précaution, il retira doucement le pull et le haut de George, prenant garde de ne pas trop le bouger. Le manuel était formel : si la victime était inconsciente, mieux valait éviter de la toucher avant qu'elle ne se soit réchauffée un minimum. Du coin de l'œil, Fred vit les paupières de George papillonner, puis s'ouvrir lentement. Il manqua de sursauter en voyant comme ses pupilles étaient contractées, presque invisibles. Ses iris bleus semblaient si étrangement grands, qu'on aurait dit qu'ils allaient dévorer ses pupilles. Fred déglutit, se relaxant en voyant l'air désorienté qu'affichait George.

"F-Fred," commença-t-il d'une voix rauque et si basse, que si Fred n'avait pas prêté attention il n'aurait sans doute pas compris ce qu'il disait.

"Chhh, George, ça va aller, ne parle pas," murmura-t-il dans ce qu'il espérait être une voix apaisante, caressant maladroitement la joue froide de son frère. Peut être que c'était la vapeur d'eau, mais il avait l'impression que sa peau s'était très légèrement réchauffée depuis tout à l'heure.

"M-ma b-baguette, Fred, j'ai p-perdu ma b-baguette," croassa-t-il faiblement, s'agitant mollement dans la baignoire, projetant de l'eau sur le tapis de bain. Il semblait paniqué dans sa torpeur, et Fred posa une main ferme sur son torse, l'empêchant de s'énerver davantage.

"Tout va bien George, t'inquiète pas on ira la retrouver, mais en attendant il faut que tu te calmes," Fred avait beau afficher un maigre sourire, ses sourcils froncés trahissait l'inquiétude qui le gagnait petit à petit. George avait perdu sa baguette ? Est-ce que c'était pour cela qu'il n'était pas rentré de la nuit ? Comment avait-il gagné Cardiff, comment était-il rentré chez eux sans baguette ?

George se laissa faire docilement quand il défit la boucle de sa ceinture, lui enlevant le plus doucement possible son pantalon et son caleçon, mais en croisant ses yeux bleus, Fred s'aperçut qu'il regardait fixement un point dans le vague, et qu'il semblait à nouveau dans les vapes.

"Ouvre la bouche, Georgie," souffla-t-il en lui tendant le thermomètre magique, son front se plissant lorsque l'objet claironna '32° Celsius'.

Il fallait qu'il fasse quelque chose, qu'il trouve un moyen de mettre George au chaud. Cela faisait une vingtaine de minutes qu'il était dans l'eau du bain et celle-ci commençait à tiédir. Prenant une grande serviette moelleuse qui pendait à sa patère, Fred entreprit de sortir son frère de la baignoire, faisant attention à le sécher doucement, sans frictionner sa peau, se contentant d'en éponger l'humidité. Puis, le laissant enroulé dans sa serviette, Fred le guida à pas lents vers sa chambre, soulagé que George soit suffisamment conscient pour ne pas peser de tout son poids contre son épaule. Augmentant le chauffage magique d'un coup de baguette, il déposa George sur son lit, remplaçant sa serviette humide par une couette bien chaude. Jugeant que deux épaisseurs vaudrait mieux qu'une, il lança un sortilège d'Attraction à ses propres couvertures, les ajoutant pour former une pile douillette et confortable par dessus la forme alanguie de son jumeau.

Cela devait être à cause du changement de température brusque, mais George tremblait de façon incontrôlable sous les draps. Ses lèvres étaient devenues mauve entre temps, ce qui était sans doute mieux que bleu pâle. Retirant ses vêtement à la hâte, Fred se glissa sous les couvertures, grimaçant légèrement lorsque la peau froide de George entra en contact avec la sienne. Celui-ci se pressa contre lui, apparemment ravie d'avoir une source de chaleur à proximité, et serrant les dents Fred se résigna à servir de bouillotte humaine, enserrant George avec ses bras et ses jambes. Petit à petit, il le sentit s'arrêter de frissonner contre sa peau, et son expression se mit à tenir plus d'un garçon endormi plutôt que d'une personne inconsciente. Son corps tiédissait progressivement, et Fred supposait qu'il devait approcher des 35° Celsius à présent. C'était une véritable fournaise en dessous du petit nid de couvertures, et Fred se sentait suer à grosses gouttes, mais pourvu que George avait chaud, c'était tout ce qui comptait, songeait-il en passant et repassant sa main dans les mèches rousses humides de son frère. George s'était pelotonné tout contre lui, à la manière d'un fœtus - ou plutôt d'un bébé koala, s'il en jugeait par l'étreinte qu'il exerçait sur lui -, son nez enfoui quelque part entre sa gorge et ses clavicules, son souffle désormais paisible butant sur sa peau.

C'était apaisant, d'avoir son jumeau tout près de lui après avoir imaginé le pire, et Fred commençait à ressentir les effets de sa nuit blanche. Ses paupières semblaient vouloir se refermer toutes seules, et il lui était presque douloureux de les garder entrouvertes. George avait passé le pire, son corps se réchauffant lentement contre le sien, et Fred se sentit petit à petit glisser vers l'appel irrésistible du sommeil.

 

---

 

Tout était sombre autour de lui lorsque George se réveilla.

Il grimaça légèrement en prenant conscience de sa gorge douloureuse, qui l'élançait à chaque fois qu'il inspirait une gorgée d'air tiède. Son nez semblait également bouché, et il avait l'impression qu'une colonie de Sombrals galopaient joyeusement dans un coin de sa tête, résonnant et bourdonnant en une cacophonie désagréable qui lui fit refermer les yeux aussitôt qu'il les eut entrouvert. Il se sentait étrangement au chaud, comme enfermé dans un cocon douillet, que son corps malade accueillait avec délice.

"Georgie, tu es réveillé ?" chuchota une voix familière tout près de lui. George réalisa que sa source de chaleur était en réalité le torse de Fred, et qu'ils étaient probablement dans un lit. Se forçant à ouvrir les paupières, il reconnut la couette rouge, et comprit pourquoi il faisait aussi bon : ils étaient sous les draps.

"Hmm," fut la seule réponse qu'il eut la force de formuler, le sommeil encore trop pesant lui donnant l'impression qu'une mélasse informe collait ses neurones entre eux et l'empêchait de complètement se secouer de sa torpeur. Des bribes d'événements de la veille lui revenaient, mais à part avoir eu très froid et avoir été immensément soulagé de trouver Fred, le reste demeurait extrêmement flou. Une main caressait gentiment ses cheveux, exactement comme il aimait, et George poussa un grognement endormi, se pelotonnant un peu plus contre le pectoral de son frère. Il pouvait entendre son cœur battre doucement dans sa poitrine, d'une mélodie apaisante qui faisait s'alourdir ses paupières.

"Comment tu te sens ?" murmura Fred contre ses mèches rousses.

"Pas très bien," parvint à croasser George après un temps, sa migraine semblant s'empirer. Il entendit Fred inspirer brusquement, et ses bras se resserrèrent sans prévenir autour de lui, l'enserrant presque brutalement. Un peu surpris, George laissa échapper un petit son étranglé, ayant un peu de mal à respirer compressé de la sorte.

"Il reste de la Potion Decongestionante dans la cuisine, ça devrait suffire pour te requinquer," La voix de Fred était chargée d'émotion, comme s'il se retenait de pleurer, et George sentit comme une boule dans sa gorge se serrer péniblement. Il tapota maladroitement son dos, cherchant à réconforter son jumeau, et souffla :

"Qu'est-ce qui t'arrive, Fred, ça va pas ?"

Son frère renifla quelque part au dessus de lui. Il resta muet pendant un long moment, semblant faire de gros efforts pour ne pas craquer. Un pli inquiet s'était formé sur le front de George, alors qu'il attendait que son jumeau parle. Inconsciemment, ses bras se refermèrent autour de ses omoplates, ses doigts effleurant la nuque de Fred en un geste apaisant. Les muscles étaient crispés sous sa paume.

"J'ai... juste eu peur hier, c'est tout. Je suis content que tu sois rentré, George," finit-il par dire d'une voix enrouée, qui ne lui ressemblait pas du tout.

George avala sa salive avec difficulté, ne sachant pas quoi répondre. A présent que son esprit se clarifiait, il se souvenait de presque toute la soirée de la veille, excepté les instants où il avait été inconscient. Ça avait du être horrible pour Fred de ne pas le voir revenir, de ne pas savoir s'il était sain et sauf ou blessé quelque part, peut être même pire. George ne se souvenait que trop bien de l'agonie atroce qu'il avait senti empoisonner son cœur lorsqu'il avait cru que Fred était mort. Il frissonna à cette pensée, collant un peu plus son frère à lui. Il avait eu tellement mal, tellement peur, et il espérait que jamais Fred n'aurait à connaître pareil souffrance. C'était juste... trop cruel.

Toutes les choses que Fred avait pu imaginer, pendant que George essayait en vain de retrouver son chemin dans cette maudite forêt... et toutes celles qu'il avait pensé en le voyant à l'article de la mort sur leur perron. George ferma les yeux. Il détestait plus que tout faire du mal à Fred. C'était presque physique, il en était incapable, et rien que de le voir dans cet état lui retournait l'estomac et lui collait la nausée. Ses paupières se rouvrirent, fixant pensivement le torse pâle qui lui faisait face. Il avait eu de la chance de trouver son chemin vers Cardiff. Si Fred ne l'avait pas soigné, peut être bien qu'il serait mort pour de vrai. George sentit les petits cheveux à la naissance de sa nuque se dresser en songeant à la réaction de Fred si cela avait été le cas. A la simple idée d'être séparé éternellement de son jumeau. Il laissa échapper une expiration tremblante, sentant une vague d'émotions le submerger complètement, et murmura :

"Moi aussi je suis content d'être rentré, Freddie."

George se sentait étrangement vulnérable, en cet instant, mais se conforta dans l'idée qu'il n'y aurait pas de témoins de ce moment de faiblesse. Personne d'autre que Fred, son compagnon de chaque instant, aussi loin qu'il pouvait se le rappeler, qui ne le jugerait jamais. Il était assez soulagé que le week end ne soit pas terminé, car il ne se sentait pas vraiment d'humeur à forcer une mine joyeuse pour le magasin. Une boutique de farces et attrapes avec un gérant qui tirait la tronche, on faisait plus commerçant. D'ordinaire, il n'avait aucun problèmes à sourire et à blaguer, c'était dans sa nature, dans leur nature à Fred et à lui de voir de l'humour dans chaque aspect de leur quotidien. Mais là, ça faisait trop d'un coup, entre l'accident de Fred, la guerre et sa période de terreur encore trop fraîche, et maintenant, ça! C'était comme si une force invisible s'amusait à leur faire prendre conscience qu'il serait incroyablement aisé de les séparer pour toujours.

Avec cette pensée effroyable en tête, être en train d'enlacer son frère prenait un sens, une qualité très différente de l'épisodique et rapide câlin que l'un offrait à l'autre en cas de cafard, de la petite tape amicale sur l'épaule, ou des cuisses qui se frôlent éventuellement sur le canapé. Car George réalisait pour la première fois de sa courte vie que ces contacts si naturels n'avaient rien d'acquis, que son frère jumeau adoré pouvait lui être retiré à tout moment, et qu'ils avaient été bien naïfs de penser le contraire. Son menton se cala dans le creux de l'épaule de Fred, en même temps que celui-ci l'imitait, et George sut que leur pensées avaient suivit le même fil morbide. Il décala légèrement ses jambes qui commençaient à s'engourdir, remarquant pour la première fois depuis son réveil qu'il était entièrement nu. George n'était pas spécialement pudique, après tout quand on partageait des douches communes pendant sept ans c'était difficile à concilier, mais il ne pouvait ignorer le fait que d'habitude lorsqu'il se retrouvait nu dans un lit, pressé contre un corps, il s'agissait d'une jolie sorcière. Fred avait beau porter un boxer, cela restait un peu gênant, surtout collés de la sorte. Si George ne venait pas d'avoir une épiphanie, il aurait probablement reculé un peu, s'octroyant un minimum d'espace vital. Mais présentement, il n'avait aucune envie de s'écarter de l'étreinte de Fred. Le savoir là, vivant et en bonne santé, contre lui, était même délicieusement rassurant, et George s'étonna presque du sentiment de sécurité intense qu'il ressentait. Ils restèrent un long moment ainsi, jusqu'à ce que deux estomacs gargouillant à l'unisson ne brisent le silence confortable qui s'était installé entre eux.

"Tu veux que je te ramène ta potion ici, histoire que tu ne sortes pas du lit ?" s'enquit Fred dans un moment de bonté rare, dont George ne profitait malheureusement que quand il était malade.

Il n'hésita pas longtemps, car bien que l'idée même de quitter leur forteresse douillette de couvertures suffisait à le faire frissonner, George n'avait absolument aucune envie de quitter Fred à présent qu'ils s'étaient retrouvés. C'était stupide et puéril, mais plus qu'un caprice il s'agissait pratiquement qu'un besoin de savoir sa présence proche.

"Non, j'te suis. De toute façon j'ai faim."

Il s'extirpa du lit mollement, mais la piqûre vive du froid malgré le chauffage le fit se ruer vers sa commode, d'où il sortit en vitesse un caleçon et un gros pull en laine que sa mère lui avait tricoté Noël dernier. Voyant que Fred ne frissonnait même pas en quittant les couvertures, et ne faisait pas mine de vouloir se couvrir davantage, George jugea que c'était surement le rhume qui déréglait sa perception de la chaleur.

Fred regardait George reprendre des couleurs au fur et à mesure que la potion Décongestionante faisait son effet, effaçant ses cernes violacées et ses yeux injectés de sang pour lui redonner son éclat habituel, sa peau à nouveau rose de santé. Un petit sourire écarta les coins de ses lèvres, sentant comme un poids dont il n'avait pas eu conscience s'envoler de sa poitrine. C'était presque physique, à l'instant même où son frère avait cessé de se recroqueviller dans son pull, il s'était senti mieux. Prenant une gorgée de café brûlant, il savoura la descente du liquide chaud le long de son œsophage, appréciant comme son esprit se clarifiait et sa fatigue s'évanouissait grâce à sa dose de caféine matinale. Quoique, matinale était sans doute exagéré. L'horloge de la cuisine indiquait déjà quatre heures de l'après-midi, ce qui, vu l'heure à laquelle ils avaient enfin pu se coucher, n'était guère étonnant.

"Tu veux qu'on prenne un congé demain ?" demanda-t-il en répandant une couche généreuse de confiture sur sa tartine. "Verity peut parfaitement s'occuper de la caisse, et le reste des employés des clients, non ?" ajouta-t-il la bouche pleine.

George sembla réfléchir à sa proposition pendant un temps, avant de hausser les épaules.

"Non c'est bon. Je crois que je préfèrerais aller travailler, plutôt que de rester là à rien faire."

Fred arqua un sourcil, léchant ses doigts recouverts de confiture de fraise.

"Tu es sûr ? Ce serait peut être bien que tu te reposes."

"J'ai pas très envie de me reposer," commença George, regardant sur le côté comme il le faisait toujours quand il cherchait ses mots. Il reposa sa tasse de thé sur la table, avant de reporter son attention sur Fred. "Je voudrais plutôt me sortir de la tête tout ce... tout ce qui s'est passé dernièrement."

Fred hocha la tête en signe de compréhension, trempant pensivement son scone dans la crème fraîche. Il finit par se rendre compte qu'il le touillait dedans depuis déjà une bonne minute, avant de sursauter et de le porter à sa bouche.

"Je vois ce que tu veux dire. Moi aussi j'en ai marre. Ça fait... ça fait un peu beaucoup, non ?" marmonna-t-il, passant muettemment le pot de marmelade à George qui avait le bras tendu, leurs regards se rencontrant. Son frère acquiesça, une espèce de rictus déformant ses lèvres.

"C'est pour ça que je pense que ça vaudrait mieux qu'on retourne au magasin. Tu sais, histoire de se sortir les idées, de penser à autre chose-"

"-que tout soit normal, ouais," Fred termina sa phrase à sa place, laissant échapper un petit soupir. Son frère avait raison, peut être que ça leur ferait du bien après leurs 'aventures' du weekend, de retourner à un peu de normalité. Quelque chose de rassurant et qu'ils connaissaient, qui leur donnerait le sentiment que rien n'avait changé et que tout était comme avant. Quoi de mieux pour cela que leur magasin ?

"Ça me fait penser, tu te rappelles de la recette du nouveau filtre d'amour qu'on a testé, la semaine dernière, et qui était déficiente ?" changea-t-il de sujet, venant d'avoir une idée subite. Aussitôt le rictus de George se changea en un sourire excité, et contagieux, qui se répercuta sur les lèvres de Fred.

"Tu as trouvé ce qui n'allait pas ?"

"Eh bien il me semble que si on remplaçait les racines d'asphodèle par de la poudre de-"

Et d'un coup dans la cuisine, à ce moment précis, l'ambiance avait changé, et tout semblait à nouveau comme avant.


---

 

George avait même parfois l'impression fugace qu'ils étaient retombé en enfance. Il ne s'agissait pas de changements réellement visibles, du moins George ignorait si quelqu'un d'autre que lui ou son jumeau pouvait le remarquer. C'était subtil, des petits gestes qu'ils avaient perdu l'habitude de faire une fois rentrée en première année à Poudlard. A l'époque cela s'était fait naturellement, et George n'aurait pas su dire si ça lui avait manqué ou non, mais le fait de grandir et de se faire des amis autres qu'eux même les avaient très légèrement éloignés. Au fur et à mesure que la puberté les changeaient et qu'ils se rendaient compte que ce que cachaient les jupes des filles semblaient divinement mystérieux et attrayant, ils étaient devenus moins tactiles l'un envers l'autre. Ou peut être que cela s'expliquait par le besoin quasi-irrésistible des petits enfants de toucher pour comprendre, et qu'en grandissant ils s'étaient rendu compte que ce n'était pas très acceptable, néanmoins les faits étaient là : George se souvenait sans mal des bains partagés ensemble, des concours de chatouilles, des coudes qui se touchent à table, de dormir en empiétant dans l'espace personnel de l'autre, de se câliner, gratouiller, papouiller parfois juste pour le plaisir d'un peu de contact rassurant. De la même manière que George avait cessé de quémander des câlins à sa mère lorsqu'il se faisait un bobo, petit à petit Fred et lui avaient arrêté de continuellement se toucher. Ils étaient restés très proches, et n'avaient pas spécialement de gêne à se faire part de leurs émotions, mais ils n'étaient tout bonnement plus des petits garçons.

Et, depuis l'incident, si George avait retrouvé sa bonne humeur, il ne pouvait nier que certains anciens comportements avaient refait surface. Une main réconfortante sur l'épaule, leurs corps qui se touchaient sur le canapé, Fred qui ébouriffait affectueusement ses mèches rousses. Ça ne dérangeait pas franchement George, d'autant qu'il instiguait ces contacts aussi souvent que Fred, mais une partie de lui était perplexe et soupçonnait qu'il ne s'agisse de leur manière de faire face aux récents événements. De combattre leur peur irrationnelle d'être séparé par quelque chose, comme si chacun de ces gestes avaient pour but de s'assurer de la présence de l'autre, de se rassurer inconsciemment. Ce n'était pas très sain d'avoir continuellement la peur au ventre, même si on ne s'en apercevait pas, mais George se disait que cela passerait, que le sujet était encore trop frais dans leurs mémoires et voilà tout. Peut être que ce qu'il ressentait avait toujours été là, enfouie, et qu'il ne s'en rendait compte que maintenant qu'il avait expérimenté le pire. Son cœur s'était-il toujours serré d'inconfort dans sa poitrine, lorsque Fred n'était pas dans son champ de vision ? Avait-il toujours éprouvé ce besoin presque physique d'être à proximité de lui ? Ces jours-ci, George avait l'impression d'un intense et délicieux sentiment de sécurité et de bien être l'envahissait dès lors que leurs peaux se frôlaient, rassuré pour de bon que Fred allait bien.

Ses sourcils se froncèrent. Il n'en était pas si sûr. Sinon, comment aurait-il fait pour flirter avec une fille sans que son frère ne soit là ? Il avait beau adorer son jumeau, certaines choses se faisaient en privé. George doutait s'être senti en danger alors qu'il courtisait une jolie sorcière. Pourtant, il avait du mal à présent. Récemment ils étaient sortis dans un pub, trouvant que l'abstinence n'était décidément pas pour eux, dans le but avoué de se trouver un joli petit lot avec qui passer la nuit, et plus si affinités. George avait été sur le point de conclure, la belle brune qui roucoulait dans ses bras lui faisait les yeux doux, et il n'avait qu'à se pencher pour cueillir ses lèvres, quand une douleur vive et inattendue l'avait saisi à la poitrine. Regardant autour de lui, il s'était aperçu que Fred n'était plus là, probablement occupé avec sa douce dans un coin sombre. Une vague de panique étrange avait saisi George, la sueur se mettant à perler à son front, et s'excusant rapidement il avait laissé la jeune femme plantée là, partant à la recherche de son jumeau. Ce à quoi il ne s'était pas attendu, fut de voir surgir Fred vers lui, une lueur vaguement affolée dansant dans ses prunelles bleues. Aussitôt qu'il avait reconnu George, toute trace de nervosité avait quitté son regard, et posant nonchalamment un bras par dessus son épaule, ils étaient rentrés à l'appartement. George s'était senti bizarrement soulagé de pouvoir sentir la chaleur corporelle de son frère qui émanait du bras qui entourait sa nuque, son angoisse se volatilisant.

George était perdu dans ses pensées, observant le paysage animé de la rue au travers de la fenêtre de sa chambre. Il entendit la porte grincer en s'ouvrant derrière lui, mais ne se retourna pas, sachant pertinemment qu'il s'agissait de Fred.

"George ? Oh, tu es là."

Les pas faisant gémir les lattes du plancher s'approchèrent de lui, jusqu'à ce qu'une présence s'arrête juste dans son dos.

"Je me demandais où tu étais."

George répondit par un hochement de tête, content pour une fois du calme qui régnait dans la pièce. Les jours commençaient à s'allonger, le soleil ne s'était pas encore couché alors que le magasin avait déjà fermé depuis une bonne demie heure. George était monté dans sa chambre pour se changer, revêtant un pantalon de pyjama et un t-shirt ample, désirant être à l'aise après une dure journée de travail. Il projetait de prendre une douche, mais avait laissé son esprit vagabonder en regardant par la fenêtre. Il avait toujours aimé le quartier du Chemin de Traverse. C'était assez relaxant de voir tous ces sorciers et sorcières s'affairer comme des fourmis dans la rue, surtout après avoir passé la journée à trimer. Il devina que Fred regardait par dessus son épaule, lui aussi s'intéressant au va-et-vient de tous ces gens pressés dehors. Une légère odeur de shampooing et d'humidité l'informa que Fred sortait tout juste de la salle de bain. Leurs corps ne se touchaient pas, mais aussi proches qu'ils étaient, George pouvait sentir la chaleur qui émanait du corps de son jumeau. Son torse frôlait presque son dos, et George sentit sa respiration se couper dans sa gorge. Ses mains se crispèrent autour du rebord de la fenêtre, et malgré lui il sentit ses paupières se fermer. Le souffle régulier de Fred ricochait doucement sur sa nuque, laissant une empreinte humide et brûlante sur sa peau. George sentit son estomac se tordre et la peau de son ventre se rentrer compulsivement. Ses paupières s'entrouvrirent en réalisant que ses paumes étaient moites. Il se sentait bizarre.

"Fred ?" appela-t-il, s'étonnant que son frère reste aussi calme et immobile.

Fred ne répondit pas. Son nez effleura sa nuque, et remonta doucement jusqu'à ses cheveux. George l'entendit inspirer profondément, et son cœur rata un battement. Leurs corps étaient si proches, qu'il suffirait d'un pas en arrière pour que son torse entre en contact avec son dos. George pouvait pratiquement le sentir au travers du coton de son t-shirt, pouvait imaginer la sensation de sa peau chaude de l'eau du bain contre la sienne. Fred avait posé son front contre son crâne et ne bougeait pas, seul le son de son souffle court prouvant qu'il était bien là, dans son dos. George se rendit compte que sa propre respiration était haletante, et qu'il avait fermé les yeux sans s'en rendre compte. Son cœur cognait à la chamade contre sa cage thoracique, si violemment qu'il lui faisait mal. Ses mains moites glissèrent du rebord qu'elles agrippaient, ses bras ballants de chaque côtés de son corps sans savoir quoi faire. Ses poings se serrèrent, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes.

"George," murmura doucement Fred tout contre ses cheveux, faisant voleter des mèches écarlates. La sensation l'électrisa, le faisant frissonner. "Tu trembles de partout."

Ses mains se posèrent sur ses hanches comme pour le stabiliser, et George hoqueta, réalisant qu'effectivement tout son corps était secoué de tremblements incontrôlables. La chaleur de ses paumes sur sa taille le brûlait, et George souffla :

"Toi aussi."

George ignorait ce qui était en train de se produire. Ça ressemblait à une étreinte fraternelle, et pourtant quelque chose qui venait du plus profond de ses tripes lui hurlait que ça n'avait rien à voir avec cela, que c'était sale, sale, sale et une vague croissante de panique menaçait de l'engloutir tout entier. Son corps refusait de se calmer, et les yeux écarquillés, George continuait de fixer sans les voir les passants en bas, dans la rue, se demandant s'ils pouvaient les voir au travers des rideaux gris opaques aussi bien que lui les voyait.

Sa gorge serrée l'empêchait de respirer correctement, et il avait l'impression que son estomac et son cœur allait finir par remonter son œsophage s'ils continuaient à s'agiter comme ça sous sa peau. Une peur si vive et glaciale l'enserrait dans ses griffes qu'il en avait la nausée, et craignait que d'une minute à l'autre il n'allait être violemment malade sur le tapis. Il déglutit, faisant un pas en arrière, tout son corps se pressant contre Fred, contre son torse tiède et solide et familier. Une chaleur malsaine chatouilla son bas ventre en même temps qu'il réprimait un haut-le-cœur.

"Fred, je me sens pas bien," Sa voix n'était plus qu'un filet pathétique.

"Je sais, moi non plus," croassa Fred. Il fit mine de s'écarter, et George planta ses ongles dans ses mains en un réflexe primaire, maintenant fermement en place ses paumes sur ses hanches, l'empêchant de s'en aller.

"Non, reste," supplia-t-il, en proie à une terreur encore plus intense à l'idée de se retrouver tout seul dans la pièce. Dans son dos, Fred poussa un infime soupir de soulagement, n'ayant clairement aucune intention de partir.

George sentit des lèvres sèches frôler sa nuque sans s'y poser, et attendit, interdit, terrifié à l'idée qu'elles y déposent un baiser. Ses yeux se fermèrent et il expira profondément lorsque Fred embrassa chastement le côté de son crâne. Tout allait bien. C'était un geste acceptable, d'ailleurs, ce n'était pas la première fois que son frère le faisait. Il ne s'agissait que d'un baiser dans ses cheveux, rien de grave, rien de nouveau. Son souffle se calma progressivement, se faisant plus régulier et plus profond alors que la tension s'évanouissait peu à peu. Son cœur battait faiblement dans sa poitrine, d'une mélodie instable et incertaine. Il se tourna lentement vers Fred. Son frère était livide, ses yeux bleus ouverts très grand et ses pupilles dilatées, ses lèvres pâles. Sans rien dire, ils s'allongèrent sur le lit, et d'un commun accord s'étreignirent. George inhala avec soulagement l'odeur rassurante des cheveux propres de son jumeau, profondément troublé.

 

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Cette étreinte n'avait rien à voir avec celle, dérangeante, qui venait de se produire. Ils profitaient calmement de la présence de l'autre, leurs bras se refermant, protecteurs, comme ils l'avaient toujours fait quand l'un d'eux avait besoin d'être consolé, rassuré.

"Pardon, pardon, pardon-" Fred s'excusait en une litanie sans fin, et George caressait gentiment ses cheveux, espérant apaiser son jumeau inconsolable, de sombres pensées lui noircissant le cœur. Il se sentait épuisé tout à coup, une fois la vague d'adrénaline et de panique retombée. Un peu comme s'il venait de courir un marathon. Son jumeau avait cessé de frissonner contre lui, son visage caché contre son torse.

"Qu'est-ce qui s'est passé ?" murmura-t-il, pensant à voix haute.

"J'en sais rien," gémit la voix de Fred, étouffée par le coton de son t-shirt. George déglutit. Son estomac continuait de se tortiller sous sa peau, et il se sentait encore fébrile quant à ce qui venait de se produire. C'était tellement bizarre. Techniquement, ils n'avaient rien fait, rien à se reprocher, alors pourquoi est-ce que son cœur s'obstinait à cogner si fort qu'il lui donnait envie de vomir? Ça ne servait à rien de se mentir, George n'avait pas imaginé la vague de désir coupable qui l'avait envahi en sentant Fred si proche de lui, et il savait que son frère avait ressenti la même chose. C'était la première fois qu'il avait ardemment voulu ce genre d'attention de la part de son jumeau, ce genre de pensées impures. C'était... effrayant. Et George était terrifié.

"Tu crois qu'il faut qu'on en parle ?" osa-t-il demander après un moment de silence, espérant désespérément que Fred dirait 'non'.

"On est obligé ?" geignit Fred, partageant visiblement son manque d'enthousiasme. Déjà que ça n'avait jamais été son fort de parler "relation" avec ses ex-copines, il était certain qu'il n'avait pas la moindre envie de parler "inceste" avec son propre frère jumeau, songea George avec ironie. Une nuée de chair de poule parcourut ses avant-bras à la simple pensée de ce mot répugnant, partagé entre dégoût et agonie à l'idée que ce terme se retrouve mêlé d'une quelconque façon à eux. Du coin de l'œil il constata que le fin duvet recouvrant les bras de Fred s'était également redressé.

"Pas vraiment le choix, Freddie," répondit-il en serrant les dents, songeant que Gryffondor ou pas, il préférerait cent fois se retrouver face à un Norvégien à Crête en colère plutôt que d'avoir cette conversation, son courage fondant comme neige au soleil et laissant place à une peur doucereuse dans le creux de son ventre. Il s'humecta nerveusement les lèvres, les trouvant trop sèche.

"Okay," se lança-t-il, ses mains se refermant sur le coton du t-shirt de Fred, "est ce que t'as déjà eu ce genre de... pensées avant ?"

Lui qui était d'ordinaire connu pour son sans-gêne et son culot trouvait tout à coup beaucoup plus simple de rester évasif. Il craignait que des propos plus explicites ne soient trop pour son pauvre estomac, qui se torturait tout seul depuis l'incident.

"Non !" s'empressa de protester Fred, ne pouvant réprimer un frisson de répugnance devant ce que suggérait George. Celui-ci tortillait maladroitement une de ses mèches de cheveux, en proie à une agitation vive.

"Moi non plus," souffla-t-il, une note de soulagement fragile teintant sa voix rauque.

"J'étais juste tellement-" commença Fred, ses sourcils se fronçant alors qu'il peinait à exprimer ce qu'il avait ressenti.

"Tellement quoi, Freddie ?" l'encouragea George, son propre front se plissant à son tour d'entendre la détresse qui colorait le ton de ses paroles.

"-tellement heureux que tu sois là, sain et sauf," termina-t-il en un souffle, plongeant ses prunelles bleues dans celles de George, son regard si désespéré et si intense qu'il cessa de respirer un instant. Inconsciemment, sa main glissa en une caresse sur sa joue, ne se rendant compte de son geste que lorsque Fred soupira, ses paupières closes. Il retira ses doigts comme s'il s'était brûlé, mais son jumeau s'en empara d'un geste vif, maintenant sa paume fermement contre son visage. Des centaines de papillons s'envolèrent sous son ventre, et George sentit ses pommettes le chauffer. Il renonça lâchement à se débattre, incapable d'aller contre la volonté de Fred. Le bout de ses doigts le picotait alors qu'il explorait en silence la peau duveteuse de sa joue. Une joie étrange se propagea sous sa poitrine, qui contrastait terriblement avec sa peur omniprésente. C'était un sentiment timide et frêle, qui lui faisait vaguement penser à un feu-follet, capable de disparaitre aussi facilement que la flamme d'une bougie que l'on souffle.

Lentement, George hocha la tête. Il comprenait exactement ce dont Fred parlait, parce qu'il l'avait également ressenti sur le moment.

"On peut pas faire ça, Freddie," murmura-t-il doucement, sa main continuant de caresser gentiment sa joue, effleurant sa mâchoire et le coin d'une oreille. C'était tout bonnement impensable, et tellement bizarre.

"Pourquoi ?" répondit Fred sur le même ton, son souffle tiède chatouillant son nez, "Ça ne fait de mal à personne. Je veux dire, des tas de sorciers font des choses horribles chaque jours, et ne sont pas punis. Pourquoi nous on devrait l'être alors qu'on ne blesse personne ?"

Instinctivement, George sut qu'il s'agissait d'une question hypothétique, et que Fred n'envisageait pas réellement ce genre de pratiques. Son frère était curieux, et avait toujours eu un goût prononcé pour la provocation et le mépris des règles. Néanmoins, il ne put s'empêcher de renifler, bien que la question n'ait rien de drôle :

"T'es pas sérieux quand tu dis ça. Ça ne ferait de mal à personne ? Et Maman, Papa et les autres, t'y as pensé ?"

Ses yeux s'assombrirent, et George baissa la voix :

"Ils seraient dévastés."

Fred soupira profondément, reflétant l'air maussade de son jumeau, avant de le fixer droit dans les yeux.

"On n'aurait pas besoin de leur dire. On n'aurait pas besoin de le dire à personne, ça pourrait être un secret. Ce ne serait pas le premier, Georgie." Sa voix avait beau être basse, elle exsudait d'une passion qui lui arracha un frisson tout le long de l'échine.

Troublé, George cligna rapidement des yeux, son cœur voletant furieusement sous sa cage thoracique.

"Je ne sais pas si je t'ai déjà dit ces mots là Fred, mais je crois que c'est une mauvaise idée." Il tenta de forcer un sourire, mais son frère ne semblait pas dupe. Il laissa échapper un petit rire pour la forme, et murmura :

"Non, effectivement George, je crois que tu ne me l'avais encore jamais dit."

Fred passa une main dans sa tignasse écarlate, démontrant de sa nervosité croissante. Il se mordilla pensivement la lèvre du bas, et George sentit son regard peser sur sa bouche, avant de se forcer à regarder l'oreiller à la place. Il commençait à se sentir vaguement frustré. C'était assez rare qu'il ne partage pas l'avis de Fred, que lui et son jumeau ne soient pas sur la même longueur d'onde, et ça commençait sincèrement à l'agacer.

"Fred, c'est ridicule. Tu aimes les femmes, j'aime les femmes. Fin de l'histoire, non ?"

Des doigts chauds effleurèrent sa gorge, et il sentit sa pomme d'Adam bouger péniblement de haut en bas, et une vague de chaleur inappropriée et franchement malvenue se propager sous son aine.

"Évidemment. Mais je t'aime plus, et ça ne changera jamais."

George sentit son regard s'adoucirent involontairement, touché malgré lui par un élan d'affection envers son frère.

"Je sais, moi aussi, mais on ne s'aime pas de la même façon."

Fred sembla pensif pendant un moment, continuant de le regarder sans rien dire.

"C'est aussi ce que je pensais mais... tu l'as senti toi aussi. Ce qui s'est passé à l'instant, je veux dire."

Pendant un temps, George eut du mal à respirer, et dut se concentrer pour se rappeler qu'il avait besoin d'oxygène. Ses yeux écarquillés fixaient son frère sans oser esquisser le moindre geste, alors que son esprit démêlait le vrai du faux et considérait ce que venait de dire son jumeau. Ce n'était pas dans sa nature d'être lâche, mais il avait l'impression qu'il aurait rêvé pouvoir s'enfuir à toutes jambes et ne pas avoir à répondre à cette question. Mais George était incapable d'abandonner Fred, surtout à un instant où il se montrait aussi vulnérable et fragile devant lui. Laissant échapper une expiration tremblotante, il acquiesça. La sensation des doigts de Fred cajolant tendrement le côté de sa nuque était aussi divine qu'horrible, comme si son corps ne parvenait pas à savoir ce qu'il ressentait exactement. Tout était si plein de contradictions, c'était épuisant.

"Fred tu... tu voudrais qu'on ait ce genre de relation ?"

Il s'étouffa un peu sur le dernier mot, ayant du mal à croire qu'ils envisageaient réellement cette éventualité. C'était sale et anormal, et contraire à tous les codes de la société, et bien que George ait toujours été enthousiaste à l'idée d'aller contre les bonnes mœurs, il n'avait aucune envie d'être associé à ce genre de déviance. Il n'avait jamais ne serait-ce qu'imaginé ce type de comportements avec le reste de sa famille, que ce soit sa mère, son père, sa sœur ou le reste de ses frères. Rien que d'y songer le faisait grimacer de dégoût, alors pourquoi était-ce si bon d'être près de Fred ? De le prendre dans ses bras, que Fred le prenne dans ses bras, pourquoi est-ce que ça ne lui faisait pas du tout l'effet d'être malsain ? Le terme d'inceste était si affreux, que jamais il ne voulait le voir lié de près ou de loin à la relation qu'il partageait avec son jumeau, et qu'il chérissait plus que tout.

C'était vrai qu'il n'avait jamais ressenti le besoin ni l'envie que Fred le touche comme il le faisait à présent, caressant lentement sa nuque, descendant sur son épaule avant de remonter doucement. Pourtant, ça lui semblait si naturel, si agréable, dénué de la gêne qu'il avait éprouvé les premières fois qu'une fille l'avait touché de la sorte. Et George se sentait tellement bien, tellement en sécurité auprès de Fred, si infiniment heureux que ça ne pouvait décemment pas être sale, ni malsain.

"J'en sais rien George," chuchota Fred, sans cesser de le contempler. Ses sourcils étaient froncés, et il avait l'air tellement perdu tout à coup, qu'une vague d'émotion puissante le submergea. Il referma sa prise sur le visage de son jumeau, enserrant possessivement la joue dans la coupe de sa paume, avec un désir féroce de le protéger du reste du monde. L'avis des gens, leur regard, celui de sa famille et de leur amis.

Ce fut Fred qui s'avança en premier. Lentement, très lentement, il s'approcha de George, jusqu'à ce que leurs torses se collent, leurs jambes se pressent. George eut l'impression qu'il s'écoula une éternité avant que sa bouche ne se pose délicatement sur la sienne. Ils restèrent immobiles, n'osant esquisser un geste, leurs paupières closes et le souffle coupé, leurs mains se perdant dans des mèches rousses. Les lèvres collées contre la bouche tiède de Fred, George crut que son cœur allait éclater.

C'était si mal ce qu'ils faisaient, et si bon à la fois, il sentit une moiteur piquante poindre au coin de ses paupières fermement closes, se sentant comme un enfant, impuissant face au maelström d'émotions et de sensations qui l'engloutissait. Pressé contre lui, la présence rassurante de Fred était son ancre, l'empêchant de sombrer dans le désespoir qui l'assaillait subitement.

 

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Ils ne reparlèrent pas de ce baiser volé, chacun préférant faire comme si tout était normal entre eux, et que rien n'avait changé.

C'était rassurant d'échanger des blagues de potaches, de laisser traîner ses chaussettes sales dans un coin, de rire des commentaires salaces de Lee sur la nouvelle stagiaire à son travail, et de sortir au pub le soir boire une pinte. C'était normal pour des garçons, ça n'avait rien d'intime ni de sensuel ni rien qui pouvait de près comme de loin s'apparenter à une romance quelconque, et pendant un temps ce fut un vrai soulagement, une bouffée d'air frais dans la menace qui pesait sur eux. Fred n'avait pas eu de rendez vous galants ni de coups d'un soir depuis des lustres, et de ce qu'il savait George non plus, et bien que ce désert brusque dans sa vie sexuelle ne l'enchante guère pour le moment il préférait ignorer tout ce qui touchait au sexe, de peur de céder à des désirs incongrus. Il osait à peine s'octroyer une petite gâterie sous la douche, de peur que des fantasmes dangereux ne l'envahissent alors que sa main se perdait entre ses jambes. Le fait est qu'il se sentait frustré, et un peu à cran lorsqu'il travaillait au magasin, son sourire professionnel crispé en s'adressant aux clients. George ne disait rien, mais Fred reconnaissait les signes d'agitations évidents qui le trahissait, dans le pli de son sourire, la ride sur son front, la lueur maussade dans son regard. Les choses ne pourraient pas durer comme ça et il ne le savait que trop bien.

Ils vivaient un jeu dangereux, d'ignorer leurs désirs tout en continuant à être si proches l'un de l'autre. Plus le temps passait, moins Fred se sentait coupable de laisser son regard s'attarder sur George. La première fois qu'il l'avait vu rire depuis l'incident, comme sa bouche s'étirait dans son sourire canaille familier, avec l'habituelle lueur charmeuse éclairant ses yeux bleus, ses mèches oranges retombant en un rideau désordonné sur son visage, le temps s'était arrêté un court, merveilleux instant. George était si beau, à rire dans la lumière du soleil, et Fred avait sentit son cœur enfler et gonfler dans sa poitrine, gros à en éclater, son estomac s'amusant à faire le grand huit sous sa peau. Puis, aussi puissante et destructrice que l'avait été son admiration, des vagues de nausées acides l'avaient pris et il avait été contraint de remonter les escaliers en courant pour recracher ses tripes dans la cuvette des toilettes, tout son corps tremblant comme une feuille.

Parfois, Fred se dégoûtait de ne pas être plus fort. Sa culpabilité n'avait pas fait long feu, soufflée complètement par son désir croissant de sombrer dans le pêché. Peut être que s'ils avaient été capable de vivre séparés, cette lubie étrange leur serait passée. Mais aucun des deux n'était près à endurer cette douleur, quitte à souffrir chaque jours de leur promiscuité. Fred commençait à s'habituer à l'idée d'être un déviant, après tout ce n'était que lui. Ce qu'il ne pouvait pas supporter, c'était de penser qu'il entraînerait George, son frère, son jumeau chéri dans sa chute. Pourtant, c'était comme si les gens les encourageaient, comme s'ils les poussaient secrètement dans les bras de l'autre. Tout ce monde autour d'eux, si naïf, si aveugle, qui ne voyait que ce qu'il avait envie de voir. Ça le rendait malade. Les sorciers critiquaient les Moldus, les accusant de ne pas vouloir regarder la magie qui se trouvaient juste sous leur nez, alors qu'ils faisaient de même. C'était l'hôpital qui se foutait de la charité. Sans parler de leurs clients; ses parents ne s'étonnaient pas qu'ils n'aient toujours pas de petites amies ? Leurs amis ne s'inquiétaient pas de leur manque d'attrait soudain pour la gente féminine depuis la fin de la guerre, eux qui avaient toujours aimé flirter ? Leurs frères et sœurs ne voyaient pas comme leur yeux s'attardaient l'un sur l'autre ? Même les amis de Ron, Harry toujours curieux et Hermione si observatrice et intelligente, ne pouvaient-ils pas voir les regards lourds de sens et de tension qu'ils s'échangeaient ? Ou peut être qu'ils ne voulaient pas voir, songeait parfois sombrement Fred, les yeux rivés sur un verre de Whisky Pur Feu, observant les nuances ambrées pensivement.

Fred voyait parfaitement comme George le regardait, comme ses pupilles se dilataient jusqu'à rendre ses yeux presque noirs, incandescents lorsqu'ils se posaient sur lui. Il le voyait s'humecter lentement les lèvres, la respiration saccadée, ses mains serrées en deux poings. Il avait l'impression qu'il allait achever de le consumer en entier devant la force de ces regards, une chaleur liquide dégoulinant lentement dans son bas ventre, faisant tressauter son sexe. Fermant les yeux, Fred se forçait à penser à autre chose, avant de revenir aux Crèmes Canaries que lui demandait un client, un sourire forcé étirant faiblement ses lèvres. Cette chose allait les détruire s'ils ne faisaient rien.

Fred observait silencieusement son reflet dans la glace de la salle de bain, ses mains agrippant les rebords immaculés du lavabo. C'était drôle. Les gens avaient beaux être quasiment incapables de les différencier, malgré tous ses efforts Fred ne parvenait à voir que Fred dans le miroir. Inconsciemment, il connaissait l'emplacement de chacune des taches de rousseurs qui constellaient le visage de George, comme son nez à lui était plus droit quand celui de George remontait légèrement en trompette, les tâches dorées dans ses iris bleus qui n'étaient pas à la même place, chaque grain de beauté qui faisait la différence. Il connaissait tout cela par cœur, mais surtout c'était leurs expressions qui différaient le plus, et Fred supposait que c'était comme ça que la plupart de leurs proches savaient qui était qui. Le sourire de Fred était plus pointu, plus moqueur et plus aiguisé; le regard de George était plus doux, même lorsqu'il riait de quelqu'un. Ce n'était pas une question d'être plus méchant ou plus gentil, c'était plus subtil que cela, et Fred s'en était rendu compte en feuilletant un des albums familiaux. George avait le regard de leur père, et Fred avait le sourire de leur mère. Fred avait beau regarder fixement la glace, sans ciller, c'était toujours lui qu'il voyait, et jamais son frère.

"Fred ?"

Il devait avoir un air particulier en se tournant vers George, tout ce qui les rendaient différents l'un de l'autre lui explosant brutalement à la figure en posant son regard sur lui, car son frère s'approcha doucement de lui, l'enlaçant gentiment par derrière. Fred ferma les yeux, soufflant calmement en sentant le torse nu de George entrer en contact avec son dos également dénudé, tous deux en pyjama. Sa tête partit légèrement vers l'arrière, reposant sur l'épaule de George, et son frère laissa reposer son menton sur la sienne. Ses mains entouraient délicatement ses hanches, et sans trop savoir pourquoi Fred se sentit peu à peu réconforté par leur contact léger.

"J'en peux plus George, de cette situation," souffla-t-il en gardant ses paupières fermées, savourant la respiration tiède et paisible de George butant régulièrement contre sa gorge. "Si ça continue, ça va nous bouffer..."

Des mains chaudes remontèrent de sa taille jusqu'à son ventre, le caressant doucement, lui arrachant un soupir. Cette tendresse allait le rendre fou.

"Je le sais bien, Fred."

Fred se retourna pour faire face à son jumeau, et le désir et la convoitise qu'il décela dans ses prunelles flamboyantes lui fit l'effet d'une gifle. C'était la première fois qu'il pouvait le voir d'aussi près, sans clients ni proches autour pour les interrompre, sans rien pour les séparer, et son cœur se mit à cogner violemment contre sa poitrine, lui donnant chaud. Les mains remontèrent lentement de son nombril jusqu'à ses pectoraux, en une caresse douce, continuant leur ascension jusqu'à saisir ses joues en coupe. Entremêlant ses doigts dans les mèches rousses soyeuses de George, Fred attendit la vague de peur et de culpabilité, s'étonnant de ne pas la sentir arriver. A la place, une onde de chaleur s'insinua délicieusement dans son bas ventre, coulant et s'enroulant sous son aine comme un serpent de feu dépliant paresseusement ses anneaux, lui faisant froncer les sourcils d'excitation et s'humecter les lèvres. Ses paupières étaient lourdes, et sans réfléchir Fred s'empara de la bouche de George, inspirant profondément son souffle tiède, voulant le respirer lui, mêler et mélanger leur oxygène jusqu'à ce qu'ils le partagent. George se colla contre lui avec fougue, féroce et possessif, l'embrassant à pleine bouche, gémissant dans le creux de ses lèvres, achevant de lui faire perdre la tête. Il pouvait sentir l'intégralité de son corps contre lui, se gorgeant de la sensation, s'enivrant de sa langue s'enroulant sensuellement avec la sienne. Fred se laissa happer par la myriade de sensations qui l'envahissait; son odeur, son corps chaud, sa bouche humide, le goût de sa langue et sa peau moite et tiède se fondant à la sienne en une étreinte délicieuse qui lui arracha un gémissement étouffé.

Il ne se rappelait pas qu'un baiser avec une fille lui ait jamais fait autant d'effet, pourtant c'était comme s'il ne pouvait empêcher les petits bruits et soupirs qui s'échappaient de sa gorge. Tout était si bon, si intense. C'était George, c'était ce qu'il désirait ardemment depuis des semaines, et ça le rendait complètement dingue, ivre de ce corps adoré pressé au sien. Et il n'était pas le seul à être bruyant, les petits geignements et les expirations profondes que George poussait dans sa bouche, à l'intérieur de lui, oh, c'était trop, il allait craquer.

"Georgie..." murmura-t-il contre ses lèvres rougies, ses mains caressant sa peau sans but précis, dessinant des arabesques brûlantes, ses ongles s'enfonçant dans sa chair et ses doigts s'agrippant à lui, juste pour le sentir, le toucher, l'avoir tout près. "J'ai tellement envie de toi."

Sa main s'était posée sur son torse, écoutant les battements de cœur effrénés qui pulsait sous la peau, cajolant doucement son sternum du bout du pouce. George ouvrit les yeux, sa bouche s'étirant en un petit sourire secret, celui qui lui était réservé, une lueur tendre illuminant ses prunelles. Son nez effleurait le sien en un baiser Esquimau, et Fred sentit son regard s'adoucir et un grand sourire heureux se peindre sur ses traits en entendant George lui répondre d'une voix douce que lui aussi avait envie de lui, et depuis si longtemps. Leurs doigts s'emmêlèrent alors qu'ils se dirigeaient vers la chambre la plus proche à pas lent, sans se quitter des yeux, laissant échapper des petits rires bêtes et heureux.

Ils se laissèrent tomber sur les draps, Fred se calant sur la pile d'oreiller contre le mur, aidant George à se faire une place au dessus de lui. Sans le quitter des yeux, une de ses jambes se glissa entre ses cuisses, sa main posée sur ses reins le poussant vers lui, forçant leurs bassins à se rencontrer, leur arrachant un grognement, pris de court par la sensation. Ses mains se resserrèrent sur son dos, ses ongles raclant la lisière de son boxer, la peau chaude et douce sous ses doigts. Fred se lécha les lèvres, clignant lentement des yeux, troublé par leur promiscuité. George prenait appui sur lui, une main agrippant son épaule, l'autre se retenant à la paroi du mur. Ses grands yeux voilés de désir le fixait, son regard ourlé par ses cils clairs alors qu'il se mordillait la lèvre. Fred sentit ses yeux s'attarder sur sa bouche, son dos s'arquant en sentant la main sur son épaule se serrer convulsivement, un pic de chaleur pulsant sous son aine en sentant ses ongles griffer légèrement sa peau. Il voulut approcher son visage pour l'embrasser, mais au dernier moment George se déroba, un sourire mutin se peignant sur ses traits. Répondant à son sourire, Fred obligea leurs bas ventre à se rencontrer, observant comme les sourcils de George se fronçait sous la sensation, savourant le soupir d'envie qui s'échappa d'entre ses lèvres. Son propre estomac se tordit dans tous les sens en sentant son sexe durci se presser au sien, une merveilleuse sensation de chaleur se propageant dans ses bourses. Lorsque George donna un coup de rein, il se décala, éclatant de rire en l'entendant pester de frustration.

"Hm-hm," susurra-t-il en secouant la tête avec un grand sourire, s'amusant de le faire languir à son tour tout comme il lui avait refuser sa bouche quelques instants plus tôt. George rigola de bon cœur, sachant très bien ce qui lui avait valu d'être taquiné de la sorte. Ils restèrent un moment ainsi, testant l'autre autant qu'ils se testaient eux même, jouant avec les limites de leur désir croissant. Fred sentait son souffle s'accélérer rapidement, d'avoir cette bouche si rouge et si tentante - et de savoir pourquoi elle était aussi sombre, rougie et gonflée par leur baiser - à quelques centimètres de la sienne, de pouvoir sentir la chaleur aliénante qui émanait du boxer tendu de George, si délicieuse et si proche de son érection, tout ça le rendait dingue, et il sentait que leur petit jeu n'allait pas tenir bien longtemps.

"Tu t'avoue vaincu, Freddie ?" chuchota George tout contre sa bouche, faisant se frôler leurs lèvres à chaque paroles, son souffle tiède ricochant contre son visage.

"J'crois que c'est toi qu'a du mal à te retenir, Georgie," murmura Fred sur le même ton joueur, son pouce caressant délicatement ses flancs, effleurant le tissu de son sous-vêtement, lui arrachant une inspiration profonde. Ils échangèrent un regard, et d'un commun accord Fred s'empara de sa bouche et George se laissa doucement retomber sur son corps.

Ce baiser était humide et lent, à l'instar de leurs bassins ondulant paresseusement l'un contre l'autre, la langueur de leur étreinte les faisant tous deux soupirer dans la bouche de l'autre. Fred n'avait jamais couché avec un garçon, il n'avait jamais imaginé la possibilité avant l'incident quelques semaines plus tôt, et s'étonnait d'aimer autant la sensation d'avoir un sexe d'homme frotter contre le sien. C'était si bon, il se sentait perdre pieds devant cette chaleur abrutissante qui l'enveloppait. C'était George, son Georgie, son frère jumeau adoré, et savoir qu'ils partageaient cela ensemble, se sentir si proche de ce garçon qu'il aimait tant faisait battre son cœur si fort contre sa poitrine qu'il avait l'impression qu'il allait éclater, trop gorgé d'amour et d'affection. Il pouvait lire la même lueur de tendresse et d'adoration dans les prunelles bleues de George, la même dévotion dans ses bras qui se resserraient autour de lui, comme s'ils ne le lâcheraient plus jamais. Un gémissement étouffé se fraya un passage hors de sa gorge, et l'espace d'un instant Fred s'imagina lui faire l'amour, et cette vision était si intense qu'il dut se concentrer pour ne pas jouir trop vite.

"George," croassa-t-il d'une voix enrouée. "J'voudrais tellement te faire l'amour."

Il vit clairement les paupières de son frère se fermer, un grognement excité s'échapper de ses lèvres entrouvertes. Prit d'une pulsion, Fred les retourna, se trouvant au dessus de son jumeau, son front se posant contre celui de George.

"George, est-ce que t'en as envie ?" gémit-il, accélérant ses coup de reins, le plaisir grossissant dans son sexe le rendant fébrile, "Oh, dis moi que t'en as envie, dis le moi George !" soupira-t-il, déposant un baiser désespéré sur sa joue, son front glissant sur l'oreiller, son souffle moite butant contre la nuque brûlante de son frère.

"Ah, j'en crève d'envie Fred, t'arrête pas, t'arrête surtout pas-" supplia George, entourant sa taille de ses cuisses, ses ongles le griffant, le forçant à coller leurs bas ventre un peu plus, toujours plus, comme s'il avait voulu qu'ils se fondent et ne deviennent qu'un. Il pouvait sentir son érection contre la sienne, dure et chaude et humide et merveilleuse, c'était si bon, si agréable et entendre George lui parler comme ça, lui dire ça avec sa voix rauque et suppliante-

Fred se sentit décoller à ses mots, le plaisir pulsant et explosant dans son aine, une vague de bien être intense envahissant ses membres et lui arrachant un soupir. Il sentit George trembler contre lui et se figer brutalement, avant de laisser échapper une longue expiration soulagée.

Ils restèrent quelques instants immobiles, leurs torses se soulevant et s'abaissant à un rythme rapide et irrégulier, avant de progressivement se calmer, profitant de la douce impression de sérénité qui envahissait leurs membres.

"Dis, George," commença Fred après un moment, brisant le silence confortable qui s'était installé entre eux. "Tu le pensais vraiment, quand tu disais que tu voulais qu'on fasse l'amour, ou c'était juste sur le moment ?"

Fred lui même savait qu'on pouvait lui faire dire à peu près n'importe quoi lorsqu'il était à deux doigts de jouir, aussi il se doutait que peut être son frère avait simplement dit ça sous le coup de la passion. Il se redressa sur ses coudes, observant les joues encore roses de son jumeau, son air calme et ses mèches rousses toutes emmêlées par leur étreinte. Prit d'une pulsion, Fred passa délicatement sa main dans la tignasse de George, ses doigts jouant à entortiller davantage ses boucles écarlates. Un sourire tendre se peignit sur les lèvres de George, et il murmura :

"Non, je le pensais vraiment."

Fred sentit son cœur s'arrêter de battre, avant de violemment s'accélérer sous sa poitrine, une bouffée de chaleur se propageant sous sa peau. Souriant toujours, George se saisit de sa main gauche, y déposant un baiser sur le dos, embrassant sa paume et son poignet, le faisant soupirer de plaisir. On ne lui avait jamais fait cela auparavant, et c'était la première fois que Fred pouvait ressentir tant d'amour dans un geste aussi simple. Son regard s'adoucit, fixant son frère avec adoration, avec pour la première fois la certitude que, qu'importe l'avis des gens, ce qu'il faisait avec son jumeau n'avait rien de sale. Il sentit comme un poids s'élever de sa poitrine, qu'il aurait porté pendant longtemps sans le savoir, et eut l'impression d'être beaucoup plus léger tout à coup. Fred posa ses lèvres chastement sur celles de George, leurs iris bleus plongés l'un dans l'autre, murmurant tout bas :

"Tu veux que je te fasse l'amour ?"

Leurs bouches se frôlèrent alors que George acquiesçait, ses prunelles voilées de désir. Un sourire mutin se peignit soudainement sur son visage, et Fred ressentit le besoin irrépressible de le taquiner gentiment.

"Dis donc, tu caches bien ton jeu. Je ne te savais pas aussi... aventurier."

Loin de se vexer, George le suivit, arborant une moue faussement aguicheuse, que Fred ne pouvait pour autant s'empêcher de trouver diablement sexy.

"Il y a beaucoup de choses que tu ignores sur moi, Freddie."

Un index joueur s'amusa à faire le tour d'un de ses tétons, le faisant ricaner. Il avait toujours été légèrement chatouilleux.

"Ooh, et comme quoi Georgie ?"

Un éclat étrange passa dans le regard de son frère, et Fred se demanda s'il était toujours en train de plaisanter ou s'il était sérieux. George se redressa, susurrant dans le creux de son oreille, son souffle chaud et humide butant délicieusement contre sa peau, lui arrachant des frissons tout le long de l'échine.

"Comme à quel point je te veux en moi, Fred."

Ces mots si doucement soufflés à son oreille, la façon qu'avait George de dire son prénom, et surtout s'imaginer en train de le prendre sur le lit-

Fred ne put s'empêcher de fermer les yeux, un grognement excité se frayant un passage entre ses lèvres. Il rouvrit les paupières, offrant un sourire affectueux à son frère.

"Vilain garçon."

"Cochon."

"Coquinou."

"Dépêche toi de sortir le lubrifiant qui se trouve dans le tiroir de la table de nuit," conclut George, mettant fin à leur petit jeu.

"Je ne savais pas que tu gardais ce genre de produits à la maison..." se moqua Fred, affichant une fausse expression choquée.

George leva les yeux aux ciel, et lui donna un coup de coude joueur, répliquant :

"Fais pas comme si t'en avais pas dans ta chambre !"

"Et en plus tu fouines dans mes affaires !" s'écria Fred en portant une main outrée à sa bouche, avant d'éclater de rire.

Il fouilla tout de même dans le tiroir, trouvant aisément la bouteille en question. Pour avoir déjà testé la version Moldu, Fred savait qu'il y avait des agents décontractant qui rendaient le lubrifiant façon Sorcier beaucoup plus efficace et agréable, quelle qu'en soit l'usage, et qu'au moins celui là pouvait être utilisé dans l'eau, ce qui était assez pratique sous la douche. Fred s'en servait surtout pour son usage personnel, mais il lui était arrivé d'avoir des petites amies qui appréciaient le confort du produit, aussi il préférait en garder à portée de main. C'était cependant la première fois qu'il s'en servait avec un garçon... et bizarrement l'idée ne lui semblait plus si étrange tout à coup.

Ils retirèrent leurs sous-vêtements avec un naturel troublant, et Fred s'étonna presque de se sentir aussi à l'aise, autant en confiance, avant de se rappeler que c'était George, son George, et qu'il ne pouvait en être autrement. Souriant paresseusement, George écarta docilement les jambes, afin que Fred puisse se placer entre elles. Fred caressa doucement sa cuisse, traçant de grands cercles qui se voulaient rassurant avec sa paume. Mais George n'avait pas spécialement l'air d'appréhender quoi que ce soit, attendant patiemment, son érection nichée entre ses jambes témoignant de son désir, et la tendresse et la confiance aveugle que Fred pouvait lire dans son regard étaient telles qu'il sentit son cœur enfler sous sa poitrine et sa gorge se serrer d'émotion. C'était drôle, d'ordinaire avant de faire l'amour il se sentait excité, impatient, et s'il aimait particulièrement la jeune fille, affectueux, mais là c'était... tellement différent, comme si son désir était seulement secondaire. Pourtant il en mourrait d'envie, la chaleur pulsait lascivement dans son bas ventre, mais à côté de cela, il se sentait comme submergé par ses émotions. Comme si son pauvre petit cœur allait finir par éclater d'un trop plein de joie, et qu'il ne pouvait contrôler le sourire idiot qui écartait ses lèvres.

"Vas-y, Freddie," l'encouragea George d'une voix douce, aux accents rauques trahissant son envie.

Sentant ses hésitations s'envoler, Fred recouvrit sa paume d'une noisette du produit, l'étalant généreusement sur ses doigts, brusquement très reconnaissant d'être sorti avec certaines sorcières n'ayant pas froid aux yeux dans l'intimité. Au moins il savait ce qu'il faisait, et ne risquait pas de faire mal à son frère par mégarde. Il ne se le pardonnerait pas, et il espérait vivement que les effets relaxant du lubrifiant marcheraient aussi bien sur son jumeau. Semblant percevoir ses doutes, George posa une main sur sa joue, qui se voulait rassurante.

"T'inquiète pas, c'est pas la première fois que je fais ça."

Fred arqua un sourcil, pas sûr de comprendre.

"Tu veux dire, tu l'as déjà fait avec un garçon?"

George eut une grimace bizarre, fronçant son petit nez retroussé comme si l'idée même était particulièrement saugrenue.

"Non, non, je veux dire, tout seul."

"Oh," murmura bêtement Fred, avant de comprendre et de répéter plus fort. "Oh !"

Un mélange complexe de fierté et d'admiration devant l'audace de son jumeau, et de concupiscence en s'imaginant exactement ce que George avait fait dans son coin se propagea sous son ventre, son estomac se tordant en signe d'approbation. Il n'avait jamais songé à le faire, lui.

"Avec... avec tes doigts ou bien...?" Fred laissa sa phrase en suspend, une lueur de curiosité illuminant ses prunelles bleues.

"Seulement avec mes doigts, qu'est-ce que tu crois. Petit obsédé..."

George le fixait, clairement amusé par sa réaction, un sourire moqueur étirant le coin de sa bouche. Il semblait plutôt fier de son petit effet, haussant un sourcil éloquent devant l'érection impressionnante qu'arborait Fred.

Rassuré, Fred s'enhardit à glisser sa main entre ses fesses, observant attentivement le visage de George, son autre main continuant de cajoler sa cuisse. Les sourcils de George se froncèrent lorsque son index s'attarda sur son intimité, dessinant de petit cercle.

"Quel effet ça fait ?" continua-t-il, relançant son frère sur le sujet, curieux.

George soupira doucement, clignant lentement des yeux, comme si ses paupières étaient très lourdes.

"C'est très- très agréable," souffla-t-il, son dos se cambrant sur le matelas.

La gorge soudain très sèche, Fred s'humecta distraitement les lèvres, son doigt tournant de plus en plus rapidement sur la chair qui palpitait à présent sous son toucher, comme si George l'invitait inconsciemment à entrer en lui. L'idée était extrêmement érotique, et voyant que George semblait parfaitement à l'aise, Fred s'enhardit à faire lentement pénétrer son doigt à l'intérieur.

Il avait l'impression d'entendre son cœur battre dans ses tempes, le sang bourdonnant à ses oreilles, la sueur collant ses mèches de cheveux à son front. Tout était si chaud autour de son index, l'enveloppant telle une couverture que le lubrifiant avait rendu divinement humide, et si accueillante ! Fred pouvait sentir la chair palpiter comme un cœur qui bat contre son doigt, comme pour l'entraîner un peu plus profondément dans cette antre. La sensation était si sensuelle que Fred sentit son sexe tressauter, ses bourses se contractant délicieusement. Fasciné, Fred retira progressivement son doigt, observant avec un émerveillement presque enfantin l'intimité de George se contracter autour de sa peau comme s'il voulait le retenir à l'intérieur, puis se détendre lorsque Fred entama un lent mouvement de vas-et-vient.

Un doux murmure s'échappa de la gorge de son frère, ses ongles agrippant ses épaules, et sans cesser ses caresses, Fred s'empara de la bouche de George, l'embrassant avec passion.

Il y avait quelque chose d'extraordinaire dans le fait de contempler le visage de Georgie, déformé par le plaisir alors que ses doigts se mouvaient en lui.

Sa bouche entrouverte en une grimace sexy, ses sourcils froncés en une expression de bonheur douloureuse, ses yeux magnifiques qui le regardait lui faire toutes ces choses. Il était si beau en cet instant que Fred se sentit tomber amoureux une deuxième fois.

"C'est bon ?" demanda-t-il, juste pour entendre sa voix teintée de désir.

"Ah ! Oui, oui c'est super- Ngh! Continue-" gémit-il contre ses lèvres, se cramponnant à son dos, griffant ses omoplates.

Fred réprima un geignement, se mordant violemment la lèvre du bas, la chaleur le brûlant dans son aine insupportable. Son visage se fronça de rides concentrées, et il enfouit son nez dans le creux de l'épaule de George, reposant son front contre les draps.

"Georgie, j'en peux plus," souffla-t-il, la chaleur de son frère sous lui, autour de ses doigts, partout, achevant de le rendre dingue. "Est-ce que je peux entrer en toi ? S'il te plait..."

George dut lui mordre l'épaule pour s'empêcher de gémir bruyamment, avant d'acquiescer fébrilement, tout aussi excité.

Avec toute la douceur dont il était capable, Fred se saisit de son sexe d'une main pour le guider, et entra lentement en lui. Il sentit George inspirer vivement en même temps que ses jambes et ses bras s'enroulaient fermement autour de son corps, et qu'une vague de plaisir abrutissant l'assaillait. C'était si douillet, si agréable, son sexe profondément niché dans cette antre merveilleusement chaude et étroite lui arrachant un gémissement ravi.

Ses bras se resserrèrent en une étreinte possessive sur les hanches de George, refusant de le lâcher, son cœur cognant à la chamade.

"Georgie ! Georgie, mon ange, tu me fais me sentir tellement bien," susurra-t-il dans le creux de son épaule, se redressant pour pouvoir voir son visage.

George soupira en l'entendant l'appeler comme ça, sa bouche s'écartant en un sourire tremblant. Il posa sa main légèrement moite sur la joue de Fred, une fine pellicule de sueur faisant luire sa peau dans la lumière pâle du soleil de février, donnant à ses cheveux écarlates une couleur plus foncée. Ses taches de rousseurs ressortaient joliment sur ses joues, son nez, son corps, conférant un aspect crémeux à son teint blanc. Fred sentit son estomac se tordre sous son ventre. Il avait envie d'embrasser chacune d'entre elles, de dévorer George tout entier. Ses yeux se fermèrent, et ses hanches se mirent à onduler langoureusement, ses coups de reins lents et profonds, voulant que cette instant dure pour toujours.

Tout était chaud et agréable autour de lui, enserrant délicieusement son sexe, le faisant haleter. Tout était parfait, des bras de George qui s'accrochait désespérément à lui, de son bassin qui bougeait contre le sien et lui arrachait soupirs et grognement, du goût de sa peau sur ses lèvres, sa sueur sur sa langue, son essence enivrante qui l'enveloppait et lui faisait perdre pieds. Et surtout, sa voix, rauque et basse et emplie de félicité, qui lui racontait des mots d'amours et lui susurrait des cochonneries dans le creux de son oreille, le berçait de ses accents familiers. Fred aurait voulu qu'elle continue de parler sans s'arrêter, même si c'était juste pour gémir.

"Fred," chuchota George en souriant, le regard plongé dans le sien. "J'adore, j'adore te sentir en moi, j'me sens tellement bien, tellement heureux-"

Fred sentit ses bras se resserrer un peu plus autour de son dos alors qu'il se confiait à lui, comme si George voulait se fondre à lui. Et il comprenait parfaitement ce que George voulait dire, il ressentait le même sentiment d'extase et de joie pure qui faisait se tortiller son ventre et gonfler sa poitrine d'émotions. Il n'avait jamais vraiment été d'accord avec les filles qui adoraient la position du missionnaire, qui disaient que c'était "romantique", trouvant pour sa part que ce n'était même pas sa préférée. Pourtant, alors qu'il prenait George, qu'il lui faisait l'amour dans ses bras, il avait l'impression de saisir enfin ce qu'elles avaient voulu dire. Ça n'avait rien à voir de coucher avec une fille qu'il aimait bien, pour laquelle il avait un petit béguin ou même un gros faible, et partager cela avec la personne qu'il aimait férocement de tout son cœur. Il avait l'impression que ses sensations se mélangeaient avec ses émotions pour ne former plus qu'un divin maelström d'extase, et ce dont Fred était sûr c'était qu'il n'avait aucune envie de redescendre de son petit nuage. Il ne savait plus s'il voulait rire ou pleurer, et se contenta de murmurer doucement le prénom de son jumeau en une litanie qui n'avait pas de sens.

George avait glissé une main entre leurs deux corps et se masturbait furieusement, ses traits crisper en une expression de plaisir douloureuse, et Fred sentait qu'il allait bientôt jouir, la chaleur dans son aine rendant ses coups de reins brusques et désordonnés, son souffle erratique.

"Tu vas venir, Fred ?"

George le regardait au travers de ses paupières à demi closes, un sourire canaille étirant sa bouche. Fred eut un reniflement amusé. Son frère avait apparemment vite compris que lui parler crûment pendant l'amour lui faisait complètement perdre les pédales.

"Allumeur," murmura-t-il affectueusement, sa tête partant vers l'arrière en sentant George se contracter d'une manière particulièrement agréable autour de son érection en réponse au surnom qu'il venait de lui donner. Saleté, va !

Se concentrant pour ne pas éjaculer tout de suite, Fred se pencha tout contre George, et lui susurra tout bas qu'il allait jouir, jouir au plus profond de lui et si fort qu'il le sentirait encore au petit matin. Apparemment Fred n'était pas le seul à apprécier qu'on lui dise des cochonneries, car il vit George arquer brutalement le dos vers lui, et pousser un petit cri étouffé, se mordillant la lèvre alors qu'il éjaculait. Cette vision, de voir George jouir tout contre lui, grâce à lui, était si érotique, si sensuelle et excitante que Fred s'empara fougueusement de sa bouche rougie, l'embrassant sauvagement alors que tout devenait brûlant et magnifique dans le creux de ses reins, brouillant sa vue de taches sombres, le monde se réduisant à cette unique sensation et à George.

 

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Un an plus tard.

 

George pianotait distraitement du bout des doigts sur la nappe plissée de la table de la salle à manger, son regard accrochant fréquemment la cheminée. L'horloge familiale sonna cinq coups, et il se demanda si partir dans une demie heure serait impoli. Il poussa un soupir discret, se passant une main dans ses mèches désordonnées. A cet instant, sa mère revint de la cuisine avec deux tasses de thé fumant, un sourire un peu crispé étirant maladroitement le coin de ses lèvres. George se força à arborer la même mine enjouée, tout en regrettant d'avoir mis une chemise sous son pull. Il tira sur le col, trouvant l'air autour d'eux étrangement étouffant.

"C'est bien que tu sois venu mon poussin. J'ai fait des biscuits, tu en veux ?" s'enquit Molly en lui tendant l'assiette de gâteaux secs, ne lui laissant guère le choix.

George s'en saisit avec gratitude, trop heureux d'avoir quelque chose pour se distraire. Au moins, quand il avait la bouche pleine il avait une excuse pour ne pas combler le silence. Le sablé au citron s'effrita contre sa langue, la saveur familière le mettant étrangement mal à l'aise. Il but une gorgée de son thé pour faire passer le goût, son regard s'attardant rapidement sur tous les détails de cette pièce qu'il connaissait par cœur. Son estomac se contracta désagréablement, et George se reprocha mentalement d'être aussi nerveux.

"Ton frère n'est pas venu ?" ajouta sa mère en se saisissant de sa main, son pouce passant en une caresse brève sur le dos. "On ne vous voit plus beaucoup ces temps-ci."

"Il n'a pas pu venir, il s'est fait réquisitionné par Lee et Angelina pour le déjeuner. Il m'a demandé de te passer le bonjour de sa part," répondit George d'un ton jovial, laissant l'atmosphère familiale le rassurer peu à peu. "On a été très occupés avec le magasin, mais on passera dîner dimanche prochain." promit-il pour se donner bonne conscience.

Sa mère se contenta de l'observer attentivement, un éclat de tendresse illuminant son visage. Elle hocha la tête.

"Oui, c'est sûr qu'avec la rentrée scolaire qui approche, vous devez être surchargés. Ne travaille pas trop quand même, d'accord ?" le sermonna-t-elle gentiment en lui découpant une part de tarte et le resservant de thé.

George sentit son ventre gargouiller devant la délicieuse odeur de pommes caramélisées et de beurre qui émanait de son assiette, et plongea joyeusement sa petite cuillère dans la tarte. Molly le regarda manger d'un air satisfait, apparemment flattée par son appétit évident pour sa cuisine.

"J'ai reçu un hibou de Ron," commença-t-elle.

"Oh," murmura George, intéressé. "Il est toujours en Italie avec Hermione ?"

Molly hocha la tête, tout en versant un nuage de lait dans son thé.

"Oui, ça a l'air de beaucoup leur plaire. Ils ont rencontré quelques familles de sorciers locaux qui leur font visiter la région."

"C'est super."

"Et toi, George, est-ce que tu as une petite amie ?" demanda brusquement sa mère avec maladresse, ses doigts crispées autour de la cuillère, sans se rendre compte qu'elle touillait son thé depuis déjà cinq bonnes minutes. "Je sais que les enfants n'aiment pas... Enfin, toutes ces histoires de présentation, mais je- je suis ta mère," termina-t-elle d'une voix tremblante.

Ses yeux étaient brillants et George sentit comme une boule se coincer dans sa gorge. C'était le genre de discussion qui faisait qu'il redoutait de venir rendre visite à ses parents. Forçant un sourire rassurant, il se saisit de la main de sa mère, la serrant gentiment dans sa paume.

"Mais non Maman, ne dis pas de bêtise voyons ! Bien sûr que si j'avais une copine je te la présenterais," affirma-t-il d'une voix douce. "C'est juste qu'avec le magasin je suis un peu occupé en ce moment, et je n'ai pas le temps de sortir, mais ne t'inquiète pas."

Ce n'était certainement pas le premier mensonge qui sortait de la bouche de George Weasley, mais c'était certainement un des plus durs à dire.

"Oui, tu as raison mon chéri, excuse moi c'est-, c'est juste qu'entre Bill et Fleur, Ron et Hermione, Harry et Ginny, et Charlie qui vient de se fiancer je, j'ai cru... Je ne sais pas trop ce que j'ai cru." Molly renifla, et s'essuya brièvement le coin des yeux en riant, visiblement rassurée.

"Oh, Maman, faut pas t'en faire !" George se leva de son siège pour déposer un baiser sonore sur son front, la serrant dans ses bras. Il se laissa faire lorsqu'elle l'étouffa dans une de ses étreintes dont elle avait le secret, puis avisant l'heure, se dégagea doucement de ses bras.

"Écoute, je dois y aller, mais de toute façon on se voit dimanche prochain, n'est-ce pas ?"

"Allez, file," se contenta de lui dire Molly en souriant. Se saisissant d'une bonne poignée de Poudre de Cheminette, ce fut avec soulagement que George énonça clairement l'adresse de son appartement, avant de se laisser tomber dans le canapé moelleux du salon et de pousser un gros soupir.

Quelques minutes plus tard, il entendit le son caractéristique d'une clef que l'on tourne, de la porte d'entrée qui claqua, suivit d'un pas lourd dans l'escalier.

"Merde, merde, merde !" s'écria la voix furieuse de Fred, couplée au bruit de coups dans le mur répétés. Vaguement alarmé, George se leva du sofa et se dirigea vers leur chambre, d'où provenait le capharnaüm. Il vit son frère asséner un ultime coup de pied dans la commode, et hocha un sourcil en voyant ses cheveux roux électrisés par sa magie, sa colère apparente l'empêchant de se maîtriser. Fred se tourna vers lui, ses prunelles bleues reflétant une fureur sombre qui ne lui était pas adressée. Sachant pertinemment que son jumeau allait exploser d'une minute à l'autre, George croisa les bras et attendit.

"Angelina et sa manie de vouloir tout contrôler ! Et Lee qui lui obéit comme un gentil toutou ! Non mais en quoi ça les regarde ?" hurla-t-il en s'acharnant sur le mobilier à sa portée.

"Ils ont encore voulu te caser avec une fille ?" devina George.

Fred hocha la tête avec hargne, sa paume heurtant bruyamment le papier peint. Il poussa une longue expiration, et sembla se calmer un petit peu.

"Et toi, avec Maman ?" marmonna-t-il, de mauvaise humeur.

George haussa les épaules, fatigué.

"Toujours la même rengaine. Elle s'inquiète de nous voir célibataires. Bientôt elle va me dire que si je suis homo, ou impuissant, c'est pas grave, et qu'elle m'aimera toujours," railla-t-il d'un ton agacé.

"Peut-être que tu devrais lui dire que tu préfères te faire culbuter par ton frère contre le buffet, ça devrait la rassurer," cracha Fred avec venin, fixant la porte de la chambre d'un œil noir. George le fusilla du regard, exaspéré. Il n'était pas le seul à avoir passé une sale journée !

"Arrête, Fred, t'arrange pas les choses."

A ces mots, son frère poussa un soupir, et murmura :

"T'as raison, excuse moi George."

Fred s'avança jusqu'à lui, le prenant dans ses bras. Ses lèvres embrassèrent lentement sa joue, et George se sentit légèrement mieux.

"C'est pas de ta faute, c'est juste, y'a des jours où c'est tellement-"

"-difficile," termina George pour lui, lui arrachant un petit sourire. Fred frotta gentiment son nez contre le sien en un tendre baiser Esquimau, le regardant avec adoration. George laissa ses paupières se clore un instant, embrassant doucement la bouche qui s'offrait à lui, ses épaules se relaxant pour le première fois depuis qu'il s'était rendu au Terrier. Leurs lèvres se séparèrent lentement, leur souffles se confondant et se mélangeant l'un dans l'autre.

"Fred, tu crois que les gens nous verront un jour ? Tels qu'on est ?" chuchota George tout contre sa bouche, son regard accrochant la fenêtre de la chambre qui donnait sur la rue.

Fred eut un sourire triste, sa bouche se tordant en une expression amère alors que ses doigts caressaient sa joue. Il secoua la tête.

"Non, Georgie. Ils ne voient jamais rien."

 

 

Notes:

Pffou, à l'époque je m'étais moi même mis mal à l'aise en l'écrivant cette fic. Bizarrement, je dois avoir pris l'habitude de lire des sujets darks, aujourd'hui ça me fait plus rien lol.

Dites moi ce que vous en avez pensé, ça me fait toujours plaisir de connaitre vos avis :)