Chapter Text
“Comment ça il ne veut pas modifier la setlist ?! Mais enfin après 17 ans dans le milieu j’aimerais bien qu’on arrête de me considérer comme une gamine ! J’arrive dès que je peux” je dis en raccrochant agacée.
La salle de sport est vide, je suis toujours la première et je la quitte alors que quelques autres habitués commencent tout juste leur séance. Cet endroit est réservé aux célébrités et aux ‘fils et filles de’. Elle est ridiculement luxueuse mais au moins les gens comme moi ne se font pas embêter par les journalistes et harceleurs.
Focalisée sur mon téléphone, je ne vois le type baraqué en plein milieu du couloir que trop tard. Nous nous percutons de plein fouet, le contenu de mon sac s’éparpille au sol alors que deux bras musclés me rattrapent de justesse.
“Ouah !! Je suis désolée je ne regardais pas où j’allais !”
Je lève les yeux et découvre un visage familier. Cet homme est là presque tous les jours, il s'entraîne comme un forcené et soulève au moins trois fois mon poids. Il n’est pas très grand mais me domine largement au vu de ma toute petite taille. Il est aussi extrêmement beau avec son visage rond et ses grands yeux doux. Il a évidemment des muscles très dessinés et je me surprends souvent à l’observer lors de sessions particulièrement intenses. Ce coréen est sûrement model pour de grandes marques ou pour des défilés, il a une aura magnétique et singulière.
“Non, non, c’est moi qui suis désolé” répond-il.
Il s'accroupit pour m’aider à ramasser mes affaires, il y a deux casques identiques au sol, j’attrape le premier puis salue en guise d’excuse et me dirige vers la sortie en positionnant les écouteurs sur mes oreilles. La musique qui en sort n’est pas la mienne, il s’agit d’un groupe connu dont les sons n’ont rien de conventionnels. Je me retourne et croise à nouveau son regard. Lui aussi s’est aperçu de l’échange involontaire. Penaude, je m’approche de lui et lui rend son bien.
“Décidément ce n’est pas ma journée” je marmonne.
Il jette un coup d'œil à mon casque puis au sien, et relève les yeux vers moi, une lueur d'amusement dansant dans son regard sombre.
“J’espère que tu n’avais rien mis d’embarrassant” je lui dis en haussant les sourcils.
Il rit puis me répond “ça dépend de ta définition mais non, il s’agit d’un vieux morceau des Stray Kids”.
Sa voix est assurée et je suis certaine qu’il serait capable de parler très fort s’il le voulait mais il semble pour le moment simplement taquin… Et un peu embarrassé aussi ce qui contraste totalement avec l'intensité qu'il dégage lorsqu’il s'entraîne.
Il reste là, comme s'il hésitait entre partir ou continuer la conversation, ses mains jouant nerveusement avec son propre casque. Je réalise qu’il attend une réponse de ma part.
“J’ai déjà entendu ce groupe, il fonctionnait bien en Corée il y a quelques années si ma mémoire est bonne”
Il passe une main dans ses mèches pour cacher son embarras et un sourire sincère se dessine sur ses lèvres.
“Ah… oui. On peut dire ça.” Il me tend la main. “Au fait, je m'appelle Changbin. Je te vois souvent ici, mais on ne s'était jamais vraiment parlé avant aujourd'hui.”
Je saisis sa main pour lui rendre son salut et me présente à mon tour.
“Avery. Avery Morgan, je suis ravie de mettre enfin un nom sur ton visage bien qu’il ait fallu que je te fonce dedans et te vole tes affaires pour ça” je dis en riant.
Visiblement mon rire est communicatif car son sourire s'élargit davantage, révélant ses dents blanches, et ses oreilles prennent une teinte légèrement rose.
“Avery…” répète-t-il doucement, faisant rouler les sons comme pour les tester. “C'est joli et pas d’ici n’est-ce pas ?”
“Ah un homme curieux, chouette !” je m’exclame en prenant l’air de quelqu’un qui a gagné le gros lot. “Oui en effet, ma grand-mère maternelle était coréenne, mais je viens d’Angleterre. Mes yeux bleus me trahissent souvent même si je ressemble beaucoup à ma halmeoni”.
Mon téléphone vibre dans ma main, je jette un coup d'œil à l’écran et soupire. “Je dois y aller, contente qu’on se soit enfin parlé Changbin !” Je lui fais un geste de la main et me rends aux vestiaires.
***
Le lendemain et pour la première fois depuis que je fréquente cet endroit, je ne suis pas la première. Changbin est là sur le tapis de course, il s’élance à une allure tranquille mais ses foulées sont longues et assurées, la sueur goutte de ses cheveux. Je souris en le voyant puis le rejoins sur le tapis voisin et commence à petites foulées.
“Bonjour !” je dis joyeusement. Nous courons côte à côte en silence un long moment mais une remarque me brûle les lèvres “c’est bien la première fois que tu viens si tôt” je finis par lâcher.
Le sourire qu’il affiche depuis qu’il m’a vue se fait plus grand à mes mots.
“Ah donc tu m’avais remarqué aussi, hein ?”
Mes yeux s’écarquillent “et ben voilà bravo Avery, pour la discrétion on repassera” je pense en soupirant. Il laisse échapper un petit rire nerveux, essuyant la sueur sur son front d’un revers de main.
“Je dois avouer que je t'avais repérée dès ta première semaine ici. Tu as une détermination impressionnante pendant tes séances.”
Je lui adresse un signe de tête “je suis quelqu’un de têtu” je dis avec fierté “mais c’est gentil, merci Binnie.”
Il manque de trébucher et je saute pour lui maintenir le coude avant même d’y penser.
“Ça va ?” je lui demande inquiète. Il me regarde comme si une deuxième tête m’avait poussé.
“Je vais bien je ne m’attendais juste pas à ce que tu utilises mon surnom.”
“Ah… Désolée… J’ai beau être ici depuis longtemps, j’oublie toujours votre manière de fonctionner. Je ne le ferai plus.” Je m’oriente vers le rameur mais sa main s’enroule autour de mon poignet.
“Je ne suis pas fâché, j’ai été surpris mais ça ne me dérange pas que tu m’appelles comme ça. C’est mignon” Ses oreilles sont rouges mais un grand sourire enfantin barre son visage. “Quel exercice as-tu prévu de faire maintenant ?”
“Le rameur ! C’est mon exercice préféré ! Enfin avec le taekwondo et le pilates”.
“Le rameur ?” il répète “mais on vient de courir pendant presque une heure ! Tu veux refaire du cardio ?” puis il se fige “attends, comment ça du taekwondo et du pilates ? L’un de mes meilleurs amis est ceinture noire et ma sœur est professeure de pilates”
“Sérieusement ? Je peine sur certains exercices et j’aurais bien besoin d’un partenaire d'entraînement au combat… Personne ne veut se battre contre moi…” je dis boudeuse.
Il rit en voyant mon expression puis me dit “en même temps j’aurais peur de te casser… Tu es si minuscule”
Il cherche à m'embêter, je le vois bien et pourtant je rentre dans son jeu “YAAA !! Tu ne sais pas de quoi je suis capable ! Emmène ton ami demain et tu verras que je sais me défendre !”
“Oh-oh ! Mais c’est qu’elle a des griffes !” cela semble l’amuser au plus haut point. Il regarde sa montre, grimace puis dit “très bien Championne, je m’arrête là pour aujourd’hui mais demain j’emmène des renforts” il me tapote la tête au passage puis s’éloigne, me laissant m’entraîner.
***
Nous sommes samedi et il fait un temps déplorable. Evidemment l’étourdie que je suis n’a pas pensé à emmener un parapluie et mes cheveux nouvellement teints en rouge cerise sur un coup de tête de notre styliste laissent une traînée rouge vif dans mon dos.
“Aiiiish” je râle. Ce mot est l’un de mes préférés dans cette langue, et là tout de suite, il résume très bien ce que je ressens. J’adore la pluie, mais de loin, lorsque je suis posée sur une terrasse abritée ou avec un livre et un chocolat chaud devant ma fenêtre. En tout cas pas avec une nouvelle teinture qui dégorge et tente de modifier la couleur de mon t-shirt. J’enfile rapidement un jogging gris et décide de garder mon haut. De toute façon il finira dans un sale état alors autant éviter de gaspiller. Je sors dans la salle et commence à m’échauffer. La porte s’ouvre quelques minutes plus tard sur Changbin et un homme aux cheveux blonds noués en chignon lâche. Il ressemble à un elfe.. Ou un ange.. Je l’observe attentivement puis la lumière se fait dans mon cerveau.
“Hey Avery !” lance Changbin en s’approchant de moi, “je t'emmène quelqu’un qui n’a pas peur de taper sur les filles.” Le blond prend un air comiquement horrifié puis lui claque l’épaule.
“Mais enfin ça va pas de dire des choses pareilles hyung ??”
“Felix !” je crie en bondissant sur mes pieds. Il m’observe alors attentivement et son regard s’illumine.
“Oh mon Dieu ! Hyung tu aurais pu me dire que c’était la Avery de Noona ! On s’est déjà rencontrés lors de la fashion week de Paris” il explique pour Changbin. “On n’était pas assis à côté mais elle ne cessait de sauter sur place pour tenter de voir par dessus les personnes installées devant elle, c’était terriblement mignon.”
“Ca alors pour une coïncidence ! Et comment connais-tu Binnie ?” Quand je me retourne enfin vers Changbin il ouvre des yeux grands comme des soucoupes.
“Binnie hein…” chuchote Felix. “Et bien nous… travaillons ensemble ?” Il termine sa phrase comme une interrogation après avoir vu Changbin lui faire un signe de tête.
“Noona” dit Changbin d’un air surpris “je connais ce groupe, j’ai déjà écouté quelques unes de leurs chansons, les paroles ont plein de sens cachés, les mélodies sont soit belles à pleurer, soit tellement endiablées que quand la musique s’arrête tu n’a envie que d’une chose c’est d’y retourner. Leur producteur est un génie.” Il a un air approbateur. Puis semble additionner les informations et son regard me parcourt de haut en bas.
“Ah ben ça c’est surement moi” je lui confirme en levant fièrement le menton “je compose, écrit et produit toutes nos chansons, puis je les interprète avec mes trois unnies… Qui vont d’ailleurs me tuer si je rate notre session d’enregistrement. Felix” je dis en me tournant vers lui, “toujours partant pour un combat ?”
“Avec plaisir mais vas-y doucement, ça fait une éternité que je n’ai pas pratiqué.”
Nous nous dirigeons vers le carré de tatamis disposé dans un angle de la salle. Nous enfilons des protections, un Changbin toujours surpris sur nos talons. La démarche de Felix dès qu’il monte sur le tapis change. Nous nous mettons en garde. Dès les premiers échanges, une évidence s'impose. Mes mouvements sont plus précis, plus techniques. Mes coups partent avec un meilleur timing, mes enchaînements sont plus propres. Mais Felix compense là où je ne peux pas rivaliser : sa taille lui offre une allonge supérieure, et chacun de ses impacts est chargé d'une puissance qui m'oblige à rester sur mes gardes.
Aucun de nous ne prend réellement l'ascendant.
Nous enchaînons les attaques et les esquives dans un ballet de poings et de coups de pied. Je pivote, recule d'un pas, contre-attaque aussitôt. Il répond sans hésiter, utilisant sa portée pour me maintenir à distance avant de réduire l'écart dès que j'entre dans sa zone. Nos protections s'entrechoquent à plusieurs reprises dans un bruit mat, sans qu'aucun de nous ne cherche à faire mal à l'autre.
Le temps finit par perdre toute importance. Il ne reste plus que le rythme du combat, nos respirations qui s'accélèrent et ce plaisir simple de repousser nos limites face à un adversaire capable de nous tenir tête.
C’est Changbin qui nous interrompt en tapant dans les mains.
“Ok je le reconnais c’est incroyable de vous voir effectuer ces enchaînements, on dirait que vous avez répété ça avant. Et j’ai bien compris qu’il ne fallait pas vous énerver tous les deux. C’est noté” il semble étrangement fier, c’est mignon.
Felix et moi sommes hors d’haleine mais nous échangeons un regard complice.
“Merci pour ce moment Lix, c’était génial !” je suis encore sous le coup de l’adrénaline et ça me rend légèrement euphorique.
“Tu rigoles ! Merci à toi Avy ! Enfin quelqu’un à mon niveau !” Je ris avec lui.
“Ça m'a donné faim tout ça ! on va se chercher un smoothie au café d’en bas ? Binnie tu veux rester t’entrainer ?”
Il semble outré par ma question. “Certainement pas ! Je viens !” Il me lance alors une serviette qu’il a récupérée dans son sac “tes cheveux coulent, tu vas attraper froid.”
J'essore mes mèches trempées puis m’approche de lui et lui dépose un baiser sur la joue. “Attendez moi j’en ai pour 5 minutes !” J’entend Felix éclater de rire mais je ne me retourne pas et cours vers les douches des femmes. Je ne me suis jamais lavée ni habillée aussi vite. Pour la deuxième fois de la journée, je vais ruiner un t-shirt avec mes cheveux. Je peste en sortant des vestiaires et retrouve Changbin et Felix à l’entrée. Le regard de Changbin alterne entre mes cheveux et mon haut, puis il s’approche.
“Je peux ?” demande-t-il en désignant l’élastique à mon poignet. Je le lui tends intriguée et hoquète lorsqu’il m’attrape par les épaules pour me faire pivoter. Je me retrouve face à un miroir dans lequel je peux voir la réaction amusée de Felix et l’air concentré de Changbin qui tresse adroitement mes mèches. “Voilà c’est mieux” dit-il d’un air satisfait après avoir noué le bas de ma tresse.
Mon cœur bat vite et fort, j’espère que ça ne se voit pas mais le visage de Felix me dit que je ne suis pas si discrète que ça. Changbin lui n’a visiblement rien perçu. Il se détourne et nous faisant signe de le suivre, se dirige à pas tranquilles vers l’extérieur. Felix en profite pour s’approcher de moi.
“Dis donc Ave, tu en pincerais pas un peu pour notre Binnie ?”
Je m’arrête net. “Quoi ?!” je réponds en tentant de parler le plus bas possible. “ Mais non, on vient de se rencontrer, on ne se connait même pas !”
Félix ne prend même pas la peine de répondre et s’élance à la suite de son aîné en ricanant.
Nous arrivons devant le café, un petit établissement chaleureux avec de grandes baies vitrées où se mêlent l’odeur du café et du cuir des chaises.
“Commandez ce que vous voulez, c'est pour moi” annonce-t-il fermement avant que je puisse protester. “Considère ça comme mes excuses pour avoir sous-estimé tes compétences au combat.” Son ton est taquin mais ses yeux brillent étrangement.
Nous nous installons tous les trois puis après avoir fait notre choix, Changbin se lève pour passer commande et attendre nos boissons.
Felix me regarde avec l’air de quelqu’un qui détient une information top secrète.
“Lix” je menace d’une voix dangereusement basse. “Arrête de te faire des films, ce n’est pas un drama.”
“Ose me dire que tu ne ressens pas quelque chose” me lance-t-il d’un ton de défi. “J’ai vu comment vous vous regardez, et puis ça fait des mois qu’on entend parler de ’la fille minuscule qui a une énergie et une volonté de dingue à la salle’. Il a même modifié son planning pour venir plus tôt. C’est assez adorable de le voir craquer pour une fille qui fait la moitié de sa taille”
“Yaaa !! Je ne fais pas la moitié de sa taille ! Tu exagères ! Je suis petite oui d’accord, mais quand même !” je me mets à bouder essayant d’ignorer le reste de ce qu’il a dit.
“Ne fais pas cette tête Princesse, je te taquine. Dis, il me semble que vous avez une émission de télé ce soir ?”
Je le regarde étonné. “Oui en effet, comment sais-tu ça ?”
“J’y serais aussi” annonce-t-il tout content.
Je lui saisis les deux mains “Mais nooon !! C’est génial !! Tu seras avec ton groupe ? Il parait que ton leader et la mienne ont les mêmes caractères, ça va être rigolo.” J’imagine déjà la scène et au vu de son air, lui aussi pense qu’on va bien s’amuser.
Changbin revient avec un plateau bien plus chargé que prévu. Il y a là de petits gâteaux à différents parfums, des fruits coupés, et nos boissons.
“Dis donc il y en a un qui avait faim” je dis, taquine.
Il s’esclaffe, “toujours mais là c’est pour vous. Vous avez brûlé pas mal de calories là-bas.”
Il est adorable, comment quelqu’un avec ce corps et cette prestance peut-il être aussi gentil, serviable et attentionné ? Et surtout pourquoi tout ça me plait autant ? Il pousse ma boisson devant moi et me tend une fourchette sur laquelle il a piqué un morceau de fraise.
Je le remercie d’un sourire et me tourne à nouveau vers Felix. “Si ton groupe est là ce soir, tu crois que tu pourrais me présenter votre unité de production ? J’adorerais faire une collab avec SpearB” je dis en lui faisant ma meilleure imitation du Chat Potté.
Changbin manque de s'étouffer et son café ressort par son nez. Felix éclate de rire en lui tapant dans le dos. Je m’empresse de lui donner des serviettes et d'essuyer la table. Il reprend difficilement sa respiration et tente de se composer un visage serein sous le regard moqueur de son ami.
Il se racle la gorge et dit “alors… euh… Parle moi de ton groupe. J’ai entendu des musiques mais je n’en sais pas plus.”
Je jette un regard surpris à Felix qui hausse les épaules, alors j’aspire une gorgée de smoothie glacé avant de commencer. “Mon groupe s'appelle Noona, nous avons entre 30 et 35 ans et je suis la plus jeune. Jaz est la plus âgée, elle est la leader calme mais elle arrive toujours à obtenir ce qu'elle veut, Milly a un tempérament de feu et une énergie débordante, elle dort 4h par nuit et a énormément d'amis, et enfin Lin est la douceur incarnée, elle est attentive à tout et tout le monde. Nous sommes ensemble depuis longtemps, elles sont ma famille” je dis d’un ton affectueux.
“Depuis combien de temps es tu en Corée ?” Il semble vraiment intéressé au point qu’il en a mis sa boisson de côté pour poser ses coudes sur la table et se pencher légèrement vers moi.
Je pouffe puis lui répond “depuis mes 13 ans, j'ai été recrutée en Angleterre suite à des vidéos postées sur YouTube, mes parents travaillent beaucoup et se sont dit qu'au moins je ne serais plus seule si j'étais entourée d'autres jeunes partageant mon rêve, alors ils m'ont laissée partir, ma halmeoni habite ici mais je la vois peu”
Il se fige. “Treize ans…” murmure-t-il, “Putain, Avery. Toute seule ? Ils t'ont laissé traverser la planète toute seule ?” Il secoue la tête, visiblement retourné par ce que ça implique. “J'avais dix-sept ans quand j'ai rejoint JYP et même à cet âge-là, avec les autres membres autour de moi, c'était terrifiant par moments. Mais toi... à treize ans…”
Mais qui est cet homme qui s’indigne pour une personne qu’il connaît à peine ?
“Mais ça va tu sais, ce que je n’ai pas su exprimer, je le dis dans ma musique. C’est là que je parle le mieux.” Emportée dans mon élan, je continue. “Cette vulnérabilité, ces émotions brutes… C’est intense de mettre autant de soi dans quelque chose mais c’est libérateur aussi. Et puis je ne sais pas faire semblant, ce que j'écris et ce que je chante c'est moi sans filtre. J'ai besoin de faire sortir ce qu'il y a dans ma tête et dans mon cœur. Je n’aurais probablement pas survécu sans cet échappatoire, et je suis chanceuse d’en faire mon métier avec des personnes qui comptent autant pour moi.”
Le regard de Changbin s'adoucit considérablement, une compréhension profonde illuminant ses traits. “Je te comprends tellement…” murmure-t-il, sa voix empreinte d'une sincérité désarmante. “C'est exactement comme ça pour moi aussi. C'est comme ouvrir sa cage thoracique et montrer tout ce qu'il y a à l'intérieur. Les doutes, les peurs, la rage, la passion... tout.”
Felix se racle fort la gorge, brisant la bulle d’intimité qui s’est formée à notre insu. Changbin recule vivement en rougissant.
“Attends, toi aussi tu composes ?” Je ne comprends pas, nous n’avons pas eu le temps de beaucoup échanger mais j’ai l’impression de n’avoir parlé que de ça.. Si nous avions la musique en commun il me l’aurait dit non ? Felix m’observe puis fixe Changbin d’un regard sévère. J’ai l’impression d’assister à un échange auquel je ne suis pas conviée alors je détourne la tête et observe le café. Mes yeux se posent sur l’horloge et je bondis sur mes pieds, manquant de renverser ma chaise.
“Shit shit shit !” J’attrape mes affaires à la va-vite, engloutis mon smoothie et dit aux deux hommes surpris “je suis désolée mais je n’ai pas vu l’heure, mes unnies vont me fâcher si j’arrive encore en retard ! Binnie à demain à la salle ? Lix on se voit ce soir !” Je leur fais coucou et m’enfuis comme une diablesse.
