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Notre été éternel

Chapter 23: Les préparatifs du grand soir et la guerre du canapé

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POV : Belly

Cousins Beach — 31 Décembre 2026, 19h00.

La grande maison de Cousins Beach vibrait d’une effervescence unique. Ce soir, ce n’était pas seulement le passage à l’année 2027 que nous nous apprêtions à célébrer, mais notre premier réveillon en tant que fiancés officiels. Pour l’occasion, Laurel et John avaient décidé de mettre les petits plats dans les grands, transformant la cuisine en un laboratoire gastronomique digne d’un grand restaurant. Une odeur divine de suprêmes de volaille aux morilles, de gratin de potimarron et de feuilletés au fromage de chèvre flottait dans toute la demeure, se mêlant au parfum boisé des bûches qui crépitaient joyeusement dans la cheminée.

Dans le salon, la tension était pourtant à son comble, mais pour des raisons purement logistiques. Une véritable guerre d’occupation du territoire venait de se déclarer entre les garçons et Taylor.

— Steven, enlève tes pieds de cette table basse, c'est du bois brut, tu vas laisser des auréoles avec ton verre ! s'égosilla Taylor, vêtue d'une robe en velours noir étincelante qui lui allait à ravir. Et Jeremiah, s’il te plaît, arrête de piquer des amandes grillées dans le bol en argent, c’est pour l’apéritif de vingt heures !

— Oh, allez, Tay, râla Jeremiah, un grand sourire aux lèvres alors qu'il parvenait à chiper une cacahuète supplémentaire sous le regard assassin de sa voisine. Je viens de passer trois heures à aider Conrad à déblayer l'allée pour que la voiture de ma belle-mère puisse manœuvrer sans finir dans le fossé. J'ai besoin de forces. Mon métabolisme de Fisher réclame des nutriments, c'est bien plus festif que le poulet-quinoa de Conrad, je vous le garantis.

— Ton métabolisme de Fisher va surtout recevoir mon talon aiguille dans les côtes si tu ne vas pas enfiler ta chemise, répliqua-t-elle avec un clin d'œil complice à Denise, qui observait la scène depuis le comptoir en sirotant un cocktail aux canneberges. Denise, s’il te plaît, dis-lui quelque chose. Il est insupportable.

Denise laissa échapper un rire cristallin, ses longs cheveux bruns oscillant sur ses épaules alors qu'il s'approchait de Jeremiah pour replacer gentiment le col de son pull de laine. Son geste était empreint d'une tendresse naturelle, cette complicité apaisée qui définissait leur couple depuis qu'ils s'étaient installés à San Francisco.

— Tu sais bien que je n'ai aucune autorité sur lui quand il s'agit de nourriture, Taylor, dit-elle en posant une main sur le torse de Jeremiah. Chez mes parents pour Noël, il a réussi à convaincre ma grand-mère de lui donner la dernière part de tarte aux noix en lui faisant ses yeux de cocker malheureux. Elle est totalement sous le charme.

Je les observais depuis le pas de la porte, un sentiment de gratitude immense me réchauffant le cœur. Voir Jeremiah si épanoui, si ancré, effaçait les derniers vestiges des doutes de notre adolescence. Ils s'accordaient à la perfection. Denise apportait une douceur et une stabilité qui canalisaient l'énergie débordante de Jere sans jamais éteindre sa joie de vivre.

Soudain, deux mains chaudes se sont posées sur mes hanches, et le menton de Conrad est venu se nicher dans le creux de mon cou. Il sentait l'eau de Cologne fraîche et le grand air froid. Il avait troqué ses vêtements de corvée contre une magnifique chemise bleu marine qui faisait ressortir l'éclat de ses yeux, soulignant la carrure de ses épaules travaillées par ses gardes éreintantes à Stanford.

— Qu'est-ce que tu regardes avec autant d'attention, ma jolie ? murmura-t-il à mon oreille, sa voix basse faisant vibrer ma peau.

— Rien... Juste nous, dis-je en inclinant la tête contre la sienne. Tout le monde est là, ensemble. C'est exactement comme ça que j'imaginais ce réveillon.

Conrad resserra son étreinte, croisant ses doigts sur mon ventre. Le saphir à mon annulaire brillait contre le tissu vert émeraude de ma robe. Il m'a fait pivoter pour me faire face, ses yeux scrutant les miens avec cette intensité qu'il réservait uniquement aux moments où nous étions seuls. La fatigue de son internat en oncologie sous le Dr Sterling semblait s'effacer, remplacée par une sérénité qu'il n'avait trouvée qu'à mes côtés depuis notre emménagement à Palo Alto.

— C'est encore mieux que dans tes souvenirs, pas vrai ? dis-je dans un souffle.

— Beaucoup mieux, Belly, répondit-il en caressant ma joue. Parce que cette fois, je n'ai plus à faire semblant de ne pas te regarder. Plus jamais. J'ai passé assez de temps à t'observer de loin à Palo Alto. Maintenant, tu es là, à portée de main, et c'est la seule réalité qui compte.

Le dîner des résolutions et la diplomatie culinaire

Cousins Beach — 31 Décembre 2026, 21h30.

POV : Steven

Le dîner était un triomphe absolu. Mes parents s’étaient surpassés. Installés autour de la grande table recouverte d’une nappe blanche et parsemée de petites étoiles dorées, nous laissions les conversations se croiser dans un joyeux brouhaha. Les verres de vin se vidaient et se remplissaient au rythme des anecdotes sur nos vies respectives, entre les défis de mon job dans la tech et les prouesses médicales de Conrad.

— Bon, puisque nous sommes à quelques heures de 2027, déclara mon père en levant sa coupe pour réclamer le silence, je pense qu'il est de bon ton de passer à la traditionnelle séance des résolutions. Qui commence ?

— Moi ! lança immédiatement Taylor, levant la main comme à l'école. Ma résolution pour cette année, c'est d'interdire officiellement à Steven d'ouvrir son ordinateur portable après vingt heures en Californie. La tech, c'est bien, mais la santé mentale de sa future fiancée, c'est mieux.

— Hé ! C'est une attaque personnelle, pas une résolution ! protestais-je en riant, tandis que Conrad hochait la tête d'un air solennel.

— Je valide totalement cette motion, Taylor, intervint Conrad avec un sérieux imperturbable. En tant que futur médecin, je confirme que l'exposition prolongée aux lignes de code après le coucher du soleil provoque une dégradation neuronale sévère chez les ingénieurs de Stanford.

— Oh, toi, tais-toi, Fisher ! Tu passes tes nuits à recoudre des morceaux de gens et tu viens nous faire la leçon ? À ton tour ! C'est quoi ta résolution ?

Conrad jeta un regard d'une douceur infinie à Belly, posant sa main sur la sienne, un geste d'une assurance devenue naturelle.

— Ma résolution pour 2027, c'est d'apprendre à cuisiner au moins trois plats décents qui ne nécessitent pas de quinoa ou une commande sur une application. Pour la survie de Belly et la mienne à Palo Alto, je crois que c'est devenu une urgence vitale.

— C'est une excellente idée, approuva Laurel en souriant. La dernière fois que je suis venue vous voir, le congélateur était rempli de boîtes de pizzas surgelées. Susannah t'aurait donné des cours de cuisine de force, Conrad.

Un doux frisson d'émotion passa sur la table à l'évocation du prénom de Susannah. Conrad ne se raidit plus. Il sourit, serein, acceptant le souvenir comme un cadeau précieux.

— Et toi, Belly ? demanda mon père en se tournant vers ma petite sœur.

Belly regarda sa bague, puis fit le tour de la table, fixant chacun d'entre nous avec des yeux brillants de bonheur. Elle était devenue une femme si assurée, une véritable "Cardinal" de Stanford qui savait exactement où elle allait.

— Ma résolution... c'est de savourer chaque instant. Ces dernières années ont été tellement folles, on a couru après nos études, après nos carrières, après nos propres cœurs... En 2027, je veux juste profiter de la chance qu'on a d'être ensemble, de s'aimer, et de préparer le plus beau des mariages ici même, à Cousins Beach, quand le moment sera venu.

— Santé à ça ! s'écria mon père.

Les verres s'entrechoquèrent dans un tintement cristallin. Le bonheur était palpable, solide, ancré dans le sol de cette maison qui avait vu naître nos rêves les plus fous et nos reconstructions les plus belles.

Les confidences de la cuisine et le pacte des filles

Cousins Beach — 31 Décembre 2026, 23h15.

POV : Belly

Pendant que les garçons s'étaient lancés dans une démonstration de force ridicule dans le salon pour savoir qui pouvait faire le plus de pompes sur un seul bras (Conrad servant d'arbitre cynique tout en comptant les points avec une mauvaise foi évidente), Taylor, Denise et moi nous sommes éclipsées dans la cuisine pour préparer le plateau de champagne de minuit.

— Non mais regardez-les, c'est de vrais enfants, s'amusa Denise en observant les éclats de voix provenant de la pièce voisine à travers la porte entrouverte. Jeremiah est comme un fou dès qu'il est avec son frère et Steven.

— C'est l'effet Cousins, répondis-je en disposant les flûtes en cristal sur un plateau en argent. Dès qu'ils mettent les pieds ici, ils perdent immédiatement dix ans d'âge mental. C'est scientifique.

Taylor s'approcha de moi, abandonnant un instant son air de superviseuse pour me prendre doucement par le coude.

— Plus sérieusement, Bells... Tu te rends compte ? On y est. Tu vas épouser Conrad. Si on m'avait dit ça l'été de tes quinze ans, quand tu pleurais dans ma chambre parce qu'il ne t'avait pas regardée pendant un feu de camp, je ne l'aurais jamais cru.

— Moi non plus, Tay, avouai-je, une vague d'émotion me submergeant soudain. Parfois, j'ai presque peur de me réveiller et de m'apercevoir que tout ça n'est qu'un rêve. On a traversé tellement de choses, lui et moi. Des moments où on se détestait presque à force de souffrir.

Denise posa une main réconfortante sur mon épaule, son regard plein d'une profonde maturité.

— Le fait que vous ayez surmonté tout ça prouve juste que votre amour est plus fort que le reste, Belly. Conrad n'a jamais cessé de t'aimer, même quand il faisait tout pour te repousser pour te protéger de ses propres démons. Vous avez grandi. Vous vous êtes trouvés au bon moment.

J'ai regardé Denise, touchée par sa franchise et sa bienveillance.

— Merci, Denise. Ça me touche énormément. Je suis tellement heureuse que tu sois là avec nous ce soir. Tu fais partie de la famille maintenant, tu le sais ?

— Oh, ne la fais pas pleurer maintenant, Bells, sinon elle va gâcher son mascara et je vais devoir refaire sa retouche ! plaisanta Taylor, bien que ses propres yeux soient étrangement brillants. Bon, les filles, trêve de sentimentalités. Dans vingt minutes, c'est minuit. On prend les bouteilles, on retourne là-bas, et on montre à ces grands bébés comment on célèbre le Nouvel An avec classe.

Les douze coups de minuit et la promesse de l’océan d’hiver

Cousins Beach — 31 Décembre 2026, 23h55.

POV : Conrad

Le compte à rebours final venait de commencer. Nous étions tous regroupés sur la grande terrasse arrière de la maison, emmitouflés dans nos manteaux et nos écharpes, bravant le vent de minuit qui soufflait depuis le large. Steven tenait son téléphone portable à la main, affichant l'horloge atomique, tandis que Jeremiah avait déjà les doigts sur le bouchon d'une bouteille de champagne d'exception.

Belly était serrée contre moi, sa tête posée sur mon épaule. Je sentais la texture douce de son bonnet en laine contre ma joue. Mes bras étaient enroulés autour d'elle, la protégeant du froid, mes mains trouvant refuge dans les siennes à l'intérieur de ses poches.

— Plus que trente secondes ! hurla Steven, sa voix résonnant au-dessus du bruit des vagues. Préparez vos verres !

— Jere, ne fais pas sauter le bouchon dans l'œil de mon père, s'il te plaît ! cria Belly dans un éclat de rire.

— Aucune chance, Bells ! Je vise les étoiles ! répondit Jeremiah, l'excitation à son comble alors que Denise se blottissait contre son flanc pour s'abriter des embruns.

— Dix ! Neuf ! Huit ! commença à scander le groupe en chœur.

Laurel et John se tenaient par la main juste derrière nous, un sourire radieux aux lèvres, apaisés par la solidité de ce cercle familial enfin complet.

— Sept ! Six ! Cinq ! Quatre !

Je resserrai mon étreinte autour de Belly, plongeant mon regard dans le sien. Ses yeux bruns brillaient de la lueur des guirlandes de la terrasse, reflétant toute la magie de cette nuit d'hiver. J'étais un homme transformé, débarrassé des fantômes de Cousins Beach qui me poursuivaient autrefois.

— Trois ! Deux ! Un... Bonne année !!!

Le bouchon de champagne sauta dans un claquement sonore, suivi immédiatement par les cris de joie, les rires et les embrassades de notre petite tribu. Jeremiah et Denise se projetèrent dans les bras l'un de l'autre, tandis que Steven soulevait Taylor du sol sous ses éclats de rire stridents. Laurel et John partagèrent un tendre baiser de minuit.

Mais pour Belly et moi, le monde s'était à nouveau arrêté. Je me penchai vers elle, mes lèvres trouvant les siennes dans un baiser long, profond, chargé de toutes les promesses que nous venions de sceller pour l'avenir. Ce n'était pas le baiser volé d'un soir d'été, ni celui des adieux douloureux. C'était le baiser de l'engagement définitif, de la reconquête totale. Le goût du champagne frais et de ses lèvres à la cannelle s'ancra en moi pour toujours.

— Bonne année, mon fiancé, murmura-t-elle contre ma bouche quand nous nous sommes enfin séparés, ses joues roses d'émotion et de froid.

— Bonne année, ma fiancée, répondis-je en embrassant son front, puis la pointe de son nez. Je te promets que 2027 sera la plus belle année de toute notre existence.

Nous nous sommes tournés tous ensemble vers l'océan. Le ressac de l'Atlantique continuait son va-et-vient immuable sous la lune d'hiver, blanchissant le sable sombre de Cousins Beach de son écume argentée. Les vagues semblaient murmurer une bénédiction ancienne sur notre maison, sur nos amours et sur ce sanctuaire qui avait vu grandir nos histoires. Nous étions prêts pour la suite. Ensemble, dans le froid mordant de l'hiver, nous n'avions jamais eu aussi chaud. Nous n'étions plus les enfants de Cousins, mais deux adultes bâtissant leur monde, prêts à affronter l'avenir, main dans la main, portés par le rythme éternel de l'océan.