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Notre été éternel

Summary:

Après des années de doutes, de non-dits et de séparations, l'horizon s'éclaircit enfin pour Belly et Conrad. De la douceur des retrouvailles à Paris jusqu'au cœur de la maison blanche de Cousins Beach, leur histoire s'écrit désormais au présent. Ensemble, ils s'apprêtent à traverser les plus belles saisons de leur vie, bravant les tempêtes pour ancrer leur amour et donner vie à une toute nouvelle promesse. L'été n'est plus seulement un souvenir d'enfance ; il devient leur avenir.

Notes:

Bonjour à toutes et à tous, et bienvenue dans mon univers dédié à Bonrad 🫶🏼

Vous trouverez ici ma vision de la suite idéale pour l’histoire de Belly & Conrad. Si vous souhaitez lire ce récit dans une autre langue, n'hésitez pas à utiliser l'outil de traduction de votre navigateur 🤩

Je vous souhaite une excellente lecture ❤️

Chapter 1: Le train pour Bruxelles

Chapter Text

Le train pour Bruxelles

La collision des certitudes

(Fin juin 2025, 05h45)

POV : Conrad
En voiture dans le Thalys — En direction de la frontière belge.

Ses mots ont agi comme un électrochoc. Trois syllabes à peine, soufflées dans le vacarme métallique de la rame qui s'ébranlait, et le sol s'est dérobé sous mes pieds.

— Tu es là.

Je n'ai même pas eu le temps de formuler une réponse, ni de comprendre comment elle se tenait là, le souffle court, ses grands yeux bruns ancrés dans les miens. Tout ce qui me hantait depuis mon départ de Californie — la culpabilité sourde qui me rongeait les sangs, la peur viscérale de briser l'équilibre familial si chèrement reconstruit, mes doutes constants sur ce que j'avais le droit de réclamer à cette vie — tout s’est dissous. Instantanément. Comme une brume balayée par un coup de vent.

Belly a réduit les derniers centimètres qui nous séparaient. Ses mains se sont agrippées au col de ma veste de toile avec une urgence brute, une force insoupçonnée qui m'a coupé le souffle, et elle m'a tiré vers elle.

Quand ses lèvres ont trouvé les miennes, le monde autour a cessé d'exister. Le bruit sourd du train qui filait déjà à toute allure sur les rails de la banlieue parisienne, le murmure des passagers, les vibrations de la tôle... tout s'est éteint d’un coup. Ce n'était pas un baiser d'adieu nostalgique, ni une caresse maladroite comme celles de notre adolescence à Cousins Beach. C'était une collision. Un impact frontal, affamé, fiévreux, qui scellait quatre ans de manque, de nuits blanches passées à fixer le plafond de ma chambre à Stanford, d'occasions manquées et de regrets étouffés au fond de ma gorge.

Ma main est venue se perdre dans ses cheveux bruns, libres et un peu emmêlés. Je l'ai retenue contre moi, mes doigts s'enfonçant dans ses mèches fraîches, encore imprégnées de l'air humide de la capitale qu'elle venait de traverser en courant. Je la serrais si fort que mes muscles se crispaient, une douleur sourde dans les bras, comme si ce train maudit pouvait nous arracher l’un à l’autre si je relâchais ma prise une seule seconde. Le parfum de sa peau, ce mélange familier de vanille et d'été, m'a submergé, me rendant fou de soulagement.

Je me suis détaché de ses lèvres juste d’un millimètre, restant suspendu à sa bouche, le souffle court, nos haleines mêlées dans l'étroitesse du couloir. Les mots sont sortis tout seuls, sans filtre, dictés par une certitude qui me brûlait la poitrine depuis trop de saisons.

— Je t'aime, Belly. Je n'ai jamais cessé de t'aimer.

Elle a laissé échapper un soupir tremblant contre mes lèvres, un son si bas, si lourd de tout ce qu’elle avait gardé secret elle aussi, que j’ai senti mes yeux s’embuer. Toutes mes barrières, ces foutues digues que j’avais mis des années à dresser pour « la protéger de moi », venaient de voler en éclats.

POV : Isabel
En voiture dans le Thalys — En direction de la frontière belge.

Dès que mes lèvres ont touché les siennes, j'ai cru que mes genoux allaient céder sous mon poids. Et puis ces mots. Ce « Je t'aime » prononcé avec sa voix rauque, cette voix de poitrine, si entière, sans l'hésitation qui l'empoisonnait autrefois. Ce n'était plus le Conrad distant des lettres polies qu'on s'échangeait pour donner le change, ni le garçon fuyant qui brisait mon cœur à chaque pas en arrière. C'était lui, tout entier, ancré contre mon corps, me revendiquant comme si sa vie en dépendait.

Ses bras m'ont entourée, m'écrasant contre son torse solide, et j'ai retrouvé en une fraction de seconde cette sensation de sécurité absolue que lui seul pouvait me donner. Mes mains ont glissé le long de son cou, s'agrippant fermement aux épaules de sa veste pour ne pas perdre l'équilibre alors que le train prenait de la vitesse. Quatre ans. Quatre ans de silence imposé, de détours inutiles avec d'autres, de douleurs sourdes logées sous mes côtes qui s'évaporaient dans l'intensité de ce baiser.

— Je t'aime aussi, Conrad, j'ai soufflé, les larmes aux yeux mais un sourire immense aux lèvres. Tellement.

On se cherchait, on se redécouvrait à travers le mouvement régulier du wagon qui fendait la province. Le rythme de nos bouches est devenu plus lent, plus profond, une promesse charnelle qui nous laissait tous les deux haletants. Quand il a doucement glissé ses lèvres vers le coin de ma bouche avant de coller son front contre le mien, nos respirations battaient la même mesure synchrone. Ses yeux bleus, si profonds qu'ils en devenaient presque sombres, fixaient les miens avec une vulnérabilité qui m'a retourné le cœur. Il y avait des larmes au bord de ses cils, mais il souriait. Un vrai sourire, sans cette ombre de mélancolie qui le suivait comme un fantôme depuis la mort de sa mère.

Il a jeté un coup d'œil par-dessus mon épaule, réalisant enfin que nous étions toujours debout, figés en plein milieu de l'allée centrale de la première classe, juste à côté de son siège. Le train étant déjà lancé à sa vitesse de croisière, les passagers autour semblaient plongés dans leur propre bulle, feignant une politesse toute européenne pour ignorer notre urgence dramatique.

Ses yeux sont revenus sur moi, un sourcil levé, une pointe de panique mâtinée d'amusement dans le regard.

— Belly... tu n'as pas de sac. Et tu n'as pas eu le temps d'acheter un billet, n'est-ce pas ?

Je jetai un coup d'œil machinal vers mes mains vides, puis vers la vitre où les pylônes électriques défilaient à une allure vertigineuse. Un rire nerveux, presque hystérique, m'échappa.

— Je courais pour te rattraper, Conrad. Je n'ai pensé à rien d'autre qu'aux portes qui allaient se fermer. Je n'ai aucune idée de ce que je vais dire au contrôleur.

Conrad laissa échapper un rire étouffé, le premier vrai rire depuis des années, un son chaud et vibrant qui me fit instantanément du bien. Il attrapa le tissu de mon manteau, me tirant doucement vers le siège côté couloir, juste à côté du sien.

— Assieds-toi, murmura-t-il en s'installant près de la fenêtre. On réglera ça avec le contrôleur quand il passera. Pour l'instant, tu ne bouges plus d'ici.

Le prix de l'impulsion

(Fin juin 2025, 05h45)

POV : Isabel
Quelque part entre Paris et la frontière belge.

Je me suis glissée sur le tissu bordeaux du siège, nos genoux se frôlant immédiatement dans l'espace restreint entre les rangées. Il n'a pas attendu une seconde pour chercher ma main, entrelaçant ses longs doigts aux miens sur l'accoudoir central. Sa paume était chaude, un peu moite à cause de l'adrénaline, et sa prise était ferme, presque jalouse. Je me suis calée contre le dossier, fixant nos mains jointes, le cœur battant à tout rompre. Je venais de monter clandestinement dans un train international pour la Belgique, sans bagages et sans le moindre plan de secours, mais je savais que j'étais exactement là où je devais être.

Je me calai un peu plus contre lui, sentant la chaleur de son épaule contre la mienne à chaque léger sursaut du train.

— À quoi tu penses ? murmura-t-il, la voix basse, presque un souffle pour ne pas réveiller le passager endormi quelques rangs plus devant.

Je me tournai vers lui, plongeant mes yeux dans les siens.

— À ces quatre années, Conrad. Au fait qu'on a passé tout ce temps à faire semblant. À s'éviter, à s'envoyer des lettres polies et distantes pour ne pas remuer la vase... Tout ça pour que je me retrouve dans un train pour Bruxelles sans même une brosse à dents.

Un sourire tendre, teinté d'une pointe de culpabilité, étira ses lèvres. Il resserra sa prise sur mes doigts, sa texture rugueuse me ramenant à la réalité.

— Je suis désolé, Belly. J'ai passé quatre ans à me répéter que m'éloigner était la seule solution honnête pour te laisser respirer. Pour ne plus faire de dégâts dans ta vie. À Stanford, il n'y a pas un jour où je n'ai pas pensé à toi. Chaque fois que je voyais l'océan Pacifique depuis la côte, chaque fois que je réussissais un examen difficile... C'est ton numéro que j'avais envie de composer.

— Pourquoi tu ne l'as pas fait ? soufflai-je, la gorge nouée par le souvenir de ce manque qui m'avait si souvent terrassée dans ma chambre d'étudiante à Paris.

— Parce que j'avais peur, avoua-t-il avec une honnêteté brute qui me transperça. Peur que tu me détestes. Peur de rouvrir des plaies sanglantes alors que tu essayais enfin de te reconstruire ici, loin de nous. Et puis... il y avait Jere.

Le nom de son frère flotta un instant entre nous, pesant son poids de plomb. Ce triangle amoureux qui avait défini, et parfois brisé, notre adolescence était l'éléphant au milieu de l'allée centrale. On ne pouvait pas l'ignorer.

— On va devoir lui dire, continuai-je doucement, le regard fixé sur nos doigts mêlés. Je ne veux plus de secrets, Conrad. Plus de non-dits qui nous empoisonnent.

— Je sais. Et je refuse qu'on se cache, répondit-il d'une voix soudain ferme, dénuée de l'hésitation névrotique d'autrefois. Dès que je rentre aux États-Unis pour le week-end du 4 juillet, je vais aller lui parler. En face. On a tous les deux grandi, Belly. Il est temps qu'on avance.

Une voix mécanique retentit soudain dans les haut-parleurs du wagon, brisant net notre bulle d'intimité :

« Mesdames, messieurs, veuillez préparer vos billets s'il vous plaît. Votre contrôleur va passer dans vos rangs. »

Je me redressai d'un coup sur mon siège, la panique me tordant l'estomac. Au bout de l'allée, la silhouette trapue du contrôleur en uniforme venait d'apparaître, sa liseuse de billets électronique à la main.

— Oh mon Dieu, Conrad, il arrive, chuchotai-je en regardant frénétiquement autour de moi comme si je pouvais me dissoudre dans le décor. Je vais me faire arrêter en plein vol. Je n'ai même pas mes papiers sur moi, juste mon sac de cours !

Conrad laissa échapper un rire franc, visiblement très amusé par ma terreur.

— Respire, Belly. Laisse-moi gérer.

Le contrôleur s'arrêta à notre hauteur, nous gratifiant d'un hochement de tête professionnel.

— Bonjour. Vos billets, s'il vous plaît ?

Conrad sortit son propre téléphone et fit scanner son QR code avec un calme olympien. Le appareil bipé en vert. Le contrôleur hocha la tête, puis pivota vers moi, tendant sa liseuse. Je sentis mes joues virer au rouge vif.

— Je... en fait... commençai-je à bafouiller, mon français universitaire s'évaporant sous la pression.

— Ma fiancée a couru pour ne pas rater le train, intervint Conrad en anglais, sa voix posée et un sourire parfaitement calibré aux lèvres. Elle a sauté à bord au dernier moment sur le quai et n'a pas eu le temps de passer par les bornes de la gare. Est-ce qu'il serait possible de régulariser sa situation et d'acheter un billet directement auprès de vous, monsieur ?

Le contrôleur fronça les sourcils, tapotant son écran tactile. Il jeta un coup d'œil à mes mains vides, à mes joues cramoisies, puis à la main de Conrad qui enserrait toujours la mienne avec une fermeté jalouse. Un léger sourire indulgent, presque complice, apparut sur le coin de ses lèvres. Les Français avaient décidément un faible pour les élans romantiques de dernière minute.

— C'est un aller simple pour Bruxelles-Midi, alors ? demanda-t-il dans sa langue.

— Oui, s'il vous plaît, répondis-je avec un soupir de soulagement qui fit souffler Conrad.

Mon compagnon sortit sa carte bancaire de son portefeuille de cuir usé et régularisa le montant majoré sans sourciller. Une fois le reçu imprimé, le contrôleur nous salua d'un : « Bon voyage en Belgique », avant de passer à la rangée suivante.

Je me laissai tomber contre le dossier, expirant tout l'air de mes poumons.

— « Ma fiancée » ? répétai-je en lui jetant un regard en coin, un sourire provocateur aux lèvres. Tu t'emballes un peu, Docteur Fisher, non ?

Conrad se pencha vers moi, ses yeux bleus pétillants de malice, son visage à seulement quelques centimètres du mien. L'odeur de sa peau m'enivrait.

— J'ai dit ce qu'il fallait pour t'éviter le poste de police de la gare, Conklin. Mais si tu veux qu'on discute sérieusement des modalités de ce titre, on a encore une bonne heure et demie de trajet devant nous.

Je ris, posant ma tête sur son épaule alors que la rame filait vers le nord. Le futur était flou, nos bagages inexistants, mais la trajectoire était enfin la bonne.

La réalité logistique et l'appel de l'été

(Fin juin 2025, 06h30)

POV : Belly
À l'approche de la frontière belge.

Mon commentaire sur la « fiancée » venait à peine de flotter dans l’air que la réalité logistique de ma folie me percuta de plein fouet. Je redressai brusquement la tête de son épaule, mes yeux s’écarquillant sous le choc des détails pratiques qui m'assaillaient.

— Attends. Conrad.

— Quoi ? demanda-t-il, un sourire encore accroché aux lèvres, ses doigts traçant de petits cercles paresseux sur mon poignet.

— Je n’ai pas de brosse à dents. Je n'ai pas de sous-vêtements de rechange. Je n'ai pas de chargeur de téléphone. Je suis partie de mon appartement avec mon petit sac à main de cours, Conrad. Je n’ai absolument rien apporté pour passer un week-end dans un autre pays. Rien du tout.

Le rire de Conrad résonna à nouveau, franc et grave, attirant un regard curieux du passager assis de l'autre côté du couloir. Il sortit son téléphone de sa poche de pantalon et ouvrit l'application Notes d'un coup de pouce.

— D'accord, voyons voir, dit-il d'un ton faussement sérieux, adoptant sa posture de médecin en plein diagnostic. Urgence numéro un : une brosse à dents et du dentifrice. Numéro deux : un câble de recharge, parce que je te connais par cœur, ton écran doit déjà clignoter dans le rouge.

— Onze pour cent, marmonnai-je, un peu penaude en jetant un œil à mon écran noir.

— Évidemment, s'amusa-t-il en tapotant sur son clavier virtuel. Numéro trois : des vêtements propres pour demain. On est fin juin, Belly, mais les nuits bruxelloises peuvent être traîtresses quand les orages éclatent sur la Grand-Place. On va devoir dévaliser les premières boutiques de la gare dès notre arrivée. Considère ça comme ton premier week-end de survie clandestine.

— Tu as l’air de trouver ma détresse vestimentaire beaucoup trop drôle, Fisher.

— C’est parce que ça l'est, Belly. Tu as sauté dans un train international sur un coup de tête, en plein après-midi, juste pour ne pas me laisser partir. C'est la chose la plus spontanée, la plus folle et la plus magnifiquement déraisonnable que tu aies jamais faite. Et j'adore ça.

Ses yeux bleus, ancrés dans les miens, brillaient d'une lueur si chaude, si fière, que ma panique s'évapora instantanément. Il passa son bras droit autour de mes épaules, me tirant contre lui pour que je me cale contre son flanc. L'émotion de ma course folle sur le quai, le contrecoup de mes larmes de tout à l'autre et le soulagement physique d'être enfin serrée contre son torse finirent par engourdir mes muscles. Mes paupières devinrent lourdes, bercées par le ronronnement régulier et sourd du Thalys qui filait à travers les plaines ensoleillées du Nord.

— Dors un peu, Belly, murmura-t-il en déposant un baiser doux, presque imperceptible, sur le sommet de ma tête. Je veille sur nous.

Je fermai les yeux, ma main gauche logée dans la sienne, et je me laissai glisser dans un sommeil sans rêves en quelques minutes, entièrement enveloppée par son odeur de linge propre et le battement calme, régulier, de son cœur sous ma joue.

POV : Conrad
Entrée en gare de Bruxelles-Midi.

Belly s’était endormie depuis près d'une heure, son corps complètement relâché contre le mien, sa tête lourde pesant sur mon épaule. Son souffle chaud venait régulièrement réchauffer la peau de mon cou, m'apportant de légers frissons à chaque inspiration. Je restai un long moment totalement immobile, presque effrayé à l'idée de rompre ce charme, fixant la vitre où les paysages de l'été européen baignés de soleil commençaient à se teinter de nuances plus industrielles à l'approche de la banlieue belge. Ma main gauche caressait machinalement son épaule, sentant la finesse de ses os sous le tissu de son haut.

J’avais l’impression de sortir d’une apnée douloureuse qui avait duré quatre longues années. Elle était là. Contre moi. Elle m'aimait encore, malgré mes silences, malgré mes erreurs passées.

C’est à ce moment-là que mon téléphone vibra violemment contre ma cuisse droite. Une vibration longue, puis deux, puis trois. L'écran s'alluma, affichant l'interface d'un appel FaceTime entrant.

Je glissai prudemment ma main libre dans ma poche pour attraper l'appareil, veillant à ne pas faire bouger Belly d'un centimètre. Le nom qui s'afficha en lettres capitales fit rater un battement à mon cœur, installant une tension immédiate dans mes épaules.

JEREMIAH.

Un nœud familier, cette vieille culpabilité acide que je connaissais par cœur, se forma instantanément dans mon estomac. Le contraste fut si violent qu’il me coupa presque le souffle : d’un côté, le bonheur pur, presque irréel, de tenir Belly endormie sur ma poitrine ; de l’autre, la réalité brute de ma famille qui me rappelait à l'ordre. J'observai l'écran clignoter, le visage de mon frère stylisé par son avatar. Je ne pouvais pas décrocher. Pas ici, pas maintenant, pas avec Belly endormie contre moi. Ce n'était pas le lieu pour ce genre de face-à-face, et Jere méritait que je lui parle les yeux dans les yeux, avec toute la droiture dont j'étais capable, pas à travers un écran pixelisé au milieu d'un train à l'autre bout du monde.

L'appel finit par couper, laissant place à une notification d'appel manqué, immédiatement suivie d'un message textuel.

De : Jere

Hey Con. Steven m'a dit que tu bougeais à Bruxelles aujourd'hui pour ton congrès. Rappelle-moi quand tu te poses à ton hôtel, on doit caler les derniers détails pour le week-end du 4 juillet à Cousins avec Laurel. Faut qu'on gère les courses et le bateau.

Je fixai les mots un long moment, les yeux rivés sur l'écran lumineux. La culpabilité tenta d'insinuer ses griffes dans ma joie toute neuve, mais je la repoussai fermement, fermant les yeux une seconde pour me concentrer sur la réalité de la présence de Belly. J'avais promis qu'il n'y aurait plus de secrets entre nous, plus de lâcheté de ma part. Je n'allais pas mentir à mon frère, ni me cacher derrière des excuses bidons. Dès que je remettrais les pieds sur le sol américain la semaine prochaine pour les vacances, j'irais le trouver. En personne.

Je verrouillai mon téléphone et le rangeai au fond de ma poche. Dans les haut-parleurs du wagon, la voix du chef de train au ton feutré annonça notre arrivée imminente au terminus.

« Mesdames, messieurs, nous arriverons en gare de Bruxelles-Midi dans quelques minutes. Veuillez vérifier que vous n'avez rien oublié à bord. »

Je me penchai légèrement vers Belly, déposant un baiser insistant sur sa tempe pour la tirer doucement de son sommeil. Elle papillonna des yeux, un peu perdue, avant que son regard ne se pose sur moi et qu'un sourire ensommeillé ne vienne étirer ses lèvres.

Le train ralentissait déjà le long des quais gris, les premières lumières crues de la gare belge glissant sur son visage. Notre parenthèse de trois jours commençait maintenant, et plus rien d'autre ne comptait.